DURÉE
Trotteurs montés
3 ans
i kilom-
4 kilom.
4 ans
5 ans
Trotteurs attelés
3 ans
1 kilom.
4 kilom.
4 ans
5 ans
rso"
Est-ce à dire que les étalons, qui ont satisfait à ces épreuves, sont irréprochables? Non certes, mais ils ont prouvé qu'ils possèdent une qualité améliorante indispensable : l'énergie.
Quant aux autres caractères qu'ils présentent, nous allons les énumérer :
Ces caractères sont loin d'être homogènes, et cela se comprend, étant donné les procédés de reproduction employés : tantôt ils se rapprochent du pur-sang pour la longueur des lignes, la trempe et Ténergie; tantôt ils ont le développement musculaire et Tossature de l'ancien cheval normand. Les types les mieux réussis sont ceux chez lesquels les détails de la conformation des ascendants se sont, pour ainsi dire, fondus pour former un tout harmonieux. Leur taille oscille autour de 1"60.
Généralement la ligne du dessus est correcte; parfois le dos est un peu bas et la croupe élevée ; l'encolure est longue, le garrot bien sorti, le dos et les reins bien soutenus et larges, la croupe puissante, les fesses longues et bien musclées. Les rayons supérieurs des membres sont loiigs et bien d'aplombs; les articulations larges et les tendons secs et bien détachés ; avec cela une poitrine large et profonde. En somme, moins de taille peut-être, mais surtout moins de gros que l'ancien carrossier normand, plus d'énergie, plus de légèreté et plus de trempe.
Mais combien de sujets s'éloignent de ce portrait-type que l'on rencontre deux ou trois fois dans une présentation annuelle ! Tel a une tête forte, longue et reliée à l'encolure d'une façon disgracieuse ; tel autre a le dos bas ; celui-ci a la croupe trop élevée ; celui-là a des aplombs défectueux. Sans compter les tares consécutives aux pénibles épreuves des courses, car, bien petit, en effet, est le nombre des trotteurs qui traversent ces épreuves sans avoir été victimes de la passion pour le jeu qui emporte leurs propriétaires. Et, à ce point de vue, il est regrettable que la limite de résistance de ces coursiers généreux soit souvent dépassée, et cela, au grand dommage de leurs qualités, même reproductrices, car, s'il est des altérations organiques visibles, il en est aussi dïnvisibles et non moins graves que celles-ci, et c'est sans doute à des lésions de ce genre, consécutives au surmenage, que l'on doit de
voir des étalons ne donner souvent aucun produit sérieux pendant la première et même pendant la seconde année de la monte. Cet état se modifie heureusement plus tard, à la suite du repos ou d*un travail hygiénique.
Concurremment avec les étalons trotteurs indigènes, on en a essayé d'étrangers, russes ou américains, mais l'expérience qui a été faite avec quelques trotteurs célèbres, Polkentchiks entre autres, n'a pas donné de résultats encourageants*
Les juments de la variété trotteuse, subissent, comme les étalons, les épreuves des courses, et si elles s'y distinguent, leurs propriétaires ne les consacrent à la reproduction que quand leur carrière en ce genre est terminée, aussi sont-elles rarement bien intactes à ce moment. Celles qui n'ont pas réussi à l'entraînement, soit par accident ou insuffisance de moyens, sont livrées aussitôt que possible à l'étalon.
De môme que l'étalon, la jument d'origine trotteuse se rapproche plus du pur-sang que les autres juments de demi-sang. Outre l'énergie et la trempe affirmées par les courses, elles présentent dans l'ensemble et les détails de la conformation, dans la musculature et la dispôsilioû des rayons des membres, les conditions los plus favorables à la rapidité des allures; leur taille, généralement un peu inférieure à celle des trotteurs, oscille autour de 1 m. 57. Comme chez ces derniers, elles
ont le plus souvent le dessus correct et bien soutenu, un arrière-main puissant, les rayons supérieurs des membres longs, en bonne direction et très musclés, des articulations solides et des tendons forts et bien détachés.
Les Carrossiers. — Les Carrossiers sont des demi-sang un peu plus éloignés du pur-sâûg que les trotteurs.
Si lé défaut d'homogénéité existe chez les trotteurs, comme nous l'avons vu, à plus forte raison se montre-t-il chez les carrossiers, et il n'est pas exagéré de dire que ces derniers sont en état de variation désordonnée.
Les défauts que nous avons signalés chez les premiers existent chez les seconds encore plus fréquents et plus graves.
L'étalon vraiment carrossier, ayant de la taille, de la figure, de la distinction et de l'ampleur dans lés lignes, se fait de plus en plus rare. Le demi-sang actuel est plus court, moins grand, bien étofié et bien membre, mais souvent défectueux dans sa ligne du dessus* Nombreux sont les sujets à croupe plus élevée que le garrot, à dos bas, à encolure courte et massive, à tête forte et plaquée et à épaules charnues et peu obliques, chevaux de harnais plus que chevaux de selle. A côté de ceux-ci on en trouve d'autres plus près du sang, mais plus légers de membres, moins chargés de muscles, ayant plus de lignes.
mais n'étant pas toujours corrects dans le dessus.
La taille est des plus variables, de 1 m. 55 à 1 m. 65. Cependant, pour le plus grand nombre, elle se lient au voisinage de 1 m. 60 . La robe dominante est le bai. Le commerce étranger, américain surtout, attache une grande importante à l'absence des particularités dans la robe : balzanes, listes, petottes, etc.
Dans les juments carrossières, il importe de faire une distinction entre celles qui, ayant un certificat de naissance, ont subi des épreuves sur les hippodromes de Vire ou de Gabourg, et celles qui n'ont aucune pièce constatant leur orgine. Les premières seules sont admises dans les concours de pouliches et de poulinières ; seules aussi, elles ont droit à la monte par les étalons nationaux.
D'une manière générale on. peut dire que, sous le rapport du degré d'amélioration, de l'harmonie des formes, de la physionomie et des moyens, il existe une différence bien marquée entre les juments racées et celles qui ne le sont pas, différence tout à l'avantage des premières.
Mais, indépendamment des caractères différentiels résultant de la méthode de reproduction employée, il en est d'autres qui sont la résultante des influences du milieu où ces juments séjournent. Il y a sous ce rapport une distinction à établir, par exemple, entre les
juments du pays d'Auge et celles du Bessin, entre celles du Bessin et celles du Bocage ou du pays Virois. C'est dans le pays d'Auge et le Merlerault, que se trouve l'élite des juments normandes, mais là, pas plus qu'ailleurs, Funiformité n'existe, surtout depuis que la production du trotteur a modifié quelque peu l'industrie chevaline de ces régions.
La belle jument carrossière d'autrefois, aux formes puissantes et athlétiques, à la tête expressive quoiqu'un peu forte à l'encolure, épaisse, mais attachée haut, à la croupe large, à la poitrine ample, aux membres fortement musclés dans les régions supérieures, mais un peu grêles et quelquefois déviés en dessous des genoux et des jarrets, tend â disparaître, et avec elle le carrossier de grand type et aux grandes actions, pour faire place à une jument ayant moins de taille, mais plus de sang, moins massive et mieux trempée, mais malheureusement souvent plus légère de membres, plus étroite de poitrine et pas toujours correcte dans les aplombs ; jument plus de selle et répondant mieux aux besoins de l'armée que la précédente.
A côté de ces juments, les écuries les plus renommées possèdent des bêtes d'un beau type, ayant de grandes lignes, très distinguées, près du pur-sang par leurs ascendants, et plus spécialement réservées à la production de l'étalon demi-sang trotteur. Les grands éleveurs du Calvados : les Lemonnier, les Lebaudy, les Brion, les Castellon, les Her-
vieux, etc., pour ne citer que les plus connus, sont arrivés à des appareillements et à des croisements judicieux, et surtout, par une sélection raisonnée, à produire des pouliches remarquables par leurs formes, leur origine et leur type, à former un groupe de juments tout à fait exceptionnel qu'on peut considérer comme la pépinière des reproducteurs de choix, trotteurs ou carrossiers.
Le Bessin se place immédiatement après le pays d'Auge et le Merlerault pour la valeur de ses juments et des produits qui en dérivent ; mais il y a moins de taille, peutêtre moins de sang et un nombre bien moins considérable de sujets de grande valeur. Les caractères sont encore plus disparates : les bêtes ordinaires ont les lignes moins longues, le garrot un peu en avant, l'épaule insuffisamment inclinée, la cuisse courte mais bien musclée, la poitrine ample et les membres parfois légers mais bien d aplombs. Cependant, il y a dans l'ouest de la Normandie, un progrès réel et une tendance marquée à la production du cheval d'armes.
Dans le Bocage et le Virois, les juments sont d'un caractère tout à fait différent. Elles sont plus petites que dans les autres régions, moins régulières dans leur conformation, parfois décousues, défectueuses dans leurs aplombs et souvent tarées, mais plus rustiques et mieux trempées.
Aucune homogénéité : c'est un mélange de
sujets de toutes tailles, ayant les caractères et les aptitudes les plus divers, et, somme toute, bien inférieures aux précédentes.
