‹ Le cheval de selle en FranceChapitre 39 sur 43 · AU PAYS D ELEVAGE LE NIVERNAIS · texte numérisé non relu

AU PAYS D ELEVAGE LE NIVERNAIS

l'élevage du cheval de trait et fait de gros sacrifices pour procurer aux éleveurs des étalons percherons. Naturellement l'élevage du cheval de demi-sang, du cheval de guerre, en souffre. Les fermiers trouvent dans le cheval de trait une source de bénéfices beaucoup plus considérables; car il n'est pas rare de voir des poulains vendus à six mois de 500 à 600 francs, tandis qu'il faut attendre le cheval de demi-sang jusqu'à trois ans et demi ou quatre ans, pour en tirer un beau parti. De plus, les paysans craignent de mettre les poulinières de demi-sang aux travaux de culture ; elles ne sont donc bonnes qu'à la reproduction, tandis que les juments de trait produisent, tout en faisant les travaux de la ferme.

Le Nivernais possède des pâturages de premier ordre qui donnent de l'os et des muscles. Si on avoinait un peu les produits, ils deviendraient excellents.

Le cheval nivernais (je parle du cheval de selle) a généralement du type et quelquefois le modèle du hunter irréprochable. Ces beaux chevaux sont généralement vendus à l'âge de trois ans.

Le nivernais atteint souvent la taille de l'"64.

La robe grise est la moins répandue; elle est celle des meilleurs chevaux.

Le nivernais a de la vitesse au trot, mais il n'a pas les belles épaules, ni la cage thoracique de l'irlandais. Il a trop souvent la tête lourde et les épaules épaisses. Cependant, ce chevalchange étonnamment en bien avec de bons soins et un bon exercice.

On galope généralement peu dans la Nièvre. Les gens qui vont h cette allure-là sont rares, et ceux qui sautent le sont encore plus. Tous les chevaux nivernais ont pourtant une grande facilité de galop quand ils n'ont pas été abrutis par l'entraînement au trot.

Les pieds du nivernais sont toujours bons. Ces chevaux un peu impressionnables ont beaucoup de fond.

Beaucoup chassent depuis douze à quinze ans tout en restant bien sur leurs pattes.

De plus, les chevaux de la Nièvre sont le plus souvent à deux fins. Ainsi depuis quelques années, ils ont su se faire remarquer au concours de Paris; ils s'y feront certainement,

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d'année en année, une très large place, et l'élevage de la Nièvre sera rapidement en nicsuie d(^ lutter avec les grands centres d'élevage.

Bien des sporlsmen, bien des marchands qui ont parcouru cette province déclarent qu'on ne trouverait pas mieux en Irlande.

Les bons chevaux nivernais sont ordinairement le produit de demi-sang. Ce dernier croisement réussit mieux que celui du cheval de pur sang avec la jument de demi-sang. Ce qui nuit beaucoup à l'élevage du cheval de selle dans la Nièvre, et je le répéterai pour presque tous les pays de France, c'est le mauvais c/ioi.x des poii/inières

Il y a bien quelques étalons inférieurs, mais en général, ce sont les juments qui ne sont pas ce qu'elles devraient être. On prend en ellet comme poulinières les juments impropres à tout service. Quant à se préoccuper de leur conformation, de leur origine : jamais.

Les gros fermiers ne veulent pas comprendre que s'ils avaient de bonnes poulinières, ils arriveraient à vendre leurs produits aussi bien qu'en Saône-et-Loire, où ils se vendent très bien. Certains préfèrent même aller en automne dans l'Indre, acheter de jeunes poulains qui se métamorphosent dans les prés nivernais et qui finissent par faire de bons troupiers.

En dehors de cette industrie, les fermiers se contentent d'avoir une ou deux juments de demi-sang qui produisent des poulains tout en faisant leur service. La Société d'agriculture du Nivernais, qui pousse au gros trait, n'encourage pas les éleveurs à se procurer des poulinières aptes à produire des chevaux d'armes.

