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ENGRAIS MINÉRAUX

Favorisée par une situation exceptionnelle, un climat tempéré, plutôt humide que sec, un sol d'une richesse inouïe, grâce au voisinage de la mer, la Normandie, et, en particulier la Plaine de Caen, qui nous occupe, a fait de la production chevaline une des principales, sinon la principale branche de son industrie agricole. Dans la plupart des exploitations, le nombre des chevaux égale ou dépasse celui des bêtes à cornes et il n'est pas rare de trouver dans beaucoup de fermes un cheval par 3 hectares.

Cette constatation est indispensable pour expliquer certaines pratiques agricoles de la plaine, la diversité des cultures, les assolements mis le plus souvent en pratique et la quantité de fourrages artificiels qui, récoltés par nos cultivateurs, sont recueillis en vert ou sous forme de foin.

Assolements. — L'assolement généralement adopté, surtout dans les grandes exploitations, où les baux sont de longue durée, est l'assolement décennal.

Nous citerons comme exemple celui mis en usage

i6 LA PLAINE DE G A EN

dans la ferme de M. Paul Bastard, à Fontaine- Henry (1) :

1° Colza ou betteraves ;

2° Blé ;

3° Avoine d'hiver et seigle ;

4° Trèfle incarnat et culture dérobée ;

5° Blé ;

6° Avoine avec semis de sainfoin ; 7° Sainfoin de deux ans; 9° Blé ;

10° Avoine d'été.

1° — Le colza est piqué en lignes dans des terres qui, après défrichement d'avoine, reçoivent une abondante fumure de fumier de ferme, environ 50 à 60,000 kilos à l'hectare, puis des labours répétés.

Cette fumure est complétée par des engrais chimiques : scories de déphosphoration, superphosphates, sulfate de potasse, etc., qui, par hectare, peuvent être évalués à 70 kilog. d'azote, 60 de potasse, 200 d'acide phosphorique et S00 de chaux.

Le bas prix des graines oléagineuses, mal protégées par les droits de douane, a fait, en partie, depuis plusieurs années, abandonner la culture du colza, qui a dû être remplacée par celle de la betterave sucrière.

Si, en effet, pour notre industrie chevaline, il nous faut des fourrages, des pailles et de l'avoine, on est bien obligé de reconnaître que le sol ne peut être

(1) M. Paul Bastard a obtenu, en 189 i, le second prix de grande culture au concours régional de Caen.

indéfiniment; sans un grand désavantage, livré à la culture des légumineuses et des céréales.

Sans doute, l'emploi judicieux du fumier de ferme et d'engrais complémentaires conserve à la terre toute sa fertilité, mais la question du nettoyage du sol reste entière et il faut, coûte que coûte, recourir périodiquement à une culture sarclée.

La betterave sucrière réussit bien dans la plus grande partie de la Plaine de Caen, spécialement dans les terres des cantons de Douvres, Creullv et Tilly-sur Seulles, là où les terres sont argilo-calcaires, consistantes et riches en humus.

La betterave succédant ordinairement à une céréale, la préparation du sol consiste d'abord en un labour superficiel au moyen de déchaumeuses, labour ayant pour but de détruire les mauvaises herbes et de faire germer leurs semences.

En automne, se font les labours et l'enfouissement du fumier.

En février ou mars, on effectue deux ou trois labours légers, on fait ensuite passer la herse, le croskill, puis le rouleau lisse; la terre est alors prête pour recevoir les semailles qui se font en lignes, au semoir, muni de socs suivis d'un rouleau compresseur.

Les engrais consistent en fumier de ferme, qui doit toujours être enfoui en octobre-novembre et en engrais complémentaires : superphosphates, sulfate de potasse et nitrate de soude qui sont répartis, les uns pendant les derniers labours, les autres avant le dernier hersage.

Il est bon de faire ici remarquer que la culture du colza, loin d'être proscrite, devrait être encouragée ; qu'elle seule convient à l'élevage de nos chevaux de demi-sang, ardents et légers, tandis que le transport des betteraves, à travers les terres le plus souvent détrempées et défoncées, est une opération pénible, peu en rapport avec le travail modéré, l'exercice que nous demandons à nos chevaux d'élevage.

2° — Au colza ou aux betteraves succède une culture de blé sans engrais ou recevant, afin de faire mieux résister la récolte à la verse, soit un amendement calcaire, soit des superphosphates ou des scories de déphosphoration.

3° — La troisième sole reçoit une semence d'avoine d'hiver avec, au printemps, addition de nitrate de soude, ou une culture de seigle qui sera mangé en vert ou servira à faire des liens.

4° — L'avoine étant récoltée, un labour superficiel (déchaumage) est pratiqué, puis on sème du trèfle incarnat de plusieurs variétés : hâtif, demi-tardif et tardif, afin de faire succéder ce fourrage qui, comme nous le verrons, est dépouillé par les chevaux au piquet, du mois d'avril à la fin de juillet.

Au fur et à mesure que le trèfle est consommé, on le défriche et on fume les terres qui reçoivent alors une culture dérobée, autant que possible des légumi-

neuses, lesquelles, ayant la propriété de fixer Pazole atmosphérique, sont de véritables plantes améliorantes et peuvent, si elles ne sont pas pâturées, ùtre enfouies en vert.

5° — La terre, étant convenablement préparée et fumée, reçoit une culture de blé.

6° — Au blé succède de l'avoine d'été, dans laquelle on sème du sainfoin.

7° — La première coupe de sainfoin, d'un rendement plus ou moins considérable, suivant les années, fournit le fourrage qui sert de base au régime sec à l'écurie.

