‹ Le cheval de selle en FranceChapitre 24 sur 43 · LE DEGIIK DU SANG DU IIUNTER ET DU CHEVAL D ARMES · texte numérisé non relu

LE DEGIIK DU SANG DU IIUNTER ET DU CHEVAL D ARMES

Sa production est entravée, je ne dis pas seulement par des difficultés économiques, mais par des considérations politiques.

Il n'est donc pas étonnant que les sportsmen français et les officiers aient tant de difficultés ;i se remonter.

Je place le cheval de pur sang [m'écrit un véritable homme de cheval au sens le plus large du mot, M. le marquis de Mauléon] au-dessus de lous les autres; à la coiidilion pouiiaiit d'en proportionner la Ibrce au poids qu'il doit porter; et l'on trouve toujours un cheval de pur sang qui portera un fort poids aussi bien, sinon mieux, que n'importe quel cheval de demi-sang et il aura toujours plus de courage. Aucun n'aura une égale souplesse, un égal moelleux, aucun ne sera plus droit. Son pas et son galop sont exceptionnels. Je ne parlerai pas du trot qui est une allure accidentoUo.

Le trot est une allure accidentelle ; ce mot va probablement soulever bien des murmures; et j'entends bien des récriminations dans des bouches même autorisées; je n'eu reste pas moins ferme dans ma conviction.

Le pas et le galop sont l'allure des cavaliers et celle des peuples cavaliers. Le trot est l'allure du harnais. Au galop vous jjouvez allonger ou ralentir l'allure dans les limites de ce que peut donner le cheval, au trot vous ne pouvez que le ralentir; pour obtenir un train maximum, il faut en changer. Généralement, les chevaux qui ont beaucoup de trot n'ont pas de galop ou bien ont un galop très désagréable. Plus ils font d'effort pour allonger le galop, plus ils lèvent les pattes et moins ils avancent.

Il ne s'ensuit pas qu'eu temps ordinaire, une longue route ne soit aussi bien couverte par un cheval au trot que par un cheval au galop ; mais en matière d'usage du cheval de selle proprement dit, soit à 1^ chasse, soit dans un service de reconnaissance, où toutes les vitesses sont successivement employées, le pas et le galop sont les vraies allures.

Je n'ai pas la prétention d'imposer ma manière de voir, conclut le marquis de Mauléon, et d'ériger cette proposition en principe absolu, je vous la donne comme une préférence tout à fait personnelle.

Après le cheval de pur sang anglais, me mettant toujours au point de vue de mes goûts, je placerai le cheval de pur sang anglo-arabe avec de la taille et un bon élevage. Ces animaux ont sur beaucoup d'autres le grand avantage de demander beaucoup moins de soins et d'être beaucoup plus vite en condition; Il m'a été donné d'en rencontrer d'extraordinairemeut agréables, souples, intelligents, gais et adroits, allant sans être chauds, possédant du train et une grande résistance.

Je ne veux pas finir ce chapitre sans citer presque in extenso une communication au Bulletin vétérinaire de M. Jacoulet, vétérinaire en premier, professeur à l'école de Saumur, qui me paraît résumer les tendances de tous les hommes de cheval (il en est un), ainsi que celles de la grande majorité des vétérinaires militaires :

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Je no peux me défeiidro de la crainte qu'il n'existe, chez les personnes qui n'en ont pas une grande expérience, une certaine aversion pour cet excellent cheval. Dès qu'il s'agit de lui, on voit trop exclusivement le cheval d'hippodrome, et même la spirituelle caricature de Toussenel : un cheval ultra-longilique, eflîlé, aminci, un peu énervé par un entraînement sévère dès le bas âge et les courses à outrance. On ne se représente peut-être pas suClisamment que ce cheval, lorsqu'on ne l'épuisé pas par les courses et qu'on le retire de l'entraînement à cinq ou six ans, prend ensuite beaucoup d'ampleur. Sou squelette se développe; son corps s'élargit; son organisme n'étant plus entretenu dans un état de tension productive aussi élevé, a moins d exigences, il est moins nerveux. Comme d'autre part, tous ses appareils ont acquis une puissance fonctionuelle considérable, il devient cheval de service parfait, le cheval d'armes par excellence entre les mains des cavaliers d'élite : rustique autant que les autres quoi qu'en disent les profanes, résistant aux intempéries, aux fatigues, apte à porter le poids. Je voudrais pouvoir rallier ici à ma voix tous ceux qui ornent les écuries de l'école de cavalerie et vous les présenter dans leurs multiples attributions de chevaux de carrière, de manège, de steeple-chases, de sauteurs, de chevaux d'armes. L'ampleur de leurs formes vous surprendrait à ce point que vous auriez peine à reconnaître l'origine de la plupart d'entre eux, surtout des sauteurs; tous, mais particulièrement ces derniers, vous donneraient une preuve bien palpable de ce que peut la gymnastique sur le développement de l'organisme.

Je pourrai vous en citer des quantités qui, leur carrière de courses plates finie et tout en continuant une demi-carrière de courses d'obstacles, ont suffi pendant huit, neuf, dix ans au travail d'armes le plus pénible.

