‹ Le cheval de selle en FranceChapitre 14 sur 43 · POINTS DE BEAUTE RECHERCHES PAR LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

POINTS DE BEAUTE RECHERCHES PAR LES ANGLAIS

Digby Collins dit que le hanter doit avoir les côtes postérieures profondes et étendues, pour le rendre capable d'accomplir un travail sévère pendant plusieurs heures sans manger ; il assure aussi que la plupart des steeple-chasers ont la queue plantée bas.

Un vieux gentleman anglais, cité par Sydney, s'écrie : « Cicéron! il est étroit du derrière et large de devant, et ne vaut pas mon chapeau rempli de pommes sauvages. »

Les Anglais insistent sur les qualités nécessaires à l'arrièremain, qui doit avoir une bonne longueur de la hanche au jarret. Ils préfèrent une croupe inclinée à une croupe horizontale, comme donnant un plus grand pouvoir de propulsion.

Le major Wythe Melville, également cité par Sydney, célèbre en vers les beautés du hunter : « Une tête comme un serpent et une peau comme une souris ; un œil comme une femme, brillant, doux et brun; un rein et un dos à porter une maison; et des membres pour l'enlever par-dessus une ville. »

Sydney, moins dithyrambique, demande « au moins un bon œil », de bons poumons, contenus dans une vaste poitrine, le dos en proportion du poids qu'il portera, les quartiers, les jarrets et les jambes avec un pouvoir de propulsion capable de faire passer toute la machine par-dessus les obstacles, des épaules, des jambes et des pieds disposés pour recevoir la machine après l'obstacle, sans la laisser choir par terre, et capables de galoper, sans buter à la moindre taupinière.

Il recommande les animaux nerveux mais compacts, possédant un large quartier de derrière et un flanc dégagé pour pouvoir ramener « les hanches sous eux dans un grand saut », et des épaules parfaites.

Le comte de Lagondie qui, en somme, dans son ouvrage, n'envisage que le cheval anglais, désire trouver dans un steeplechaser ou un hunter les qualités suivantes : taille élevée, pas trop de longueur des jambes, de la force sans lourdeur et de

l'ardeur. Somme toute, il exige le cheval très musclé ou susceptible de le devenir, bien qu'il ne soit pas toujours facile de trouver réunis dans un cheval un air de force et de vitesse.

Un bon hunter, ajoute-t-il, doit être de pur sang, de demisang ordinaire, ou bien un porteur de grands poids.

Il reproche au cheval de pur sang ses petits pieds inutiles pour sortir des terrains marécageux et la difficulté qu'il a de se mettre sur les hanches ; en somme, la conformation du hunter, conclue-t-il, dépend du poids qu'il aura à porter.

En résumé, le cheval apprécié en Angleterre comme hunter ou charger (cheval d'armes), de pur sang ou non, a l'apparence compacte; il respire l'énergie et la force, il est près de terre, son encolure, son port de tête et de queue relèvent sur l'horizon cette silhouette d'excellent cheval que nous aimons tous et que nous trouvons si difficilement, car il réalise le type du cheval absolument utile.

Le cheval de selle russe a une conformation tout autre. Le sang oriental domine malgré les croisements ; il est excellent pour le service que lui demandent les officiers russes.

Les haras impériaux ont un type de beauté qu'ils réalisent par le croisement des Orlow et de la race arabe, ou des pursang arabes avec les pur-sang anglais. Ils ont des mouvements gracieux et élégants. Ce sont d'agréables trotteurs et de bons chevaux de manège. (La race dite rostopc/ii'ne a les mêmes caractères.)

Le produit du croisement du pur-sang anglais avec les races turkomanes est meilleur; ce cheval-là est celui qui se rapproche le plus du type de beauté de notre cheval moderne. Les Russes ne l'aiment pas autant que l'OrlofF. Ils ont moins l'occasion d'user de leurs aptitudes de hunter. Ce cheval est produit dans les haras de Sireletsk.

