CHAPITRE IV Où achète-t-on un hunter
1° Chez l'éleveur. — Rareté du cheval do selle en France plus apparente que réelle. — Différents pays d'élevage. — Type carrossier actuellement en honneur. — Utilité du trotteur. — Rareté du cheval d'âge.
2° Chez le marchand. — Le bon et le mauvais marchand. — Le bon et le mauvais client, — Pourquoi un beau et bon cheval vendu un prix raisonnable n'est presque jamais français. — Hunters et diverses provenances : français, irlandais, anglais, belges, américains. — Modèles médiocres, mais satisfaisant la clientèle, des chevaux importés par les marchands. — Idées fausses des cavaliers français sur la valeur des chevaux. — Façon d'acheter un cheval. — Cheval donné à l'essai. — Vices rédhibitoires et vices en matière de vente. — Maquignons et courtiers.
3° Dans les foires.
4° Chez les particuliers. —Essai sérieux nécessaire. — Renseignements presque toujours erronés. — Bonnes occasions fréquentes. — Vente de chevaux après saison de chasse.
5° Ventes publiques. — Le cheval de service. — Le cheval de pur sang.
6" Au concours hippique. — Modèles qu'on y trouve. — Prix qu'on les paye. — Prix internationaux. — Prix d'obstacles. — Bons hunters qu'on y rencontre. — Vente publique de clôture. — Agences spéciales.
Oti achète un hunter, chez l'éleveur, clans les foires, aux concours, chez les marchands, chez des particuliers et aux ventes publiques (1).
(I) Une mode qui tend de plus en plus à se généraliser est la location de chevaux pour la saison de chasse. Cela coûte cher, mais les risques sont nuls. De plus, ce système dispense absolument les sportsmen de connaître le cheval et de savoir le soigner. De semblables procédés rendent les gens qui s'en servent complètement ignorants de la chose hippique. Quel plaisir peut-on avoir à monter un (cheval qui ne vous appartient pas .'
Un jeune homme qui régulièrement compose son écurie en chevaux de louage est mûr pour l'automobilisme. Il se promène sur un cheval, il n'est pas homme de cheval.
Chez l'éleveur. Dans quelles régions peut-on trouver tracé ou non le cheval de demi-sang en France? Pour répondre h cette question, je ne me placerai pas au point de vue de la remonte nationale. La réponse serait brève : Presque nulle part.
Comme je l'ai dit plus haut, cet article ne se tient pas couramment sauf dans le Midi, dont on n'a pas encore pu transformer les excellents chevaux en carrossiers ou en trotteurs.
Je suppose, au contraire, qu'un officier ou un particulier veuille acheter à l'éleveur un produit de demi-sang apte à faire un cheval d'armes ou de chasse. Je répondrai : « Presque partout, vous trouverez des sujets isolés ». C est beaucoup plus la mauvaise et inégale répartition des centres d'élevage des chevaux de selle que le manque absolu de chevaux, qui fait qu'il semble très difficile d'en trouver.
Je connais dans bien des pays où jamais on n'aurait l'idée , d'aller chercher un cheval, certains éleveurs, certains petits châtelains, voire des paysans, qui au moyen d'une bonne poulinière améliorée française, anglaise, irlandaise, ou d'une bonne jument de réforme de l'armée, produisent modestement de bons et beaux demi-sang.
Mais l'acquéreur trouvera, s'il aime se promener en carriole sur les routes, après avoir passé une ou deux nuits en chemin de fer, trouvera, dis-je, son affaire : en Bretagne, en Vendée, dans les Charcutes, dans la Nièvre, en Saône-et-Loire, sur le plateau central, spécialement dans le Limousin et la Creuse où l'on fait de merveilleux chevaux, et dans tout le Midi (sauf la vallée du Rhône) où sont d'excellents chevaux mais en général un peu légers pour les gros poids, je dis en général, car on en trouve de solidement charpentés dans le Gers et le Médoc.
Mais c'est incontestablement la Normandie qui devrait fournir le vrai demi-sang galopeur, le frère du cheval irlandais.
On en trouve par hasard de cette espèce, surtout dans la Manche et le Merlerault. Mais ne vous déplacez qu'à bon escient, et sur l'avis d'un ami qui connaît vraiment le cheval de selle; car la Normandie est tellement gangrenée par l'élevage du trotteur carrossier, que vous risqueriez fort de vous voir présenter à grand renfort de cris, de fouet, de « bruit de chapeau », etc.,. le modèle suivant : « Court de partout, à moins
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qu'il ne soit décousu et par conséquent manqué; le dos mou quoique court, la ligne scapulo-costale manquant de développement et la poitrine de profondeur; le garrot coupé, souvent bas, l'épaule droite, courte et massive, l'encolure mal sortie... En action ce cheval est lourd, péniblement s'éloigne de terre et majestueusement y revient comme pour accentuer que son triomphe est d'y poser en statue. »
Ce n'était pas pour voir un tel trotteur que vous vous étiez dérangé.