Chevaux communs. — Il y a, dans les trois départements de la Normandie que nous avons étudiés au point de vue de la production hippique, des chevaux de trait de race commune assez nombreux dans quelques parties des arrondissements de Lisieux et de Pont- TEvêque dans le nord, dans ceux d'Argentan et de Domfront dans le sud ; dans les premières de ces localités ils tendent à disparaître, remplacés par des chevaux plus ou moins fins ou par des Percherons ; nous ne nous y arrêterons pas, mais nous dirons quelques mots des chevaux d'Argentan et de l)omfront, d'après l'étude qu'en a fait Gillet, vétérinaire de l'armée, alors qu'il était attaché au dépôt de remonte d'Alençon il y a une quarantaine d'années. — Dans un voyage que nous avons fait récemment dans ces arrondissements, en temps de foire, nous avons pu constater que les choses sont encore dans le même état qu'à l'époque où Gillet a écrit son mémoire.
On élève dans l'arrondissement d'Argentan un cheval qui ne ressemble en rien à celui du Merlerault, qui n'est pas plus du Perche que du Calvados, mais qui tient à la fois de ces deux derniers. Ce cheval est très probablement le résultat de la fusion des chevaux bretons ou percherons avec des juments normandes communes; ce qui le prouve c'est que,
d'après le résultat d'une enquête faite par Gillet, tous les étalons fonctionnant dans le pays, de 1820 à 1830, étaient, on percherons, ou bien, comme les juments entretenues dans Tarrondissement, de race bretonne. Depuis, bien qu'on emploie souvent des étalons de demi-sang, les chevaux connus sous le nom de chevaux d'Argentan conservent toujours le même caractère qui est le suivant :
Tête forte et so as disiinctioa aucune, oreilles petites et bien attachées, encolure courte ainsi que les épaules dont l'obliquité est presque nulle, dos un peu bas, croupe carrée et avalée, hanches saillantes et queue mal attachée, poitrail assez large, cote plutôt plate qu'arrondie, passage des sangles peu marqué, ventre volumineux et flanc creux, membres courts garnis de muscles robustes et de fortes articulations; jarrets sains mais coudés et souvent un peu trop rapprochés ; enfin, pied généralement trop volumineux.
Tel est le cheval des environs d'Argentan ; du reste d'une bonne nature, s'entretenant facilement, d'un caractère doux et docile et précieux pour la remonte auquel il fournit chaque année une centaine de bons chevaux d'artillerie.
Une autre race de chevaux communs que l'on trouve dans l'arrondissement de Domfront et connue aux envii ons d'Alençon sous le nom de charbonniers^ est la race des chevaux dits de la Mayenne on de Prez-en-Pail. Ces chevaux viennent effectivement de la Mayenne
et sont amenés dans Tarrondissement à l'état de poulains. Voici leurs caractères : chevaux petits, d'une taille dépassant rarement i* 40 à 1" 45, à tête petite et carrée, à encolure étroite et droite, à dos et reins droits et bien faits, à hanches saillantes, à croupe droite et avalée et se rétrécissant insensiblement jusqu'aux pointes des fesses; membres grêles, mais sains et nerveux, cuisses maigres, jarrets très crochus, pied bon.
Ces chevaux sont très rustiques mais utilisables seulement dans les travaux de culture du pays.
Les Chevaux du département de la Hanche.
— Les chevaux du département de la Manche se distinguent en chevaux du Cotentin, chevaux de la Hague et chevaux de rAvranchin.
Le Cotentin possédait autrefois une race extrêmement renommée dont on retrouve encore de temps en temps quelques spécimens; ces chevaux étaient, soit de robe noire et connus alors sous le nom de bidets du Cotentin, soit de robe grise transmise probablement par une infusion de sang breton, soit de robe baie et ayant alors tous les caractères de l'ancienne race normande : tête busquée, encolure rouée, croupe charnue et avalée, grande taille, enfin tous les caractères du cheval de carrosse du temps de Louis XV. Ces chevaux ont été remplacés à peu près complètement par la race actuelle, dite anglo-normande. obtenue en appropriant au besoin du jour l'ancienne race
par son croisement avec le pur-sang ou le demisang anglais. Aujourd'hui celle race mélisse offre autant d'homogénéité que la race ancienne.
Les chevaux actuels se distinguent des anciens par moins de corps, moins de poitrine, et peut-être moins de dessous, mais la tête et l'encolure ont énormément gagné en beauté, et la croupe est plus longue et moins inclinée et Tépaule est plus oblique ; ils ont surtout gagné en énergie, en ar4eur et en allure. En un mot ces chevaux sont bien étoffés, ont .de la taille, de grandes lignes, des formes un peu anguleuses, de la distinction et du sang. On peut cependant leur reprocher leurs membres un peu grêles, serrés sous le genou ; mais le sang rachète ces imperfections, et, en somme, ce sont d'excellents chevaux.
Le cheval du Cotentin doit ses qualités surtout à la fertilité du sol et à son mode d'élevage en liberté.
Du côté de Cherbourg, le type le plus répandu est le cheval d'attelage de luxe, un peu plus grand et un peu plus étoffé que dans le centre de la presqu'île aux environs de Carentan et de Valogne.
Mais c'est surtout dans le canton de Beaumont, qui constitue principalement ce qu'on appelle La Hague, que l'on trouve les chevaux ayant de la taille et de la force. La remonte militaire y trouve le cheval de cavalerie de réserve, ou de cuirassiers, et le commerce le cheval d'équipage, ayant une taille de 1"60,
au minimum. Le cheval de la Hague est un type de demi-sang normand, rappelant Fancien cheval de Merlerault, et ayant encore dans le chanfrein, dans l'encolure et dans la croupe beaucoup des caractères de Fancienne race, comme on en trouve beaucoup aussi dans le Calvados et dans les environs de Séez.
Le canton de Beaumont, dont les deux tiers sont entourés par la mer qui a une influence marquée sur ses herbages succulents et abondants, produit plus qu'il n'élève et cependant Félevage s'y fait avec succès, témoins les beaux produits du haras de Martinwaast, situé près de Cherbourg et appartenant à M. le baron de Schickler.
Le cheval de FAvranchin est ordinairement d'une conformation régulière, mais il est plus petit, plus rond dans ses formes et présente moins de distinction, parce qu'il a beaucoup moins de sang que celui du Cotentin. Il fournit à la remonte militaire beaucoup de chevaux de dragons etmême deschevaux decavalerielégère.
Il y a dans le département de la Manche des chevaux communs assez énergiques tenant àla fois du breton et du normand, on trouve aussi dans le sud du département, aux environs de Mortain, beaucoup de chevaux de petite taille à croupe avalée qui ont la plus grande analogie avec les charbonniers de la Mayenne dont ils dérivent certainement ; on y trouve même des poneys de 1" 40 et même plus petits, qu'on utilise à Paris à l'attelage des voitures basses dites panniers.
En résumé les chevaux de la Manche sont de jolis chevaux, énergiques, résistants, mais il faut savoir les attendre. Le département fournit, outre beaucoup de chevaux d'équipages, aux troupes à cheval de toutes les armes depuis la carrière jusqu'au trait, mais c'est le cheval de ligne qui domine, puis viennent les chevaux de trait et enfin les chevaux de tête pour officiers (1).
Les Chevaux percherons. — Le Perche, disent les dictionnaires géographiques, est une ancienne province de France aujourd'hui enclavée dans les départements d'Eure-et-Loir, de l'Orne, de la Sarthe et de Loir-et-Cher. Mais a le l^erche aux bons chevaux » n'est pas le Perche géographique ; c'est une région h part, vivant pour le cheval et par le cheval ; région de pâturages fertiles sentant déjà la Normandie. Le Perche aux bons chevaux est la. tête des eaux de tout l'Ouest. De là descendent THuisne, dont la vallée est la grande artère du pays, la Sarthe, POrne Saonaise, l'Eure, riton, l'Avre, la Braye, TOrne, la Touque, qui portent à la Manche, à la Seine et à la Loire les eaux de ces hautes et riantes col-
Ci) Nous devons la plupart des renseiguements que nous avons donnés sur l'élevage et les caractères des chevaux de la Normandie, à nos confrères de l'armée, MM. Viart, Lutrot et Peupion qui ont ëtë longtemps attachés, ou le sont encore, au service des Remontes k Caen et à Saint-Lô.
FiG. 45. — CARTE DU PERCHE
;:5.^.,y-'iL01R ET CHER
Unes dominant des vallées herbeusefl. C'est un pays en pleine prospérité agricole, grâce au commerce avec le dehors, avec l'Amérique surtout. Les chevaux du Perche sont, au delà de l'Atlantique, l'objet d'une faveur croissante. Aux Etats-Unis on connaît surtout de la France, après Paris, ce petit pays qui s'étend du Loir aux sources des petits fleuves de la Manche (1).
Pour qui le visite avec les idées préconçues répandues sur l'élevage, le Perche est une véritable surprise. On a tant dit que la qualité du cheval percheron tenait au sol, aux pâturages, au climat, que l'on constate avec étonnement des zones bien tranchées dans l'aspect du pays. Dans le Perche Vendômois, vers Morée, Montoire, Savigny, les prés s'étendent aux pieds de ces belles falaises calcaires où sont creusées tant d'habitations curieuses. Vers La Chartre, les pâturages bordent le pied de vignobles réputés. Autour de Cloyes, le paysage tient de la Beauce. Evidemment le Percheron n'est pas là dans son habitat primitif, il y est venu et a fait souche dans ces vallées à l'aspect déjà méridional, aussi bien que dans les vallées humides de Mortagne et de Mesle.
Au sud, le pays est moins frais que dans le nord; mais les villes sont plus riantes. La
(1) Nous empruntons ces détails et ceux qui suivent à une série de très intéressants articles intitulés Voyages en France, parus dans Le Temps ^ en mars et avril 1891.
Chartre, Saint-Calais, Mondoubleau sont fort gaies.
