‹ Le cheval de selle en FranceChapitre 12 sur 43 · CHAPITRE PREMIER Le cheval de selle · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Le cheval de selle

Ses formes utiles. — Ses proportions. — Sa beauté type. — Le pur-sang. — Le demi-sang galopeur. — Le cheval de la Guérinière. — Le cheval de la commission d'hygiène hippique au ministère de la guerre. — Système des compensations pour chevaux disharmoniques. — Le sang et la trempe. — Beautés recherchées chez le cheval par les Orientaux, par les Anglais, par les Russes, par les Allemands, par les Austro-Hongrois. Les peuples cavaliers. — Leurs chevaux. — Leurs allures.

Avant de vous déplacer et d'aller, soit dans les centres d'élevage, soit chez un marchand de Paris ou d'une grande ville, il faut savoir exactement quel c]iei>al f^ous coulez, juger modestement quel degré de sang et quel caractère peut avoir cet animal pour que vous fassiez bon ménage avec lui, et enfin à quel genre de service vous voulez l'employer.

Ces différents renseignements sont fort difficiles à obtenir de soi-même; on sait h peu près quel cheval on est capable de monter, on préjuge facilement le service auquel il est destiné. Mais avoir « dans l'œil » le cheval qu'on veut, le cheval type, cela, c'est difficile, et je connais très peu de gens, même réputés parmi les malins, qui soient capables d'avoir cette exacte notion. Elle ne s'acquiert que par une longue habitude, et il faut bien se mettre dans la tête que l'étude approfondie de toutes les hippologies ne la donne pas au « bon élève ».

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D'aucuns ont ce don de naissance, et ces bonnes dispositions se développent sous l'influence de milieux propices.

On s'imagine aussi à tort que l'appréciation du bon modèle d'un cheval peut être livrée au goût personnel de chacun. J'ose affirmer qu'il n'existe qu'un type : le boil. Toutefois, ce modèle du cheval peut et doit varier dans ses particularités selon l'emploi auquel il est destiné.

Il faut donc dire : « .l'aime à monter un cheval d'omnibus, ou je préfère la ficelle du Cosaque. J'aime un hunter pouvant galoper vite sous mon poids lourd, ou un pur-sang capable de me gagner quelques militarys. Je ne veux C[u'un cheval qui marche très vite le trot sans secouer ma bedaine, ou bien un superbe carrossier pour parader dessus, dans ma grande tenue de général. »

A chacune de ces variétés correspond un type spécial et je dirai presque unique, et c'est de la beauté absolue de ce type particulier que doit se rapprocher l'animal choisi. C'est-càdire que si quelqu'un aime monter un gros cheval, il ne doit pas pour cela acquérir une réforme de la Compagnie des gros transports.

Mais sur quelles bases peut-on établir l'appréciation de la beauté chez le cheval? Sur une seule base, mais large et solide : l'utilité.

La beauté n'a pas été créée pour seulement charmer les yeux de l'homme, et Darwin dit avec raison « que tout détail de conformation chez les êtres vivants est encore aujourd'hui, ou a été autrefois, directement ou indirectement utile h son possesseur ».

Et lorsqu'un éleveur veut, par sélection, perfectionner son élevage, il ne va pas, entre deux étalons dont l'un est élégant à son avis, mais s'est montré impropre au service auquel on destine son produit, et l'autre jugé moins beau, mais plus apte, il ne va pas, dis-je, choisir le premier; ou plutôt il ne devrait pas le choisir; et, le faisant, il va à l'encontre de la loi de la sélection naturelle qui transforme une espèce, en sacrifiant le plus faible au plus fort, le moins apte au plus apte. Puisque cet éleveur se substitue à la nature, il a le devoir de préférer VuLile à Vinuli/e, et c'est Vutilité seule du plus ou moins de

longueur, de largeur, ou de grosseur, de certains appareils qui constitue la beauté de rensemble.

Si une encolure courte et rouée aidait à la locomotion, si un dos plongé était prouvé celui qui porte le mieux une lourde charge, l'encolure courte et le dos creux seraient devenus des signes de beauté. De même un front large est plus beau qu'un front étroit parce qu'il contient plus de cervelle, et une poitrine profonde est préférable à une poitrine étroite parce que les organes de la respiration qu'elle renferme sont plus développés.

