CHAPITRE P
GÉNÉR4LITÉS IMPORTANTES,
Section P^. — Observations générales.
1?6. — Ainsi que je Tai déjà fait observer, la course à la suite d'une meute est souvent qualifiée de chasse, et on peut le faire aujourd'hui avec quelque raison, car il y a peu de gens qui aiment la chasse pour elle-même, et Ton peut dire que presque tous les veneurs luttent de vitesse à la suite des chiens. Toute l'affaire se réduit à une course, d'abord entre les chiens eux-mêmes, puis les chasseurs concourent entre eux, souvent de façon à gâter le plaisir de la chasse, puisque, dans Tardeur de la lutte, ils foulent continuellement la voie de Tanimal. Cette course derrière la meute est suivie d'une façon tellement systématique, que nous croyons devoir en faire un examen sérieux , et quand on considère que le nombre des hunters en Grande-Bretagne et en Irlande, en plein service, s'élève selon toute probabilité à 20,000, Ton ne peut s'empêcher de prendre à ce sujet un intérêt proportionné à son importance. Pour l'amusement de la chasse, outre les chiens, dont nous avons parlé dans un ouvrage précédent, il n'y a plus à se procurer que le hunter. Celui-ci doit être soit de pur sang, soit de demi-sang ordinaire ou un porteur de grands poids. Nous allons faire de chacun de ces animaux un examen séparé.
Section II. — Ze hunter.
177. — Le hunter de pur sang se présente le f)remier à l'observation, puisque c'est celui qui a le plus de valeur ^ suivant la définition de Hudibras. Sans doute, le hunter de pur sang parfait d'éducation et de caractère, en état de porter du poids
est une rareté , et par conséquent fort recherché et d^uu pri^ élevé. Mais il ne suffit pas du sang qui donne Thaleine et le fonds, il faut cette liberté de mouvement et cette adresse natu-: relie qui permet de faire toutes les prouesses exigées d'un bon hunter. Ce n'est^ pas la taille au garrot qu'il est difficile de trouver daus nos chevaux actuels, puisque Ton en trouve de 17 mains (1) et au-delà, la vraie difficulté est d'en rencontrei? assez près de terre, auxquels il ne passe pas trop d'air entre les jambes. Cette expression de sportsman rend bien la forme désirée, et malheureusement si rare. Un hunter de demi-sang peut souvent être trop épais et trop ramassé, mais cela ne peut guère être le défaut du pur sang. Ces considératioDS s'appUquent aussi au cheval de coui*se, qui, comme on Ta vu précédemment, peut être trop volumineux et avoir la côte trop ronde, ce qui le rendrait trop lourd, relativement à ses. membres, et trop lent pour sa destination spéciale. Quant au hunter de pur sang, s'il est bien proportionné, il peut difficilement être trop gras et trop fort, mais il faut aussi des jambes fortes et osseuses pour porter un tel poids et celui du lourd cavalier proportionné à un tel coursier. Concluons donc que pour l'objet en vue, il faut combiner les qualités suivantes : d'abord pureté de race, puis une charpente forte, près de terre, osseuse et musculeuse, troisièmement vitesse et dextérité, quatrièmement un caractère doux pour que le.s premières qualités puissent être mises en œuvre parle maître. Si donc l'on peut mettre la main sur un cheval ainsi doué, sain de membres et en pleine santé, c'est une acquisition enviable, et celui qui peut faire de grands frais ne doit pas hésiter à dépenser une somme considérable pqur se monter de la sorte. Qui ne voudrait monter un cheval comme Eat-trap, the Switcher, Sir Peter Laurie, etc., si on pouvait l'obtenir bien dressé et tranquille à la suite d'une meute. Ceux que nous venons de nommer, et bien d'autres ( élèbres, soit .au steeple-chase, soit à la chasse, sont de force à porter 15 stones (2) à la queue des chiens les plus vites. Le hunter de cette classe le plus fort que j'aie connu avait été élevé en vue du Qerby, et sa généalogie et son entraînement avaient été dirigés de ce côté. Il est haut de 17 mains (3) avec les jambes courtes, étala charr pente et l'étoffe d'un cheval de camion ou bien près. Malheureu-
(1) 17 mains, l".72T.
(2) 15 slones, 96 kil. 19.
(3) I7raain§, l-JH.
sèment il a été atteint de sifflage et s'est trouvé ainsi trop lent comme cheval de course ; mais il est maintenant un hunter de premier ordre ; il est en état de porter 17 stones (1) et suit actuellement les chiens de très-près avec un cavalier de ce poids. Il est fils d'Harkaway, qui au sang d'Éclipsé joint mne large infiision de celui de Herod, et se trouve ainsi admirablement posé pour devenir père de hunters capables de porter. Ainsi que je l'ai dit plus haut, ces chevaux sont fort rares, et si on en veut avoir, il faut savoir payer. Ne nous étonnons pasen conséquence que l'on reproche à nos chevaux de cavalerie d'être incapables de supporter la fatigue et la privation, sous 18 st. (2), quand nos plus fiers hunters ont de la peine à se tirer d'affaire avec un stone de moins. La somme payée jusqu'à ce jour pour les chevaux de troupe de notre cavalerie a été seulement 24 livres (605 fr.) tandis que pour monter un régiment dans la perfection, il faudrait débourser au moins 100 livres (2,521) pour chaque cheval. Les chevaux de pur sang ne sauraient donc remplir cet objet, ils ne servent que sur l'hippodrome et aux écuries des riches en raison de leur peu d'aptitude à porter du poids. Un hunter en état de supporter un cavalier de 11 stones (3) ou même de douze stones peut encore se trouver de pur sang, et tous les ans on vend pour cet objet bon nombre de coursiers trop lents pour l'hippodrome. Malheureusement la plupart ont les membres tarés, les pieds abîmés, le caractère et les mouvements viciés par suite de l'entraînement. Par tous ces motife réunis, il n'y en a pas dix pour cent qui soient réellement propres à suivre les chiens. Personne n'aimera monter un cheval qui mordra ou qui ruera, qui se cabrera ou fera des sauts de mouton ou qui tirera de façon à le distinguer à peine du cheval ^nporté. Ces défauts résultent si fréquemment de l'entraînement, que l'acheteur s'attend à en trouver un ou plusieurs chez un cheval qui a subi cette épreuve. Outre ces défauts de caractère, il y en a d'autres qui dépendent de l'éducation spéciale pour le turf, savoir le galop rasant le gazon comme pour couper des marguerites, et la difficulté à se mettre sur les hanches qu'éprouve presque tout cheval entraîné pour les hippodromes. Un hunter devrait presque être en état de marcher sur ses pieds de derrière seulement, et par suite quand on le dresse on doit.
(1) 17 stones, 109 kil. 091.
(%) 18 stones, 114 kil. 101.
