‹ Le Cheval de Trait du NordChapitre 18 sur 38 · NT · texte numérisé non relu

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Vient maintenant le XVIe siècle sur le souvenir duquel pèsera l’éternelle malédiction du peuple belge. On sait que, sous les règnes de CHARLES-QUINT et de PHILIPPE Il, les froides cruautés de la soldatesque espagnole avaient, vers la fin de ce siècle, fait du territoire belge tout entier un lamentable amas de ruines et plongé dans le désespoir la population appauvrie, décimée et terrifiée.

Lorsque, après cela, PHILIPPE I confia la régence des provinces belges à ALBERT et ISABELLE, il s’agit avant tout de remettre sur pied le pays dévasté, et, à tous égards, profondément déchu. Grâce à l'énergie des habitants, aux ressources naturelles du pays et au bon vouloir des gouvernants, le relèvement fut assez prompt, mais, hélas ! fort incomplet. La prépondérance industrielle et commerciale de la Flandre était ruinée à jamais, mais les beaux-arts et surtout l’agriculture se remirent à fleurir. L'élève chevaline notamment restitua bientôt assez de leur vieux renom aux chevaux brabançons pour donner du prix à ceux de ces chevaux que, vers 1620, la régente ISABELLE envoya en cadeau à PHiLir- PE III et à Puæizippe IV en Espagne, au duc d'ORLÉANS en France et à divers princes allemands.

A peine remis des violentes secousses de l'occupation espagnole et rentrés dans le calme, les Etats néerlandais subirent l'invasion ennemie de Louis XIV, et de nouveau les écuries belges furent gravement atteintes par une consommation excessive de chevaux et par les entraves apportées à l'élevage.

Comme au rétablissement de la paix, le cheval belge ne répondait plus aux exigences de la guerre moderne, l’Impératrice MARIE-THÉRÈSE (les provinces belges venaient de passer sous la domination de l'Autriche) crut devoir ordonner la préparation de mesures propres à l'élevage d’un cheval adapté à ces exigences, et c'est à cette fin qu'en 1770 fut créé le haras d’Alost. On y installa, et plus ta:d on entretint aussi à Gand et à Saint-Nicolas, des étalons holsteinois, napolitains et danois. Mais leur clientèle agricole fut nulle, car le cultivateur belge avait, pour l'emploi de ces reproducteurs étrangers, légers, haut-montés et étroits de poitrine, une répugnance invincible, et après avoir vainement tenté d'amener les juments belges à la saillie des étalons du haras par l'introduction parmi ceux-ci de quelques étalons de trait anglais, Josepx II, par décret impérial, supprima, en 1781, tout entretien de haras d'Etat en Belgique.

De même que, mille années plus tôt, les ordonnances de CHARLEMAGNE concernant l’organisation officielle de l'élève chevaline étaient devenues caduques sous les successeurs immédiats de ce monarque, puis tombées dans l'oubli, les essais modernes tendant à imposer aux éleveurs la voie qu'ils devaient suivre furent inopérants, et les destinées de

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la production chevaline nationale, livrées à l'initiative privee, turent régies par le seul solide bon sens des premiers interessés, les éleveurs.

1l est à peine nécessaire de faire remarquer que, à part les Ardennais dont nous avons parlé plus naut, 1ies entreprises privées d’attinement au cheval brapançon où namand pa: l'emploi de sang oriental ae diverses provenances, demeurèrent toujours isoiees et n'obtinrent jamais aucune collaboration de la part ue l’éleveur paysan.

Nous arrivons maintenant à la période agitée de la Révolution française et du premier Empire. La population chevaline belge y fut fort éprouvée et la race ardennaise, comme on sait, en grande partie ruinée. Peu de temps apres la proclamation de l’Empire, NAPOLÉON 1% entreprit la réorganisation des haras de ses Etats, et la Belgique, à cette occasion, fut dotée d’un nombreux dépôt d’étalons établi à Lervueren. Mais le Haras de Tervueren semblait avoir reçu en héritage la maladie de langueur de celui d’Alost. La clientèle des juments faisait déiaut à ses étalons appartenant à la souche orientale, et c’est ainsi que spontanément, il s’effondra au moment où sombra l’Empire lui-même.

