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Les haras ont acheté cette année (1897) à Caen cent soixantedix poulains dont une trentaine qualifiés trotteurs, choisis sur cinquante-deux qualifiés. Il y avait, d'après mes renseignements puisés à bonne source, quelques bons modèles d'étalons de croisement pour la selle.
Mais, même en supposant que les trotteurs fussent aussi communs que le fameux Fuchsia qui a incontestablement de grandes aptitudes pour produire des trotteurs, on pourrait tout de même s'en servir pour faire des chevaux de selle. Voici ce que m'écrivait sur ce sujet le vicomte H. de Chezelles : « Donnez à un bon trotteur des juments très distinguées ou même de pur sang, vous verrez les produits qu'ils vous donnera, beaux et avec beaucoup de distinction. On veut tout faire chez nous par l'étalon, 'parce qu'il ne nous a coûté rien, acheté qu'il est par l'État; mais comme nous achetons ou ne vendons pas la poulinière pour en toucher un bon prix, cela nous ennuie et nous crions après l'étalon. C'est l'histoire de ceux qui n'ont pas une fleur dans leur jardin et qui trouvent que
ceux entretenus par la ville de Paris le sont mal tout le
monde est fautif chez nous et tout le monde se rejette la balle. L'armée accuse les haras. Ceux-ci accusent l'armée. L'éleveur vous dit : Que voulez-vous faire avec les étalons de l'administration? Moi je dis aux éleveurs : A plus forte raison, que voulez-vous que les étalons de l'État produisent avec vos juments qui leur sont d'une infériorité désastreuse, car nos étalons sont en grande partie splendides. »
Dans certaines régions cependant, il ne faut pas remonter bien loin dans l'origine des poulinières pour trouver le pur sang dans leur ascendance. De plus elles sont entretenues dans des herbages de qualité supérieure dont la bienfaisante influence se reporte sur leurs produits. On peut se convaincre de la qualité de ces juments en assistant aux concours de poulinières des « trois départements ». Mais c'est le « gratin », le dessus du panier. Ce sont ces poulinières-là qui font les chevaux hors de prix, achetés trop souvent d'après leur origine,
car les poulains se payent d'après les records du père Mais
le fond, la jument plébéienne qui fait le cheval de remonte, donne malheureusement raison au vicomte de Chezelles.
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On prétend, et c'est un fervent du trotteur qui me l'écrit, que si la plupart des mâles étaient castrés jeunes, au lieu d'être gardés entiers, comme c'est l'usage, en vue d'en faire des étalons, que si les pouliches n'étaient pas laissées trop longtemps en prairie, pour devenir à leur tour poulinières, on trouverait plus facilement des sujets ayant le modèle de selle, car, excepté les poulains mis à l'entraînement du trot, les autres ne travaillent que légèrement à la charrue, quelle que soit leur valeur, vers l'âge de deux ans, et tous ou à peu près sont entiers ; cette condition d'entier — chacun sait ça — gardée trop longtemps, fait que l'encolure s'épaissit et que la forme générale se rapproche moins des chevaux en condition de service que nous aimons tous à voir, surtout dans le cheval de selle. Mais cette raison est spécieuse, un véritable connaisseur sait faire la différence entre le cheval entier de selle et le cheval entier de trait.
Le cheval trotteur est, en généra/, tellement peu susceptible de galoper que j'ai vu des écuries d'entraînement de trot se servir comme leader d'un vieux cheval de pur sang. Jamais un trotteur n'eût pu faire régulièrement ce métier d'entraîneur de vitesse, au trot, et encore moins au galop, à cause de la faiblesse de ses poumons.
En Normandie, on est obligé de vendre le plus tôt possible étant donnés les frais; il est donc difficile de trouver le cheval d'âge ou même de cinq ans. Tous les animaux d'élite et ceux réputés tels sont vendus dans le courant de leur troisième année ou dès le commencement de la quatrième.
On accuse les haras et les remontes d'obliger le commerce à acheter à ces âges, puisque ces administrations achètent elles-mêmes à trois ans. Quoi qu'il en soit, le résultat est là : pas de chevaux d'âge pour l'acheteur isolé; sauf le cheval d'occasion, comme je le disais plus haut.
Les haras achètent les chevaux ayant une action haute et rapide et « autant que possible » régulière.
