‹ Le cheval Anglo-NormandChapitre 12 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aussitôt arrivés chez leurs nouveaux propriétaires, les poulains sont placés en liberté sous des hangars ou dans des écuries que Ton tient largement ouvertes, de façon qu'elles soient très aérées, plutôt froides que chaudes, et que les animaux soient tout simplement à l'abri des intempéries.

Quand il est possible d'avoir un enclos ou un herbage attenant à ces hangars, les poulains sont dans des conditions beaucoup plus avantageuses puisqu'ils peuvent, quand cela leur convient, courir, gambader, se livrer à des ébats qui, tout en les rendant rustiques, développent leurs muscles, leur servent en un mot de gymnastique fonctionnelle.

Jusqu'à cette époque, ces poulains n'ont eu pour nourriture presque exclusive que le lait de leur mère ou l'herbe verte qu'ils ont prise dans les herbages.

Après le sevrage, leur régime va changer.

Si les poulains communs, au moins dans certaines exploitations, sont nourris avec les aliments les moins substantiels, du foin médiocre, de la paille, les poulains de choix sont élevés avec moins de parcimonie,

Les bons cultivateurs savent que, comme on l'a dit, la taille du cheval est dans le coffre à l'avoine et

que, en ne nourrissant pas suffisamment les poulains, on empêche leur croissance, leur développement normal et qu'on les prédispose ainsi à un grand nombre de maladies.

La nourriture des poulains se compose de foin de bonne qualité, de paille de froment et d'avoine. On y ajoute de temps en temps quelques barbotages.

Aussitôt que la température et l'état des herbages le permettent, les poulains doivent être mis au pâturage.

Les éleveurs de la Plaine de Caen n'ayant pas de prairies naturelles sont obligés de mettre leurs poulains en pension.

La plupart sont locataires d'herbages, qui, dans le pays d'Auge, qui, dans le canton deTroarn ou dans la vallée de l'Orne.

Les herbages bien compris sont pourvus d'un abri où les animaux peuvent se réfugier en cas de mauvais temps.

Ceux du pays d'Auge, en majorité excellents comme fonds et presque constamment accidentés, sont particulièrement propres au développement des poulains.

Les jeunes élèves restent au pâturage jusque vers le mois de novembre : à l'approche de l'hiver, ils rentrent à la ferme.

Les antenais d'origine passent l'hiver dans des paddocks couverts, sous des hangars attenant à des enclos où ils peuvent prendre un exercice journalier.

Traités avec douceur, ils ne tardent pas h devenir

doux et familiers et se laissent le plus souvent aborder et flatter facilement par les hommes qui leur apportent journellement l'avoine ou le foin.

En môme temps on commence à les habituer aux harnais et on leur met un licol muni d'une longe qui, traînant à terre ou les frappant le long des canons, les prépare à supporter plus aisément le contact des traits ou de la chaîne d'attache du piquet.

Les poulains destinés à l'entraînement sont ordinairement montés. Les autres sont attelés aux charrues et ce premier travail constitue pour eux un exercice salutaire.

Pendant l'hiver, les poulains distingués sont bien nourris avec des aliments de choix, de bons foins, des pailles fraîches.

L'avoine, distribuée avec ménagement, quoique sans parcimonie, conserve et entretient leur énergie, tout en leur donnant un tempérament vigoureux et sanguin.

11 n'est pas jusqu'aux boissons, qu'on additionne souvent de son, de farine d'orge, qui n'aient leur importance dans l'entretien des poulains.

Les antenais communs travaillent le plus souvent peu de jours après l'achat, pendant la saison à blé, avant même qu'ils ne soient acclimatés, mais il n'est pas rare de les voir payer quelques mois plus tard ce travail prématuré parfois trop au-dessus de leurs forces.

Notons cependant que les chevaux de ferme n'exigent, ni dans la manière de les dresser, ni pour

la nourriture, les soins scrupuleux que réclament les chevaux de tête : ils ne demandent qu'à être tenus en bon état et à ne pas être excédés de fatigue.

Nous l'avons dit plus haut, ce qui, dans la Plaine de Caen, permet l'emploi de ces jeunes chevaux, c'est la légèreté des terres et la facilité avec laquelle on peut les cultiver.