En détaillant le cheval d'un bout à l'autre, il me serait facile de prouver que chacune des parties de l'extérieur doit être réputée d'autant plus belle qu'elle est mieux disposée pour le but d'utilité auquel on destine son possesseur. Ce sont la réunion de toutes ces lignes d'utilité, leur harmonie, leur ensemble qui font qu'un cheval est parfait. Une (ou plusieurs) de ces lignes vient-elle h défaillir dans le sens d'une utilité moins grande, le cheval est laid dans un ou plusieurs points de son extérieur.

Toutes ces lignes font-elles défaut, votre cheval d'omnibus, eùt-il le poids d'un bel éléphant, votre claquette eût-elle la grâce d'une « gentille gazelle », tous les deux seront laids parce qu'inutiles.

Il est donc nécessaire de savoir quelles sont les formes et les proportions utiles chez le cheval.

Les formes utiles s'apprécient à la longue. On peut être aidé dans l'étude de cette science par les écrits des hommes de cheval et des hippologues, par les leçons reçues dans les écoles, et par l'usage constant du cheval ou pour mieux dire des chevaux; car il faut en changer souvent pour bien les connaître. Dans les écoles de cavalerie, on fait de l'histoire, de la géographie, de l'artillerie, etc., on apprend à conduire une machine à vapeur, on monte (pas beaucoup) h cheval; quant à l'hippologie, elle est peu professée et d'une façon si peu pratique (pie les officiers rentrent dans les régiments ne sachant absolument rien que quelques vagues nomenclatures.

Le sentiment des proportions est très difficile à acquérir. Là, le livre, la théorie, sont absolument inutiles. Les règles

qui établissent les rapports des difTérentes parties du corps entre elles ont été décrites par des savants de bonne volonté. Après de patientes recherches, certains ont, par exemple, décidé que : chez le cheval, deux fois et demie la longueur de la tète doivent donner la hauteur du corps prise au sommet

du garrot, etc ; mais leurs confrères ont donné d'autres

mesures, ont préconisé d'autres systèmes servant à contrôler ces proportions. Ils divergent donc souvent entre eux. De plus, les quelques hommes de sport qui choisissent un cheval au moyen de déductions arithmétiques, construisent, je l'espère, dans leur tête, un cheval parfait, mais en choisissent ou en achètent d'affreux!

Par conséquent, outre qu'il faudrait toujours transporter sur soi : « un vade-mecuni de proportions », il n'est point utile, il est même dangereux d'étayer son goût et de baser son choix sur un système de proportions, dont le meilleur a le tort de mouler tous les chevaux dans la même forme géométrique et de vouloir donner au cheval de course les mêmes rayons qu'au double ou triple poney d'un gros entraîneur.

Je le répète encore, si.on pouvait, avec les mesures données par Bourgelat, le colonel Duhousset, le général Morris, etc., créer un cheval en chair et en os, on n'aurait à admirer dans son œuvre qu'un cheval « de dragon », lourd, trapu et commun.

Mais toutes les leçons de ces savants ne sont pas à rejeter; leurs systèmes peuvent donner quelques bonnes indications, surtout théoriques. Quant h la pratique, on ne l'apprend qu'à ses dépens.

La beauté-type du cheval de selle (je ne m'occupe que de celui-là) a beaucoup changé depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, et ce type a varié, non point à cause d'une évolution dans le goût artistique des générations successives, mais parce que, à mesure qu'on utilisait le cheval d'une façon différente, suivant les milieux historiques ou climatériqucs, sa charpente, sa constitution, son degré de sang, se sont modifiés, et qu'on a trouvé beau le cheval le meilleur, c'est-à-dire celui dont les aptitudes utiles répondaient aux besoins de son époque.

Dans nos temps modernes, un cheval d'armes doit avoir les

s CHAPITRE PREMIER

qualités suivantes : porter du poids, marcher vite et longtemps... et recommencer le lendemain.

