‹ Le Cheval BarbeChapitre 24 sur 28 · C. Claude · texte numérisé non relu

C. Claude

Dre

Devenu Vétérinaire-principal, chef des Services vétérinaires et zootechniques du Maroc, M. Monod n’a pas abandonné ses conceptions au sujet de la production d’un cheval de trait apte aux travaux agricoles ; mais cette fois, ayant l’occasion et le pouvoir, il en a prescrit la réalisation.

Le service des Haras marocains « possède quelques bons spécimens de bretons dont les services sont donnés à quelques juments indigènes, à certaines importées et à des juments bretonnes de l’armée confiées à des agriculteurs » (28).

M. le P' Dechambre, après avoir relaté l’introduction des étalons bretons et leurs croisements avec les éléments locaux, formule quelques réserves sur la réussite de l’entreprise : « Ces divers croisements doivent réussir à donner un cheval de trait,un cheval agricole, des poulinières qui seront conservées dans les fermes pour le travail des champs, mais à la condition toutefois que l’alimentation des reproducteurs et des jeunes soit assez abondante » (28).

Voilà nettement posée la question de la suffisance ou non desressources culturales mises par la colonie au service de son élevage, Ne préjugeons pas et attendons la réponse !

M. Trouette, directeur du Service vétérinaire et zvotechnique de l'Algérie, dans un ouvrage publié, en 1906, sous le titre « La production du cheval agri: cole en Algérie » préconisait, comme une nécessité $#conomique, l'élevage du cheval de trait. À cet effet,

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il conseillait le croisement d'étalons bretons avec des juments du pays,choisies parmi les plus lourdes, les plus robustes et les moins nerveuses, et donnait tous les conseils d'usage, tous les moyens complémentaires (hygiène, alimentation, etc.) pour mener à bien la production du cheval agricole (39), |

Et voici qu'en 1924, 18 étalons bretons « appréciés des éleveurs » ont fait la saillie dans les stations de monte, en Algérie.

Désormais les remontes n’encourront plus le reproche de poursuivre uniquement la production du cheval de selle et de délaisser la reproduction du cheval de trait.

Les Commissions des Primes, ne signalent-elles pas dans leurs rapports, dès 1925 « des produits de belle venue » issus de ces étalons bretons !

Petits poulains deviendront grands. Prêtons leur vie et nous jugerons « ces poulains de bonne yenue » lorsqu'ils seront devenus « chevaux de trait agricoles ».

Il est indispensable de se bien pénétrer de ces principes : « 1° Toujours la race croisanie transmet au produit plus de la moitié de ses exigences ;

2% Tout croisement, qui éloigne Je cheval de son type initial, annihile d'autant chez Jui les facultés d'adaptation à son milieu d’origine et par conséquent diminue sa résistance. »

Or les conditions de la vie sont telles, en Algérie, qu'elles rendent impossible l’élevage productit d'une race importée et qu'elles s'opposent au déve-

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loppement normal des issus de cette race, même croisés avec des chevaux du pays.

Ne voyons-nous 'pas depuis longtemps à l’œuvre ces étalons importés, approuvés et autorisés, généralement trotteurs en rupture d’hippodrome et dont la saillie berce les espoirs des éleveurs qui leur conduisent leurs juments barbes ? Peu de produits sortent de ces alliances qui répondent par la suite aux espérances de leur propriétaire.

Le facteur-milieu d'élevage restera toujours la condition sine qua non à laquelle est attaché le succès.

Ces produits breton-barbes ne réussiront que dans les contrées fertiles, des pays d'herbages où ils pourront être laissés en liberté en toute saison, pendant la durée de l'élevage proprement dit. L’allaitement prolongé, le sevrage méthodique, l’alimentation régulière des juments et des poulains sont les senis garants de la réussite.

L’indigène etle petit colon ne sont pas des éle veurs des Côtes-du-Nord. Les prairies naturelles, fumées, semées et régulièrement entretenues sont rares en Algérie ; les pacages et les terrains de parcours ne peuvent convenir qu'aux troupeaux ; la culture de l’avoine très réduite ne produit que 2.288.000 quintaux pour toute la colonie.

En face des ressources culturales et des conditions de l'élevage actuelles, ces croisements ne peuvent donner que des mécomptes. La race bretonne sur un sol ingrat ne trouvera que des moyens d’existence

se, CAS

insuffisants, et les poulains, abandonnés à euxmêmes, végéteront dans un état voisin de la misère.

Indubitablement, il faudrait pouvoir importer quelques milliers d'hectares de bonne prairie en se chargeant de ces étalons d’un autre pays.

A force de savoir et d’argent on peut faire le cheval agricole partout ; mais les conditions d’un élevage économique doivent s’allier à celles d’une production naturelle. « Partout ailleurs l’obtention d’un cheval réussi n’est que le résultat coûteux d’une heureuse fantaisie » (P. Déchambre).

Une guerre déclarée à la nature, une lutte constante contre la force de son influence est trop inégale. C’ést une folie ! Et chez tous ces métis, délicats, moins rustiques, trop gros mangeurs, à part quelques rares exceptions, nous obsérverons tôt ou tard non seulement les signes d’une véritable dégénérescence physique mais encore la disparition totale des qualités morales et des aptitudes du barbe. Nous constaterons la mort du cheval barbe

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