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CHAPITRE III Le degré de sang du hunter et du cheval d'armes

Pourquoi le pur-sang est peu recherché par la majorité des sportsmcn français : il est soi-disant difficile à monter. — Il est méprisé et méconnu des vétérinaires civils. — Il n'est pas de vente courante. — Mêmes remarques pour le demi-sang. — Préférence accordée aux pur-sang et demi-sang anglais par les Prussiens, les Hongrois, les Anglais. — Cherté du cheval de pur sang. — Prétendu manque de rusticité du pur-sang. — Les snobs du pur-sang.

— Le cheval de sang en Angleterre, causes de sa grande production.

— Avis de M. le marquis de Mauléon sur le pur-sang. — Communication de M. Jacoulet sur le pur-sang à la Société centrale de médecine vétérinaire. — Ce qu'il faut entendre par demi-sang.

Je n'étonnerai personne en écrivant que le pur-sang est généralement peu recherché en France.

Tout le monde a été h même de le constater. Voyez aux rendez-vous de chasse les sportsmen qui ont une fortune suffisante pour se payer un cheval dont le prix varie entre 3.500 et 6.000, et quelquefois plus... Ce n'est pas un pur-sang qui les portera à travers forêt ou dans un débucher; non, ce sera un présumé demi-sang et un demi-sang lourd. Quelques jeunes gens montent volontiers le pur-sang et presque tous les jeunes officiers désireraient en avoir. Mais, voilà, ce sont justement eux qui n'ont pas assez d'argent pour s'en payer... Ils ne peuvent guère acheter que des pur-sang « retapés » dont les jambes ont besoin d'une constante surveillance...

Je le répète, la majorité des cavaliers français n'aime pas le cheval de pur sang.

Il y a plusieurs causes à cette aversion.

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La plus sérieuse est que le cheval de pur sang passe pour être plus difTicile à monter. Et voilà toute une classe de cavaliers qui s'en détournera avec horreur. Mais soyez sûrs qu'ils ne donneront pas la raison ci-dessus à leur aversion...

Une autre cause peu connue est que la plupart des vétérinaires, et des plus intelligents, ont la défiance, le mépris, sinon l'ignorance du pur-sang. En général, et autant que j'ai pu me rendre compte par la lecture de leurs travaux, l'enseignement zootechnique des écoles vétérinaires se ressent encore trop de l'esprit classique défavorable au pur-sang. Cet esprit classique doit sans doute prendre ses origines dans le respect des textes anciens, dont quelques-uns des pontifes-auteurs vivent encore, et dans le sentiment, très humain, du reste, qui pousse les mieux intentionnés à juger mal et de parti pris les actes, les tendances des individualités ou des groupes s'occupant de la même question, mais dans un sens et avec un but différents.

Voici ce qu'écrivait jadis sur le pur-sang, h sa sortie de l'école vétérinaire, un de mes amis vétéritaire militaire, très en vue maintenant grâce à ses savants travaux et à son habileté de praticien.

11 me disait dernièrement qu'au point de vue du pur-sang, il avait trouvé son chemin de Damas et qu'il voudrait bien effacer ces pages... Je ne le nommerai donc point, puisqu'il fait amende honorable. Après avoir décrit un cheval à tempérament nerveux, il ajoute :

Ce portrait s'applique bien aux produits ratés qu'a conçus l'imagination humaine, à ces ficelles sans poitrine et sans membres, à ces chevaux semblables à un feu de paille, vîtes et brillants d'abord, mais sans fond, sans rusticité, sans valeur, en somme; à ces métis anglais trop nerveux, trop irritables, que le Jockey-Club avait rêvé d'implanter en Limousin et dans les Pyrénées

En somme, le pur-sang anglais est un cheval de luxe Qu'on n'embarrasse pas l'agriculture d'animaux d'une valeur aussi aléatoire

Quant à l'argumentation : Le pur-sang anglais est indispensable pour

la production des chevaux propres aux services militaires , disons

après M. Sanson qu'elle est fausse en tous points, n'en déplaise aux intéressés.

Et M. Sanson, professeur émérite, est une des lumières de la vétérinaire.

Ce dernier dit aussi que les pur-sang sont « d'une suscepti-

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bilité nerveuse, irritables à l'excès, et dont ht force de résistance trahit de bonne heure l'énergique volonté » !

Dans la séance du 2G mars 1891 de la Société centrale de médecine vétérinaire, M. Sanson s'insurgeait contre les courses et le cheval de courses. Le rêve de ces messieurs comme étalon et comme cheval de selle est le cheval « asiatique ». Or, les officiers d'infanterie eux-mêmes ne veulent plus du cheval dit « arabe » et se sont tant remués qu'on désigne à leur usage dans les régiments des chevaux français de petite taille.

