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RÉTABLISSEMENT DE L'ADMINISTRATION

Le décret du 2 germinal an III n'ayant reçu qu'une exécution incomplète, le Directoire s'occupa de la question, et, le 28 fructidor an VI, Eschasseriaux jeune soumit au Conseil des Cinq-Cents un projet de réorganisation des Haras, qui fit sensation.

Les Anciens décrétèrent bien quelques mesures, le dépôt d'Angers reçut bien quelques étalons, mais, d'une façon générale, les choses restèrent en l'état.

C'est, en réalité, du 4 juillet 1806 que date le rétablissement des Haras.

Comprenant qu'il était impossible que l'élevage et le perfectionnement du cheval de guerre puissent se passer de l'intervention de l'Etat, comprenant que la production animale devait être régie par des règles scientifiques et non livrée au hasard, Napoléon rendit un décret ordonnant la création de 6 Haras, de 30 dépôts d'étalons et de 2 écoles d'expériences (Alfort et Lyon).

Le nombre des étalons pourrait varier de lo à 18. Une centaine de juments poulinières devraient leur être adjointes.

Des étalons approuvés recevraient des primes variant de 100 à 300 francs.

L'Administration des Haras était dotée d'un budget de 2 millions.

Le décret du 4 juillet 1806 ne répondit pas aux espérances qu'il avait fait naître, et, après 1806 comme avant 1790, par suite de l'absence d'un système, grâce à un personnel composé d'anciens officiers plus braves que capables, le perfectionnement du cheval continua à marcher d'incertitudes en incertitudes.

On lit, il est vrai, venir de tout pays des reproducteurs, nos armées nous en envoyèrent de tous les points où elles portaient la guerre, mais on les plaça au hasard, dans des localités où, la plupart du temps, ils ne réussirent pas.

Nos races perdirent leur homogénéité, mais la quantité suppléa à la qualité et, de 1812 à 1815, la France put fournir les chevaux dont elle avait besoin pour remonter sa cavalerie.

Toutefois, en Tan XIII, les Haras du Pin et de Rosières reçurent des accroissements considérables et, depuis la fin de l'an XI, celui de Pompadour avait presque doublé.

En Tan X, des primes furent également décernées, aux principales foires du Calvados, de l'Eure, de la Manche, de l'Orne, de la Haute-Marne, au nom du ministre de l'Intérieur, aux cultivateurs ayant élevé les plus beaux chevaux.

Des courses d'encouragement furent enfin organisées.

La Restauration, en conservant l'Administration des Haras, ne vit dans cette institution que des places pour les émigrés, qui, pour la plupart, revenant d'An-

gleterre, préconisèrent à outrance les croisements avec le pur- sang anglais.

Toutefois, les résultats n'étant pas encourageants, — les produits étant décousus, — et ne répondant pas aux besoins du commerce, le producteur délaissait les étalons de selle que le gouvernement mettait à sa disposition.

Cet abandon était si complet que, en 1827, \ .297 étalons, mis en monte par les Haras, ne saillissaient que 37.000 juments.

En présence d'aussi faibles résultats, la dotation des Haras fut diminuée et une ordonnance du.

19 juin 1832 consacra la suppression de neuf dépôts.

L'effectif des Haras, atteint d'une manière notable, descendit jusqu'au chiffre de 825 et, en 1837, le chiffre des saillies ne s'éleva qu'à 25,508.

Il faut arriver à 1834 pour voir l'Administration des Haras suivre un système bien arrêté, poser comme base de l'amélioration des races l'application du principe du pur-sang et ne reconnaître que deux types, le cheval de gros trait et le cheval de race.

C'est à cette époque que le duc de Guiche demandait la formation de 12 Haras principaux, devant produire les étalons de pur-sang destinés à remplacer les étalons métis qui existaient en France.