(3) 11 stones..., 69 kil. 812, n stones.... 76 kil, 159.
le rassembler beaucoup plus que le cheval de couine* Je ne dis pas qu'il doive être aussi ramené qu'un cheval de cavalerie, mais il doit l'être assez pour s'équilibrer sur les jambes de derrière en abordant l'obstacle toutes les fois que l'on veut le passer tranquillement et en rampant (1), ce qu'un hunter accompli doit savoir faire en perfection. Rien n'est pire qu'un hunter frêle ou de mauvais caractère, de pur sang ou non ; un cheval de demi-sang doux et d'une nature vigoureuse est toujours préférable à un pur sang qui laisse à désirer de ce côté. Il n'y a pas de milieu pour le pur sang, il vaut son pesant d'argent ou ne vaut pas sa ration d'avoine. Les pieds du cheval de pur sang sont généralement trop petits pour bien marcher dans un terrain mou qui demande un sabot de bonne dimension pour qu'il ne s'enfonce pas dans la terre défoncée et sans résistance. C'est un point qui a de l'importance, et je crois qu'en examinant les chevaux qui se tirent le mieux d'aiFaire dans la terre labourée, on trouvera des pieds passablement forts.
178. — Par le hunter ordinaire de race impure^ on entend toutes les variétés comprises entre l'animal que nous venons de décrire et le cheval de gros trait, mais je n'ai maintenant en vue que ceux qui peuvent porter 14 stones (2) derrière les meilleurs chiens. Ses meilleures qualités sont la douceur, l'adresse et la forte /constitution ; elles sont toutes à une plus grande perfection que dans le pur sang, et naturellement on s'attend à les trouver passablement développées dans chaque individu. 11 est hors de doute qu'en général les hunters de cette espèce excellent à franchir toute espèce d'obstacle, soit de pied ferme, soit à la volée, suivant quils ont été dressés d'une façon ou de l'autre. Il y en a d'assez bien dressés pour sauter des deux manières, suivant la volonté de leurs cavaliers. Ces chevaux couvrent des largeurs énormes' et sautent prodigieusement haut. L'on dit qu'en 1832, à Saint-Alban's, Moonraker franchit sans toucher une barrière de sept pieds. Les largeurs de 33 et 34 pieds ont été franchies, l'une par Chandler, l'autre par Vainhope, mais on ne peut guère les classer parmi les hunters de demi-sang, bien que tous les deux soient assez contaminés pour écrire ft. 6. après leurs noms (3). Un vrai demi sang
(l) Crceping, rampant, on entend par là que le cheval ralentit assez pour avoir l'air de se traîner vers Tobstacle.
(î) 14 stones 89 851.
(3) h, h. Initiales dehalfbred, demi-sang.
1 9fl LB CUBVAL AKQL Aïs.
qui m'appartenait franchît 29 pieds que j'ai mesurés, tout eri tenant la tête d'un steeple- chase au bout de trois milles. L'on ne peut nier que pour sauter en hauteur, le pur sang ne soit battu par son impur rival, mais sur la largeur il emportera la palme, comme on doit s'y attendre d'après sa vitesse supérieure et la longueur de son enjambée. Souvent chaque enjambée du cheval de course à fond de train couvre un espace de ^dngt pieds, il n'a qu'à augmenter cet espace de moitié pour couvrir 30 pieds, s'il ajoute de trois quarts il fera un saut qui dépassera celui de Vainhope d'un pied. L'on voit donc que les avantages sont balancés plus qu'on ne le croit, même au point de vue des sauts, et si le cheval de pur sang esti bien dressé pour la chasse et mis sur les hanches, il fera tout ce que cheval peut faire. Mais il est généralement dressé de toute autre façon, et puis il devient chaud et vicieux par la nourriture échauffante et tous les procédés de l'écurie d'entraînement. Voilà son désavantage, et le hunter de demisang peut-être proclamé sans contredit lettre A n*^ 1 (1), en, prenant la moyenne et considérant l'ensemble des qualités. Cependant chaque année les hunters sont d'origine plus distinguée et deviennent de plus en plus capables de lutter de fond et de vitesse avec leurs rivaux de l'aristocratie chevaline. Trèsprochainement nous devons nous attendre à voir le pur sang ordinairement battu sur le terrain de chasse, par des chevaui ayant en réalité toutes les qualités de la race pure, quoiqu'il y ait une tache dans la généalogie à la distance de quelques générations, mais il faudra produire et dresser ces chevaux uniquement en vue de la chasse. Cela ne se passe pas ainsi maintenant, parce que tous nos éleveurs cherchent à atteindre deux buts différents. Ils choisissent le sang qui, dans un grand nombre, peut leur donner un vainqueur du Derby, et préfèrent ainsi la chance d'un grand prix à celle de beaucoup de petits. Ce sujet sera au reste examiné avec avantage dans le chapitre de la production qui termine la seconde partie de ce manuel. Quant à la conformation du hunter dont il est ici question , elle doit beaucoup dépendre du poids qu'il aura à porter. S'il doit être chargé de moins de quatorze stones, le hunter peut ressembler d'aussi presque possible à un cheval de course. Le fait est que, dans presque tous les cas, il a sept huitièmes de sang. La légèreté du
(1) Expression habituelle des Américains pour exprimer le superlatif, (Note du traducteur). ^
192 LB chetâl anglais.
qu'il y a entre les chevaux de ces deux classes s'est présentée il y a quelques années, quand un cheval de pur sang> sans aucune prétention comme cheval de course, fut engagé pour une' course de 4 milles (1), sous 13 stones 7 livres, contre un hunter d'assez bonne race, vigoureux et portant du poids. Oliver et' Parker étaient dessus. Le pays choisi n'était pas très-difficfle, mais assez cependant pour éprouver la qualité des chevaux. Le résultat fut que le cheval de demi-sang ne put jamais forcer l'autre à prendre son allure de course, et quoiqu'Oliver perdit son plomb de surcharge et fut obligé d'aller le ramasseri à trois ou quatre cents yards en arrière, il arriva au but à une! très-petite distance du cheval de demi-sang plus fort, ^mm plus lent. Le pari et les circonstances qui raccompagnèrent: étaient fort absurdes, mais les faits prouvèrent que même avec du poids, le cheval de pur sang a des quahtés supérieures^ pour une seule course à travers champs. Mais si pendant quelques mois les deux mêmes chevaux étaient montés deux fois par semaine à la queue des chiens, par deux hommes de 14 stones, le hunter de demi-sang serait frais à la fin commeau commencement, tandis que l'autre serait boîteux, taré, démoli, si par hasard il avait pu chasser aussi longtemps. Si donc un homme de ce poids veut monter des purs sang, il fiiut au moins qu'il double le nombre de ses hunters, car il les trouvera bien plus souvent boîteux que le demi-sang mieux membre. Mais en un seul jour le pur sang fera mieux de l'aveu général, et quoique dans les pays où la chasse marche vite, il faille un cheval de relai, même pour les cavaliers légers, cependant on peut bien plutôt s'en passer sur un cheval de pur sang. Pour un cheval capable de porter 16 stones, il faut dans tous les cas débourser une somme ronde, car naturellement on voudra qu'il ait de la vitesse ; or, il est aussi difficile de trouver cette qualité dans un cheval de peu de race que de trouver de la force chez le cheval de pur sang. Avec la forme du cheval de course, peu de chevaux de demi-sang pourront porter 16 stones. S'ils ne sont pas de race presque pure , il leur faudra une charpente trop épaisse pour permettre une grande vitesse. La planche qui accompagne cet article fait voir quelle est la forme parfaite pour le cheval de cette classe, petit pour sa taille^ comme disent les marchands, c'est-à-dire un cheval fort, près de terre, paraissant
(1) 4 mille?, 6329 métrés.