En somme (au fond d'eux-mêmes), ce que les vétérinaires reprochent le plus au cheval de pur sang, ce sont « ses réactions atroces, sa bouche dure et ses pieds perfides ». (Toussenel?) L'amélioration des races de selle parle pur-sang! Ils n'y ont jamais pensé, n'en voient pas l'utilité, et s'ils daignent s'abaisser jusqu'à discuter entre eux ce sujet pourtant si intéressant, c'est pour en dire le plus de mal possible. Ils le font avec une telle naïveté que leurs discours prêtent à rire.

Mais le malheur de cet état d'esprit, c'est que ces professeurs, d'ailleurs excellents vétérinaiies, forment les générations successives de vétérinaires militaires et de vétérinaires civils. Les premiers prennent au régiment des leçons de choses, les meilleures, et s'ils tiennent tant soit peu à cheval, chercheront pour se remonter un cheval le plus près du sang possible. Les autres, et ce sont les plus nombreux, se répandent dans les campagnes où ils initient les petits éleveurs au mépris et à la haine du pur-sang et de l'inutile demi-sang de selle, même comme reproducteur.

Dans les écrits de M. Lemichel, vétérinaire en 1860, on peut déjà constater cette haine aveugle, sans restriction, enfantine, puisqu'elle s'attaque même aux partisans du pur-sang, la haine de cet animal noble comme cheval de selle ou étalon.

Voici d'autre part ce qu'on peut lire dans une petite brochure éditée en 1890. [La production du cheval de iiaerre, Chàlons-sur-lNIarne, Imprimerie républicaine), par M. Magnin, vétérinaire.

Le pur-sang, base de la régénération des races ! C'est ce que disent les hommes de clieval, c'est peut-être ce que pensent les grandes cocottes ea renom, cela est bien sûr dans les us et coutumes du Jockey-Club

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(qu il faut prononcer cloob comme au faubourg Saint-Germain, si l'on veut être un parfait homme de cheval); mais c'est en contradiction avec le raisonnement le plus élémentaire et les faits constants de la pratique ! Allez donc, amateurs en chambre, zootechniciens fantaisistes, dans les pays d'élevage peuplés de chevaux de trait ou autres, suivez les commissions de classement, et vous les reconniîlrez entre mille, les lils de votre régénérateur par excellence; vous les reconnaîtrez, ces produits décousus, tarés de bonne heure, impropres au trait et à la selle, qui ne valent pas ceux dont les pères sont de médiocres chevaux de trait. On ne sait que trop comment il améliore les races, votre pur-sang; l'essai n'en est plus à faire.

Lu, d'autre part, dans le Bulletin de médecine vélèrinoire ;

« Ainsi que beaucoup d'autres, beaucoup trop h mon avis, l'auteur, surtout au point de vue oïi il s'est placé (l'industrie chevaline du Calvados, etc., au point de vue des remontes militaires), me paraît accorder une importance trop grande à l'hérédité... » (Sanson, Bulletin de médecine vétérinaire, 94.)

Puis le même auteur conseille aux cavaliers de l'armée de revenir de l'erreur suivante :

« Préférer le bouquet, la branche, l'harmonie et l'élégance du cheval près du sang, h la durée du service qui importe le plus. »

« Tout petit carrossier, continue-t-il, doué de ces qualités se militarisera sans difficulté par l'entraînement méthodique à son métier, c'est-à-dire qu'il deviendra capable de la mobilité exigée et de ces longues marches aux diverses allures qu'on a le tort, dans le monde militaire actuel, où il y a trop de sport smen, à mon goût, d'appeler des raids. »

Après 93, en être resté à Azincourt !

« Nous retrouvons, écrit le même auteur, des chevaux nerveux et difficiles parmi nos chevaux de service; or, bon nombre d'entre eux ont eu parmi leurs ancêtres des chevaux de course desquels ils tiennent leur excitabilité nerveuse. »

M. Magnin va jusqu'à recommander l'emploi des étalons rouleurs pour fuir la contamination du métis de demi-sang : « Le métissage, ajoute-t-il, tel que nous l'avons vu appliquer jusqu'ici pour les races chevalines, esta condamner comme ne donnant pas de résultats industriels. »

Voilà le mal, disent-ils; savez-vous quel remède ils proposent : d'abord supprimer les haras, et les remplacer par des

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