CHAPITRE IV
C'est aux directives étroites et immiuables dans lesquelles s’est toujours strictement tenu lea Stud-Book, qu'il à dû de pouvoir donner à l’œuvre qu'il poursuivait l'impulsion grâce à laquelle se sont fondues et uniformisées l’action ei les vues des éleveurs, et s'est créée chez le Cheval de Trait du Nord l’homogénéité que mettent de plus en plus en évidence les exhibitions collectives qui en sont faites.
Lorsqu'il veut faire choix d’un étalon ou d’une jument, l’éleveur, qui s’est au préalable longuement renseigné sur les origines du sujet à lui présenté, examine d’abord et avant tout les membres, à l'effet d'apprécier « l'os », les pieds, la musculature et les aplombs.
Si cet examen des colonnes de soutien ne lui donne pas entière satisfaction, il ne poursuit pas plus loin ses investigations, tant il attache de prix à la conformation et à la puissance des « dessous ».
Si, au contraire, le jugement qu'il porte est favorable, il scrute et détaille les autres régions, voit si elles sont en harmonie avec les membres quant à leur charpente et à leur correction, et c’est seulement après cette analyse— que bientôt par un coup d'œil d'ensemble il a transformée en synthèse — qu'il décide s’il convient de soumettre le cheval à des exercices au pas et au trot,
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Quand le cachet et la distinction s'ajoutent aux qualités substantielles qu'il recherche, il s’en réjouit.
Mais lorsqu'il se trouve en présence d’un étalon ou d'une jument qui, par sa masse, sa profondeur de poitrine, son ossature, sa musculature, ses aplombs, ses articulations, ses pieds, ses allures, la densité de ses tissus, sa trempe et son énergie le satisfait, et lorsque surtout il a des renseignements précis sur la lignée de chacun de ses procréateurs comme aussi sur les produits qu'il à déjà donnés, il n'hésite pas, le cas échéant, à se montrer quelque peu indulgent relativement à la distinction, car il sait que même si l'animal est, selon l'expression consacrée, « Un peu COMMUN » en apparence, il donnera quand même « du bon et du gros ».
Les juments sont, en très grande majorité dans notre région, confiées à l’étalon de janvier à juillet, et même quelquefois jusqu’en août.
C'est seulement dans des conditions et circonstances exceptionnelles que, ainsi que cela se produit par contre assez fréquemment en Belgique, on les fait saillir au cours du second semestre de l’année.
Les montes fécondantes sont surtout celles auxquelles on soumet les juments au printemps, alors qu’elles ont pu être « rafraîchies » déjà par l'alimentation « au vert ».
La jument de Trait du Nord, comme sa sœur la jument belge, supporte à merveille, sans à-coup et sans manifester le moindre trouble, les modifications physiologiques qui résultent pour elle de son état de gestation.
Elle continue à s’entretenir et à travailler avec la mê:me ardeur que sa voisine qui n’a pas été saillie, et — les exemiples en sont d’ailleurs assez nombreux — donnerait sans grand inconvénient sans doute, son poulain sous le collier, si son propriétaire, se conformant à un usage que commande la compréhension bien entendue de ses intérêts, ne la laissait au repos durant les jours qui précèdent la mise-bas.
Les notions élémentaires d'hygiène et de propreté qui sont aujourd'hui en honneur dans toutes les exploitations d'élevage de notre région, sont régulièrement et
rigoureusement mises en application à la naissance du poulain, que sa mère reconnaît toujours et qu’elle laisse téter dès qu’on le lui présente, soit aussitôt que le cordon ombilical, préalablement ligaturé, a été soigneusement sectionné et le moignon minutieusement lavé et aseptisé.
Après quelques jours de demi-diète hydrique à base surtout de buÿées tièdes à la graine de lin et au son, la jument, si les conditions atmosphériques ne s'y opposent pas, est mise au pâturage ; quand elle doit rester à l’écurie à raison de l’inclémence permanente de la température extérieure, on lui restitue progressivement sa ration sèche habituelle, qui s’'augmente toutefois, pendant un certain temps encore, de barbotages rafraîchissants.
S1 les travaux agricoles ne nécessitent pas son utilisation hors dela ferme —- auquel cas on la ramèneplusieurs fois dans la journée auprès de son poulain pour qu'il s’alimente et soulage les mamelles maternelles — elle est laissée à la prairie ou dans son box.
Très régulièrement, en tout cas, le neuvième ou le dixième jour qui suit l'accouchement, elle est présentée à l’étalon qu'elle accueille avec un empressement évident et une satisfaction visible, après quoi elle retourne à son poulain qu’elle nourrit pendant quatre, cinq et même parfois six mois (1). Celui-ci, d’ailleurs, dès que l’état de
(1) Nous extrayons d’une conférence qu'a faite le 29 mars 1924 à la Société centrale d'Agriculture du Pas-de-Calais, M. pe PIERRE, Directeur du Dépôt d’Etalons de Compiègne, le passage suivant :
Tous les pays producteurs sont d'accord pour prolonger l’allaitement des poulains aussi longtemps que possible. On m'a reproché d’avoir une marotlte et, cependant, je ne fais que confirmer l’opinion de tous ceux qui se sont illustrés par leurs travaux en zootechnie. M. Savagner. Vétérinaire départemental, a fait à ce Sujet l’année dernière un remarquable rapport duquel il ressort nettement que la base fondamentale de toute amélioration dans les races animales réside dans l'allaitement prolongé, et que sans ce dernier, toutes les mesures qui peuvent être adoptées restent inefficaces. La preuve en est fournie, du reste, par ce qui Se passe duns l'espèce bovine ; les races charollaise et nivernaise doivent la qualité exceptionnelle de leurs produits au maintien, pendant plusieurs mois. des veaux sous le pis de la mère.