moins grand qu'il n'est en réalité, parce que ses proportions régulières trompent VoeiL C'est toujours un bon signe quand un cheval ou tout autre animal se trouve à la mesure plus grand qu'on ne le croyait, cela provient invariablement de ce que les parties sont si bien suivies et proportionnées que Toeil ne s'ar rête nulle part. Quand on trouve un cheval ainsi conformé, avec une tête, une encolure et des épaules comme sur notre estampe, on peut le regarder éomme une rareté. S'il a de belles allures et connaît son métier de hunter, on ne doit pas l'obtenir à moins de 200 guinées. Je regarde les sommes supérieures à celle-là comme des prix de fantaisie, et que l'on demande pour s'accommoder au goût de ceux qui ne sont contents que quand ils se procurent des choses hors de la portée des hommes ordinaires; la joUe tête et l'encolure gracieuse ont surtout le mérite de plaire aux yeux, mais les épaules penchées et fortes en même temps, les hanches larges et puissantes avec un dos comme un lit de plume, sont les qualités essentielles pour bien monter. Ces chevaux devraient aussi avoir les cuisses très -fortement développées, de sorte qu'en levant leurs queues, ces parties se touchent au-dessous de l'articulation du grasset ou plus bas que la d,emidistance de la naissance de la queue au jarret. A l'extérieur, les muscles des cuisses doivent saillir fort au-delà des hanches, à moins que celles-ci ne soient très-saillantes, ce que l'on rencontrera rarement. Ces hanches proéminentes ne plaisent pas aux yeux jusqu'à ce que l'expérience ait montré leurs avantages. Mais le cavalier qui a observé, finit généralement par conclure que le beau cheval est celui qui fait les belles choses, et à la chasse la vérité de ce proverbe est facile à reconnaître. Dans Hyde Park, l'on sacrifie beaucoup aux apparences qui deviennent une considération de premier ordre. Ce n'est pas que les habitués de cette promenade soient de mauvais juges, bien au contraire, mais on n'éprouve là qu'une seule qualité, l'action, qui se déploie en perfection. Mais à la chasse, la lutte est à l'ordre du jour, et le cheval que l'on estime le plus est celui qui peut battre ses compétiteurs, lors même qu'il serait aussi laid qu'un cheval de cabriolet de place. S'il est bon pour marcher, on en fait autant de cas que s'il avait l'extérieur le plus en vogue. Tant mieux pourtant s'il réunit la beauté et la bonté, il ne s'en paiera que plus cher. Il faut à ces animaux des jarrets larges, osseux et forts pour leur donner de la force et de la résistance. Les courbes, les éparvins, les vessigons chevillés
194 LB CHBTAL ANGLAIS.
sent grandement à éviter^ surtout la courbe qui reviendra ili- \ variablement sous un grand poids, lors même quç Ton serait ^ parvenu à la guérir. Les boulets doivent être forts et les patu- \ rons courts sans être trop gros. Cette observation s'applique , tout autant aux membres de devant qu'à ceux de derrière. H i faut regarder les genoux avec soin, car il leur arrive facilement i de manquer sous un poids considérable. Il en faut de gros et i larges avec la pointe osseuse postérieure bien développée et ^ Taplomb bien régulier. Si on s'en écarte, cela doit être en avant, i Rien n'est pis dans cette classe de chevaux que le genou de j veau, parce qu'en terminant un saut de hauteur, l'effort que j supportent les ligaments n'est pas assez soulagé par les muscles, | qui perdent beaucoup de leur force par suite de l'extension du j membre au delà de la ligne droite. L'on trouve en pratique : comme en théorie que ces genoux creux ne valent rien pour \ la chasse, et surtout s'il y a du poids sur la selle, car, au-dessous de douze stones , ils suffisent fréquemment. D'un autre ; côté, plusieurs des meilleurs hunters ont le genou en avant, i malgré les reproches que plusieurs personnes font à cette con- | formation, comme, par exemple, Cecil dans le supplément qu'il j a fait récemment au livre « le Cheval. » Il conclut dans cet écrit i que les descendants de Pénélope doivent être de mauvais hun- 1 ters, parce qu'ils héritent de cette conformation de la jambe. Il i est pourtant notoire qu'une bonne partie de nos meilleurs hunters et chevaux de steeple-chase descendent de cette jument par ses fils Whisker ou Whalebone. Le Colonel, fils de Whisker et, par conséquent , son petit-flls , quoique peu remarquable pour produire le cheval de course , est néanmoins père d'un très - grand nombre de hunters de première classe qui présentent la particularité du genou en avant , et , à mon avis, * c'est à leur grand avantage. Nimrod aussi, fils de Whalebone, n'a-t-il pas produit un grand nombre de hunters extraordinaires avec du poids sur le dos, et chez lesquels cette tendance du genou à saillir en avant était évidente ? Et cependant ils résistaient aux fatigues du métier , et je n'ai pas vu un hunter fils de Nimrod qui eût le devant réellement usé, bien qu'ils fussent souvent très-arqués. Mais ils ont tous de bons tendons , de bons ligaments suspenseurs , et voilà les parties réellement importantes sur lesquellesrepose immédiatement la résistance des jambes du hunter, quand elles aboutissent à des articulations de bonnes dimensions consolidées par
LB CHBTAL AN0LAISc 195
de forts ligaments latéraux. Ces remarquent s'appliquent aux bons produits jie Sir Hercules, Defence, Safeguard, Combat et the Sadler, tous descendants de Pénélope, quoiqu'ils ne soient pas tous brassicourts. Pour le cheval de voiture ou les liacks de voyage, cette conformation occasionne quelquefois un tremblement du genou à la suite du choc répété qu'il ressent dans ce genre de travail ; mais pour les courses, soit sur le terrain plat, le steeple-chase, ou à la suite d'une meute , c'est plutôt un avantage , telle est mon opinion et celle de tous les connaisseurs que j'ai consultés. J'ai fait ces observations non pour dénigrer les travaux de Cecil, mais parce que, sur une aflEaire de cette importance, il ne faut pas que le jeune cavalier de 16 stones puisse être induit en erreur. Il*faut que la vérité se manifeste, et je suis convaincu qu'on la trouvera pour cette question de conformation du membre antérieur, du côté où je me suis rangé. Les pieds du hunter susceptible de beaucoup porter doivent être d'assez grande dimension, sans être plats, conformation qui le rendrait impropre aux terrains durs, tout comme le petit pied contracté s'enfoncerait dans la boue et ne permettrait pas de travailler en terrain mou sous un cavalier pesant. Quand toutes les conditions que nous venons d'énumérer se rencontreront dans un cheval de bon caractère, que les chiens ne surexciteront pas et qui aura bonne bouche, l'on obtient cet animal rare, « le hunter parfait capable de porter » 16 stones. » Au delà de ce poids, tout cheval en état de suivre doit avoir les formes du cheval de camion, et quoiqu'il puisse rester avec la chasse, cela doit être nécessairement longo intervallo.