Le cheval qui réunit ces conditions est assurément le pursang. Mais outre qu'un bon cheval de pur sang coûte beaucoup trop cher pour la bourse de la grosse majorité des officiers et gentlemen, en supposant même que ces cavaliers fussent tous milliardaires, il n'existerait pas assez de pur-sang en France pour les remonter.

Il faut donc se rabattre sur le cheval de demi-sang, ou ayant des traces suffisantes de sang, le demi-sang galopeiir en faveur du([ucl M. de Gasté et la Société d'encouragement pour le cheval de guerre mènent une campagne si dévouée, en un mot ce que les Anglais appellent le « charger ».

Ce cheval est difficile h se procurer en France. L'éleveur ne travaille pas dans cette spécialité-lh ; cette assertion est facile à contrôler en regardant les chevaux de tète achetés par les remontes. Il est rare qu'un officier veuille les prendre. Ils sont d'abord carrément laids. Si par hasard l'un deux parait avoir à première vue plus de type que ses camarades, détaillez-le; il est défectueux dans une de ses parties, souvent très importante au point de vue de son utilité, et ses petites oreilles surmontant une tète qui « boirait dans un verre » ne suffisent pas à compenser sa croupe mince et courte, ou ses jarrets faibles et qu'il traîne derrière lui.

Les haras ne se préoccupent nullement de la création du cheval d'armes (lire le dernier rapport du directeur général des haras). II n'est donc pas étonnant que ce cheval soit très rare. Il existe cependant, mais il faut se donner du mal pour le trouver. Si, dans le pays des fées, les alouettes tombent toutes rôties dans les bouches ouvertes, je n'ai jamais entendu dire que, même dans ces pays-là, les bons chevaux fussent amenés dans les écuries par une invisible et généreuse main.

Beaucoup font un voyage à Paris, vont chez deux ou trois marchands à la mode. Ils n'y voient la plupart du temps que des chevaux viandards et lourds, superbement pansés et admirablement présentés en main. Presque tous les civils

aiment le cheval laid. Ils veulent des irlandais pour chasser

Le premier cheval de cab ou le premier hanovrien venu dont

on leur demande très cher (plus de 3.000 francs) fait admirablement leur affaire. Laissons-le-leur. Hélas! beaucoup de jeunes officiers ont déjà le goût faussé par l'influence des snobs du sport, et c'est grand dommage de les voir dépenser argent et temps à acheter et à monter des tonneaux à quatre pattes.

Mais quels sont les signes de beauté chez le cheval?

La Guérinière, tout en sacrifiant aux goûts de son époque, par exemple en ce qui concerne la tête et la croupe, est bien près de nous décrire le cheval utile, nécessaire aux temps modernes.

La tête, dit-il, doit être petite, sèche et bien placée, le front uni, l'œil clair, vif et effronté. La ganaclic point carrée. Les naseaux bien fendus, — l'encolure relevée et tranchante près de la crinière. Le garrot long et peu charnu, — les épaules « décharnées », libres et mouvantes. — Poitrail pas trop large, — les jambes pas trop hautes et bien d'aplomb, — le bras large, long et nerveux, — genou plat, large et décharné, — canon court, — « le nerf de la jambe » bien détaché, — les reins assez courts, — l'éjjine du dos large, ferme et unie, — le ventre pas trop efflanqué, — croupe ronde large « double », — cuisses rondes et charnues, — jarrets grands, larges, nerveux et décharnés, point crochus ni ouverts.

Il condamne par contre les chevaux trop hanchus, et termine sa nomenclature fort judicieusement :

Un cheval qui aurait toutes les qualités que l'on vient de décrire, sans en avoir les défauts, serait sans contredit un animal parfait; ce qui est rare à trouver. Mais comme il est essentiel à un connaisseur de tout savoir, j'ai jugé à propos de mettre cette récapitulation à la fin de ce chapitre.

Pour son époque, le portrait n'est point trop mauvais...

Il existe un petit livre, inconnu des civils et peu feuilleté parles militaires. Je veux parler du Cours ahi'ègé d'hippologie rédigé par les soins de la Commission d'hygiène hippique (1890). Cet ouvrage est remarquablement bien fait à tous les point de vue.