Cependant ces chevaux ne sont guère que des ratés, la plèbe de leur productipn. C'est que, on ne saurait le nier, la sélection rigoureuse opérée dans cette race depuis deux siècles environ, l'a épurée au delà de ce qui a été fait par ailleurs et l'a dotée d'une puissance héréditaire à nulle autre pareille. Pratiquement, on a donc raison de l'appeler race pure dès l'instant que l'on s'entend. Elle est pure par les qualités exceptionnelles fixées et entretenues par elle et qu'elle transmet avec son sang. Je ne crois doue pas contestable la supériorité de ces chevaux comme chevaux de selle et aussi comme améliovateurs, lorsque, bien entendu, la loi des appareillements est observée et que toutes les conditions nécessaires à la réussite d'un croisement sont réunies comme en Noi'mandie, par exemple. Mais pour faire des métis et surtout des métis industriels; pour faire du cheval gros et léger, il n'est pas besoin de performances exceptionnelles de vitesse; on devrait, au contraire, se contenter pour qualifier les repioducleurs des épreuves de deux ou trois ans avec l'origine et la couformation. Ils seraient soustraits à un entraîneur trop sévère et au lieu de les effiler, de les affiner, on les laisserait prendre du gros; c'est ainsi que les Anglais obtiennent ces pur-sang étofTés, gros à l'égal de nos anglo-normands, qu'ils envoient disputer nos steeple-chases. Tel était entre autres Rojal-Meat qui gagna le Grand Steeple international eu 1890.

J'adresserais volontiers, à uolre collectivité, si j'étais sûr de ue

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Iroisser personne, le reproche de ne pas être assez sportsmen, d'être les hommes de science de Gayot qui se tiennent avec trop de soin en dehors de la pratique du cheval. Je le dis surtout pour les militaires dont je suis. Sortis de l'école sans expérience, à peu près même sans aperçus pratiques sur l'utilisation du cheval, nous nous élevons dans des idées toutes de déductions théoriques quand elles ne sont i)as préconçues; certaines relations de cause à elTet nous échappent et nous nous trouvons en opposition avec les gens ayant l'expérience de ta chose à la conservation et à l'exaltation des qualités de laquelle nous devons concourir avec eux. Le dualisme est ainsi créé dès le début de notre carrière, et il ne fait que se creuser, l'âge donnant plus de force aux convictions, plus d'obstination aux entêtements et d'autant plus que, de part et d'autre, on est convaincu d'être dans le vrai, de posséder les meilleurs éléments de la cause. Combien notre mission serait plus efficace, plus complète et plus agréable si, avec nos moyens scientifiques, nous étudiions le cheval en le pratiquant. Nous posséderions alors tous les éléments de la cause; nous marcherions côte à c(Mc avec les ofhciers de troupe au lieu de nous heurter sur le terrain de l'hygiène; nous aurions une autorité morale qui manque vraiment à un vétérinaire lorsqu'il veut imposer ce qu'il croit convenir au cheval de service sans l'utiliser jamais ou du moins sans l'utiliser suffisamment.

Ma conclusion est que l'homme de cheval, dans la bonne, la vraie acception du mot, non dans l'acception légère et d'après l'idée qu'on s'en fait en englobant les Gaston et les Gontran des journaux satiriques : ma conviction, dis-je, est que l'homme de cheval devrait doubler tout vétérinaire. On devrait nous commencer une éducation cavalière complète, sérieuse, dans les écoles, parce que l'année de Saumur est insuffisante à la compléter dans l'état actuel et parce que, pour être moins indispensable aux vétérinaires civils, cette éducation leur servirait grandement. Tous ceux qui la possèdent ont sur leurs pairs une supériorité. (Jacoulet, Bulletin de médecine vétérinaire, an. 1896.)

Dans les pages qui vont suivre, je ne m'occuperai pas de l'achat et de la vente du pur-sang.

11 sera seulement parlé du demi-sang de selle qu'on appelle aussi demi-sang galopeiir, pour le différencier du demi-sang carrossier- ou trotteur.

Je dénomme, d'une façon générale, un demi-sang tout cheval dans les origines duquel on retrouve une trace de sang pur (anglais ou arabe) suffisamment abondante et rapprochée pour que ce cheval puisse avoir les qualités utiles du modèle, de tempérament, de trempe, d'allures, en un mot de sang, que lui auront léguées ses ascendants de race pure.

A strictement parler, un sujet de demi-sang est le produit d'un pur-sang avec un animal de sang moins noble.

Mais il faut donner pratiquement au qualificatif demi-sang

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une signification bien plus large, telle que celle dont je viens de parler ci-dessus.

Un cheval de doini-sang, écrit le comte Wrangel, peut être d'autant plus près du pur-sang qu'il n'eu est séparé que par une théorie conventionnelle. — Je ne prends comme exemple que le célèbre The Colonel qui remporta deux fois la victoire dans le grand steeple de Liverpool. — Mais d'un autre côté, le cheval de demi-sang peut aussi être classé assez bas dans l'ordre de la race chevaline.

Les appellations de trois quarts de sang, de sept huitièmes de sang, de quinze seizièmes de sang qu'on se plaît à donner me paraissent tout à fait dénuées de fondement, car qui voudrait assurer que l'hérédité s'effectue dans la progression mathématique servant de classiGcation à cette base ?

La Société d'encouragement à l'élevage du cheval de guerre français qualifie demi-sang un cheval ne comptant pas plus de trois reproducteurs de pur sang dans leurs six ascendants directs.

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