Jamais cheval n'a i)u faire davantage, quand les chiens étaient lancés à bonne allure dans les prairies. Il est extraordinaire de voir ce que certains hommes de 18 stones peuvent faire à la suite d'une meute. Mais il faut attribuer ces succès à la connaissance du pays et à la chance, et non à une course franche en droite ligne. Quelquefois un animal conformé en cheval de charrette, mais avec des membres assez nets, se trouve capable de suivre à une bonne allure et être assez adroit pour passer les obstacle^i en rampant ou en sautant dessus et par terre, etc. Un tel cheval portera jusqu'à 20 stones (1) à la queue des chiens. Je me rappelle même une jument qui portait
(1) 20 stones, 126 kil. 932.
un chasseur du poids de 20 stones 7 livres, et qui lui fit franchir un cours d'eau de 14 pieds au moins d'une berge à l'autre, et cela à la fin d'une course de 6 à 7 milles. Toutefois, comme on doit le supposer, la course n'avait pas été menée très-vite. Cette jument avait beaucoup de sang, quoique forte et conformée en bête de charrette ; elle allait un train extraordinaire relativement à sa construction et au poids de son cavalier. Elle produisit plusieurs poulains qui se vendirent tous fort cher.
Section IIL — La sellerie.
La selle de chasse doit être tout à fait de première qualité, en raison des rudes épreuves auxquelles elle sera soumise dans de nombreuses aventures dans l'eau et sur le sol. Une immersion dans un ruisseau suffit pour gâter une mauvaise selle, tandis que le même accident ne laisse aucune trace sur la selle bien faite. Le dos du cheval doit souvent supporter le poids du cavalier depuis huit heures du matin jusqu'à six heures du soir; si la selle est mal faite ou mal ajustée, le cheval se blessera. Dans tous les cas, elle doit être grande et spacieuse. Un homme pesant ne gagne rien & commander une selle de dix livres, croyant s'ôter quatre livres de ' poids. C'est, au contraire, le cheval qui est victime de cet avantage fictif; le poids n'étant pas réparti sur une assez grande surface, entame la peau et fatigue les muscles sur lesquels la selle repose. Jamais selle ne doit avoir des proportions rétrécies, si elle est destinée à rester longtemps sur le dos du cheval. Il s'en suit que la selle de chasse doit, moins que toute autre, perdre de ses justes proportions. La selle destinée au steeple-chase peut être réduite même jusqu'à sept livres, parce qu'elle ne reste pas longtemps sur le dos; mais à la chasse, où les choses se passent tout différemment, la selle légère n'est pas applicable. Il est vrai qu'un sellier de premier ordre établira une excellente selle de dix livres pour un homme de 12 stones ; mais pour un cavalier de 16 ou 18 stones, elle est trop petite, et le corps de la seUe se trouve trop faible quand en retombant de haut elle a à supporter un poids aussi considérable. Toutes les fois que je l'ai vu essayer, le résultat a toujours été de blesser le cheval, et je demeure convaincu que pour l'homme pesant il faut une bonne selle bien spacieuse de 14 livres, et qu'ainsi équipé il sera mieux porté pendant la saison de la chasse qu'avec le plus curieux miracle de légèreté construit par l'industrie de Londres. A di-
verses époques, Ton a produit toutes sortes d'inventions pour prévenir les accidents qui résultent de rengagement dans l'étrier du pied d'un cavalier renversé/; mais elles sont tombées dans l'oubli depuis l'introduction des porte-étrivières à ressort, qui permettent à l'étrivière de sortir dès que l'on est pendu après. Mais &i l'on néglige ces porte-étrivières et qu'on les laisse se rouiller, ils ne jouent plus au moment opportun, et il en résulte pour le cavalier un accident souvent fatal. Un bon groom 6te toujours les étrivières après la chasse et huile soigneusement les porte-étrivières. Il y a vingt ans, l'on se servait beaucoup de l'étrier à ressort, qui est encore plus efficace, puisqu'il était impossible au pied d'y rester engagé ; mais on se fie tellement au porte-étrivières actuel, que toute autre précaution a paru superflue. Les sangles doivent être fortes et souvent renouvelées, car elles sont sujettes à casser et à produire de fâcheux accidents. Généralement le cavalier ressangle son cheval justement au moment où l'on découple les chiens, et si le cheval est excité immédiatement par un débuché, il rompt quelquefois les sangles par l'inspiration qu'il fait en ce moment.
181 . — Pour les brides il y a nécessité de bons matériaux et de bonne confection, non-seulement pour le cuir, mais pour les mors qui quelquefois se brisent dans la bouche d'un cheval qui tire sur la main. Il y a grande divergence d'opinion parmi les chasseurs, relativement aux mérites relatifs du simple bridon ou de la bride avec filet, ou de la combinaison des deux en un seul dans le Pelham ordinaire, le Pelham hanovrien, etc. L'on prétend d'un côté qu'un cheval n'a pas besoin de l'action de la bride pour aborder les obstacles, et que sa seule présence suffit pour qu'il s'y prenne mal, mais cette assertion me paraît fort exagérée. Sans doute un homme fort qui a la main légère, se tirera d'aflfaire avec un simple bridon sur la plupart des chevaux; mais cependant quand son cheval se fatigue et a besoin d'être rassemblé, comme cela arrive souvent en terrain profond, souvent il serait bien aise de pouvoir se servir d'une bride. Il y a néanmoins des hommes assez forts pour pouvoir le faire avec le bridon, mais c'est l'exception, et la plupart se trouvent eux-mêmes tellement épuisés, quand leur cheval demande soutien, qu'il leur faudrait un mors plus puissant que celui qui paraissait commode au commencement de la chasse. Pour ceux qui montent les rênes flottantes, il suffit d'un bridon,
|98 LE CHEVAL AÎJGLAIS.