Sans entrer dans la classification de beautés absolues et de beautés relatives, je vais citer comment, d'après lui, doivent être belles, c'est-à-dire construites pour être utiles, les différentes parties de l'extérieur du cheval :

La tète doit être carrée :

Sa face antérieure large et plane; les angles séparant les faces latérales bien prononcés. La tête conique était recherchée du temps de la Guérinière.

La lète doit être tenue haute dans une direction suivant à peu près la diagonale d'un carré long.

L'encolure, bien dégagée du garrot (bien sortie), sera longue,

et plutôt droite ou de cerf avec un coup de hache que rouée.

Elle ne doit pas être par trop longue si la tête est grosse et lourde. L'encolure droite est favorable à la vitesse ainsi que celle qui possède le coup de hache.

L'attache de la tête ne doit pas être empâtée, mais bien dégagée.

Une bonne disposition de l'encolure est toujours à rechercher pour un cheval de selle.

De sa longueur et de son union avec la tête résulte une sorte de balancier favorable aux divers déplacements du corps.

Le garrot doit être sec, évidé sur les côtés, élevé et prolongé en arrière.

De son élévation dépend la bonne attache des muscles qui facilitent le port de l'encolure. Il doit être prolongé en arrière pour favoriser l'amplitude des mouvements locomoteurs de lavant-main et donner une large base aux épaules; il maintiendra également mieux la selle.

Le poitrail sera haut, avec des saillies musculaires très prononcées et une largeur moyenne.

Les chevaux de pur sang ont souvent cette région étroite, les chevaux de trait sont, au contraire, très ouverts du devant.

L'épaule doit être longue, très oblique, bien développée musculairement et bien mobile.

Elle doit être longue, parce qu'elle donne la mesure de l'étendue des muscles qui agissent sur les mouvements de lavant-bras, et favorise ainsi la vitesse.

Elle doit être très oblique, parce qu'elle facilite ainsi le porter du membre en avant.

Elle doit être bien musclée pour pouvoir supporter l'effort de l'amplitude et de la vitesse du mouvement.

Elle ne doit jamais être froide ou chevillée.

L'avant-bras doit avoir une direction verticale, être lonof et musculeux.

Sa verticalité est une condition de solidité. Sa longueur favorise les allures rapides.

Le coude sera long et sa direction parallèle à l'axe du corps.

Sa longueur donne un point d'attache plus largo aux extenseurs de l'avant-bras.

Sa direction parallèle à l'axe du corps régularise les aplombs et les mouvements du membre.

Les déviations de la direction du coude entraînent celles des membres.

Le genou, bien clans la ligne d'aplomb, sera développé en tous sens, placé bas et solidement constitué.

Le genou est, en effet, le centre du mouvement do la colonne de soutien, il doit avoir de puissants moyens d'attache pour résister efficacement au poids du corps et à l'effet des réactions.

Le genou placé bas indique une grande aptitude aux mouvements étendus; sa position est la conséquence forcée d'un avant-bras long, surmonté le plus souvent d'une épaule développée et oblique.

De plus le genou doit être large : « un carpe étroit, dit M. Sanson avec raison, commande une bride carpienne faible ».

Le canon doit être court, de direction droite, et sa face antérieure arrondie et sèche ;vu de profil, il doit se montrer large et son tendon bien détaché.

Je parlerai plus loin des tendons.

Le boulet doit avoir un volume proportionné au poids du corps, les contours nets et les tendons saillants.

Les chevaux communs y ont la peau épaisse et de longs poils touffus en dissimulent les tendons.

L'ergot est d'autant moins prononcé et les poils du fanon sont d'autant plus fins que les chevaux appartiennent à des races plus distinguées.

Un boulet petit annonce peu de force et peu de résistance à un travail prolongé.

Le paturon doit être arrondi, assez gros et suffisamment

incliné.

Un paturon court, gros, droit, rond l'appui plus solide et ménage les tendons; un paturon long, mince, incliné, produit un résultat inverse : premier cas, réactions dures; deuxième cas, réactions douces.