Je sais bien qu'en Belgique, on fait le sevrage de bonne heure; c'est sans doute la raison pour laquelle les chevaux belges sont lymphatiques et qu'on leur préfère ceux de la race de Trait du Nord qui. grâce à l'allaitement mieux compris, ont des tissus plus denses et des membres plus secs et plus résistants,
ses appareils masticateur et digestif le lui permet, reçoit en même temps qu’elle, à la pâture et à l'écurie, des rations d'avoine généralement concassée ou aplatie et de tout premier choix, de plus en plus copieuses.
Grâce à l'allaitement maternel prolongé dent il bénéficie et auquel, lorsque, par extraordinaire, il est insuffisant, nos éleveurs suppléent par un apport de lait de vache ; grâce aussi à l’avoine qu'il recoit en abondance ; grâce encore à ce que l'herbe qu'il consomme croît sur des terres auxquelles le phosphate n’est point ménagé , grâce également à ce que son pansage est assuré dans les meilleures conditions ; grâce enfin à ce qu'il est, après le sevrage, laissé en liberté au pâturage durant la presque totalité de l’année, le poulain de Trait du Nord déve: loppe au maximum! son squelette, ses masses musculaires et son endurance, et accumule en lui les impondérables qui, bientôt, feront jaillir comme de sources à jamais intarissables, l'extraordinaire influx nerveux qui le révèlera, malgré son poids, non pas seulement l’animal rustique et robuste qu'il est, mais aussi le cheval énergique et brillant qu'admirent tous ceux qui le connaissent.
Dès qu'il à atteint l’âge de dix-huit mois, qu'il soit pouliche, poulain encore entier ou déjà châtré, le Cheval de Trait du Nord est déjà si confirmé dans son développement et déjà si consolidé dans sa conformation et dans ses aplombs qu'il peut, durant quelques heures par jour, être aîtelé en second ou en troisième avec un cheval ou avec des chevaux faits, et ainsi « commencer à gagner ses croûtes ».
Il se laisse harnacher placidement sans la moindre difficulté, tant il est doux et de bon caractère, et s'engage dans le collier avec une facilité qui étonne quiconque a, pour la première fois, ce spectacle sous les yeux.
Son dressage, qui ne constitue, dès lors, dirions-nous volontiers, qu’une simple formalité, est terminé en un tournemain.
À deux ans, alors que ses congénères de maintes autres races sont encore des enfants choyés devant rester totalement improductifs jusqu’à l’âge de trois ans ou plus,
notre apprenti d'hier est déjà un excellent demi-ouvrier qui, par le travail qu’il fournit, dédommage d’autant son éleveur des soins qu'il lui a donnés.
Progressivemient et très vite, son rendement au travail — ce rendemient qui se maintiendra intact, du reste, jusqu'à un âge avancé — augmente dans des proportions telles qu’il peut être affirmé sans avoir à redouter aucun démenti, que lorsqu'il a atteint l’âge marchand optimum, il à remboursé une grande partie des sacrifices qu'il a nécessités et permis à celui qui l'a élevé d’encaisser à titre de profit net, une somme qui n’est guère inférieure au prix pour lequel il le vend.
Ce prix, qui atteint facilement, à l'heure actuelle, de 5.000 à 7.000 fr. pour un bon cheval de travail, est largement dépassé lorsqu'il s'applique à des juments d'origine à livrer à la reproduction, et considérablement multplhé quand il s’agit d’étalons issus de pères et de mères réputés.
Si, à la vérité, « Ay » à M. LÆLEU-CRÉPIN, de Tilloy, qui, il y a près de trois ans déjà, en a refusé le demimillion à un consortium d’éleveurs belges, constitue jusqu'à présent un exemple unique dans nos annales, ne sont plus de rarissimes exceptions les étalons de Trait du Nord dont la valeur varie entre 50.000 et 100.000 francs, ou même excède ce dernier chiffre.
L'étalon est entouré, par son propriétaire de soins minutieux.
Son hygiène et son alimentation sont l’objet d'une attention et d’une surveillance incessantes.
Au titre de l'hygiène et dans le but aussi d'entretenir et de développer au maximum les qualités de puissance et de travail qu’il doit conférer aux poulains qui naîtront de lui, on ne le laisse pas, comme tant d’autres le sont « au repos au sein de l’abondance ». On lui impose quotidiennement, à l’époque de la monte, de fournir aux champs une besogne proportionnée aux déperditions awentraînent inévitablement les saillies, et hors la périade où il est utilisé comme reproducteur, un quantum de travail aussi important que celui qui est exigé des autres équidés de la ferme,