Quant aux remontes, elles ramassent les juments non destinées à la reproduction et ce ne sont pas les meilleures. Elles ont aussi les poulains castrés, dont la plupart l'ont été parce que leurs propriétaires les jugeaient mauvais pour la repro-
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vu PAYS D ELKVACiE NORMANDIE 115
duction Il yen a quelques-uns de bons dans le lot, mais
pas autant que ces excellents Normands — auxquels la question est bien indiflerente, du reste, — voudraient nous le faire croire. Le « c'est bien assez bon pour le soldat» est malheureusement dans la bouche de presque tous les fournisseurs de l'armée.
Les marchands en Normandie sont, en somme, les plus grands acquéreurs de poulains et nécessairement les vendent le plus tôt possible. Ils tiennent surtout le cheval d'attelage, car le plus grand nombre d'acheteurs réclament des chevaux d'attelage.
En somme, dans les pays d'élevage de la région du Nord- Ouest, quand on veut trouver un beau et bon cheval de selle, il faut en voir beaucoup pour en acheter un qui sorte véritablement de l'ordinaire.
En Normandie, il y a sept ou huit espèces différentes que produit le sol par ses différentes qualités, ce qui fait qu'on ne peut dire a priori qu'un normand soit un bon ou un mauvais cheval. Si vous posiez cette question au vicomte de Chezelles, il vous répondrait : « De quel normand voulez-vous parler? », et avec raison.
La plaine de Caen ne fait pas naître, elle achète le poulain de tous les pays, et chose curieuse qui prouve h quel point le sol fait le cheval, c'est que les poulains provenant indifféremment de Normandie, d'Anjou, de Vendée, des Charentes. etc., prennent tous, au bout d'une année d'élevage au même endroit, le même type et se ressemblent tous. Ces « déracinés », qui entrent dans une trop forte proportion dans la remonte de notre cavalerie, sont pour beaucoup de connaisseurs les moins bons.
On peut quelquefois trouver un bon cheval chez les marchands de Caen, mais c'est rare.
On trouvera à Caen de superbes étalons trotteurs... Mais pas de chevaux de service.
En montant au-dessus de Caen dans le Bessin, les chevaux prennent un peu plus de qualité; mais les éleveurs n'ont pas de poulinières et ne font que de commencer l'élevage.
A Isignij, la production commence à devenir meilleure, surtout sur les hauteurs, du côté de Sainte-Mère-Église, Sainte- Marie-du-Mont, Saiut-Jean-du-Mont. On y trouve la belle
grande jument noble avec la peau fine, le membre sec, des os, du sang, en un mot la superbe jument de pur sang, toute demi-sang qu'elle soit.
Dans les marais de Carentan, le cheval a assez de lignes et de port de queue, mais il a les os poreux et se forme tard.
Puis vient le Val de Serre qui tient la droite de la ligne du chemin de fer de Carentan à Cherbourg : on y fait de belles juments de harnais, en général distinguées, mais qu'on pourrait cependant appeler des « vaches énergiques ».
Sur la gauche de cette ligne de Carentan à Cherbourg s'étend tout le pays de Carleret, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Portbail. On n'y fait que le petit cheval ayant peu de qualité.
La Hagiie donne le cheval distingué, résistant, ayant de la taille et du sang, tout en produisant encore le petit baguais adroit, résistant et actif.
Dans le Merlerault les chevaux ont beaucoup d'espèce; quelques célèbres élevages de pur-sang (Bois-Roussel, Lonray, etc.) ont répandu de beau sang dans le pays. On peut y rencontrer le cheval de selle distingué, près du sang, utile, bien qu'il ait quelquefois les membres grêles.
Les herbagers qui les élèvent font aussi beaucoup de trotteurs, mais on peut, je le répète, rencontrer soit chez eux, soit aux écoles de dressage de Sées et Mamers, de bons types de hunters, et il n'est pas rare de remarquer aux carrioles des paysans quelques beaux chevaux auquels on enlèverait volontiers le collier du cou pour leur mettre une selle sur le dos.
Les chevaux du Merlerault sont les plus anciennement racés. Ils ont plus d'apparence de sang que les autres chevaux normands.
J'ai vu dans la jumenterie de M. Lallouet de bien belles juments. Les Finlande, Gérance sont superbes. Il y a quatre ou cinq ans j'ai beaucoup admiré la jument la Force qui, dans ce temps-là, était bien le modèle rêvé de demi-sang galopeur pour très gros poids, toute trotteuse qu'elle fût.
Lesoldu Merlerault pousse à l'énergie, et si on voulait élever des demi-sangs galopeurs en Normandie, ce sont les prairies du Merlerault qu'il faudrait choisir comme lieu de production.