La couronne doit offrir, comme beauté, de grandes dimensions en largeur, épaisseur et une parfaite netteté de ses contours.

Le dos doit être horizontal ou légèrement incliné d'arrière en avant, large et suffisamment charnu.

Il est en effet nécessaire que la solidité de la voûte osseuse, chargée de porter le poids, soit bien établie. Sa direction légèrement inclinée d'arrière en avant favorise l'action impulsive qui lui est transmise par le

rein. Plus celte voûte est courte, mieux elle supporte une charge. Dans ce cas les réactions sont plus dures.

Le rein doit avoir la même direction et la même largeur que le dos, il doit être court, large, musclé; le flanc sera court et plein.

Sa brièveté, due à l'élévation et au cintre plus prononcé des dernières fausses côtes, coïncide toujours avec une poitrine j^rofonde et un rein court.

Les côtes. De leur degré d'écartement, de courbure et de longueur dépend la capacité de la poitrine.

Les côtes moins arquées mais longues peuvent favoriser la vitesse. Cependant une côte ronde est un indice d'un entretien facile.

Le ventre ne dépassera pas le cercle des côtes et affectera avec elles et le flanc une forme cylindrique.

Mais de bons chevaux, en plein entraînement, ont assez souvent le ventre levrette.

La croupe doit être longue, suffisamment inclinée, large et bien musclée.

Sa longueur favorise l'action de ses muscles et augmente la puissance transmise au tronc par les efforts impulsifs des postérieurs.

Une croupe trop inclinée nuit à la vitesse, bien qu'elle favorise les mouvements enlevés.

La croupe double et courte ne se rencontre que chez les chevaux de races dégénérées.

La queue doit être bien portée et pourvue de poils soyeux.

Son port élevé indique la puissance des muscles éleveurs. Il est presque toujours l'indice d'un certain degré de sang.

Les hanches doivent être bien écartées, bien sorties.

Il vaut mieux choisir un cheval cornu qu'un cheval à hanches noyées. La pointe de la hanche sert en effet de point d'insertion à plusieurs muscles fessiers des plans superficiels et profonds.

La fesse doit avoir les pointes proéminentes et écartées, les muscles doivent être longs, larges et énergiques.

La fesse longue, droite et bien descendue est favorable à la vitesse.

La cuisse sera sèche, épaisse, arrondie, longue et oblique, les muscles doivent être fermes et vigoureux.

Chez les chevaux vigoureux à peau fine, les muscles des fesses sont visiblement séparés par des sillons prononcés.

Les cuisses doivent clro loiigaes et ()l)liqiies pour permettre aux membres d'embrasser plus de terrain.

J.e grasset doit être net et dirigé un peu en dehors, afin de faciliter le jeu du membre postérieur en avant. Cette disposition est à remarquer chez les trotteurs.

La jambe vue de profil doit être large, bien musclée, longue et inclinée.

.le la préfère peu inclinée. Cette disposition permet d'embrasser beaucoup de terrain et favorise la vitesse.

Chez le cheval de trait la jambe sera courte, très oblique.

Le jarret doit être large du pli h la pointe, épais d'un côté à l'autre, sec, net, bien évidé.

Il doit être droit, placé bas, il est ainsi favorable à la vitesse. Coudé, il favorise les mouvements enlevés, surtout avec la croupe longue et oblique.

Les beautés nécessaires aux extrémités inférieures sont les mêmes que pour les membres de l'avant-main.

Nous pourrons donner h la description de ces beautés l'épithète de « tableau classique de la bonne conformation ».

Voici maintenant la conformation recommandée aux acheteurs par un vétérinaire de grand talent, véritablement homme de cheval, mort malheureusement trop jeune, M. Pierre, professeur à Saumur, puis vétérinaire en premier au 29" dragons.

Un cheval de selle doit avoir uue tète légère, fine, expressive, une encolure longue et bien greffée, un garrot haut et prolongé en arrière, un dos bien soutenu, un rein court et puissant, une croupe et une épaule longues et obliques, une poitrine profonde et bien descendue, des fesses et des cuisses puissamment musclées, des avant-bras et des jambes longs et bien garnis de muscles, des tendons secs et bien détachés, des paturons de bonne longueur et de bonne direction, des articulations larges, enfin de bous pieds.

