DE SELLE
Mais il ne suffit pas d'un débouché certain et régulier, il faut encore que ce débouché soit avantageux.
LA REMONTE DE L'ARMf E 275
Eh bien! on peut se demander si les prix offerts actuellement par la remonte sont suffisamment rémunérateurs pour engager l'éleveur à produire le cheval de selle.
A cette question, tout le monde, le ministre de l'agriculture même, s'accorde à répondre non!
Sans doute, si Ton compare le prix moyen d'achat en 1843 — prix qui n'était que de 597 francs — avec le prix moyen des quatre dernières années — qui est de 1.070 francs — on s'étonne que Ton vienne encore demander de majorer les prix.
Mais, il faut bien le reconnaître, les chevaux de 1 843 étaient loin de valoir nos chevaux d'aujourd'hui.
On n'exigeait pas d'eux les qualités qu'ils possèdent maintenant. Et puis, c'est justemenl parce que la remonte ayant des tarifs insuffisants, constituait un débouché désavantageux, que les cultivateurs n'avaient aucun intérêt à produire le cheval d'armes, faisaient du trait, et que l'Administration, dans un grand nombre de cas, était obligée de s'adresser à l'étranger.
La preuve, c'est que, à mesure que les prix se sont élevés, l'éleveur est entré résolument dans la voie du progrès et que l'éducation du cheval de selle a gagné chez nous d'une manière irréfutable.
Favorisez l'élevage, assurez le cultivateur d'un prix capable de couvrir les dépenses qu'il aura faites, et, soyez en convaincus, il fera marcher de front l'augmentation et l'amélioration du cheval propre au service de la cavalerie.
line faut pas se le dissimuler, à l'heure présente, l'agriculture se meurt. Les grains, les fourrages, les bêtes à cornes, les porcs se vendent à vil prix.
La valeur des terres devient nulle et seul, dans les années heureuses, l'élevage du cheval permet au cultivateur de payer son propriétaire.
Que deviendrait la défense nationale si, absolument délaissé, ne recevant aucun encouragement, l'agriculteur abandonnait sa noble profession, préférant la misère à la ruine complète ; si les propriétaires, obligés de faire valoir leurs terres, n'employaient aux labours, comme cela se fait généralement, que des chevaux de trait, la plupart du temps âgés ou tarés ?
L'éventualité est si menaçante, qu'elle mérite d'attirer l'attention, d'émouvoir tous les patriotes, et qu'elle fait ressortir la nécessité — l'indispensable nécessité — de parer à ses conséquences probables et futures.
Quand on prend le prix moyen d'un poulain, susceptible, plus tard, de faire un cheval de selle; quand on ajoute à ce prix la nourriture, la moyenne des pertes et des non-valeurs, l'intérêt du capital pendant trois ou quatre ans, on arrive à un total parfois supérieur à la moyenne payée par la remonte.
On aura beau dire que ce cheval, pendant ses années de croissance, a payé sa nourriture par son travail et par le fumier qu'il produit, il ne faut pas moins reconnaître que, tout comme les autres citoyens, les cultivateurs doivent suffirent à leurs
besoins, élever leur famille, verser à leurs propriétaires le montant de leurs loyers, et que, nécessairement, ils ne peuvent faire de semblables avances, de pareils sacrifices, sans aucun espoir de retour.
Il y a donc urgence et justice à augmenter le prix des chevaux de cavalerie et, tout en marchant avec une prudente réserve, à prendre des dispositions telles que l'augmentation accordée tout en profitant aux éleveurs ne modifie pas la moyenne des prix d'achats. Ce qu'il faut payer plus cher ce sont les bons chevaux, les chevaux bâtis en chevaux de selle, quitte, au contraire, à diminuer le prix des chevaux de trait pour lesquels la remonte constitue un débouché très rémunérateur.
4. - CESSATION DES ACHATS DE TROIS ANS ET DEMI QUI SERAIENT REMPLACÉS PAR CEUX DE QUATRE ANS ET DEMI POUR LES CHEVAUX DE TÊTE, DE CINQ ANS POUR LES CHEVAUX DE TROUPE.
A côté de ces trois mesures, que nous considérons comme fondamentales: l'achat direct, l'augmentation du chiffre des achats et des réformes, l'élévation des prix des chevaux de selle il en est une autre dont l'importance est capitale ; celle qui consisterait à n'acheter les chevaux qu'à l'âge de quatre ans et demi ou à Pâge de cinq ans.
Sur cette question, nous le savons, nous rencontrons nombre de contradicteurs et l'on nous fait un reproche de soutenir que l'abaissement de l'âge d'achat à trois ans et demi, est une mesure absolu-
ment désastreuse, non seulement pour les intérêts des éleveurs, mais encore et surtout pour les intérêts généraux du pays.
Il semble, au premier abord, que le cultivateur a tout intérêt à se débarrasser de ses élèves le plus rapidement possible et que l'achat, dans le jeune âge , est pour lui un encouragement plus efficace qu'une véritable augmentation de prix.