Du sommet de la colline de Montmirail, on plane sur tout le Perche et Ton distingue nettement chaque zone. Cette colline est le point culminant des hauteurs entre le Loir et THuisne.
Le plateau inférieur est sillonné de vallées où rélevage se fait en grand. En suivant la route qui conduit à La Ferté-Bernard, on rencontre à chaque instant des borderies^ vastes prés bordés de haies vives où paissent en liberté les percherons gris-pommelés ou noirs. Car la mode est aujourd'hui au cheval noir ; l'Amérique le préfère au percheron classique. Celui-ci avait lui-même succédé au percheron blanc qui doit avoir été le type delà race, ainsi que le donne à penser une vieille ballade percheronne célèbre :
Ce biau sire de Trie, Sur son blanc destrier, Contre gent ennemie Allant pour guerroyer.
La Ferté-Bernard a aussi sapart, et unebelle part dans l'élevage, mais c'est en outre un des grands marchés de chevaux de la contrée, comme Nogent-le-Rotrou, Mortagne et Le Mesle.
C'est dans la région dont La Ferté occupe une extrémité et Nogent-le-Rotrou une autre, sur huit ou dix lieues carrées au plus, que l'on rencontre les plus puissants exemplaires de la race percheronne : dans lescantons de Thiron,
Authon et Nogent-le-Rptrou (Eure-et-Loir) ; du Theil,de Bellême, Noce, Regmalard (Orne). Aussi les Américains, acheteurs de chevaux, ont-ils fait de La Ferté, autant que de Nogentle-Rotrou,leur résidence habituelle.
Aux jours de foire et de marché, quand affluent sur le Mail et les places les marchands de chevaux du Perche et la foule des cultivateurs, La Ferté est véritablement curieuse à parcourir. Mais on s'y ferait illusion en y cherchant les spécimens les plus remarquables de la race chevaline. Certes il y a de beaux chevaux sur le champ de foire de La Ferté, mais les meilleurs ne se déplacent guère, à moins d'aller concourir à Texposition annuelle de la Société hippique percheronne, ou dans les concours du Palais de l'Industrie. Les acheteurs de chevaux se rendent sur place, visitent les éleveurs et font leurs achats. Allemands, Anglais, Belges, Américains, parcourent ainsi tout le Perche et enlèvent les étalons les meilleurs.
Ce n'est pas un commerce bien ancien. En 1872, un éleveur américain, M. Dunham, arrivait à Nogent-le-Rotrou et achetait des étalons qu'il importait dans l'Illinois. Cette première tentative eut un plein succès, aussi M. Dunham ne tarda-t-il pas à avoir des imitateurs. Il s'associa à M. Elvyrood, comme lui de rillinois, et tous deux entreprirent le commerce sur une vaste échelle, grâce à de puissants capitaux. M. Dunham s'est fait en Amérique l'apôtre du cheval percheron ; il y a
créé une société hippique percheronne qui comprend plus de trois nriille membres, et publié un Stud book percheron. A lui seul, il enlève chaque année quatre cents têtes de chevaux dans la vallée de l'Huisne.
Le premier échantillon de percheron importé en Amérique le fut en 1851. Un jeune Yankee, possesseur d'une grosse fortune, était venu la dépenser en France. Après avoir mené la vie à grandes guides, il rentra dans son pays; emmenant avec lui un étalon percheron acheté au cours d'une promenade aux environs de La Ferté. Cet étalon, LouiS'-Napoléon^ resta cinquante jour sur un voilier. Arrivé au port, le Yankee disparut, laissant son cheval que la famille éleva. Croisé avec des juments du pays, il donna des produits rapidement célèbres, mais il fallut plus de vingt ans pour que Ton s'avisât de faire, d'une façon continue, ce qu'un caprice de jeune homme avait tenté.
L'arrivée des Américains est pour le Perche ce qu'est ailleurs l'arrivée des hirondelles, le signal du printemps. Ils sont à Nogent-le- Rotrou et à la Ferté-Bernard, dès les premiers jours d'avril. Très souvent, ils amènent avec eux une partie de leur famille, pour qui le voyage en France est une partie de plaisir. Ils sillonnent eiisuite le Perche, allant de borderie en borderie, familiers avec tous. Leur rondeur et leur allure bovi enfant leur valent de vives sympathies.
II ne s'agit là que des grands marchands ; les petits ne sauraient mener les affaires de la
sorte. Ils s'associent pour les achats et envoient Tun d'eux dans le Perche pour recruter les chevaux. Ceux-là ne prennent naturellement que les bêtes les moins remarquables, qu'ils paient souvent aussi cher que les étalons sans défaut, mais avec des crédits souvent de plusieurs années, que les éleveurs percherons n'ont jamais eu à se repentir de leur avoir accordés.
Les éleveurs du Perche ont su maintenir aussi leur vieille réputation. Guidés par l'expérience, encouragés par les Américains qui tiennent à la filiation, ils se sont efforcés de maintenir dans toute sa pureté la descendance du fameux Jean-le-Blanc, fils de l'étalon arabe Gallipoli. Jean-le-Blanc était originaire de Mauves, près de Regmalard; il fut vendu en 1825 à M. Miard, de Villers-en-Ouche, près le Sap, dans l'Orne.
« Cet étalon, dit M. du Hays, a été, à lui seul, l'agent améliorateur de la race. Gros, puissant, limonier en un mot, sa distinction, un je ne sais quoi répandu dans tout son être, rappelait si profondément le souvenir de la famille orientale, qu'on se prenait à le croire un arabe grossi. »
Jean^le-Blanc est mort en 1856, âgé de trentedeux ans. Un de ses fils. Mignon^ né dans rEure-et-Loir, fut père de Coco et Tancêtre de Vieux'Chaslain et de Coco IL Ce dernier a produit pendant dix ans la plupart des chevaux nés autour de la Ferté-Bernard. Tous les grands éleveurs de la région, les Taschant, les
Perriot, les Ghamonard, les Vinault, les Fardouet, etc., ont des descendants de ces étalons fameux.
Il y a, non loin de la Ferté, à une lieue à peine de la ville, à la Pelois, un.des plus beaux haras de la contrée. Tous les voyageurs allant au Mans ont dû remarquer, en passant au milieu des belles prairies arrosées par THuisne et le ruisseau de Rosay. des chevaux admirables paissant en liberté. C'est de ces prés que sont sortis nombre de vainqueurs des concours annuels de Paris.
Il n'était cependant pas de La Ferté-Bernard mais bien de Nogent-le-Rotrou, l'étalon qui portait le nom de La Fertéy et fut, à Chicago, le vainqueur d'un grand concours de chevaux de trait; son nom, au banquet qui suivit ce concours, fut associé dans un toast par M. Dunham au nom de M. Ch. du Hays et à celui de Rosa Bonheur.
La vente du cheval percheron à l'Amérique a fait beaucoup de jaloux ; l'administration des haras a vu dans tout le Perche ses étalons complètement délaissés. Même elle a dû supprimer quelques-unes de ses stations. Ainsi, dans Loir-et Cher, Savigny, Mondoubleau et autres stations sont ou vont être supprimées L'administration se lamente; elle ne trouve plus dans ce pays le cheval d'artillerie qu'elle rencontrait. Ce qui lui arrive là est très naturel. La remonte paye un cheval d'artillerie de quatre ans 7 à 900 francs. Un cheval percheron de deux ans a déjà coûté cette somme
en nourriture; mais il sera vendu le double ou le triple de ce prix. Devant un tel résultat, on aurait tort d'entraver une production qui contribue pour une si large part à enrichir le pays. Il faut, au contraire, encourager partout Pélevage du cheval destiné à l'exportation ; les bons esprits, dans le Perche, estiment que le percheron peut être produit partout où il y a des pâturages, en employant de bons reproducteurs. Il y a là une source de richesse qu'on aurait tort de dédaigner.
Cependant, depuis 1890, les acheteurs américains deviennent moins nombreux, soit que la crise agricole en Amérique en soit la cause, soit, comme on l'a dit, que les étalons percherons aient produit là bas des descendants de haute valeur qui ont la qualité des percherons d'antan, la vigueur et les proportions du cheval trotteur et n'ont plus la massive corpulence de leurs pères, si bien que leurs propriétaires se sont corrigés du préjugé de Texcès du gros.
En tous cas, on commence à prévoir une transformation nouvelle dans la production. Pendant quelque temps, l'Amérique n'a voulu que des chevaux de haute taille, de puissants limoniers, ce que les admirateurs du cheval anglais appellent dédaigneusement de « gros éléphants. » Ce cheval avait sa raison d'être. En Amérique, il y a peu de routes, les charrois sont très difficiles, de là la création d'une race nouvelle. Aujourd'hui, les cultivateurs américains ont en quantité suffisante notre
gros cheval de trait. Il leur faut un cheval plus vite, plus dégagé dans son ensemble, mais tout aussi apte à déplacer un gros poids, et ils s^adressent encore au f^erche pour en obtenir le type classique de nos diligences et de nos camions. L'éleveur percheron s'est conformé rapidement à ce désir nouveau, de même qu'il fait pour l'Allemagne un gros carrossier intermédiaire entre le cheval de trait et le cheval de sang léger.
Comment s'obtient et se maintient cette race percheronne? Par quels procédés une province aussi exiguë arrive-t-elle à livrer en aussi grande quantité les chevaux nécessaires au commerce ?