parce qu'ils ne s*en servent que pour guider le cheval, et comme ce bridon n'opère pas en courant sur la ligne droite, la bouche ne s'égare pas, et Ton s'épargne l'embarras et le poids du mors de bride. Mais, si je consulte ma propre expérience, je trouve que je n'ai jamais été à mon aise pendant toute une chasse sur un cheval ainsi embouché. J'ai bien eu un ou deux chevaux en bridon pendant quelques milles, mais le moment arrivait toujours où je voulais les rassembler, quand ils étaient essoufflés ou quand il fallait arrêter court pour éviter un accident. Dans une certaine occasion, montant en bridon un jeune cheval, je faillis encourir un accident qui me donna h penser pour l'avenir. Nous avions trouvé un renard et nous l'avions mené jusqu'au sommet d'une montagne assez escarpée où j'étais arrivé très-rapidement, grâce à mon poids léger, mais c'était en communiquant beaucoup d'excitation à mon cheval, hunter jeune, mais adroit. Au sommet nous fûmes retenus quelques minutes parce que les chiens étaient en défaut dans des broussailles sur le flanc de la montagne, et nous restâmes incertains sur la route à suivre; mais des que la msute eût pris une direction fixe vers laquelle je tournai la tête de mon che- . val, il s'élança à une allure qui nous aurait rapidement conduits dans l'autre monde, si je n'eusse trouvé l'expédient de le faire galoper en cercle sur le plateau où nous nous trouvions, jusqu'à ce qu'il fût assez calme pour descendre un peu tranquillement. Cependant il avait la bouche assez fine pour qu'un bridon ordinaire parût presque trop dur, et il ne pesait pas une once à la main aux trois quarts de sa vitesse. Mais l'excitation de la montée, la brise rafraîchissante et le bruit du départ produisirent de si vives sensations qu'il ne s'occupait plus de son mors de filet. Depuis ce jour je n'ai jamais monté de hunter ainsi embouché, et je n'en monterai plus s'il y a une montagne à portée. Généralement en terrain plat on a de la marge, mais encore on y rencontre des excavations de divere^es sortes devant lesquelles on veut arrêter dès qu'on les voit; c'est alors qu'il faut un mors plus énergique que celui auquel le cheval s'est accoutumé pendant la course. La bride doit servir rarement, mais, par cela même elle agit d'autant mieux. Ma décision est donc en faveur de la bride accompagnée du filet. Le Pelham ordinaire est un bon mors de chasse pour les chevaux à bouche fine, mais il ne sied pas bien , particuUèrement si la tête est grande et surtout si la ganache est commune. La
rêpe n'agît pas aussi efficacement avec ce mors qu'avec ceux qui ont une liberté de langue , mais elle a autant de puissauce qu'avec un mors droit. Le Pelham hanovrien est un mors utile et puissant pour les chevaux à bouche dure et convient fort bien à la chasse. Mais avec ceux qui tirent constamment, rien n'agit comme la muserolle à la bucéphale, qui tient la bouche fermée, et peut même comprimer les naseaux et arrêter ainsi le cheval. Toutefois , le but principal est de tenir la bouche fermée, de façon h ce que la liberté de langue agisse sur le palais, ce qu'il ne peut faire quand la bouche est ouverte. C'est une invention simple et ingénieuse ; à son aide , j'ai monté avec assez des chevaux qui tiraient affreusement. Le filet-bâillon (1) est un accessoire utile avec ceux qui pèsent à la main, la tête basse ; on peut le joindre à la bride et même au bridon ordinaire. Son avantage est que si le cheval ne tire pas, il n'est pas plus dur qu'un filet ordinaire , mais , dans le cas contraire, il agît avec double puissance en raison de la rêne attachée en poulie, et aussi parce que son effet se fait contre l'angle de la bouche encore plus haut que les autres filets. 11 agit parfaitement avec le cheval qui gagne à la main et trouve souvent son emploi h la chasse. Voilà toutes les variétés utiles, et je vais les récapituler ainsi qu'il suit : 1® le bridon simple ou tordu, grand ou petit, avec une seule paire de rênes; 2® la bride ordinaire, accompagnée d'un filet, avec un mors d'une puissance variable, selon la longueur des branches et l'élévation de la liberté de langue ; 3^ le Pelham commun réunissant les deux actions de la bride et du filet avec une force ordinaire ; 4® le Pelham hanovrien établi à peu près sur le même principe , mais plus fort, parce que les branches sont plus longues et l'échancrure plus profonde ; enfin 5® le filet-bâillon, venant en aide à une bride ou à un bridon ordinaire, bon pour les animaux qui s'encapuchonnent en courant, ou pour les rueurs entêtés.
182. — Le poitrail a pour objet de parer à un accident assez fâcheux que j'ai vu souvent résulter de son absence : la selle glisse en arrière en montant une côte escarpée, surtout à la fin d'une longue journée, les sangles se sont relâchées et la selle s'en va quelquefois complètement sur la queue, ne laissant au cavalier^ d'autre ressource que d'embrasser l'encolure comme
(l) Gag-sDaffle.
Johnny Gilpin (1). Il est fort dangereux de suivre Tinstinct qui pousse à se pendre aux rênes, parce que le cheval, au lieu de s'arrêter comme en terrain ordinaire, se renverse dans une pente, et il vaut mieux que la selle passe par-dessus la queue que de faire rouler Tanimal sur soi en tirant la bride. Un cheval qui monte un escarpement ne peut pas ruer, de sorte que si le cavalier a la prudence de lâcher les rênes, il ne lui arrivera d'autre inconvénient que de rouler le long d'une pente escarpée, ce qui vaut encore mieux que de le faire en même temps que le cheval.
183. — La martingale n'est pas toujours sûre en suivant une chasse et ne doit être employée que par le cavalier expérimenté ; car, si on s'en sert maladroitement, elle a l'inconvénient de retenir le cheval dans l'obstacle au moment où il s'enlève pour le franchir. Beaucoup d'accidents sont arrivés de la sorte, et bien que quelques chevaux soient très- difficiles à monter sans cet aide, ce n'est qu'en tremblant qu'un jeune cavaUer doit en faire usage. Si ses mains sont justes et légères et qu'il soit sûr de ne pas la faire agir en abordant l'obstacle, il est plus utile, à la suite des chiensy d'attacher la martingale aux rênes de bride qu'à cell^ de bridon. La martingale maintient la tête en plan pendant le galop, et, comme toujours, au moment de sauter, le cheval doit être conduit à l'obstacle avec le seul bridon, laissant entièrement la bride. Malheureusement, si la bride n'est pas complètement libre, la tête est encore plus confinée que lorsque la martingale est attachée au bridon, et le cheval se trouve encore plus rejeté sur l'obstacle. Si on a le degré convenable de présence d'esprit, ceci ne peut guère arriver, et, somme toute , je demeure persuadé qu'à la longue on trouvera préférable, en suivant une meute, d'attacher la martingale à anneaux sur les Tênes de bride, méthode par laquelle elle agit plus efficacement. Quand on la met sur les rênes de filet, elle doit être fort longue, car plus courte, elle aurait les inconvénients que nous venons de décrire, mais sur la bride, on peut la mettre juste au point où elle a toute son efficacité. Le cheval sent, en outre, beaucoup plus son action sur les barres que sur les lèvres et apprend bientôt à éviter de se faire du mal , à moins qu'il ne devienne furieux par l'effet d'un mors trop dur ou d'une gourmette trop serrée. Cet emploi de la martingale sur la bride est
(1) Persounage ridicule sur lequel il y a des légendes et des chansoas,
loin d'être général, mais je Tai appris, il y a quelques années, d'un des meilleurs cavaliers de TAngleterre, et, depuis cette époque, je m'en suis fort bien trouvé moi-même. En le voyant ainsi équipé, je lui dis, comme pour lui donner un avis charitable pendant que nous étions au rendez-vous de chasse, que son groom était en faute, mais je reçus la réponse polie appuyée d'un clignement significatif « que l'erreur était de mon côté et « non de celui du garçon d'écurie.» L'observation me démontra bientôt que cela était vrai, et je suis étonné que cette méthode ne soit soit pas devenue plus générale, d'autant plus que la personne que je cite est fort renommée dans sa partie.