Ce n'est là pour lui qu'un trompe-l'œil. S'il vend ses chevaux à trois ans et demi, il doit les mettre au repos dès l'âge de trois ans, d'où cette conséquence qu'il ne lui reste, pour ses travaux, que des chevaux de deux k trois ans, trop peu formés pour, la plupart du temps, pouvoir résister à la fatigue qui leur est imposée.
Cette mesure n'est pas moins déplorable pour le commerce et incidemment pour l'État.
Ne trouvant plus à s'alimenter en chevaux faits, le commerce est obligé d'en acheter à l'étranger, ou de se rabattre sur des chevaux: de trois ou de quatre ans. Il les ruine prématurément, souvent même avant qu'ils aient pu rendre le moindre service et l'on ne doit pas être étonné du nombre considérable de chevaux que les commissions de classement trouvent impropres pour remonter la cavalerie ou même l'artillerie en cas de mobilisation.
Quant à l'Etat directement, il fait une mauvaise spéculation.
On aura beau dire qu'à trois ans et demi il peut choisir à une époque où la concurrence du commerce
est moins grande, il n'en est pas moins vrai qu'il devient éleveur dans des conditions les plus désavantageuses, puisque les animaux qu'il a achetés à trois ans et demi ou à quatre ans, restent dans ses dépôts de transition pendant plus de dix-huit mois, n'y sont d'aucune utilité et n'y réclament que des soins.
Si, au prix de la nourriture du cheval pendant cette longue période, on ajoute celui de la ferrure, des médicaments, des pertes causées par les accidents ou la mortalité, on arrive à cette conclusion qu'à son entrée dans le rang un cheval de remonte coûte au bas mot mille francs de plus que son prix d'achat primitif.
Mais, il est une conséquence des achats à l'âge de trois ans, qu'il nous faut envisager parce qu'elle est primordiale et que sa portée est incalculable.
Ils risquent, en effet, de compromettre la mobilisation en paralysant en partie l'action de la cavalerie, dont le dixième au moins des effectifs (10 à 15.000 chevaux), incapables d'entrer en ligne, seraient obligés de rester dans les dépôts.
Nous concluons donc qu'il faut n'acheter les chevaux qu'à cinq ans, exceptionnellement à quatre ans et demi.
5. — MAJORATION DE 500 FRANCS POUR LES CHEVAUX DE TÊTE ACHETÉS A QUATRE ANS ET DEMI ET LES CHE- VAUX DE TROUPE ACHETÉS A CINQ ANS.
Que la vente soit retardée d'un an les inconvénients que nous venons de signaler disparaissent. Mais,
l'éleveur se trouve contraint de conserver plus longtemps ses élèves, d'en avoir un plus grand nombre, d'attendre la rentrée de ses capitaux. Il doit donc être indemnisé.
Sans doute, ses chevaux lui auront rapporté comme travail une partie de leurs dépenses ; sans doute, le commerce, trouvant des animaux ayant l'âge qu'il désire, constituera un concurrent redoutable pour la remonte, circonstance favorable au cultivateur; mais, néanmoins, il est de toute justice que l'Etat partage avec lui les bénéfices qu'il aura réalisés.
Les chevaux qu'il achète à trois ans et demi ou à quatre ans lui reviennent, avons nous dit, à 1.000 francs de plus quand ils entrent dans le rang ; qu'il en donne la moitié à l'éleveur, soit, par conséquent, 500 francs, et acheteur et vendeur feront également une bonne affaire.
6. — CRÉATION DE CONCOURS SPÉCIAUX POUR JUMENTS POULINIÈRES DE SELLE, AVEC OBLIGATION, POUR LES JUMENTS PRIMÉES, D'ÊTRE SAILLIES PAR DES ÉTALONS DE SELLE DÉSIGNÉS PAR LE JURY.
S'agit-il d'exciter l'activité industrielle dans une direction quelconque, il n'existe à proprement parler qu'un encouragement digne de ce nom : c'est un débouché avantageux et régulier; mais, néanmoins il en est un autre, non moins puissant, qui consiste dans la distribution de primes d'encouragement à
ceux des concurrents qui se livrent à cette industrie avec le plus de succès.
Il ne suffit pas de mettre à la disposition des producteurs des étalons de selle, des étalons plus ou moins près du sang, il faut encore que ces producteurs possèdent des juments, ayant elles-mêmes une conformation se rapprochant autant que possible de celle des pères, c'est-à-dire des juments de selle.
Et, si cela existe, il est alors hors de douie que la perfection de l'espèce proviendra de l'assemblage intelligent des qualités existant chez les deux reproducteurs.
A coup sûr le producteur fabriquera des poulains de selle si l'éleveur de la Plaine délaisse ses poulains de trait léger on ne lui en offre qu'un moindre prix, de même que l'éleveur garnira ses écuries de chevaux d'armes si la remonte lui procure un débouché régulier et rémunérateur; mais, ce producteur, en supposant qu'il ait en sa possession des juments distinguées, il faut l'empêcher de les vendre.
Exciter les propriétaires à conserver les juments présentant le type du cheval de guerre et à les livrer à un étalon convenable, tel doit être le rôle de l'Administration de la guerre.