La plus grande partie des chevaux du Perche soit de pure race percheronne, comme dans la vallée de FHuisne, soit mêlés de sang comme ceux du Merlerault et du Mêle, sont vendus jeunes dans la région de Regmalard, où on les élève à l'étable jusqu'à dix-huit mois; à partir de cet âge jusqu'à trente mois, on les dresse peu à peu au travail de la ferme. A trente mois, ils sont vendus et envoyés dans les régions voisines de l'Eure et Eure-et- Loir, le petit Perche et le Thimerois où, pendant un an, ils continuent le travail. Ici la nourriture est meilleure ; elle s'améliorera encore, quand le jeune cheval, vendu en Beauce, ira prendre part à la culture de ce pays.
C'est des foires de Bellême que partent, en moins grand nombre cependant que de Mortagne ou Longny, les jeunes chevaux qu'on
envoie en Beauce pour les sevrer et les élever. Ce procédé tient à ce que le Perche, s'il a des pâturages nombreux, produit peu de céréales; il ne s'en consommait guère jadis, mais depuis que les achats de l'Amérique ont donné une valeur si grande aux chevaux, on tire de la Beauce une grande quantité d'avoine destinée aux poulinières et aux jeunes animaux qui doivent rester dans le pays jusqu'au moment de la vente.
C'est là une réponse à ceux qui affectent de mépriser le percheron en disant qu'il n'a point de feu, étant uniquement nourri de lait. En réalité le poulain dans sa première année mange de 4 à 8 litres d'avoine par jour, sans compter le son et l'orge cuit. Ceux de deux ans, même ceux qui sont au pré, reçoivent 10, 12 et 15 litres d'avoine par jour. C'est ce qui explique comment le poulain de choix, destiné à l'exportation, aura coûté, en nourriture seulement, plu?^ d'un millier de francs. Or, nombre de ces poulains ont été achetés à leur naissance de 800 à 2,500 francs. On en cite môme vendus 4,000 francs. Ces chiffres font comprendre le prix atteint par certains chevaux exceptionnels.
Mais les chevaux ainsi élevés sont une minorité.
C'est après son passage en Beauce et dans la plaine de Chartres que le percheron est jugé bon pour la vente à Paris. Il va au marché de Chartres, où il est acheté par tous les services de poste et omnibus et de camionage.
a Ce mode d'élevage, dit un éleveur cité par M. du Hays, représente la division du travail, qui donne de si heureux résultats dans les manufactures, et ses avantages ne peuvent être bien appréciés que par ceux qui, ayant élevé des chevaux, savent quels embarras donne une réunion de juments et de poulains de tous les âges et de tous les sexes. Malheureusement, il serait bien diflB.cile d'introduire ailleurs cet usage excellent, qui existe dans le Perche, probablement depuis des siècles, sans qu'on puisse savoir comment il y a é^té amené. »
Telles sont les conditions économiques du Perche, et, par ce mot Perche, nous entendons la région produisant le percheron, c'est-à-dire le gros cheval de trait.
Des chroniques locales prétendent que les Percherons «ont d'origine orientale et qu'ils furent ramenés de Palestine par des comtes de Bellême, de Mortagne et de Nogent, au retour des croisades. Un abbé Fret, dans une lettre adressée au congrès de Mortagne, le 16 juin 1843, et dans son grand ouvrage sur le Perche, cite à cette occasion un seigneur de Mondoubleau, Geoffroy IV, et Rotrou comte du Perche, qui ramenèrent de Palestine plusieurs étalons orientaux auxquels ils donnèrent des juments et dont ils conservèrent précieusement la race. D'où vient alors, si cette race est depuis si longtemps belle et célèbre, qu'il n'en soit nullement question au xyw et au xviii* siècles, époques où les beaux chevaux étaient
si recherchés et que la France consacrait des sommes considérables pour en tirer 'de l'étranger, de la Hollande, du Danemark, de l'Bspagne et même du royaume de Naples, de la Turquie et de T Afrique? La vérité est que le percheron, comme le breton, comme le boulonnais, ont toujours été des chevaux communs, des descendants directs des chevaux celtiques, si abondants sur notre sol avant Tépoque gallo-romaine, et qu'ils ne doivent qu'aux progrès de Tagriculture, les formes et le volume qu'ils ont acquis à la suite des siècles.
Que de temps à autre certaines familles équines, appartenant à des seigneurs, aient reçu une infusion de sang arabe, nous n'en disconviendrons pas, mais la masse de la population chevaline du Perche est d*origine celtique, modifiée par le temps et par le milieu. Ce n'est même que depuis une soixantaine d'années que le cheval percheron s'est &it un nom, et est devenu ce que nous le voyons, et cela, exclusivement par Pinflaenee du progrès de l'élevage encouragé par la vogue et les bénéfices que cet élevage rapportait aux producteurs. La crainte d'un mélange avec une raee étrangère a toujours possédé les éleveurs du Perche et l'administration des haras sait par expérience iju'ils ont toujours résisté à son influence, heureusement pour eux et pour la race.
M. Gh. du Hays, qui a écrit un excellent petit livre sur le cheval percheron, sa production et son élevage, le décrit ainsi :
« Taille en général élevée (1-50 à 1*60) offrant dans son ensemble les caractères d*un tempérament sanguin, uni en proportion variable au tempérament musculo-lymphatique.
Il est presque toujours de couleur grise et c'est même, parmi les traits accentués qui le distinguent, celui que le regard embrasse le premier.
« Suivant leur prédominence, ces tempéraments constituent des variétés que l'on peut classer en trois catégories :
« 1* Les percherons légers chez lesquels le système sanguin prédomine (postiers de luxe);
« 2* Le percheron de trait, chez lequel le système lymphatique se trouve le plus développé (cheval d'omnibus et de camion);
« 3* L'intermédiaire entre ces deux types, qui participe de Fun par sa légèreté et de l'autre par sa force musculaire. Ce dernier est le plus nombreux, mais il a bien dégénéré depuis quelques années; il tend même à disparaître depuis que les services des postes qui avaient nécessité sa création, ont peu à peu fait place à d'autres modes de locomotion.
« Son air est coquet, quoique sa tête soit un peu forte, un peu longue; les naseaux bien ouverts et bien dilatés; l'œil est grand et expressif, le front large, l'oreille fine, une encolure un peu courte, mais bien sortie , le garrot saillant; l'épaule assez longue et inclinée ; la poitrine un peu plate, mais haute et profonde; le corps bien cerclé; le rein un peu long; la croupe ronde et bien musclée (à
peine double), la queue attachée haut; les articulations courtes et fortes ; le tendon généralement faible, — mais le précieux cheval d'Irlande n'a-t-il pas lui-même cette imperfection extérieure sans rien perdre de sa solidité? — Un pied toujours excellent, quoiqu'un peu plat dans les contrées basses ; une robe grise, une peau fine, des crins soyeux et abondants... »
Tels sont les caractères du percheron type ou ancien percheron d'il y a trente ans, car depuis, pour obtenir du gros, de l'énorme, demandé par les Américains, non seulement on a nourri abondamment, mais on a eu sou- Tent recours à des reproducteurs boulonnais et même belges, qui ont donné des pieds aplatis, ont chargé la tête, faibli davantage le tendon, redressé l'épaule, racourci la croupe qui est devenue plus double et donné un crin grossier.
Il ,n'est que temps de revenir aux anciens procédés d'élevage, aux reproducteurs de la descendance de Jean^U^Blanc.
Le Cheval boulonnais. — Une Notice qu'a publiée le Syndicat agricole du Boulonnais donne les détails intéressants qui suivent, sur la belle race chevaline du Boulonnais :
« Parmi les grosses races françaises, celle du Boulonnais occupe le premier rang, par son importance numérique. Elle forme effectivement une population agglomérée de 350,000 têtes environ, non compris les exis-
tênces éparses, nombrauses s^uBsi, qu'elle i^mpU en dehors de son propre foyer. Elle n'est pas seulement dans la Somme, dans la 8eine*Inférieure, dans le Pas-de«Galai8 et dans le Nord, on la retrouve tout à la fois dans les départements voisins, et partout où il y a de pénibles travaux, un rude labeur exigeant ches des moteurs animés une grande puissance. Elle se reproduit, je viens de le dire, dans une partie de la Haute et de la Basse- Picardie, dans la Haute-Normandie, en Artois et dans la Flandre française; elle s'y divise en plusieurs variétés qui se rattachent au même tronc, et qui prennent les appellations de : race bourbourienne, race picarde, race flamande, race cauchoise.
« Des nuances seulement séparent ces di* verses branches qu'on peut réduire à deux, parce que cette grande famille se présente réellement sous deux aspects distincts : la race de trait au pas, c'est la variété flamande, et la race de trait au trot, c'est la race boulonnaise proprement dite. Cette dernière appartient surtout au Pas-de-Calais et à la Somme; elle devient bourbourienne dans le Nord et cauchoise dans la Seine-Inférieure. Nourrie au grain, elle est douée d'un tempérament mueculaire et d'une activité parfois remarquable ; elle n'atteint pas les proportions massives du cheval flamand, mais elle acquiert asseï d'é« neigie pour supporter les mouvement précipités de l'allure du trot.