D'après M. Pierre, une encolure ne doit pas être chargée de trop de muscles qui, en augmentant la masse, augmenteraient aussi le poids qu'elle doit déplacer.

Le saillie des abouts osseux doit être manifeste sous la peau du cheval en bon état.

Le tissu graisseux ou conjonctif doit être absent, aux grands angles formés par le squelette.

Le cheval en un mot doit être taillé à coups de Iiac/ie.

La sécheresse el le heurl des lignes doivent surtout se faire remarquer à plusieurs points principaux : à l'angle de l'épaule qui doit être basse, bien détacliée des muscles de la base de l'encolure et faire saillie au dehors ; à l'angle de la hanche, à la partie inférieure de la hanche, â la partie inférieure des membres où la peau doit dessiner nettement la forme des os, des tendons ou des ligaments sous-jacents.

Pour terminer [et je recommande fort ce procédé de mensuration], nous dirons que deux ligues droites, que nous supposerons j)asser, l'une, par la pointe de l'épaule et le sommet du garrot, l'autre par la pointe de la fesse et l'angle de la hanche, doivent se rencontrer à une petite distance au-dessus du dos et un peu en arrière du garrot.

Placé là, le point d'intersection de ces deux lignes indiquera une épaule bien renversée, une bonne obliquité de la croupe et des hanches bien placées, c'est-à-dire ^^lutôt basses que hautes; situé très haut il sera la conséquence d'une épaule droite et d'uue croupe avalée ; placé au-dessous de la ligne du dos, il devra sa position fâcheuse à une épaule oblique, il est vrai, mais surtout à une croupe horizontale toujours accompagnée de jarrets placés en arrière de la ligne d aplomb.

Enfin, plus le point de rencontre dont nous nous occupons sera en avaut, plus la croupe sera horizontale et l'épaule droite; plus il sera placé en arrière, au contraire, plus l'épaule et la croupe seront obliques.

On remarquera que j'ai laissé de côté la question des aplombs, le plus mauvais traité d'hippologie donnant de bons renseignements sur ceux-ci : Les aplombs doivent être parfaits- Rien n'est absolu dans ce bas monde, et malheureusement les chevaux sont le plus souvent « disharmoniques ».

C'est alors que l'acheteur peut apprécier le système des compensations : une plus grande beauté ou une plus grande force d'une partie corrigera, au point de vue utile, la défectuosité d'une autre partie.

Ainsi, écrit M. Jacoulet, « une encolure bien musclée, un peu courte, compense une tête forte; une tète légère, petite, compense une encolure longue, grêle, décharnée; une cuisse bien descendue et bien culottée, un peu droite, compense une croupe courte... etc. »

Ce qui jamais ne se remplace ni ne se compense, ce sont de bons organes respiratoires et sanguins : un bon coflre.

Mais toutes les qualités de conformation squelettique ne serviront de rien si le cheval n'a pas de sani^, et partant la trempe que donne le sang.

Un cheval de sang sera celui au(piel des ascendants de race

noble auront donné une certaine excitabilité nerveuse, excitabilité se soutenant même après une période d'efforts et de fatigue. Ce sont ces qualités transmissihies que possèdent au plus haut degré le cheval de pur sang anglais et le pur-sang arabe, chacun dans leur milieu. Comme la continuité de ces races nobles ne se maintient que par une sévère sélection qui assure la qualité et la trempe des appareils et des organes de la locomotion et de la respiration, il est tout à fait plausible d'affirmer qu'un cheval qui a une trace de sang noble a les plus grande chances d'avoir également de la trempe. C'est cette trempe qui chez beaucoup de chevaux de pur sang compense bien des défauts, et c'est elle qui permet d'émettre cette assertion qui, prise au pied de la lettre, peut paraître paradoxale : « Le sang rachète tout ». Comme tous les proverbes, celui-ci a un fond de vrai.

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