Elle donne, en général, dans les bonnes terres, de 8 à 9000 kilogrammes de fourrage sec à l'hectare.

La deuxième coupe est récoltée pour la graine. Le foin battu n'est administré qu'au bétail.

8° — La première coupe de sainfoin de deux ans est également récoltée à l'état de fourrage sec.

La deuxième est pâturée au piquet, quand le trèfle vient à manquer.

9° — Si Ton conserve le sainfoin trois ans, la première coupe est mangée en vert, au piquet, puis la terre est brisée et, après les labours, est emblavée en blé.

Si, au contraire, le sainfoin est défriché à la fin de la deuxième année, la neuvième sole reçoit une culture de blé.

10° — La dixième année reçoit, suivant les cas, du blé ou de l'avoine.

Avec un assolement pareil, qui, bien entendu, supporte des modifications de détail, permet de faire des betteraves fourragères, des pommes de terre, du sarrazin, etc., la ferme, largement pourvue de pailles, de fourrages et d'avoine, peut suffire à l'entretien

d'un mobilier vivant Considérable et donner au cultivateur des bénéfices largement rémunérateurs.

Engrais. — Après avoir indiqué rapidement quels sont les assolements adoptés dans la Plaine de Caen,

11 importe de faire remarquer ici quelle a été, dans ces dernières années surtout, l'influence des engrais artificiels, des engrais minéraux (phosphates, superphosphates, scories de déphosphoration) sur le développement extraordinaire qu'atteignent, dans cer- ' taines exploitations, les chevaux de demi-sang et sur la disparition des cxostoses si fréquentes encore il y a un demi-siècle.

Les éléments minéraux, on le sait depuis longtemps, sont indispensables à la végétation en fournissant aux plantes les substances nécessaires à leur constitution.

Non seulement ils conservent au sol sa fertilité en lui rendant ce qu'il a perdu (1), mais, encore, facilitant un plus grand développement des parties vertes des plantes fourragères, leur faisant retenir leur eau de végétation, ils leur aident à résister à des sécheresses assez prolongées.

Il y a plus, ces engrais minéraux jouent un rôle considérable sur la constitution et la santé de nos animaux domestiques.

(t) Une récolte de 18 hectolitres de blé à l'hectare et de 5400 kilogr. de paille, enlève à lu terre 278 kilogr. de matière minérale dont 3."» kilogr. d'acide phosphorique et 40 kilogr. de potasse.

Une récolte moyenne de colza enlève à la terre par hectare 270 kilogr. de chaux; 258 de potasse; 104 d'acide phosphorique; 109 d'azote et

12 de magnésie.

PRODUCTION AGRICOLE - ASSOLEMENTS t 21

Indépendamment des principes immédiats azotés : albuminoïdes et amides, des principes amylacés et des corps gras que l'animal doit trouver dans sa nourriture et qui, étant transformés dans l'économie, deviendront les éléments constituants de ses tissus, il lui faut aussi des principes inorganiques, des sels, des subtances minérales ; d'une part, parce que ces substances font partie intégrante de la constitution de tous ses organes; d'autre part, parce qu'elles sont chargées de régulariser les phénomènes d'endosmose et d'exosmose qui sont le fond du travail de la nutrition, d'accroître l'assimilabililé des principes nutritifs.

Mais, ces substances minérales, comment doiventelles entrer dans la ration?

Il résulte des expériences de Haubner, de Zurn, de Lehmann, qu'elles ne peuvent être données avantageusement que si elles font déjà partie constituante des végétaux.

Combinées à une albuminoïde ou à une matière organique quelconque, elles sont solubles et absorbables.

Données sous forme de condiments — à l'état de phosphates, de poudres d'os, par exemple, — môme à dose beaucoup plus élevée que celle qui devrait se trouver normalement dans les aliments, elles s'assimilent mal, éprouvent des réactions diverses, dont le produit, insoluble, est perdu pour la nutrition et est rejeté avec les excrémenls.

11 est donc indispensable que l'animal trouve dans

ses aliments les sels qui lui sont nécessaires et que le végétal, lui-même, puisse les puiser dans le sol.

Ici doit se poser une question.

L'épandage abondant d'un engrais phosphaté rend-il le fourrage plus riche en acide phosphorique?

Les expériences faites par l'éminent directeur de la station agronomique de Caen, M. le D r Louise, à qui nous avons déjà fait des emprunts, permettent d'y répondre affirmativement.

Dans des essais effectués à Fontaine-Henry, dans la ferme de M. Paul Bastard, sur une superficie de 10 ares, 6 cultivés en sainfoin, 4 en trèfle incarnat, M. le D' Louise a voulu :

t° Rechercher si les plantes légumineuses s'enrichiraient sensiblement en acide phosphorique dans le cas où ce principe fertilisant serait mélangé abondamment au sol;

2° Rechercher, étant donné un sol déterminé, sous quelle forme il conviendrait d'y répandre les engrais phosphatés pour obtenir le maximum de rendement en acide phosphorique dans le fourrage.

Chaque parcelle de terrain a reçu, par are, et sous des formes diverses : phosphate de chaux, poudre d'os, phosphate de Pernes, superphosphate, scories de déphosphoration, 2 kilogr. d'acide phosphorique, à l'exception d'une seule laissée sans engrais et destinée à servir de comparaison.

Les différentes parcelles ayant été cultivées dans les mômes conditions, il a été recueilli, le même jour, dans chacune d'elles, la récolte correspondante à

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1 mètre carré, récolte qui a été exactement pesée, puis soumise à l'analyse, en se bornant seulement au dosage de l'acide phosphorique.

Trèfle incarnat

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