« L'étendue du territoire sur lequel se déve-
loppe la production du cheval boulounais est donc assez considérable. Aussi n*aroD8*nous pas entendu attribuer exclusivement, en faveur de Tanelen comté de Boulogne, le bénéfice de la création du StuA-Book, sachant par expérience que toute œuvre exclusive est appelée à demeurer stérile et insuffisante. C'est pourquoi le Syndicat a envoyé des commissions pour procéder à des inscriptions dans diverses parties du département du Pas-de- Calais et dans les départements voisins, poursuivant ainsi rœuvrequ*il s'est imposée, et qui sera définitivement terminée dans un petit nombre d'années. Ce que nous souhaitons, c'est que notre œuvre recrute des adhérents auprès de tous les éleveurs de cette région, ^ui ont un intérêt très réel à entrer dans le Syndicat, lequel est en réalité une société hippique semblable à la SoôiiU hippique pereheronne. Le jour où il en sera ainsi, le fonctionnement des commissions sera beaucoup plus facile, et il s'établira, entre toutes les parties de la région, des rapports qull est désirable à tous les égards de voir se créer.
a Un dernier mot au sujet des limites du paye de production du cheval boulonnais, limites du resté bien connues de ceux qui viennent s'y approvisionner. — Nous avons cru devoir, à la fin du présent fascicule, donner une carte assez étendue, qui répond à peu prés à l'ancienne circonscription du Haras d'Àbbe^ ville. Cette carte a été dressée spécialenient pour le présent ouvrage. On y a groupé la plu-
-- 3(tt-
part des pays dont la production hippique présente une certaine homogénéité. Ces pays ne sont pas tous producteurs aux mêmes titres, et c'est toujours au berceau de la race que le type boulonnais est le mieux conservé ; néanmoins l'élevage des chevaux nés dans le Boulonnais proprement dit se rencontre généralement dans la partie comprise dans cette carte. Nous y avons fait figurer Gompiègne, le dépôt d'étalons dont nos départements ressortissent.
D'autre part, nous avons indiqué la Seine-Inférieure, où s'élèvent un grand nombre de chevaux boulonnais, et le Havre, pour préciser aux acheteurs d'au-delà l'Océan la situation qu'occupe notre région dans la France.
« Enfin, depuis l'apparition du Stud-Book boulonnais, un fait important s'est produit : c'est la création, par la Société des Agriculteurs de France, d'un Stud-Book général des chevaux de trait français,
« Cette Société, qui nous a encouragés dès le début, vient heureusement apporter à notre œuvre l'autorité qui s'attache à son nom. En effet, elle ne devait pas créer une œuvre rivale de la nôtre : le but de la Société des agriculteurs de France est tout différent ; il a surtout pour objet de grouper dans un Stud^Book unique les produits des chevaux qui n'appartiennent pas à des races caractérisées comme la nôtre, et qui sont très nombreux. De plus, la Société des agriculteurs de France ajoute à la liste de ces chevaux, et dans une catégorie spéciale, les chevaux de notre Stud-Book^ ceux
inStud'Book percheron, etc. De sorte que nous bénéficierons de la grande publicité et des sacrifices que cette Société s'est imposés par sa publication.
« D'autre part, nous ne pouvons omettre un fait non moins significatif : c^est l'inscription, consentie par le Gouvernement, des chevaux boulonnais possédés par l'Administration des Haras nationaux. On sait les sacrifices consi« dérables que s'impose l'Etat pour recruter dignement les reproducteurs de ses haras ; depuis longtemps son choix s'est porté, parmi les races de trait, sur les plus beaux spécimens de la race boulonnaise. Il y a là un hommage rendu à Texcellence de cette race qui porte en soi une haute signification. »
La création du Stud^Book de la race bou« lonnaise date du 2 juin 1886.
Cette institution, qui répondait au vœu général, tant des éleveurs que des acheteurs de chevaux boulonnais, a été organisée par les soins du Syndicat agricole du Boulonnais, dont le siège est à Boulogne-sur-Mer, et sous le patronage de la Société d'agriculture de cette ville, autorisée par le gouvernement et fondée en 1797.
Le Stud-Book de la race boulonnaise a pour objet :
i"" L'inscription, après examen de la Ciommission désignée à cet effet, des chevaux appartenant à la race boulonnaise;
2* La publication du livre d'inscription avec
la filiation des chevaux inscrite, conforré* mrat ail règlemefit ;
3^ LaâélivraDca d'un oertlfloat d'inscription qui accompagne le cheval inscrit dant loutat set mutations;
,4* L'Administration du Stud-Book apporte également ses soins à la production des che* vaux de la race boulonnâise et à toute la publicité désirable, reçoit toutes les communi* cations des intéressés, et donne tous les renseignements qui sont demandés.
Le Stud Booh restera ouvert aux inscriptions jusqu'à ce que le travail des Commissions soit achevé, après quoi il sera définitivement clos et ne pourra comprendre que les produits des chevaux antérieurement inscrits. Ainsi compris, le Stud'Book donnera, aux transactions qui ont pour objet les chevaux boulonnais, la garantie d'authenticité d'origine qui leur man- . quait totalement jusqu'ici.
Il mettra un terme à la fraude qui avait pour objet de faire passer pour chevaux boulonnais desanimaux qui n'appartenaient pas à cette race.
Il permettra de faire connaître la race boulonnâise à l'étranger, en empêchant l'introduction des sujets boulonnais sous .d'autres dénominations, au détriment des éleveurs de la région.
Les importateurs de l'étranger pourront, dés lorsi s'approvisionner directement de sujets qu'ils achetaient, jusqu'ici, par l'entremise d'intermédiaires coûteux et sous de fausses dénominations.
Enfin, le Stvd^Book permettra de suivre, dans leur filiation, les animaux de mérite, dont les produits doivent être plus particulièrement recherchés pour la reproduction de l'espèce. Il contribuera ainsi, en guidant les éleveurs dans une sélection sévère, à maintenir à la race ses qualités généreuses et à en fixer les caractères héréditaires, en la portant à son dernier degré de perfectionnement.
GARAGTàRBS DU CHEVAL BOULONNAIS. — La
taille varie entre 1 m. 60 et 1 m. 68 ; la tête est élégante, les ganaches un peu fortes et musculeuses, l'œil bien sorti, le front large, conformation à laquelle il faut tenir car elle laisse une place suffisante à la masse céré* brale et dénote toujours un animal docile, soumis, facile à dresser, sage à la charrue comme à la voiture. De puissantes attaches relient la tète au cou, qui, bien que fort et d'une moyenne longueur, est cependant flexible et harmonieux ; les épaules ont une obliquité très accusée, qui explique le pas allongé et rapide ; les muscles sont saillants et le garot bien sorti, le poitrail est large et laisse aux poumons tout leur jeu ; Pavant-bras, très développé, donne à l'animal une grande aisance pour porter en avant les parties inférieures de la jambe. Le genou est large, les canons droits ; comparés à la partie haute de la jambe, ils sont plutôt courts; les articulations sont nettes, le poil est soyeux, ce qui indique une race noble.
La robe est presque toujours claire, variant
du blanc au gris pommelé et au gris fer, parfois Idgèrement truitée, les parties inférieures songent foncées.
Pour le reste, le corps est cylindrique, le rein est court et large, la croupe saillante et divisée dans la ligne longitudinale, les jarrets larges, secs et réguliers, la queue bien attachée, garnie aussi bien que le cou de crins longs et abondants. Le pied est bien proportionné au corps et d'une conformation irréprochable ; des pieds larges et plats indiqueraient TinQuence du sang flamand ; de pareils sujets doivent être écartés; ils se rencontrent, du reste, assez rarement A raison de son ossature massive et de sa puissance musculaire, le cheval boulonnais représente un poids respectable, sans être exagéré; il rarie de i,200 a 1,800 livres, suivant qu'il s'agit d'étalons ou de juments.
Ce qu'il faudrait pouvoir décrire, c'est la noblesse du port, le courage, Tardeur du sang, qui n^exclut pas la douceur de caractère, la vivacité de l'allure et Tharmonie de l'ensemble.
c  l'ftge fait, dit M. Charles, un historien du cheval boulonnais, quUl soit attelé aux instruments aratoires ou aux voitures énormes de rindustrie, ou aux voitures plus légères du commerce, il tient partout supérieurement sa place. Il a la force, le poids de toutes les autres races de trait, et de plus, il a la gaieté, la vaillance et l'harmonie dans la force. Le beau Boulonnais, Agé de cinq ans, est un
splradide et généreux animal méritant à ton» les égards le titre de eheval d$ tang de Vetpèôê. Il a montré qu'il était digne de ce titre en emportant, rapide, sur des chemins difBIciles; les lourdes et informes diligences d'autrefois, en doublant, en triplant les relais pour les serrices de marées, en affrontant en brave les dangers, en supportant victorieusement jusqu'à Phéroïsme les fatigues de la guerre. » M.yallûn,dAnBSon CounéP hippologie {iomê 2, page 61), raconte que les juments boulon^ naises, dites mareymtes^ transportaient autra* fois le poisson de Boulogne à Paris et faisaient le service & raison de 100 à 120 kilomMres dans une journée, et de 16 à 18 à Tlieure au trot soutenu. Les éleveurs d'aujourd'hui, à raison des besoins, ont recherché davantage la vigueur pour la traction que la vélocité de Tallure.
Les ehevaoz breto&t. -^ La Bretagne a été de tout temps une des provinces de France les plus peuplées en chevaux.
