‹ Le Cheval de Trait de l'AuxoisChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Historique de la race

Jacoulet et Chomel, dans leur Traité d'Hippologie 1895), étudiant la production chevaline en Côte-d'Or, “econnaissent à la Bourgogne des conditions favorables à cette production. Si cet élevage s’est considérablement développé et modifié depuis que la culture a subi une orientation nouvelle, il n’en reste pas moins vrai que, partant de ces conditions favorables, à toutes les époques de notre histoire, la Bourgogne à produit des chevaux estimés.

Jules César s'étend assez longuement à leur sujet dans ses Commentaires ; il est permis de supposer que ces ancêtres feraient piètre figure à côté de leurs modernes descendants. Samson et Toussaint les apparentent aux chevaux de Solutré (Equus Belgius), comme d’ailleurs les Ardennais.

Ils n’évoluèrent probablement pas beaucoup jusqu'au Moyen Age, jusqu'aux Croisades qui révélèrent aux Occidentaux le cheval arabe. Les croisements effectués alors apportèrent aux sujets indigènes de l’énergie, des formes plus harmonieuses et plus fines. A wette époque où toute production était aux mains de la noblesse régionale, cette infusion de sang oriental

fut des plus heureuses parce qu'elle donna du nerf au « palefroi », cheval lymphatique et lourd, habitué à porter le chevalier et son armure ; elle lui donna de la vigueur et de l'énergie, qualités immédiatement svantageuses pour un cheval de guerre, et qui prépa- “otent le type actuel. D'ailleurs, certains caractères morphologiques accusent encore cette double origine: front large, haut, chanfrein camus qu'on retrouve parfois, tendance au type rectihigne, etc...

Puis, dans la suite des temps, des croisements, aussi variés que nombreux, effectués au gré du caprice ou des alliances du moment : Espagnols, Orientaux, Danais, Suisses, etc., tentèrent d'améliorer le cheval bourguignon, réalisant avant la lettre cet « affollement des races » qui, s’il faut en croire Malingil, augmente la plasticité des produits issus de cette suite d’opérations.

Quoi qu'il en soit, l'élevage était assez prospère un recensement de l’an X attribue à la Côte-d'Or 20.596 chevaux, et classe le département au dix-neuvième rang des départements français producteurs de chevaux. Magne, vers 1869, estime à 7.000 le nombre des naissances annuelles en Côte-d'Or, dont 5.000 pour les seuls arrondissements de Dijon et de Beaune: l'élevage, en effet, se faisait surtout dans les vallées de la Vingeanne, äe la Tille, de la Bèze, de l'Ouche, c'est-à-dire dans la vallée de la Saône ; l’Auxoiïs n’était encore que le « grenier de la Bourgogne ». Les rôles n'allaient pas tarder à être intervertis, grâce à l’évolution profonde que subit le mode d'exploitation de la terre au xix° siècle, à la suite du mouvement général

vers la production intensive dans tous les domaines. Tandis que le Dijonnais et le val de Saône se consacraient à la culture presque industrielle : blé, pomme de terre et betterave à sucre, l’Auxoïis et le Morvan, instruits par l'exemple voisin de Mathieu d'Oyé, transformaient leurs terres en herbages pour élever ces magnifiques bœufs blancs, dont la vogue croissait de jour en Jour. Le bétail, qui n’était jusque-là qu'un producteur de fumier, devint la source principale des bénéfices de la ferme. En même temps, la culture proprement dite se modifiait, les labours devenaient de plus en plus profonds, nécessitant des chevaux plus forts, ou des bœufs puissants au lieu des vaches rustiques qu'on attelait parfois.