On trouve encore en Nivernais quehjiics juments de chasse importées d'Angleterre, en petit nombre naturellement. Ce ne sont pas celles qui font le meilleur cheval. Elles donnent des produits indiquant un trop grand degré de sang, lequel dans ce pays se traduit par de la gracilité.

Les haras, d'après les dires des éleveurs, poussent uniquement au cheval traiteur, car tout ce qui est cheval de selle, à leur point de vue, doit descendre d'un cheval de pur sang ou

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d'un anglo-arabe. Ce dernier croisement est, dans la Nièvre, détestable, et heureusement on le fait peu.

Quant au Norfolk, il y en a des produits extraordinaires, mais uniquement chevaux de voiture.

Les étalons des haras sont généralement bons, malheureusement les meilleurs ne séjournent pas longtemps. On les garde pour le Saône-ct-Loire, qui a de meilleures poulinières, protestent les éleveurs nivernais. Il y a eu à Nevers un étalon Ulrich qui en tant que modèle a fait faire d'énormes progrès à l'élevage.

Ulrich est par Normand et par une jument anglaise [Normajid, par Divres et Balsamine, fille de Kapirat). Ulrich a par conséquent du sang pur venant de The Juggler-Royal-Oak, The Heir of Linné, etc. Ce cheval avait une particularité curieuse : fiet, il donne souvent des exostoses à ses produits. On m'a cité une de ses filles, qui avait sur le front deux petites cornes de 2 centimètres. Si j'étonne des amateurs, les vétérinaires ne s'étonneront pas de cette anomalie.

Ulrich donne aussi à ses poulains de mauvais jarrets à leur naissance; tout finit cependant par s'harmoniser. Il transmet par contre à tous une énergie énorme.

En ce moment Jaguar, étalon trotteur, donne de beaux et bons produits. Et c'est tout naturel, Jaguar a de très belles origines. Il est fils de Beaugé, celui-ci petit-fils de Kapirat. La mère de Jaguar est Belle Charlotte, fille de Phaéton et à' Harmonie.

Jaguar a donc du sang de Heir of Linné, de Galaor et âiEylau.

Ces trois derniers de pur sang.

Un autre bon reproducteur de demi-sang est Bailleul, le père bien connu du célèbre sauteur Bistouri, à M. le comte d'Havrincourt,

Si tous les demi-sang trotteurs produisaient ainsi, il est probable que leurs détracteurs n'auraient pas d'aussi bonnes raisons de leur faire la guerre; mais si, bien choisis, ils réussissent dans la Nièvre, il n'en est pas toujours de même partout.

Comme pur-sang, la Nièvre a eu Stromboli; c'est un cheval

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(jiii donnait des produits de toute beauté. Il n'est plus nialheureusenient dans la région.

Les autres pères de sang pur dont les enfants ont été le mieux réussis sont Caboul, du haras de Cluny, Saint-Denys, qui fait petit; Bernadotte, anciennement au marquis du Bourg, présentement au vicomte de Saint-Genys, qui s'en sert en Bourbonnais.

La plupart des petites stations de monte mériteraient de meilleurs étalons que ceux qu'elles ont. Comme éleveur de pur-sang, il n'y a dans le Nivernais que le comte de Saint- Phalle à Huetz.

MM. le marquis du Bourg, à Prye; Jean Guyot, à Montigny-les-Causses; Nicaud, à Nevers ; E. Guyon, à Saisy; Marion, à la Vallée; Bardin, à Chevenon ; vicomte d'Auchald, à Beaumont-la-Ferrière, élèvent avec succès des demi-sang.

Les éleveurs de la Nièvre ont organisé il y a quelques années une société hippique à la tête de laquelle est le marquis du Bourg. Cette société a créé deux concours, l'un à Nevers à la fin de juillet, l'autre à Cercy-la-Tour, au commencement de septembre. Ces concours donnent de bons résultats et facilitent les transactions. Mais je dois avouer que les bons chevaux de cinq h six ans y sont rares, tous les meilleurs sont partis à l'âge de trois à quatre ans.

Quant aux écoles de dressage nivernaises, seule celle de Cercy-la-Tour, dirigée par M. Buccaud, mérite d'être citée.