Cependant, la superstition funeste attribuant à l’étalon oriental un pouvoir d'amélioration inné, lors de ses croisements avec les juments communes, avait gardé tout son crédit dans les milieux chargés de la gestion des intérêts publics. Aussi, quelques années après l'établissement du Royaume des Pays-Bas, conformément à cette néfaste doctrine, le roi GUILLAUME ordonna de nouveau la création d’un haras belge. Il est vrai qu’établi à Walferdange, dans ja partie allemande du Luxembourg, il se trouva fort à l'écart de l’aire géographique propre au cheval brabançon.

Lorsqu’en 1830 la Révolution belge eut amené la séparation des provinces belges d’avec les provinces néerlandaises et l'érection des premières en un royaume indépendant, le Haras de Walferdange devint exclusivement belge. Il fut transféré à Tervueren lors de la restitution du Grand-Duché de Luxembourg à la couronne des Orange-Nassau, en 1839, de là à Gembloux, en 1850, et, en 1864, la législature s’étant refusée à en voter le budget, il fut une troisième fois dissous. RPPUES

Jusque-là, le haras et le croisement du cheval indigène devaient leurs derniers partisans à cette opinion généralement reçue, apparemment rationnelle d'ailleurs, bien qu'erronée au fond : c’est que l’emploi de la vapeur comme force motrice, qui déjà avait éliminé le cheval de l’industrie comme moteur au cours des premières années du XIXe siècle, devait, en se généralisant, par l'établissement universel de voies ferrées, le décharger bientôt aussi totalement du rôle

de moteur de transports pesants, le laissant ainsi sans emploi, sans débouché, sans acheteurs ; que, par conséquent, la sauvegarde des intérêts agricoles réclamait d'urgence l’affinement du cheval indigène, lourd et lent, afin de lui conférer l'aptitude à d’autres modes de travail et de lui con: server un marché assuré.

Ce raisonnement, bien que fort juste dans ses prémisses, aboutit à une erreur profonde en concluant à une restriction fatale, voire même à la suppression du débouché pour les chevaux de gros trait. Personne, apparemmeñht, n'avait pressenti le développement colossal prochain de l’industrie, ni par conséquent l'énorme trafic local auquel elle allait donner lieu, ni les exigences en attelages plus forts et plus nombreux d’une agriculture plus intensive d'année en année dans l’Europe Centrale et Occidentale. En réalité, déjouant toutes les prévisions, l'emploi du gros cheval s’éleva à une intensité jusque-là inconnue, si bien que son débouché, loin de se restreindre, s'élargit dans une mesure énorme.

Seul, le cultivateur belge routinier semblait avoir eu l'intuition de tout cela lorsque, fidèle aux traditions séculaires, sourd à tous les arguments savants par lesquels on s'éveituait à lui démontrer les avantages du cheval croisé, il continuait à refuser ses grosses juments à la saillie des étalons de sang ; et lorsqu'un beau jour l'offre des chevaux pesants sur le marché demeura fort au-dessous de ia demande, il se trouva à même de tirer grand protit de cette situation, Il n'en est pas moins vrai que la race chevaline belge fut, pendant quelque temps, arrêtée dans son évolution et menacée d’un état de stagnation fatale.

Voici quarante ans que l’éleveur belge, dégagé de toute entrave, soulagé de toute pression et livré à lui-même, exerce librement son métier, et cela avec un succès qu: le monde entier connaît.

Lorsque, en 1874, dix ans après la suppression du haras, la Société agricole du Brabant-Hainaut organisa, à Bruxelles, la première exposition nationale d'animaux domestiques, pour la première fois y parurent en masse, des chevaux brabançons exempts de tout mélange de sang étranger, et, pour la première fois aussi, les hautes qualités du cheval belge pur semblaient se manifester à beaucoup de Belges eux-mêmes. Maint vieux Bruxellois se souvient de la sensation que souleva M. JASME, de Petit-Rœulx, lorsque, montant un ardent pur sang, il tenait la tête d’un cortège de 82 chevaux brabançons conduits à la main le long de la rue de la Loi, et des acclamations qui l’accueillirent à son entrée au champ d'exposition. Il semblait que chacun éprouvât ensemble le sentiment du péril auquel le cheval indigène venait heureusement d'échapper, et le besoin de

témoigner sa joie de sa rentrée en scène si inattendue "et 8 brillante.