L'élevage hippique qui répondait jusqu'alors aux besoins de la culture extensive et de la messagerie, dut s'adapter aux conditions nouvelles, alourdir son format. Or, l’administration des Haras cherchait plutôt à l’allécer, à en faire une sorte de demi-sang, apte, sinon à la selle, du moins au trait léger, d’où toute une série de conflits, de tâtonnements néfastes. On croisa beaucoup avec des anglo-normands. Cela réussit dans le Charollais où la pratique suivie de ces croisements aboutit à la formation du demi-sang du Centre. Mais en Côte-d'Or, on avait besoin de chevaux de gros trait pour labourer les alluvions du val de Saône et pour exploiter les terrains accidentés du Bas- Morvan et de l’Auxoiïs. On croisa donc, dans la dernière moitié du xix° siècle, avec des chevaux de gros trait : Percherons, Nivernais, Boulonnais, etc. Le Percheron prévalut, parce que la mode était au Perche-

ron, race bien homogène et sélectionnée depuis longtemps.

À la vérité, c'était l'anarchie, le règne des étalons rouleurs, d’origine obscure et de qualité souvent douteuse. Jacoulet et Chomel pouvaient écrire, en 1895 :

« Les chevaux sont particulièrement élevés dans les nombreuses prairies des bords de la Saône (région de Saint-Jean-de-Losne) et dans la vallée de l’Armançon (Semur, Pouilly). L'’effectif, d'environ 45.000 têtes, dérive de trois types :

1° Chevaux bourguignons : petits, communs, râ- -blés, courts, ventrus,-à croupe forte, sobres, membres bons ; c’est l’ancienne variété.

2° Chevaux de type percheron : aptes au trait léger'; pèchent souvent par les membres et par le rein qui est trop long, mal soudé ; la poitrine est plate, la tête grosse et mal attachée.

3° Chevaux morvandiaux : peu nombreux, laïds, mais bons. »

Les premiers étaient surtout cantonnés à l’est du département, dans la plaine de la Saône ; leur nombre et leur importance diminuaient d’ailleurs de jour en jour, malgré les croisements effectués.

Les deux autres types se partageaient la sollicitude des éleveurs du Morvan et de l’Auxoiïs qui cherchaïent à unir la rusticité et l'énergie de l’un aux formes plus harmonieuses de l’autre. Les premiers résultats n'étaient pas très encourageants et semblaient n'’allier que les défauts des deux races pour aboutir à des sujets décousus, mal membrés. Mais petit à petit, sous l’influence de la sélection, on obtint des chevaux de plus

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forte taille, à croupe double, et souvent gris. C'était un progrès el la majorité des éleveurs se rallia à la méthode, ce qui eut du moins l'avantage d'assurer un effort continu dans le même sens.

Le principe de la méthode de croisement et sélecton était bon, mais l'application mauvaise ; la race percheronne n'était pas en harmonie avec le type autochtone, « fidèle reflet par ses qualités des vertus du sol ». M. Barbier, directeur des services vétérinaires départementaux, rappelle fort justement aux éleveurs: « Les croisements ne peuvent réussir pour une espèce donnée que lorsque les races croisées présentent des affinités telles que les caractères des types soient capables de se combiner aisément. Il faut aussi que les aires géographiques, dans lesquelles vivent les races que l’on veut croiser, soient assez semblables entre elles et relativement peu distantes. Lorsqu'il en est autrement, lorsqu'on réunit des races éloignées par leurs formes extérieures ou qui vivent sous des climats notablement différents, on obtient des produits décousus dont les caractères mal fondus se contrarient, sans parler des risques d’acclimatement et de stérilité que l’on court. » Or, si le sol de l’Auxois présente beaucoup d’analogie avec celui du Perche, le climat des deux pays est sensiblement différent ; plutôt maritime et humide dans le Perche, il est en Bourgogne, continental et sec, soumis à de grands écarts : froid rigoureux en hiver, chaleur excessive en été, il exige une faune assez rustique, dont l'organisme s’accommodera de ces extrêmes. Or, la race percheronne n’est pas de celleslà : habituée à un climat maritime, doux et humide, sa

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