Au surplus, le type hunter n'existe pas en llussie, le clieval cosaque mis à part; le bon cheval d'officier fortuné est plus ou moins un demi-sang anglais.

Les sportsmen allemands et les officiers de cavalerie font preuve d'un goût très judicieux. Leur remonte est excellente

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et le beau lypc osl fort en honneur, parce <juc dans cet empire, on se sert, sportivement et militairement parlant, du cheval d'une façon utile, aussi l'élevage se Iransforme-t-il rapidement dans ce sens. Les clievaux lithuaniens sont des demi-sang à 50 0/0 de pur sang anglais, 25 0/0 de sang arabe et 25 0/0 de sang indigène. {Les races c/ieçafines, par Simonoff.) Le sang anglais prédomine et les demi-sang y sont excellents. Cependant malgré tous leurs cfTorts, les haras ne sont pas arrivés encore à donner aux jarrets de leurs chevaux une bonne direction. Les croupes sont souvent assez communes, les tètes grosses bien ([ue sèches.

Même remarque pour l'Autriche-Hongrie, où la production chevaline est énorme.

Cependant comme chez la plupart des peuples cavaliers, la majorité des gens qui montent à cheval ne galope et ne saute que rarement à travers pays. Aussi le type arabe, rond, élégant, d'allures douces, de médiocre aptitude au saut, y est-il encore fort en honneur.

L'État et de grands haras particuliers réagissent autant qu'ils le peuvent, en infusant du sang anglais et en favorisant l'élevage du demi-sang, plus apte aux besoins de la guerre et du sport moderne.

Il est à remarquer un fait curieux, c'est que les peuples cavaliers, les Arabes, les Cosaques, les Hongrois, les habitants des pampas, ne se servent du cheval que comme moyen de locomotion. Ils se déplacent d'un point à un autre à travers leurs grandes plaines, toujours au galop ou au pas, tournant les obstacles en hauteur, descendant dans les fossés... Aussi leurs chevaux, qui présentent les garanties les plus sérieuses de fond et de rusticité, sont-ils restés d'un type petit, aux rayons supérieurs courts, à la croupe courte et avalée. Leurs propriétaires ne sont pas des cavaliers d'extérieur. Eux et leurs chevaux feraient triste flgui-e dans nos campagnes coupées d'obstacles.

Chez nous, écrit le comte Dénes Szechenyi, on peut, en toute saison voyager pendant une journée entière sans rencontrer un seul cavalier,

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et si par hasard on a l'occasiou d'en voir un, il y a dix chances contre une qu'on n'y éprouvera aucun plaisir.

Je me suis toujours demandé pourquoi on monte si peu chez nous; cependant bien des gens s'imaginent que le Hongrois est cavalier de naissance, porte volontiers des éperons, personnifie le hussard. Malgré cela, dans les classes élevées, peu de gens montent; beaucoup croient s'abaisser en s'occupant eux-mêmes des chevaux (ce qui est du reste aussi le cas en Allemagne) ou de troubler leur digestion en se livrant à un exercice échaufTant.

Ils sont bons, ces chevaux, pour ce qu'ils ont à faire; mais je leur refuse absolument la beauté que doit présenter le cheval moderne, lequel pour être parfait doit avoir trois bonnes allures et passer par-dessus tous obstacles raisonnables.

Ou voit, d'après les exemples cités ci-dessus, que dans tous les pays d'Europe où, soit par goût, comme en Angleterre, soit par nécessité, comme sur le contineiit, on se sert du cheval, le beau cheval est seul bon et utile et i^ice ^>ersa.

Et ceux qui ne sont pas bâtis dans ce sens-là peuvent aller aux fiacres, aux carrosses de gala, aux courses au trot, au cirque, au camion ou dans les écuries d'un épicier parvenu. Ce dernier débouché, malheureusement très vaste, permettra du moins à de pauvres bêtes irresponsables de leur laideur et de leur inaptitude, de passer grassement une inutile existence.

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