En mettant 1.500 francs pour payer un huntcr nivernais à trois ans, et de 2.500 à 3.000 francs, après cet âge, on poui'ra trouver un très beau cheval.

Mais en ne voulant pas « écrémer », en se contentant du modèle, en ne recherchant pas la grande vitesse, on peut pour 1.500 il 2.000 francs avoir de bons et beaux animaux de trois ans, que l'on est content de ramener à Paris où ils font aussi bonne figure que bien des irlandais authentiques payés le double.

En somme, les chevaux d'âge de vente courante sont des occasions, et on ne peut les trouver ([u'avec une bonne connaissance du pays, un ami aussi complaisant qu'homme de cheval ou un courtier débrouillard et bien payé.

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Car les foires hippiques sont nulles; pour mieux dire il n'en existe pas pour les chevaux de demi-sang.

A Montigny-sur-Causse, la foire de chevaux de trait peut réunir par hasard quelques bons poulains de selle; mais c'est chose rare.

2" Le cheval du Charollais

Les prés qui, dans cette région, s'étendent le long de la Loire, de l'Arroux et de la Bourbince sont superbes, sur un sol calcaire, immenses, presque jamais fauchés.

Là on trouve des chevaux de tous types, ayant beaucoup d'os et d'énergie. On arrive h faire grandir le cheval à des tailles bien inutiles pour la selle, 1™65, l^GS, mais tous ces chevaux ont de l'action.

Il y a des masses de courses, de petits concours organisés par la Société de Saône-et-Loire qui est riche. Ce pays est en progrès : on commence à y garder comme mères les meilleures juments.

A Paris, l'élevage du Charollais vu, du reste, d'un œil bienveillant par le jury, remporte beaucoup de prix. Il en mérite la plupart, comme cheval de voiture, de gros cob, de carrossier, mais pas comme hunter.

On peut en trouver cependant, si l'on n'est pas trop difficile. Il manque toujours de la légèreté voulue pour cela, mais les épaules et le thorax sont peut-être meilleurs chez eux que chez les chevaux du Nivernais.

Malgré tout, le nlvernais a sur le charollais, comme hunter, la supériorité de l'irlandais sur l'anglais de comté aux gras pâturages.

Les étalons les plus demandés au haras de Cluny sont :

Tribou/et, mort cette année, Kuminel, Joli-Cœiir, Emir, tous demi-sang.

Il y a de nombreux éleveurs dont on peut voir l'élevage aux concours hippiques et surtout à celui de Paris.

Le comte de Sampigny, homme de cheval, éleveur con-

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vaincu, a plusieurs belles juments; de plus, il achète des poulains dans les foires et dans les fermes, ce qui est plus difficile. Il ne se sert que d'étalons de demi-sang. Les sujets sont, aux concours, primés dans les tout premiers.

Le marquis de Croix fait aussi de ce genre d'élevage. M. Favin de Lafarge, à Ozolles, fait de jolis chevaux et s'attache beaucoup au modèle. Son lot du concours de Vichy dernier était ravissant, tous des types d'irlandais.

M. Favin de Lafarge vend souvent des chevaux de tête à la remonte.

M. Roux de Begienne a aussi un élevage considérable.

Viennent ensuite plusieurs éleveurs qui donnent volontiers leurs animaux à Y Ecole de dressage de CharoUes, dirigée par M. Chevalier. Là on trouve des chevaux de premier ordre, mais hors de prix, tant qu'il y a à l'horizon un concours à faire. ]NL Chevalier connaît le cheval, sait le toiletter selon son modèle. On a pu voir à Paris et admirer plusieurs de ses chevaux. On lui verra, sans doute, cette année présenter un quatre ans Domino, fils à'Emii-^ demi-sang. Ce cheval est tout à fait remarquable. Il aura certainement le premier ou le deuxième prix de sa classe.

On dit improprement : cheval du Maçonnais. Sans doute parce qu'il existe à Màcon un dépôt de remonte. Cependant Mâcon ne produit que du vin et pas de chevaux. On doit donc nommer les chevaux de Saône-et-Loire : des clievaux du Cha- 7' o liais.

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