D'un caractère commode et doux, rarement cabochards, ils se façonnent aisément au joug.

En compagnie de deux, trois et même quatre animaux de même âge, ils labourent, charroient et concourent à tous les travaux de la ferme. Ils épargnent ainsi au cultivateur des chevaux de service, dont ils font une partie de la tâche et allègent le labeur, sans nuire à la somme des travaux.

Les cultivateurs intelligents leur font faire un travail modéré, des hersages, et ne les attellent que quelques heures, tous les deux ou trois jours.

A mesure qu'ils grandissent et se fortifient on les attelle plus souvent et cet exercice gradué, joint àune nourriture substantielle et riche, loin de l'arrêter, favorise l'entier développement des formes.

Indépendamment des poulains de demi-sang qu'il destine à la remonte des Haras, à l'Armée ou au Commerce de luxe, le cultivateur de la Plaine a besoin de se procurer des animaux capables d'exécuter certains travaux pénibles de l'exploitation, non seulement sans rien perdre de leur valeur, mais encore en acquérant un prix beaucoup plus élevé.

11 a besoin de limoniers, de chevaux de gros trait,

qu'il va chercher dans le Perche, dans les environs de Mortagne, de Mondoubleau, de Vibray, parfois du côté de Domfront et qu'il achète, soit poulains, soil le plus souvent à dix-huit mois.

Chez le percheron, la taille et la force physique extérieure ont devancé l'âge et il compte à peine dix-huit mois, qu'il passe à l'état de cheval susceptible de fournir une somme de travail déjà considérable.

Sans doute, il ne faut pas le soumettre à un travail prématuré, sous peine de le ruiner; mais, néanmoins, les rudes labeurs, les charrois de fumiers dans les terres détrempées, peuvent lui incomber à la condition de lui donner une nourriture abondante et riche : foin et avoine, nourriture qui produira force, santé, travail et fumier.

Nous le verrons plus loin, l'élevage du cheval percheron se fait toujours dans des conditions très avantageuses, car, tandis que le cheval de race arrive à l'âge de la vente sans avoir rien ou presque rien donné à l'éleveur, le cheval de gros trait a, par son travail et son fumier, compensé tous les frais qu'il occasionne.

Qu'il s'agisse de chevaux de demi-sang ou de chevaux de trait, l'hiver est la saison pendant laquelle le temps du travail est le plus court.

La nourriture est nécessairement moins abondante et, tout en continuant l'administration de l'avoine, on retranche habituellement le foin de la ration, se contenant de mettre dans le râtelier, et à discrétion, de

la paille de blé, quelquefois même, mais plus rarement, de la paille d'avoine.

Vers la (in de janvier, et afin de préparer les animaux aux travaux plus considérables du printemps, on donnne une ration supplémentaire d'avoine et une certaine quantité de foin.

Du 15 avril au 1 er mai commence le régime du vert.

C'est également l'époque de la castration pour les chevaux qui, n'étant pas aptes à faire des étalons, doivent subir cette opération.

Dans la Plaine de Caen, le vert se donne de deux manières : à l'écurie et au piquet.

La première de ces méthodes, qui consiste à tenir les chevaux constamment à l'écurie et à les y nourrir avec des fourrages verts, n'est guère en faveur parmi les éleveurs et n'est mise en pratique que pour les chevaux de service.

Elle oblige à couper le fourrage, à le porter à la ferme, à éviter qu'il ne s'échauffe, ne fermente, à le distribuer aux animaux et nécessite dans les écuries de grands soins de propreté.

La méthode du piquet, dont l'emploi est généralisé, consiste à faire pâturer les animaux dans les champs de trèfle incarnat ou de sainfoin, et, comme on ne peut les y laisser en liberté, à les y attacher.

Le piquet est un morceau de fer ou de bois à peu près cylindrique, se terminant en pointe à l'une de ses extrémités et portant à l'autre un anneau pouvant tourner au-dessous de la tête du piquet.

A une tignette, anneau oblong ou carré en fer,

dans lequel sont deux clous tournants, formant anneau en dehors de la tignette, viennent s'attacher deux cordes ou chaînes en fer, de 3 à 4 mètres de longueur, Tune fixée à l'anneau du piquet, l'autre à Yalliance du cheval qu'il s'agit d'attacher.