• C'est à cette époque également que fut créée la Société d'encouragement, plus connue sous le nom de Jockey Club, dont le but était d'améliorer parle sang pur les espèces légères, c'est-à-dire celles unissant la

ib8 Lts Haras

Vigueur à la légèreté, en un mot la meilleure race propre à la selle (1).

Comme conséquence de ce système, le Haras du Pin reçut une grande exlension, fut peuplé de poulinières d'élite et du meilleur sang; celui de Pompadour, supprimé en 1825, fut rétabli sur des bases nouvelles et celui de Rosières acquit plus d'importance.

Mais ce ne devait être là qu'une mesure transitoire. Il s'agissait pour l'Administration, d abord de multiplier en France les éléments de régénération par le pur-sang, de donner à l'industrie privée un , spécimen bien entendu de producteurs et d'élèves, puis de se retirer en laissant libre carrière à cette industrie. ^

Des primes furent instituées en faveur de la jumgde race pure et les courses reçurent, avec une dota . plus large, une force nouvelle.

Quoique critiquable dans son absolutisme, le système de l'Administration donna néanmoins de bons effets et développa à tel point, parmi les riches éleveurs, le goût de la production du cheval de pur-sang que, en 1841, l'Administration, cédant à de nombreuses instances, supprimait le Haras de Rosières, ne conservait que 13 juments au Haras du Pin et limitait à 30 le nombre des poulinières entretenues à Pompadour.

La réduction de l'élevage dans les établissements de l'État permettait d'accroître l'effectif des étalons

(1) Extrait du programme de fondation de la Société. (Voy. calendrier des courses de chevaux, par E. Bryon, Paris, 1834, t. 4, p. 121.)

ADMINISTRATION DES HARAS Ittë

et d'en mettre un plus grand nombre à la disposition des éleveurs.

Il résulte, en effet, d'un rapport adressé au roi le 9 novembre 1847, que le nombre des étalons de l'État qui, en 1840, n'était que de 893 donnant 31,106 saillies, avait été porté en 1847 à 1 ,242 servant 59,313 juments et que les naissances qui étaient de 14,440 en 1840, atteignaient en 1847 le chiffre de 28,000.

Il en résulte également que le nombre des étalons approuvés était plus que doublé.

En 1840, le budget des Haras s'élevait à 2 millions sur lesquels l'Administration prélevait 362,000 francs pour la remonte de ses établissements ; en 1848, l'Administration disposait d'une dotation de 2,340,000 francs et achetait pour 492,000 francs d'étalons.

Jusqu'en 1852, et malgré le vote funeste de 1841, la jumenterie du Pin survit à sa ruine et montre encore des débris précieux de sa grandeur passée.

A Pompadour, l'Administration grandit, développe et fortifie, tout en la conservant dans sa pureté primitive, la race arabe que l'industrie privée ne peut aller chercher en Afrique et donne naissance à la belle famille anglo-arabe qui rendra de si grands services à nos races du midi.

Mais, en même temps que le nombre des étalons de pur-sang suit une progression croissante et s'élève de 187 (1840) à 330 (1848), le demi-sang est créé en Normandie par l'introduction de demi-sang anglais provenant du Norfolk.

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La production et l'élevage dePétalon de demi-sang, sagement développés et régularisés, deviennent tels que l'Administration, qui de 1833 à 1837 trouvait à peine à dépenser en Normandie 55,000 francs pour la remonte de ses établissements, y achète, à partir de 1843, pour environ 300,000 francs d'étalons.

Il y a plus. L'épreuve au galop à laquelle on soumet le cheval de pur-sang ayant pour corollaire logique celle du trot pour le cheval de demi-sang, les courses au trot sont créées par l'arrêté du 30 septembre i 846, complété par l'arrêté du 4 février 1848 et réglementées par celui du 12 avril 1849.

L'école du Pin, ouverte en 1841, fleurit et prospère et ses éminents professeurs, par l'attrayant enseignement de la science hippique, fondent sur l'expérience et la doctrine, cet esprit de tradition si essentiel au progrès comme à la durée de tout corps spécial.