184. — Les guêtres sont quelquefois employées soit pour les articulations du boulet , soit pour l'intérieur de la jambe de devant, quand le cheval se coupe entre le genou et le boulet, ce qui est le plus ordinaire, ou juste sous le genou, coupure qui a un nom particulier (speedy eut). Relativement à ces guêtres, voirie chapitre « le Cheval. »
185. — Un fer de rechange, préparé pour le pied de devant, devrait toujours se trouver dans une poche de la selle avec une quantité convenable de clous, de sorte que le maréchal puisse l'appliquer sans perte de temps et sans jamais se servir de fers et de clous de hasard. Dans un cas pressant, un fer de devant ira toujours au pied de derrière, sans valoir celui que l'on forge exprès; mais il n'en est pas de même d'un fer de derrière, qu'il faut se garder de vouloir employer pour les pieds de devant.
Section IF. — Costume et aides.
Le costume, pour suivre la chasse, varie autant et aussi souvent que les modes des dames. Telle année la toque passe pour correcte, l'année suivante on lui trouve l'air jofcard. L'année d'après les culottes de peau de daim sont d'usage général, mais quelque d'Orsay de la société des veneurs les prend en dégoût en les sentant mouillées; elles sont supplantées par la peau de contrefaçon, espèce d'étoffe à côtes. Les bottes ne se portent pas deux saisons de suite de la même façon, et j'ai souvenir de trois révolutions complètes dans cette partie, sans compter les diverses façons de holdemess. Raglans et hessoises qui n'ont jamais pu supplanter complètement la vieille botte à revers anglaise. C'est un article qui a su maintenir sa vogue tout en subissant, comme je l'ai dit plus haut, des changements cens-
tantBi dans la longueur et la couleur du revers, ainsi que dans la quantité de plis sur la jambe. La coupe de Tbabit varie également, c'était d'abord Thabit habillé à queue de morue, puis un simple frac écarlate, La mode actuelle est en faveur de la toque (sans que cela soit invariable), puis un habit ûssez ample, des culottes de peau et des bottes avec de longs revers de couleur foncée, A la queue des chiens, il faut toujours avoir des caleçons et des bas de laine avec une chemise de flanelle ou de tricotj en raison du danger d'être mouillé , contre lequel il faut toujours être en garde dans ce pays. Si l'on n'a pas de caleçon de laine, les culottes de peau sont affreusement froides . en temps de pluie et ne devraient jamais être portées directement sur la peau. Les bottes doivent être assez fortes, avec des semelles épaisses, en raison de l'état du terrain, qui est souvent assez détrempé pour imbiber une chaussure mince, pour peu que l'on soit un moment dans l'obligation de mettre pied à terre. Il y a des chasses pour lesquelles la couleur adoptée est le vert ; mais en Angleterre le plus souvent la couleur de l'habit de chasse est écarlate,
187. — ^Les aides sont le fouet et les éperons. Presque tous les chasseurs s'en munissent. La mode trouve encore moyen d'intervenir dans ces détails , quelquefois il ne faut qu'un manche de fouet, d'autres fois on veut y attacher une lanière. Il faut toujours l'un ou l'autre pour pouvoir exciter le cheval en le frappant le long de l'épaule, lorsqu'il est fatigué ou paresseux à s'enlever devant l'obstacle. Il faut toujours mettre des éperons, bien que l'on s'en serve rarement, mais dans une longue course on voit ordinairement venir le moment où leur approche sert à empêcher un accident, à moins que le hunter ne soit bien adroit et bien courageux. Il faut s'en servir dans la dernière battue de galop, juste au moment où il va s'enlever, car si on attend jusqu'à ce qu'il soit en l'air, comme je l'ai souvent vu, c'est de toute inutilité, la puissance du cheval se trouvant alors en état d'inertie, peut-être changera-t-il quelque chose à sa manière de retomber, mais il ne peut rien ajouter à Teffort qu'il a fait pour s'enlever.
Section V, — Le covert hack (cheval pour allenau rendez -vm
de chasse.)
188. — Le covert hack est maintenant d'un usage général, d'abord» parce que beaucoup de nos meilleurs hunters ne sont
LE CHEVAL ANGLAIS. B08 i
pas de bons hacks, et puis, bien que le rendez-vous de chaage soit retardé de six heures, la génération actuelle a encore reculé l'heure du déjeûner, et un homme élégant doit se rendre au lieu indiqué au train d'au moins 12 milles à l'heure (1), s'il veut arriver en temps utile. Dans le bon vieux temps, nos aïeux déjeunaient au point du jour, ou quelquefois parcouraient à cheval dix milles à jpun jusqu'à la maison d'un ami voisin du rendez-vous, ils se contentaient d'une allure qui ne dérangeait pas un poil de leur hunter, quoiqu'ils n'eussent guères de ro • bes soyeuses et de poils courts comme on en voit aujourd'hui. Maintenant ces façons d'agir vous feraient classer parmi les lambins, bien qu'en mettant le déjeûner à huit heures, on pût avoir à sa disposition une heure et demie ou deux heures pour 86 rendre tranquillement sur le terrain. Mais non, un lion doit aller bon train et se présenter sur son hack de pur sang, galopant 16 milles à l'heure et le pardessus bien éclaboussé : Il sort de chez lui à neuf heures et demie ou dix heures, et arrive au rendez-vous juste à temps pour se dépouiller de son enveloppe boueuse, et paraître sans une mouche sur ses culottes et bottes vernies. Puis montant sur le- hunter qui l'attend, il se trouve prêt à faire des coups d'audace qui surprendront tous les convives au festin du soir. A cet effet le hack doit être un galopeur, capable de soutenir cette allure du point de départ au point d'arrivée, il doit avoir les mouvements faciles, être sûr de pied et assez adroit pour passer un obstacle ordinaire dans un petit trajet à travera champs. Les allées vertes sont souvent défoncées, et il serait impossible d'y conserver l'allure voulue, il faut donc passer dans les champs voisins sur terrain ferme, et franchir les obstacles d'après le talent du hack. S'il est bon, il doit ramper ou sauter en main et se tirer d'aflfeire à travers champ, d'une manière ou d'autre, suivant le poids qu'on lui donne à porter. nfiiut donc que ce soit un hunter en miniature*, avec la qualité supplémentaire de pouvoir travailler sur la grande route. Il y a des chevaux qui vont agréablement et sûrement sur terrain mou, mais sur le macadam, ils rouleront sur leur cavalier au bout d'un demi mille. Le covert hack, ne doit jamais ressem^ bler à un animal pareil, mais il doit essentiellement être un galopeur, sûr de pied. Un trotteur est d'abord fatigant, et puis il ne convient pas en dehors de la route et dans les petits
lamilleti, 193 11 m. 77.
