TROTTEURS
On désigne sous le nom de trotteurs, une variété de demi-sang normands remarquables par leur vitesse, leur énergie, leur fonds et leur origine.
Les trotteurs, qui font preuve de qualités & l'entraînement et sur les hippodromes, sont toujours d'origine confirmée \ c'est à-dire issus de père et de mère trotteurs ou de famille trotteuse, ou encore du croisement d'un trotteur avec une jument de pur-sang, ou d'un cheval de pur-sang avec une jument trotteuse.
La famille des trotteurs, aujourd'hui si nombreuse, s'est tellement développée dans ces dernières années, qu'on peut presque affirmer que la grande majorité des étalons nationaux est d'origine trotteuse, c'est-àdire possède dans ses lignes paternelle ou maternelle des ascendants trotteurs.
Mais ils ne sont pas pour cela qualifiés trotteurs, les trotteurs devant, comme nous le verrons, satisfaire à certaines conditions de vitesse.
Quand nous étudierons les origines de la famille normande et que nous pourrons indiquer les généalogies fameuses qui forment le résumé de notre histoire hippique, répondant ainsi, dans une certaine mesure, aux critiques, le plus souvent injustifiées, auxquelles sont en butte nos demi-sang, nous démontrerons que les trotteurs descendent en lignes directes d'étalons véritablement remarquables qui sont par ordre de naissance :
The Norfolk Phœnomenon, père du fameux Niger
qui a fait la saillie au Pin, de 1874 à 1891, et donné tant de reproducteurs d'élite mâles et femelles;
Conquérant, père de trotteurs de marque parmi lesquels il faut citer : Capucine, Reynolds, père du célèbre Fuschia et des non moins célèbres : Sans- Vergogne, Hêmine (fig. 9) et Jachère)
The Heir-oî-Linne, pur-sang, pbreàe Phaéton et de Modestie, mère de Tigris, de Hêmine et de Jachère;
Lavater, père de Tigris, l'un des reproducteurs les plus en vogue et les plus justement estimés;
Normand, père de Cherbourg, étalon en renom et père des plus beaux trotteurs du Pin, de Juvigny, de Joliboiê, si appréciés en 1889, de Avize, (fig. 10) de Reine-Marguerite, de Thémis, de Nabucho, de Rosethé, de Quarantaine.
Si la race trotteuse est aujourd'hui bien confirmée et si la vitesse augmente tous les ans, c'est, il faut bien le dire, grâce à une sélection rigoureuse.
Ne sont, en effet, qualifiés de race trotteuse que ceux des reproducteurs — mâles ou femelles — ayant accompli leurs épreuves sur les hippodromes de Caen, du Pin, de Cabourg, de Saint-Lô, de Pont- Lévêque, dans un temps limité fixé chaque année par l'Administration des Haras (1).
Et ne sont admises à être saillies par certains étalons trotteurs de grande marque que des juments trotteuses ayant remporté des primes et ce après tirage au sort.
(1) Les épreuves obligatoires pour les pouliches primées ont été supprimées par l'arrêté ministériel du 18 janvier 1898,
Encore y a t-il beaucoup d'appelées et peu d'élues, les demandes concernant plusieurs étalons comme Fuschia, Harley, dépassant, de beaucoup, le nombre des saillies à effectuer par ces étalons.
Si tous les produits descendant d'étalons trotteurs ne sont pas susceptibles, après avoir été soumis à l'entraînement, de pouvoir figurer honorablement sur les hippodromes, il en est d'autres, en revanche, qui sont remarquables par leur vitesse.
Sans-Vergogne et Hémine, à M.Paul Bastard, toutes deux filles de Reynolds, étaient les juments les plus vîtes de leur temps.
En 1884, à 3 ans, Sans- Vergogne gagnait le prix du Saint-Léger, à Caen, en faisant son parcours de 4.000 mètres en 6' 40", soit le kilomètre en 1' 40".
En 1888, également à trois ans, Hémine enlevait à Paris-Vincennes la Coupe du demi-sang, 4.000 mètres en 6' 33", soitle kilomètre en 1' 38" 1/4.
En 1890, Jachère, pouliche de trois ans, gagnait le Saint-Léger du demi -sang, 4.000 mètres en 6' 37" (le kilomètre en 1' 39" 1/4) et, le même jour, sa sœur de père et de mère, Isère , âgée de 4 ans, s'attribuait le prix de la Société d'encouragement, 6.000 mètres en 10" (i,'40" le kilomètre).
En 1898, vingt-cinq produits de trois ans ont couru en moins de 1' 40".
En tête vient Royal (Rg. 11), par Cherbourg et Ida par Niger, acheté 20.000 francs par les Haras, qui a couru en l f 32" 4/4, mais il est vrai de dire que cette vitesse
a été obtenue sur 1 .600 mètres et on ne peut la comparer à la performance de Redowa, par Fuschia et Escapade, (1) par Phaéton, V 33" 2/5 sur 3.200 mètres dans le Derby de Rouen.