Mais, cette situation favorable ne peut durer ; le 17 juin 1852, un décret réduit le nombre des établissements de l'Administration des Haras, — il n'y aura plus qu'un seul Haras et 23 dépôts d'étalons — supprime les fonctions de l'Inspecteur général et crée auprès du ministre une Commission permanente des Haras.

Le Haras du Pin voit sa jumenterie dispersée, pendant que celle de Pompapour subit de fortes réductions. Le nouveau système supprime l'école du Pin, diminue en France et tout particulièrement en Normandie les achats d'étalons de demi-sang, augmente

ADMINISTRATION DES HARAS Ili

celui des étalons de pur-sang, et double presque les primes des juments de même race.

Le nombre des étalons approuvés s'élève en même temps de 274 à 463.

Les courses au trot avaient produit d'excellents résultats. On les supprime ainsi que les courses d'essai, et les courses au galop, plus favorables au pur- sang, recueillent leur héritage.

Après les guerres de Crimée et d'Italie, une campagne a lieu en faveur de la liberté des Haras.

La Commission des Haras se trouve partagée d'opi^ nion et la majorité, composée de 13 membres contre 11, sous la présidence du maréchal Randon, se prononce pour l'intervention directe.

Dans ces conditions, le ministre d'Etat, Walewski, conclut au danger de la suppression immédiate et le 20 décembre 1860 un décret réorganise les Haras sur de meilleures bases.

En 1861 et 1862, la nouvelle Administration prend une marche progressive, le budget des Haras reçoit de plus fortes allocations; les épreuves au trot et au galop pour les étalons de demi- sang sont rétablies.

Toutefois, malgré l'avis de la Commission réunie sous la présidence du ministre de la guerre, la jumenterie du Pin n'est pas rétablie, la jumenterie de Pompadour, déjà atteinte en 1852, est complètement détruite et les riches collections de reproducteurs mâles et femelles, formées avec tant de soins, à de si grands frais, sont dispersées et bientôt perdues pour

le pays.

En 1863, les partisans de l'intervention indirecte des Haras triomphent sur toute la ligne, un communiqué, inséré dans les journaux de Caen des 28 et 29 septembre, tout en pressentant dans un avenir encore lointain, la transformation des Haras en faveur de l'étalonnage privé, laisse entrevoir l'adoption définitive des idées de la minorité de la commission de 1860 sur les doctrines de la majorité.

Le 25 novembre, dans un rapport inséré au Moniteur du même jour, le directeur général annonce « que des hommes honorables et spéciaux, offrant toutes les garanties désirables, lui avaient proposé de prendre à leur compte l'exploitation de bon nombre de stations jusqu'à présent desservies dans le Calvados, l'Orne et la Manche par les dépôts de Saint-Lô et du Pin et s'engage, en outre, à alimenter pendant un certain temps le marché d'étalons au moyen des subventions de l'Etat. »

Les 23 et 28 décembre, la transformation, envisagée comme lointaine, devient un fait accompli et les Haras de Saint-Lô et du Pin sont obligés — à titre d'essai — de céder à vil prix (2 ou 3,000 francs en moyenne) près de 200 de leurs meilleurs sujets.

La somme distribuée aux étalons particuliers est augmentée progressivement de 150,000 en 1864, de 120,000 en 1865, samme dépassée encore au moyen d'anticipations ou d'imputations irrégulières.

En 1867, l'industrie privée atteint son apogée avec 1,000 étalons; puis, malgré l'abondance des primes, l'effectif des particuliers décroît pendant que celui

des Haras diminue pour tomber en 1869 à 739 sujets.

Nous arrivons à Tannée terrible.

En 1870, notre situation chevaline est telle que, malgré les plus grands efforts, nous ne pouvons trouver en France que 80,000 chevaux propres au service de l'armée et, sur ce nombre, 20,000 à peine sont susceptibles de remonter nos cavaliers.

Il faut ensuite réparer nos désastres.

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