Il faut donc, par un système spécial d'encouragements, par des primes sagement distribuées et suffisamment élevées, ôter aux éleveurs toute envie de se débarrasser de leurs poulinières de selle, en leur imposant, comme condition du payement de la prime,
l'obligation de les faire saillir par un étalon de selle désigné à cet effet.
Quant à l'objection qui pourrait être faite; à savoir qn'il existe actuellement des concours de poulinières, où sont admises toutes les juments destinées à la reproduction, sans conditions de spécialité, elle ne porte pas.
Les concours actuels ont pour but d'encourager la conservation des juments de tête, qu'elles soient aptes à faire le trotteur, le carrossier ou le cheval d'armes.
Les concours qu'il s'agirait de créer en auraient un autre : primer les poulinières de selle à l'exclusion de toutes autres.
7. — MAJORATION, SOUS FORME DE PRIMES, DES PRIX ACCORDÉS AUX PLUS BEAUX CHEVAUX DE SELLE ET CONCOURS DE CHEVAUX DE SELLE.
Cet encouragement n'est en somme que la contrepartie du précédent. Au lieu de s'appliquer à des reproducteurs il a pour objet leurs produits.
Ces concours, que nous préconisons depuis plusieurs années, ont été organisés en 1898 et ont donné des résultats véritablement satisfaisants prouvant, une fois de plus, que les demi-sang trotteurs font d'excellents chevaux d'armes. C'est ainsi que « dans un concours de dressage, institué par une société créée pour l'amélioration du cheval de guerre et spécialement réservé aux chevaux de selle, les pre-
miers prix ont été décernés à des produits d'étalons trotteurs, tels que Mars et Marengo, issus euxmêmes du trotteur Fuschia (1).
C'est ainsi qu'au concours de dressage pour chevaux de selle hongres et pouliches de 3 ans qui a eu lieu à Caen le 30 juillet 1898, 27 sujets, la plupart remarquables, se sont disputé les 4.000 francs alloués par l'État et que les prix ont été enlevés par des produits issus d'étalons trotteurs tels que Jean-de- Nivelle, Lance-à-Mort, Harley, Qui-Vive, Galba, Aramis, par Hippomène et Conquérant, Martial, Kronstadt, tous deux par Cherbourg, Ibis, par Lavater et Normand et enfin Kachemyr, descendant de Normand et de Phaéton (2).
8. — CONSERVATION, PAR LA REMONTE, DES JUMENTS ATTEINTES DE GORNAGE EN OPÉRANT UNE LÉGÈRE RÉDUCTION DU PRIX D'ACHAT.
Tous les ans un certain nombre de juments d'origine, atteintes de cornage chronique et achetées par la remonte comme animaux de tête, sont rendues à leurs propriétaires.
Leur prix marchand diminuant de moitié, les
(1) Rapport de M. Plazen, déjà cité, p. 32.
(2) En 1899, le 22 juillet, un concours de chevaux de selle, auquel étaient affectés 24.000 francs de prix, a réuni à l'École de dressage de Caen plus de 60 concurrents, presque tous de grande origine et d'excellente conformation .
En 1899, également, le 15 septembre, a été organisé an dépôt de Remonte de Caen, le premier concours de primes de majoration pour chevaux de selle, concours exclusivement réservé aux éleveurs et dont les résultats ont été des plus encourageants.
éleveurs préfèrent les conserver en les livrant à la reproduction. Il en résulte de beaux poulains, c'est vrai, mais, ces poulains, arrivés à l'âge, deviennent corneursà leur tour.
Pourquoi l'armée qui, dans ses escadrons, compte un grand nombre de chevaux corneurs, ne conserverait-elle pas ces juments en opérant une légère réduction sur le prix d'achat ?
Tout le monde y gagnerait : l'armée qui, pour un moindre prix, aurait un sujet lui rendant les mêmes services; le producteur, qui ne serait pas obligé de passer sous les fourches caudines de certains iutermédiairesou de garder une poulinière tarée; l'éleveur, qui, acheteur de poulains issus d'une pareille jument, ne verrait pas, trois à quatre ans plus tard, ses sacrifices réduits à néant.
9. — CRÉATION DE COURSES MILITAIRES AVEC ATTRIBU- TION D'UN CERTAIN POUR CENT DES PRIX A L'ÉLE- VEUR DU GAGNANT QUI L'A LIVRÉ A LA REMONTE.
Les courses militaires — les military — existent.
Pourquoi ne pas attribuer, comme le fait la Société hippique française, à l'éleveur des vainqueurs, un tant pour cent sur les prix en espèces obtenus par eux ? La chose, en soi, est peu importante, c'est possible (1); elle causerait, cependant, à n'en pas douter,
(1) En 1897, les primes accordées aux poulinières, mères des vainqueurs, par la Société hippique française ont atteint le joli chiffre de 61,300 francs, lin encouragement pareil n'est pas à négliger.
une louable émulation entre les éleveurs qui suivent toujours dans leur carrière, — quand ils le peuvent, — et avec le plus grand intérêt, les produits de leurs écuries.