Dans ce lot remarquable de trotteurs figurent huit Fuschia :
Rachel, la mère, Jacinthe (2), par Edimbourg — i' 33" 9/10.
Résistante y la mère, Belle-Charlotte, (3) par Phaéton
RanavalOy la mère, Euridyce, (4) par Phaéton — l'36" 19/20.
Réclame, la mère, Miss- Cherbourg, (5) par Cherbourg
Rochefort, la mère, Jeanneton IV, (6) par Phaéton
Ilébecca, lamère, Kaoline, par Beaugé — l 1 38" 7/10. Rouel, la mère, Good-Night, (7) par Nouille — 1' 38" 7/8.
Richmond, la mère, Eva (8) par Phaéton — 1* 38" 9/10.
Harley suit immédiatement Fuschia avec six produits.
(1) Escapade avait déjà produit Osmonde, i' 37*, gagnante, comme Redowa, du Derby des trotteurs de Rouen.
(2) Jacinthe avait couru en 1' 37*.
(3) Belle-Charlotte a produit Jaguar, 1' 36', Polka, i'3[",Quivà là, 1' 37*.
(4) Eurydice a produit Quintillien, 1' 40".
(5) La mère de Miss-Cherbourg, Jessie, a donné Presbourg, i' 34".
(6) Janneton IV a couru en 1' 41*.
(7) Good-Night a couru en 1' 41".
(8) Eva a produit ilote, i' :t5" ; Kaviar, 1 47*.
Rip-Rip, la mère, Flamme, (1) par Lavater — V 33" 4/5 acheté 9,000 francs par l'Administration des Haras.
Rocambole (lig. 12), la mère, Rosière (2), par Lavater oxx Domino -noir, V 34" 1/2; acheté 20,000 francs, par les Haras.
Roscoff, la mère, Jouvence (3), par Lavater — l'36" 1/10.
Régent, la mère, Normande (4), par Colporteur — d' 37" 4/5.
Rose-Marie ,1a mère, Cupidonne, par l'Incroyable — l'38" 2/5.
Ritournelle, la mère, Eclatante (5), par Lavater — l'38" 1/2.
Viennent ensuite deux Cherbourg, dont Royal déjà cité et Risler, l'37" 3/5, qui invoque la possibilité de la paternité de Phaéton et dont la mère est Léda par Valdampierre. Acheté 16,000 francs par les Haras.
Deux Juvigny :
Rhéa, la mère, Stella, par Niger — l'37" 1/8. Radzivill, la mère, Gavotte par Edimbourg — l»38"l/8.
Achetél 8,000 francs par l'Administration des Haras .
(1) Flamme a donné Marcassin, 1' 38".
(2) Rosière est la sœur de Bayadere qui a produit Phosphore, l'38*-
(3) Jouvence a couru en i'39'; elle est la demi-sœur de Nitouche, i'3i\
(4) Normande a produit Pépita, l'3T.
(5) La mère d'Eclatante, Pauvrette, & donné Cotentine, l'42*; Miss
Pauvrette, l'4i\
(6) Gavotte a couru en 4 '42'.
Deux Michigan :
Salomon (1), la mère, Cocotte, par Conquérant — l'36"l/3.
Wilna, la mère, Olga (2), par Tigris — 1 '39" 1/10. Une Nabucko :
Regrana, la mère, Grenade (3), par Uriel — 1 '36" 9 10.
Un James Watt :
Rossini, la mère, Giselle, par Edimbourg — l'38". Un Hercule-normand :
Royal-normand, la mère, Kairouan, par Etendard — 1 '38".
Un Kalmia :
RémulmM mère, Eglantine, par Phacton,V39"l /iO.
La vitesse augmentant, le record exigé pour être présenté aux achats en vue de la remonte des Haras comme chevaux qualifiés trotteurs a été notablement abaissé.
Le tableau suivant fera ressortir aisément la différence existant entre le record de 1890 et celui de 1898.
Mais, si par ces vitesses extraordinaires les trotteurs font preuve d'énergie, de force, de vigueur et d'endurance ; si certains types unissent la puissance à la distinction, il ne s'ensuit pas nécessairement que tous les trotteurs soient irréprochables sous le rapport de la conformation.
(1) La sœur de Salomon, Hermosa, a donné Saint-Julien, 4'42' et Ile-de-France, l'42*,
(2) Olga a couru en i'42*,
(3) Grenade a produit Old-Greene, 1 39\
Sans doute, par une sélection sévère, par des accouplements bien dirigés, en sachant allier par exemple les produits de Lavater et de Phaéton, on obtiendra des résultats féconds, de la beauté avec de la vitesse, de la silhouette gracieuse avec du courage à la lutte, mais, malgré les progrès remarquables accomplis depuis quelques années, on ne peut nier qu'il reste encore beaucoup à faire.
N'est- ce pas, d'ailleurs, la loi en toutes choses? Et ne vise-t-on pas toujours au mieux?