On conçoit qu'au moyen des clous qui tournent librement dans la tignette, la corde ne peut jamais se tordre et se mêler.

On peut d'ailleurs, pour plus de sûreté, attacher la corde au licol du cheval, au moyen d'une autre tignette à clou tournant et mettre également une troisième tignette à la tête du piquet.

Le piquet est changé de place quatre à cinq fois par jour et, à chaque fois, on donne h pâturer 0 m 30 à 0 m 60 de fourrage.

Les animaux au piquet nécessitent peu de soins, mais une surveillance incessante, afin d'éviter les accidents. En général, ils s'y habituent promptement et deviennent fort adroits à éviter les embarras que pourrait leur occasionner la corde.

Quoique exposés aux intempéries, à tous les vents, à la pluie, aux rosées souvent glaciales des matinées printanières ou estivales, les animaux qui sont mis au piquet conservent généralement une excellente santé et acquièrent un grand développement.

Ils font une véritable cure (Pair et deviennent rapidement vifs et alertes, galopant souvent à l'extrémité de leur corde d'attache comme dans un véritable manège et manifestant leur santé, leur exubérance, par des bonds joyeux, des ronflements sonores.

Quand il se trouve un certain nombre de chevaux au piquet, un homme couche dans une petite cabane roulante afin de pouvoir les surveiller plus facilement.

Malgré les effets laxatifs d'une alimentation aqueuse et la privation absolue d'avoine, les chevaux au piquet acquièrent un embonpoint rapide; leur abdomen s'arrondit, leur peau s'assouplit, leur poil prend du brillant et ils transpirent après le plus léger travail.

Mais, si, au début, ce régime est quelque peu débilitant, il ne tarde pas, quand les plantes arrivent à maturité, à rendre les animaux plus ou moins pléthoriques, ce dont il est facile de s'assurer en examinant les muqueuses apparentes et tout particulièrement la conjonctive.

Les animaux restent au piquet jusqu'à la fin de juillet et, au mois d'août, sont rentrés à l'écurie.

Les chevaux d'origine trotteuse reçoivent alors l'éducation qui précède le dressage proprement dit et l'entraînement, c'est-à-dire qu'on les habitue aux soins d'écurie, qu'on les familiarise avec le bridon, le mors, la sangle et la couverture.

Les chevaux de race concourent avec les chevaux plus communs aux labours et aux divers travaux des champs; mais, ces travaux, qui sont pour eux un exercice salutaire, ne doivent jamais aller jusqu'à la fatigue.

Pendant cette période, qui dure jusqu'à la fin de la saison à blé, la nourriture est abondante et la ration d'avoine n'est pas inférieure à 6, 8 etlOlitrespar jour.

Au printemps suivant les chevaux sont de nouveau mis au piquet

Les chevaux de tête, destinés à la cavalerie et qui ont été châtrés Tannée précédente, sont présentés dès le mois de juillet aux comités d'achat de remonte : Ils ont alors 3 ans 1/2.

Les chevaux entiers sont préparés pour la vente comme étalons, mis en boxe et montés tous les jours, pour subir à la fin de septembre, sur le champ de courses de Caen, les épreuves que l'Administration des Haras impose aux animaux qu'on aspire à faire entrer dans ses écuries.

Fin octobre ou commencement de novembre, ils sont présentés à la commission spéciale qui opère à l'école de dressage de Caen et qui est composée d'Inspecteurs généraux des Haras.

Les uns, achetés par l'Administration, sont destinés aux haras nationaux.

Les autres, approuvés ou autorisés, sont vendus aux départements ou à des particuliers.

Quelques-uns vont à l'étranger.

Les chevaux non admis comme étalons sont châtrés vers la fin de novembre, puis, après guérison, livrés à la remonte comme chevaux de carrière ou vendus au commerce comme carrossiers.

Quant aux chevaux de troupe et aux chevaux de gros trait, après avoir accompli les travaux de l'arrière-saison, ils sont préparés pour la vente et présentés à quatre ans, soit aux comités d'achat de remonte de l'armée, soit au commerce.

Page 1