cheminfi défoncés. Quel que soit le cavalier, on peut dire que 14 mains sont la meilleure taille que puissent avoir ces chevaux. Si le cavalier pèse 16 stones et au-dessus, le hack doit être un cob. Pour les cavaliers moins lourds, il est bon qu'il ait de la race et même qu'il soit tout à fait pur sang, si on peut en trouver un qui ait les mouvements assez libres pour ce service. Toutefois, la plupart des covert hacks sont des hunters manquant de taille, produits de juments auxquelles on aurait voulu faire porter un cheval d'un prix plus élevé. Quand il a vu que ces poulains n'arrivaient pas aux proportions voulues, l'éleveur les a vendus pour faire des hacks, et quand ils se sont trouvés vites et adroits, on les a consacrés au service qui £ait l'objet de ce chapitre. Le point important, c'est tactiony pas trop haute, pour ne perdre ni temps ni espace, mais il faut que le cheval s'en aille bien y et parcoure le terrain sans fatigue pour lui ni pour le cavalier. Si le cheval peut marcher de la sorte sûrement dans tous les terrains, et durer à trois quarts de vitesse pendant dix à douze milles, c'est un bon covert hack, quelle que soit, d'ailleurs, son apparence.
Presque tout le monde cherche à joindre la beauté aux quahtés que nous venons d'énoncer, principalement parce que ces hacks sont applicables pendant l'été à d'autres services. L'on recherche donc avec ardeur les jolies têtes, les belles encolures et l'ensemble fait pour plaire aux yeux. Il en résulte qu'un covert hack de 14 mains ou un peu plus, avec de la race et de la figure, portant confortablement de douze à seize stones à l'allure et pour la distance précitée, vaut de 50 à 100 livres, suivant la beauté et r action. Sans doute un connaisseur trouvera à se pourvoir pour 25 livres, mais à Londres ou dans les bons pays de chasse, l'animal vaut le prix que j'ai indiqué. Il faut se souvenir qu'il lui faut toutes les bonnes quaUtés du cheval, moins l'extrême vitesse et la grande taille. Il doit avoir la beauté des formes et un bon caractère, l'allure sûre et rapide, de l'adresse et par-dessus tout des membres solides et de bons pieds résistants pour pouvoir être souvent monté à trois quarts de vitesse sur le macadam des routes. Maintenant l'on peut voir bien des douzaines d'animaux qualifiés de hacks sans qu'un connaisseur puisse en choisir un aussi complet, il est donc juste que le prix se trouve en rapport avec le mérite. Même en vente pubhque, ils coûtent cher, et si M. Tattersall en met un en vente, il dépasse souvent les prix que nous venons de citer. Il est inu-
tile de faire remarquer que le groom qui a conduit le hunter sur le terrain de chasse reste chargé du hack dès que rechange est fidt, et le ramène tout de suite à son écurie.
Sect. VI. — Ze Pad Groorrij Stud Groom^ et autres domestiques.
189. — ^Le pad groom, ou cavalier de suite, est encore une invention moderne, et on attend de lui de mettre son maître à même d'échapper aux conséquences de la terrible poussée qu'il a donnée à son cheval au moment du lancer. Vingt ou quarante minutes de steeple-chase feront perdre le soufle à presque tous les chevaux, quelque soit le poids de leur cavalier. Il faut donc, une fois cette prouesse accomplie, que le chasseur renonce à son amusement ou monte un autre cheval. C'est ce dernier système qu'adoptent tous ceux qui ont le moyen d'y avoir recoui«, et l'on met sur le dos de ce cheval un groom très -léger ayant du coup il'œil pour juger le terrain. Ses instructions sont de ménager sa monture, et pourtant se tenir à portée pour faire l'échange quand les chiens seront en défaut et que l'on pourra supposer que le premier cheval en a assez. A cet effet, le pad groom, ou, comme on l'appelle aujourd'hui, le second cavalier, doit être de poids léger et assez fort en équitation pour être maître de son cheval et passer n'importe quel obstacle, si le cas se présente. Quelquefois on ne peut l'éviter, et le second cheval se trouve obligé de passer presque par la même ligne que le groupe des chasseurs; mais on doit se souvenir qu'en pratique il y a une bien grande différence à passer tranquillement par une voie frayée par un grand nombre de cavaliers de toute espèce ou bien à aborder les obstacles au premier rang de ce groupe. Tous les chasseurs qui, à la suite d'un accident, ont eu à rejoindre la chasse, savent fort bien cela, et, dans presque tous les cas, ils ont trouvé dans les clôtures des trouées où un ànese ferait jour. Cependant, quelquefois une forte barrière ou im cours d'eau restent dans le statu qtiOy et il faut les franchir ou faire un détour bien plus fatigant pour le cheval qu'un saut avec un poids léger sur le dos. Le se • cond cavalier doit donc être capable de passer tranquillement par dessus ces obstacles ; mais il doit exercer continuellement son jugement en évitant de faire sauter autant qu'il le pourra, puisque chaque effort diminue d'autant la vigueur de son cheval. Les gros «obstacles ne seront donc abordés que quand un détour serait encore plus rude pour le cheval. En ménageant
tiinsi le hunter et prenant soin de suivre la coi*de de toutes les courbes, payant dans le bon terrain et les allées, le second cavalier doit être en état d'amener son cheval à la fin de là charge fournie par son maître, sans avoir un poil mouillé et souvent tout aussi frais qu'au départ. Il faut se rappeler que ces chevaux en état de porter douze stones et même seize stones n^en portent guère que huit , ils ont donc tout avantage sur celui que Ton monte le premier dans tous les terrains et par-dessus tous les obstacles avec une surcharge de quatre à six stones et même plus. Mais il faut beaucoup de jugement pour ménager ce second cheval et savoir oi\ et quand il faut l'amener au maître. Il y a des grooms qui sont toujours prêts quand on a besoin d'eux, et qui jusqu'à ce moment ont su se tenir à près d'un mille du premier cheval. Il y en a d'autres qui suivent de tout près jusqu'au moment critique, et alors ils trouvent moyen d'être à un mille en arrière. Les qualités indispensables pour l'emploi de pad groom gont de la promptitude naturelle et le désir de plaire. Quand un cavalier un peu lourd en a un vraiment bon, c'est un auxiliaire sans pareil. Généralement aussi cet homme est diargé de panser deux chevaux, comme un groom ordinaire.