- Quatre ans plus tard, un premier prix international dé-. cerné à Paris à l'étalon Brillant (708) confirma la recon-, naissance de l'excellence du cheval belge. Toutefois, Eug. GaxoT, le célèbre hippologue français et le plus éminent défenseur de la doctrine économique qui prociamait la déchéance et prophétisait la disparition prochaine du cheväl pesant, critiqua violemment la décision du jury en faveur de Brillant, et, parlant à cette occasion des nombreux éta: lons belges rouleurs qui, vers ce temps, faisaient la saillie dans le Nord de la France, il crut devoir pousser l’invective à leur adresse jusqu'à la méprisante épithète d’ « infects bestiaux ». Cette violente sortie fut accueillie avec indiffé: rence par les Belges et ne les détou-na en rien de leur sécu: laire voie d'élevage. Ils parurent avec des forces accrues au concours international de Paris, en 1889, y conquirent de nombreuses distinctions, parmi lesquelles un prix d’honneur décerné à M. J. HAzarD, et amo’cèrent ainsi leur triomphe universel de l’aris eïi 1900. GayoTr, mort depuis quelques années, n'eut pas à subir la mortification d’assister à ce triomphe qui proclaimait le renversement irrémédiable de toute sa doctrine. Dans l’entretemps, Les cicranrs belzcs, en formant la Société « Le Cheval de Traït belge », avaient coordonné leurs efforts vers le progrès dans une direction unique, et ainsi provoqué l'élan par lequel leur élève chevaline s’est, depuis lors, placée au premier rang ».

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La, partie du département du Nord qui constitue l'aire géographique initial du Cheval de Trait du Nord, cousin germain du cheval belge et de même origine que lui, appartenait à la Gaule-Belgique avec laquelle elle entra plus tard dans le Royaume des Francs, ensuite dans l'Empire germanique romain, puis dans les provinces espagnoles des Pays-Bas. Elle ne fut définitivement annexée à la France qu’en 1668, par le Traité d’Aix-la-Chapelle. |

La création d'une frontière toute conventionnelle comme celle qui sépare actuellement le département du Nord du pays voisin, avec lequel il entretient d'incessantes reletisns commerciales dans tous les domaines, ne pouvaif établir une démercation ou provoquer une différencio ‘ion entre les diverses races animeles qui, de chaque côté de cette ligne fictive, vivent sous un même

climat, sur des sols presque identiques quant à leur formation et à leur composition, et $ont entretenues et traitées selon des méthodes culturales très semblables.

Et, quoi qu'il en soit de la question de savoir si l’ancêtre commun du Cheval belge et du Cheval de Trait du Nord, est le cheval qui, durant la période quaternaire, vivait dans le bassin de la, Saône ou dans celui de la Meuse, il n’en est pas moins vrai que le rameau, issu de la souche primitive et qui a traversé la Meuse à l’ouest, a trouvé, au lieu du climat rude et du sol schisteux pauvre en phosphore et en calcaire qu'il quittait, la région tempérée des plaines basses et fertiles des vallées de la Sambre et de l'Escaut.

Dans les prairies couvertes d'un épais manteau de li: mon où 1l vécut dès lors, el qui, de plus en plus et de mieux en mieux, furent exploitées à travers les siècles selon les méthodes d’une culture progressivement et rationnellement intensive, son squelette et sa musculature sa développèrent dans toutes les dimensions, pour lui permettre d'acquérir de proche en proche un système asseux considérable et des formes {out à la fois massives et harmonieuses.

Si l'on considère que le pays constitué par ces riches prairies à formé l’ancien comté du Hainaut dont les centres principaux étaient Mons, Tournai, Nivelles, Cambrai, Valenciennes, etc..…., et le duché de Brabant, dont Bruxelles et Gand étaient les plus beaux fleurons, 1l ne peut être contesté par personne que, dans les temps anciens, c'est autant dans ce qui est aujourd'hui le Nord de la France que dans ce qui est devenu la Belgique, que s'est créé, par évolution et transformation ininterrompues, le cheval de gros trait.

Ce cheval ne s'est d'ailleurs pas arrêté dans les vallées de la Sambre et de l'Escaut ; il a continué à s’avancer vers l’ouest pour rencontrer : d’une part, dans les régions les plus basses de la Belgique, au voisinage de la mer, l'immense, lymphatique et si défectueux cheval flamand, d'autre part, le merveilleux cheval boulonnaiïs, si différent de lui, puisqu'il est, en fait, un arabe grandi et grossi (1).

(A) Viseur : Histoire de la race chevaline boulonnaise, Arras 1922.

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