On distingue deux variétés principales parmi la race commune autochtone : l'une suit le littoral des Côtes*du«Nord jusqu'à Brest, c'est la forte espèce de tirage énergique et rustique comme ses antiques guérets ; Tautre habite les montagnes et le littoral du midi, * plus petite et légère ; c'est la vraie race eelti» que, chantée par les trouvères et les bardes, dit fiphrem HoueL
< Les Bretons de la montagne, dit le mtene
auteur oui conservé le goût du cheval qui se lie i tous leurs besoins, i toutes leurs habi* tudesy i toutes leurs croyances. Les Bretons des montagnes sont toujours à cheval ; rien n'est plus curieux que de voir, au retour des foires et marchés, serpenter aux flancs des collines ces rustiques cavalcades. Le hanarchement du cheval consiste ordinairement en un léger bât, garni d'une peau ou d^un coussin serré au milieu par une sangle ; leur bride est fort dure et les étriers sont remplacés par deux cordes doubles dans lesquelles le pied s'enfonce jusqu'au talon. Leur pose a quelque chose d'oriental, le corps est droit et parfaitement d'aplomb, les genoux sont relevés à la hauteur de l'arçon. Assis ainsi sur leurs petits chevaux à l'œil de feu et au sabot de fer, avec leurs guêtres serrées à la jambe, leurs larges pantalons, leur gilet étroit, leur veste flottante et leurs longs cheveux noirs pendant sur leurs gaules» ils ne ressemblent pas mal à une caravane de quelque peuplade levantine. Les femmes sont assises à droite, usage ancien qui remonte aux Romains. C'est à cheval que l'on se rend aux assemblées appelées pardons^ aux baptêmes, aux enterrements, aux plaisirs ou aux affaires de la famille. Mais c'est surtout aux noces que la cavalcade est de rigueur; malheur au convive qui n'a pas un cheval à monter dans cette occasion solennelle; honneur à celui qui possède un brillant et surtout rapide bidet^ car la fête ne sera pas complète s'il ne se fait plu-
sieurs courses en rhonneur du jeune ménage. »
Dans le premier quart de ce siècle qui finit, à l'époque où les postes et les diligences sillonnaient le pays en tous sens, le cheval breton était à son apogée, parce qu'il était le type du cheval que réclamaient ces services qui s'étaient extraordinairement développés après les guerres de l'Empire, et dans lesquels il était bien supérieur à tous les autres ; sa force, sa dureté à la fatigue l'y rendaient particulièrement propre, et, même à l'étranger, aucune autre race ne pouvait lui être comparée.
A cette époque les bretons et les percherons n'étaient pas distincts et on les regardait comme constituant une seule et même race. En effet, Huzard fils, dans son Traité des Haras (Paris 1829), dit au paragraphe 3 des Races de. chevaux propres aux postes et aux dili'^ gences :
a Quoique plusieurs races françaises puissent entrer dans ce paragraphe, il en est une si supérieure aux autres que je ne parlerai presque que d'elle : c'est la race bretonne ou percheronne; sa force, sa dureté à la fatigue la rendent en effet pour le service du trait accéléré, tel que le service des diligences et des postes, la meilleure de toutes celles de France, et je n'en connais pas à l'étranger qui puissent y être comparée. J'ai entendu souvent dire à des Anglais, connaisseurs en chevaux, que s'ils n'avaient pas assez de chevaux nobles pour le service des diligences et des postes, ils
n'auraiôiit riea dô mieux à foire que d'iutro* duire chez eux la race bretonne. »
Dans un renvoi au bas de la page d'où nous transcrivûas ces lignes, Huzard dit : « Beaucoup de poulains bretons sont amenés dans le Perche pour y être élevés, quelques pouliches y restent et y deviennent poulinières, tandis que les poulains, après y être restés quelque temps, sont revendus ensuite, ce qui fait que c'est la même race en général, quoiqu'il y ait beaucoup d'individus métisés qui diffèrent nécessairement les uns des autres. »
La réputation de la race percheronne est, en eilet, toute moderne, comme nous l'avons déjà montré, et son nom môme était inconnu aux siècles précédents.
Le cheval breton, dont il se faisait une immense émigration vers Paris au temps où Huaard âls écrivait son livre sur les Haras, avait les caractères suivants d'après cet auteur :
«La couleur la plus ordinaire est le gris clair tacheté et truite; la taille est d'un mètre quarante-huit à ciuquante*cinq centimètres ; sou corps est moyen en grosseur ; sa tète est carrée, sèche, à chanfrein droit, avec des émineaces osseuses un peu fortes ; elle n'est pas chargée de tissu cellulaire comme celle de la race boulonnaise, les joues en sont charnues cependaixt ; les yeux sont assez grands ; l'encolure un peu forte, un peu chargée de crins et souvent à crinière double ; les épaules sont assez sèches à la partie supérieure, mais un
peu chargées de chair à la partie inférieure» sur les hras; la croupe est musculeuse, souveut Rouble, courte; la queue est grosse, courte, attachée bas, ayant des crins grossiers ; les extrémités sont fortes, mais sèches ; les articulations du genou et du jarret sont nettes, point empâtées comme dans la race boulonnaise, mais la partie inférieure de Textrémité^ à partir du milieu du canon, est commune, chargée de poils, quoique moins cependant que la race précédente. »
« Quoi qu'il y ait dans chaque race» continue Huzao-d fils, des individus de toutes les constitutions, de tous les tempéraments, cependant il est des races où ime espèce de tempérament peut dominer. Ainsi, tandis que le tempéra* ment lymphatique domine dans la race boulonnaise, surtout dans la variété picarde, le tempérament sanguin domine dans la race bre« tonne ; elle est, sous ce rapport, plus sveUe^plus ardente que l'autre, et sa tête carrée, un peu légère, moins chargée, ses yeux plus grands lui donnent une espèce de gentillesse qui la fait aisément reconnaître. Un seul défaut doit lui être reproché : c'est d'avoir des pieds» dont le sabot, d'une ampleur en rapport avec la taiUe, ei^ cependant mal eonfèrmé et pas aussi bon qu'il serait k désirer. C'est un défaut qu'un peu de soin dans le choix des animaux destinés à la reproduction, ferait disparaître en grande partie. »
c Je pense que cette race est une des plus anciennes races françaises, beaucoup de vieil-
les gravures la représentent évidemment et souvent, ce qui peut paraître étonnant actuellement, comme servant au service de la selle. »
Voici comment un auteur anglais Sidney, dont le livre : Le Cheval^ vient d'être traduit par le comte René de Beaumont, parle du cheval breton actuel :
« La Bretagne a une excellente race de hacks, actifs, petits, connus sous le nom de bidets et doubles bidets (poney et cob). Ils sont très résistants, quelquefois ont très bonne apparence et pourraient, sans aucun doute, arriver à un haut degré de perfection, s'il existait la même bonne entente qui existe en général entre nos gentlemen de la campagne et les fermiers environnants.
a Le double bidet breton a été appelé assez justement « le Cosaque de la France. » Il fait de très bons croisements avec les petits purs-sang anglais comme Underhand et Daniel 0. Bourke.
« Malheureusement les bretons ne parlent pas encore français. Une requête du Conseiller général qui rjeprésentait la Bretagne à la commission française pour la remonte des chevaux en 1863, demandait qu'un traité de l'élevage et de Tentretien des chevaux fut traduit du français en breton.
« Le Breton, comme son frère le Celte du pays de Galles, ou comme le fermier du nord de De von, va rarement à pied au marché ; les femmes jamais ; elles paraissent ne pas savoir marcher. « Vous les rencontrez à califourchon
•3NN'"JAVW
sur un sac de toile, avec leurs pied? eufoucés dans des cordes en guise d'étriers, leurs genoux, aussi hauts que le garrot du cheval, avec une bride en corde dans une main et un long bâton dans l'autre, portant sur un bras un panier de beurre recouvert d'un linge blanc très propre, et avec deux paniers de marrons pendant de chaque côté du sac rempli de paille et qui sert de selle. On voit souvent des hom^* mes à cheval aussi, conduisant des troupeaux de bidets aussi velus et aussi sauvages que des Gallois. 9
Gomme on voit, le cheval breton n'a pas changé depuis le temps deHuzard et d'Bphrem Houel. Ce n'est pas que TAdministration des Haras ne s'en soit très activement occupée, car il n'y a pas de province de France où elle ait mis à la disposition des éleveurs autant d*éta- Ions et où les stations soient aussi nombreuses, ainsi que le montre la carte ci-jointe. Les deux dépôts de Lamballe et d'Hennebont envoient des chevaux entiers dans plus de soixante stations, dont les deux tiers se trouvent dans les départements du Finistère et des Côtes-du- Nord, dans les vallées qui inclinent vers le littoral de la Hanche.
Les Côtes-du-Nord possèdent quatre-vingt* quinze mille chevaux, dont les trois quarts sont des juments poulinières. Ce département produit beaucoup, mais élève peu, les pou» lains sont vendus à partir de l'âge de six mois, et vont dans les départements circonvoisins et jusque dans le Perche.
Les cultivateurs ne conservent que quelques sujets, pouliches et mâles, destinés à la reproduction ; les derniers y sont consacrés dès l'âge de trois ans, s'ils ne sont ni fluxionnaires ni corneurs, puis vendus entiers aux foires de juillet après avoir rapporté 400 ou 500 francs de saillies.
L'élevage se fait d'une manière mixte : Après avoir tété leurs mères pendant trois ou quatre mois au plus, les poulains sont sevrés et nourris à Técurie avec des farineux et des aliments verts pendant le temps suffisant pour faire disparaître le lait de la jument. Après ce temps, le poulain est de nouveau remis à sa mère et raccompagne dans les champs; au retour il est enfermé à part, ou attaché près d'elle et reçoit la même nourriture. A six mois il commence à courir les foires.
Nous le répétons, les chevaux du littoral des Côtes-du-Nord et du Finistère, produits entre Dinan et Brest, surtout ceux de l'Est nés entre Dinan et Lannion, ont la plus grande analogie avec les Percherons, qui en dérivent comme nous l'avons montré. Ceux de l'Ouest, qu'on appelle race de Léon sont plus frustes, plus hirsutes, ont plus de crins et la croupe plus double et plus avalée.