Ne me croyez pas cependant ennemi juré du trotteur. Le trotteur est nécessaire et les courses au trot sont aussi un mal nécessaire, et voici pourquoi : les courses au trot, on ne peut le nier, développent les races qui y sonf soumises en France, dans le sens de l'aptitude à porter du poids. Elles sont nécessaires pour fixer cette race de reproducteurs de demi sang; elles reçoivent de nombreux encouragements, et somme toute, si, telles qu'elles sont comprises, elles ne donnent pas un modèle parfait, du moins elles maintiennent l'étoffe utile au cheval de guerre.
Les courses au galop de demi-sang, à moins de règlements draconiens qui éloigneraient beaucoup de concurrents, transformeraient ces demi-sang, de compacts qu'ils sont, en chevaux plus ou moins claquettes. En allégeant cette race de demisang, on arriverait à un résultat diamétralement opposé au but poursuivi.
Quelqu'un me proposait ce moyen terme, sans doute inacceptable, comme beaucoup de choses raisonnables : « Laisser aux trotteurs suivre leur carrière de courses au ti-ot; au moment de l'achat par les haras d'un étalon trotteur destiné à produire le cheval de selle ou de guerre, on le ferait courir au galop avec ses concurrents, ou bien on chronométrerait son temps au galop sur une distance de... »
11 me semble que le principe de cette idée n'est point si sot. S'il n'existait au monde que des trotteurs et si j'étais obligé d'en acheter un dans un lot pour mon service perso nnel, j'essaierais ce lot au galop, et j'en achèterais le vainqueur.
Et je suis persuadé que les trotteurs de M. Olry arriveraient les premiers au poteau. Je serais trop heureux de monter
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à la chasse la ravissante Pliime-au-vciil, ou Polka ^ ou Ergoline, ou encore un animal ressemblant à une des célébrités du trolting citées par M. de Gasté : James-Watt, Napoléon, Moonligliter et Presbourg (1).
Chez l'éleveur ne vous attendez pas h trouver des chevaux d'âge; leur propriétaire serait vite ruiné s'il les gardait jusqu'à six ans. Vous n'y rencontrerez que des chevaux de trois ans, h tous crins, et j'espère pour vous que vous serez assez malin pour trouver sous cette rustique enveloppe, les points de beauté nécessaires au bon cheval que vous cherchez.
Rien n'est plus difficile que de juger un poulain. Avant que sa croissance ne soit complète, il changera souvent; il grandira du derrière, puis du devant, jusqu'à ce que l'équilibre s'établisse ou ne s'établisse pas entre ces deux parties; son encolure pourra rester courte et massive... Mais ce qui ne changera pas, ce sont ses os, les angles articulaires et la direction des rayons. Sur ces points seuls vous pourrez baser votre jugement ainsi que sur l'ampleur de la boîte thoracique.
Mais si on achète un poulain, il faut pouvoir l'attendre, et fort longtemps; on ne peut en effet s'en servir de suite et tant qu'il sera jeune cheval, vous serez obligé d'en avoir d'autres pour votre service.
Un poulain est de plus dans une écurie bourgeoise une cause de beaucoup d'ennuis. Si on ne sait pas se servir du cheval en France, on sait encore moins le soigner, surtout lorsqu'il est encore très jeune, et c'est du reste beaucoup plus difficile qu'on le croit; très peu de personnes savent le service du jeune cheval qui n'a jamais porté que des mouches; aussi le laisse-t-on à son homme d'écurie. Celui-ci le bourre d'avoine et le promène en main. Au bout de cinq à six semaines le cheval devient rétif et insupportable, à moins que quelque grave maladie ne le mette sur le flanc pour de longs mois.
Le seul avantage qu'on retire généralement des déplace-
(1) James Walt, par Pliaéton et Dame d'Jionneur, a beaucoup de sang pur. Il est né dans le Merlerault, et a été acheté en 1891 par le haras du Pin.
Ergoline, issue de Camélia, par Sir-Quiff Pigtail, pur-sang.
Napoléon par son père Pliaclon a du sang de The heir of Linné, il est no dans l'Orne.
Moonligliter, par Fuschia et Ninic/ie, pur-sang, né dans l'Orne.
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ments aux élevages, est qu'on parcourt du pays; on entend causer les gens, on visite des écuries particulières et on finit par connaître les chevaux d'âge qui « pourraient peut-être bien être à vendre » dans le canton.