• 190. — Le stud groom est le chef de Técurie des chevaux de chçsse ayant sous lui le nombre nécessaire de palefreniers. Dans tles écuries de ce genre, l'on n'emploie généralement pas les jeunes garçons, parce que l'on attache moins d'importance que
• dans l'écurie de course à mettre du poids sur le cheval, et le ^défaut de ces gamins, de ne pas mériter confiance, détruit les avantages qu'ils possèdent d'ailleurs. Le nombre ordinaire des grooms dans une écurie de chasse est d'un pour trois chevaux; le stud groom est tout à fait en dehors, et le cavalier de rechange se charge de un ou deux chevaux à panser. Dans les écuries
,p;3u nombreuses, le chef d'écurie prend sa part de besogne; mais dès qu'il y a une douzaine de chevaux, il vaut mieux qu'il se borne à la surveillance des autres palefreniers. Dans une écurie de hunters, il survient des accidents continuels; le stud groom doit les soigner lui-même, et le reste de son temps, pendant les heures d'écurie, se passera à mesurer les rations d'avoine et à voir ce qui manque aux autres palefreniers. Le stud groom doit avoir une grande habitude de soigner les che-
- vaux de ce genre, soit dans un établissement d'entraînement ou une écurie de chtv«Febien tenue. Celle-ci est la meilleure école, parce que dans les écuries d'entraînement il y a de mauvaises
mnrm
^ftbitudes qui pemstent ordinairement. Il y a cependant d'és* eellents serviteurs qui ont passé cette épreuve et en sont sortis Mns t^clie, avec avantage pour eux-mêmes et pour leur maître» Les principes pour la mise en condition des deux espaçai de ehevaux sont fort semblables, de sorte que ce que Ton apprend fivec le cheval de course est toujours utile pour le soin dè$ hunters en faisant quelques modifications prescrites par les cif'eonstances,
191. — Les gages du chef d'écurie varient de 60 liv. $t* |ttr an à 200 ou 300 livres sterling, et dans les grands établis» iements il n'y a pas de limite à ce que Ton doit donner à un homme réellement habile qui connaît son état et s'y applique lavec fruit. Le pad groom demandera généralement quelques Hvres de plus par an qu'un domestique ordinaire ; mais ses gafes dépendront toujours de l'importance que lui trouve son Imaitre. Dans certains cas, j'ai vu donner 100 livres par an dans |eet emploi ; mais cette rémunération libérale n'est pas du goût de beaucoup de chasseurs. Les gages des gens d'écurie ordi- : naires varient de 1 2 schellings à une livre par semaine, sui^ vuit la classe d'hommes et la localité.
Sect. VII, — V écurie de huniers.
192. — Les écuries de hunters doivent se construire sur des principes un peu différents de ceux sur lesquels on bâtit les écuries de course, puisqu'elles sont destinées & des animaux qui font un rude travail une fois on deux dans une quinzaine, et ont le reste du temps un repos relatif. Les hunters sa|it bien plus exposés aux intempéries de l'air, et doivent, ep conséquence, vivre dans une atmosphère plus froide de plusieurs degrés. Il faut donc que l'écurie de chasse soit élevée, aérée et bien éclairée. Chaque cheval devrait avoir au moins 200 pieds cubes, et il faudra à cet effet deux cubes de dix pieds dans chaque direction. Toutefois, les meilleures proportions pour chaque cheval se trouvent dans une box de 18 pieds de long, 12 de large et 10 de hauteur, ce qui donnera 2,160 pieds cubes ; et si on peut lui donner deux pieds de plus d'élévation, on aura alors 2,592 pieds cubes, quantité d'air aussi considérable qu'on peut la désirer dans un édifice échauffé par la seule chaleur naturelle des animaux. Le plan ci -joint a été établi pouj* contenir douze hunters, c'est la forme la plus économique et la plus commode. Il comprend quatre écuries séparées, toutes de
même grandeur, et construites chacune pour trois chevaux qui seront en liberté dans une box ; mais à la hauteur de cinq pieds ils seront seulement séparés par des barreaux de fer. Dans chaque écurie, deux portes séparent entièrement les trois boxes quand on le désire, et on peut les faire entrer à volonté dans les coulisses pratiquées dans les séparations. Ces coulisses sont dans la partie supérieure, et les portes ainsi suspendues g^Iissent rapidement d'un côté à l'autre, san§ que jamais cependant un cheval puisse les ouvrir. Chaque écurie devrait avoir un ventilateur en entonnoir, que Ton puisse ouvrir partiellement ou entièrement à Taide' d'une soupape correspondant à une corde à portée duhead groom. Au-dessus de la tête de chaque cheval se trouve une fenêtre grillée en fil de fer et à bqpne distance du râtelier et de la mangeoire. Ces parties doivent être en fer galvanisé, avec un compartiment séparé pour mettre l'eau et les barbotages. Le râtelier doit être entre les deux compartiments de la mangeoire et sur le même niveau, ce qui économise beaucoup de foin. Un égout couvert va au réservoir central où Ton porte aussi le fumier, et le mur de ce réservoir supporte huit poteaux soutenant un hangar pour promener les chevaux à couvert pendant le mauvais temps. Une semblable écurie, avec des accessoires simples, mais convenables, coûtera, sans grande ornementation extérieure, de 250 à 300 livres, et dans quelques localités un peu plus, selon le prix du travail et des jnatériaux. Avec une écurie bâtie sur ce plan et bien plafonnée, il n'y a aucun inconvénient à placer au-dessus un grenier à foin. Les émanations des chevaux s'échappent aisément au moyen des ventilateurs, et ne peuvent faire aucun tort au foin et à la paille, qui ont d'un autre côté l'avantage en toute saison de maintenir l'égalité de la température. La cheminée de la sellerie doit être construite de façon à chauffer la chaudière placée dans l'antichambre, et puis le tuyau doit passer le long de la sellerie, au-dessous des chevilles où l'on pose les selles, qui de cette façon seront préservées de l'humidité. Dans le passage couvert entre la sellerie et le magasin à avoine, on peut laver un cheval couvert de boue avec l'eau chaude que fournit la chaudière, puis on le conduit directement à sa stalle, évitant ainsi les refroidisîiiements que la boue humide ne manque pas d'occasionner quand on ne se presse pas de s'en débarrasser. En somme, l'on trouvera que cette forme d'écurie est la plus convenable pour une douzaine de hunters.
îî Ton veut plus de place, Ton peut ajouter trois écuries de nême dimension, pouvant contenir neuf chevaux de plus, tout m conservant la forme carrée qui a Tavantage de permettre l'établissement d'une piste circulaire pendant les froids et les temps de pluie.