Ils ont tous à peu près la même taille qui varie entre l^SS et 1"*65, et la même robe qui est généralement grise.
Sur les plateaux, aux environs de Corlay et de Caraix, s'élève une race plus petite et plus légère, les vrais bidets bretons; en les croisant
avec de petits purs-sang anglais ou des demisang anglo-arabes, on produit d'élégants chevaux de selle ou de cabriolet, très appréciés pour leur fond et leur vigueur.
Le Morbihan produit beaucoup moins de chevaux que les deux départements dont nous venons de parler : sa population hippique est d'environ 30,000 têtes et la race est celle des landes de Bretagne.
Au point de vue de la conformation et de leurs aptitudes, les jumenlîj morbihannaises peuvent être classées en :oux grandes divisions : les juments de demi-tsangetles juments pure race bretonne.
Les juments de pure race bretonne se subdivisent en deux catégories :
Dans la première catégorie se rangent les mieux conformées : taille 1" 40 à 1" 47; tête assez forte, carrée, œil proéminent, encolure courte, un peu mince; crins abondants et lourds, garrot et dos bien faits, reins larges, croupe double moyenneiro- * inclinée, poitrine large et profonde, menriores "^lides et bien d'aplombs, articulations larges et fortes, pied assez bien conformé, bonne corne, mais talons souvent bas et fuyants. Bon pas, trot relevé plus ou moins vite.
Dans la deuxième catégorie se placent les juments d'un mauvais modèle : tête énorme, œil petit, encolure courte et mince, crins longs et plats, garrot bas, dos enseilé, rein mal attaché, croupe affreusement avallée, queue
attachée trop bas, membres assez bons, mais souvent mal d'aplomb, pas lent, allures basses et ralenties.
Entre ces deux catégories existent une foule d'intermédiaires.
La couleur générale est le gris de toutes nuances.
Les juments de demi-sang, issues d'un premier ou d'un deuxième croisement, sont déjà sensiblement améliorées ; elles sont plus légères, moins étoffées, moins communes, plus élégantes et plus grandes ; chez elles, la taille varie de 1"48 à 1*54. La tête est ordinairement bien faite, petite; l'œil vif, la ligne du dos correcte, la croupe jolie, la queue bien attachée, la poitrine suffisamment développée, les membres secs. Les allures sont bonnes et parfois très rapides.
Dans la population chevaline du Morbihan, les juments de race pure de la première catégorie comptent pour à peu près 6/20, celles de la seconde pour 9/20, les juments importées pour 2/20, celles de demi-sang bien réussies pour 1/20 et les autres pour 2/20.
La production et l'élevage se font partout dans le département, m;iis surtout dans l'Ouest, dans la région comprise entre Auray, Lorient, Hannebont, Faouët et Josselin. Erdeven et le Faouét, sont les pays qui produisent les meilleurs chevaux.
Le poulain est sevré à six mois, mais, dès rage de trois mois, il suit sa mère occupée aux travaux des champs. Après le sevrage, il est
ooorri de foin, d'herbes» de racines et arrive souvent à Tâge de trois à quatre ans sans avoir goûté à l'avoine. Il commence à travailler aux champs à Tâge de dix-huit mois, attelé devant les bœufs. A deux ans, il est employé à tout et parcourt souvent 30 à 40 kilomètres dans la même journée, attelé au char^àbancs du paysan,
Let Chevaux de l'Onest. -^ Les anciennes provinces du Poitou, — ou plutôt la partie à laquelle on réservait le nom de Bas-Poitou et qui comprend actuellement les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée, ~ et celles de l'Âunis, de TAngoumois et de la Saintonge, — c'est-à-dire le département de la Charente et de la Charente-Inférieure, •— forment actuellement un vaste centre d'élevage qui prend chaque année une importance plus considérable et fait une sérieuse concurrence à la Normandie poiir les chevaux trotteurs et les chevaux d'armes.
On en aura une idée quand nous dirons que, rien que dans le département de la Vendée, l'année dernière, sur 300 étalons présentés à la commission des Haras, 39 ont été achetés à des prix variant de 5,000 à 8,000 francs. Les vendeurs ont encaissé une somme de 212,000 francs.
On a l'habitude de répartir en deux races ou tribus les chevaux du Poitou ; la vieille race du pays ou commune, encore appelée mulassière à cause de sa principale destina-
tion, et la race de demi-sang ou anglo-poiterine.
La race mulassière, telle que Jacques Bujault la décrivait, c'est-à-dire ressemblant à un gros tonneau supporté par quatre poteaux solides, est en voie de disparaître, pour deux raisons : par suite des progrès de l'agriculture, et parce qu'on lui préfère, pour faire des mulets, la race de Norfolk ou d'autres grosses races de trait; le cheval noir de baquet du Lincolnshire revient ainsi dans son pays d'origine, car, d'après J. Sldney (1) ce cheval, élevé par Bakewel, serait originaire des marais de la Vendée ancienne, presque constamment sous l'eau, et à présent bien drainée et arrosée seulement pendant les inondations hivernales.
Le séjour dans des marais constamment humides était la cause de la nature particulièrement grossière et lymphatique, de la longue face décharnée, de l'abdomen en forme de gros tonneau, de grosses jambes engorgées couvertes de poils durs, longs et épais et des larges pieds en forme d'écailles d'huîtres qui caractérisaient la mulassière, et non pas une importation de la Frise par des saliniers appelés par Henry IV pour exploiter les marais salins de la Vendée, ainsi qu'on a osé l'insinuer, comme s'il n'y avait pas eu de chevaux en Vendée avant Henry IV. Et puis la race frisonne existait-elle alors?
(1) Le livre du cheval^ tiad. française du comte Renë de Éeaumont. — Pairault, Paris 1892.
Fio. 50. — Carte des départements hippiques de TOuest. ^^S
Parce que des conditions liygiéniques semblables ont produit les mêmes effets, en Vendée et en Hollande, on veut à tout prix que les mulassiers viennent de la Frise ! Pourquoi pas le contraire, d'abord ; et puis, pourquoi rester aveugle devant les innombrables preuves des influences de la domestication sur les espèces animales que Thomme a soumises ?
Les conditions hygiéniques étant meilleures, la race poitevine commune, tout en restant vigoureusement membrée, s'est dégrossie, ses oreilles se sont raccourcies et sa tête s'est élargie, sa peau est devenue plus fine, les poils et les crins moins abondants et moins grossiers, les pieds moins larges et moins plats.
L'amélioration des conditions hygiéniques n'a pas été la seule cause des modifications heureuses que Ton a constatées dans la conformation de la rare mulassière ; les progrès de la production du cheval de selle et du trotteur, et l'abondance toujours croissante des étalons de demi-sang, en Vendée surtout, fait dont on peut juger en jetant un coup d'œil sur la carte ci-contre où tous les dépôts d'étalons sont indiqués, ont fait qu'elle a reçu aussi de nombreuses infusions d'un sang plus noble, par suite d'un voisinage forcé ; et puis, pour pouvoir faire concurrence aux races de trait anglaises et même bretonnes de forte taille qui venaient la supplanter dans son rôle de mulassière, il y a eu aussi fusion avec ces dernitees et^ par suite aussi, amélioration.
Ces cliangements, tant dans la conformation de lajiïrace mulassière, que dans les habitudes des éiieveurs qui se livrent à la production du mulet, ne se sont pas produits sans que les émules de Jacques Bujault jetassent des cris d'alarme : selon eux on ne pouvait faire de gros et forts mulets, qu'avec l'ancienne race, dont les défauts étaient des qualités dans le rôle qu'elles avaient à jouer. Et bien, il parait que c'était un préjugé et que les mulets actuellement produits avec les gros bretons ou les Norfolks ont toutes les qualités désirables de taille, de volume et de solidité de membres et de pieds.
Et cependantl'industrie malassiére est moins prospère qu'autrefois; mais cela tient à ce que l'agriculture est en progrès partout. Le Poitou, qui avait autrefois le monopole de la production des mulets, ne l'a plus et bien des pays comme l'Espagne, qui venaient s'approvisionner en France pour tous leurs jDesoins dans ce genre, commencent à produire aussi des mulets.
C'est sans doute une des causes pour lesquelles l'éleveur poitevin se livre avec tant d'ardeur à l'élève du cheval et pourquoi cette industrie est si prospère actuellement.
Les chevaux que livrent à l'armée les dépôts de remonte de Fontenay-le-Gomte, de Saint-Maixent et de Saint-Jean-d'Angely, ne se distinguent guère des Normands que par un peu plus de placidité; on ne trouve pas parmi eux de ces cabochards, de ces entêtés.
comme les conyois de Normandie en comprenaient trop souvent» surtout avant la vulgarisation des écoles de dressage. Ce caractère calme du cheval poitevin tient certainement à son origine, mais il ne faut pas abuser de son bon caractère, car on aurait vite fait de l'user avant le temps. Quand on est patient et qu'on sait l'attendre, car il faut bien noter qull n'est pas fait avant l'âge de huit ans, on a un cheval excellent, auquel on peut demander beaucoup et qui dure longtemps.
Le commerce trouve pour les équipages de luxe im grand nombre de beaux et bons che- Taux dans le bas -Poitou et dans les Charentes.
Les statistiques des opérations de l'Ecole de dressage de Rochefort montrent les progrés accomplis depuis 1852, année de la fondation de cette école, jusqu'à nos jours, tant sur le nombre que sur la qualité des chevaux qui ont passé dans cet établissement : A partir de 1852 jusqu'à la fin de 1854, sur 692 chevaux admis à l'école, 191 ont été vendus pour le prix de 133,926 fr., soit, en moyenne, 701 fr. 18 cent, l'un, alors que dans ces trois dernières années le nombre des entrées a été de 1,842 et celui des ventes de 271 pour une somme de 472,265 fr., soit, en moyenne, 1,742 francs 67 cent., ce qui établit une différence sur le prix de chaque cheval de 1,041 francs 47 cent.
Cette preuve évidente que les chevaux de la Charente-Inférieure sont plus recherchés
et plus appréciés, on pourrait la trouver aussi daûs la production des trois autres départements de rOuest qui font partie du mdme vaste centre d'élevage.
Les chevaux du Midi. — Des zootechniciens, assez peu ferrés, il est vrai, sur Thistoire, l'archéologie et même l'histoire naturelle, donnent pour origine à nos chevaux du Midi l'implantation sur le versant septentrional des Pyrénées, en même temps ou après son introduction en Andalousie par la conquête des Maures, de la race berbère. Cependant, bien des centaines de siècles auparavant, il y avait des chevaux dans les Pyrénées, et rien ne dit qu'ils aient disparu depuis. Toutes les fouilles faites dans les stations préhistoriques, si nombreuses dans le Midi, ont donné des restes de chevaux, et nous rappellerons ce qu'a dit M. Â. Milne-Edwards des résultats de son exploration de la grotte de Lourdes, qui se trouve en plein pays tarbais, et qui fut une station de l'époque du Renne, c'est-à-dire contemporaine de celle de Solutré. Ce savant y trouva les restes de douze espèces de mammifères, parmi lesquelles le renne, le cerfj le chamois, le bouquetin, le cheval.
« Les chevaux, dit-il, étaient très nombreux. Tous les os longs étaient uniformément cassés pour en extraire la moelle ; quelques-uns portaient encore les traces des entailles qu'avaient produites les instruments de silex dont les chasseurs se servaient pour détacher la peau
et les chairs. Evidemment ces animaux servaient d'aliments aux populations pyrénéennes (1). »
Les artistes troglodytes de ces époques reculées nous ont même conservé la figure de ces chevaux préhistoriques : sur une pièce en os recueillie par M. Edouard Lartet (2) dans une station du Périgord se trouve un dessin
Fio. 54.
dont nous donnons la reproduction et qui représente deux têtes de chevaux (flg. 54).
Les petits chevaux de la Camargue, race qui est en voie d'extinction, donnent une excellente idée de ce qu'étaient ces chevaux préhistoriques, puisque leur squelette, comparé à ceux que l'on a reconstitués avec des os recueillis dans l'immense charnier de Solutré, est absolument semblable.
On a dit que ces chevaux de l'époque où nos
(i) Annales des Sciences naturelles, IV* série, t. XVII, p. 227-243.
(2) E. Lartet, Sur les figures d'animaux gravés et sculptés,., dans la Revue Archéologiaw t. IX i864.
ancêtres n'avaient pour armes que des cailloux plus ou moins bien taillés, étaient déjà domestiqués; mais cela est peu probable, puisque c^était des animaux de chasse.
Cependant, dès la période historique, nous voyons les armées celtiques comprendre une nombreuse cavalerie : celle qui, 280 ans avant J.^Ch., envahit la Grèce, écrasa Sosthène et la phalange macédonienne, et qui pilla le temple de Delphe, était composée de 150,000 fantassins et soixante mille cavaliers (1), sans compter les innombrables charriots, attelés de chevaux, qui transportaient les femmes, les enfants et les vieillards. Où ces cavaliers, parmi lesquels dominaient les Bigerrones, les Yolces, les Santones, les Limovices et les Arvernes, c'est-à-dire des Celtes du midi, de Touest et du centre de la Gaule, se remontaient-ils, si ce n'est dans leurs pays respectifs? Or, ceci se passait juste 1,000 ans avant la conquête de TEspagne par les Maures, qui, prétend-on, nous ont apporté nos chevaux du Midi et du Limousin ! !.. •
Que nos races du Midi aient reçu, à diffé* rentes reprises, des infusions de sang étranger ; qu'elles aient été améliorées à différentes époques par des croisements, et surtout qu^elles aient grandi sous rinfluence du progrès de l'agriculture, nous le reconnaissons ; mais que la souche n'en soit pas autochtone et soit
(l) H. Martin, Histoire de France, A* édition, II, p. 26.
afrloaine ou orientale, yoIU ce qua nous aio&s é&ergiquemeiit, Thifitoire et Tarohéologie en main.
Nous ne referons pae rbistolre des chevaux du Midi k travers les âges ; noue la prendrons au commeaoement du siècle et nous ramène* rons Mpidement k nos jours en suivant pour cela l'éminent hippologue Gayot.
Sous le premier Empire et sous la Restau* ration, tous les chevaui du Midi ou pyrénéens étaient confondus sous le nom de ehêvoMt navarrinsi ou plutôt ils bénéficiaient tous de la réputation de la principale de leurs races, la race navarine*
Voici ce que disent Gayot et MoU (1) de cette race :
« Le Cheval Navarrin, on le sait, a laissé un nom comme cheval d'armes essentiellement propre aux troupes légères. Il a été estimé à ce point qu'on Ta placé sur les premiers de^ grés de Téchelle hippique, tout à côté de TAndalous lui-même, ce pur*sang d'une autre époque. Il était alors^ dit-on, épais et membre. Ce n'est pas ainsi que le peignent les ;hippologués de la période qui a précédé 1830. Bn efiet, ils l'ont montré moins ample, moins étoffé, plus élégant et plus près du sang arabe, svelte, petit et léger, que de la race andalouse, forte, corpulente et an peu commune, des der*niers temps. Il lui manquait, a-t-on écrit, « des
(1) La connaissance du cheval , chez Firmin - Didot. PafU, i8d1, p. 383.
membres et du corps ». Tel était donc le Cheyal Navarrin du premier Empire et de la Restauration : grêle de membre et peu corsé,petit et impuissant, c'est-à-dire attardé et vieilli, car il ne répondait plus aux exigences plus grandes et plus pressées du temps; il n'atteignait même plus la taille du cheval de cavalerie légère. Il avait la tête souvent lourde, relativement au moins, et le front bombé ; cependant l'influence du sang arabe avait déjà fort atténué ce défaut qui venait de la race espagnole. Par son épaisseur, l'encolure rappelait aussi cette dernière origine ; mais le cheval arabe de grande noblesse est seul exempt de cette imperfection» très prononcée au contraire chez beaucoup de chevaux orientaux moins purs et moins corrects dans leurs formes. Le garrot était noyé, le dos bas et plongé, la croupe tranchante et parfois avalée; l'épaule droite et chargée manquait de longueur et souvent de liberté ; la poitrine, peu descendue, n'avait ni hauteur, ni profondeur ; l'articulation du genou était mince, effacée ; le jarret était trop coudé, les canons étaient trop longs et grêles ; la membrure, bien que sèche et nerveuse, était trop légère dans son ensemble: les attaches n'étaient pas assez accusées, les poignets étaient surtout minces et flexibles.
« En mouvement, l'animal était, ce qu'en terme de manège, on nomme relevé ; il avait du tride; il était gracieux et cadencé, mais raccourci. C'était donc un cheval de selle plein
d'élégauce, de fierté et de gentillesse, mais plus mignon et plus joli que puissant et beau, plus agréable qu'utile.
« Or, le temps était à Futile, et le problème à résoudre se définissait ainsi : Grandir et grossir la race, la développer en hauteur et en épaisseur, sans rien lui enlever de son élégance,allonger ses allures,étendre ces moyens sans lui rien ôter de sa souplesse et de sa grâce.
« Un élément nouveau était indispensable. Le complément des qualités désirées n'était ni dans les ressources alimentaires de la localité, ni dans les influences héréditaires qui avaient agi jusque là. Il fallait introduire un sang étranger et le mêler à celui de 1^ race actuelle, en proportion si ménagée toutefois, qu'il n'en résultat pas une perturbation profonde et prolongée.
« C'est alors qu'on demanda au pur-sang anglais les germes de développement, d'expansion de la forme qu'on n'avait pas trouvés dans l'emploi renouvelé du sang arabe pur et de ses dérivés. Mais une pareille expérience toujours facile dans un haras bien dirigé, rencontre des difficultés à chaque pas, d'incroyables obstacles, des résistances tout à fait inattendues, lorsqu'elle se fait sur une grande échelle avec le concours de volontés diverx gentes et réfractaires. Les premiers résultats se sont ressentis de cette situation. Il y a tout à la fois dans les tâtonnements d'une nouvelle pratique, des erreurs et des déceptions. De«
mandant tout à Pétalon, les uns brusquèrent Topération et livrèrent la plus petite jument à l'étalon le plus haut ; d'autres poursuivirent le croisement à outrance, abandonnèrent complètement le sang arabe et revinrent obstinément à Tanglais sans en soutenir les effets par un régime convenable, par une nourriture abon-* dante et substantielle. Les mieux avisés procédèrent plus judicieusement d'une manière plus conformes aux saines idées. Ils aidèrent au cheval anglais en nourrissant mieux ses produits ; ils arrêtèrent, pont les mieux fixer dans une nouvelle famille, les efiets d'un croisement trop brusque, en revenant à Tarabe et en alternant ainsi de façon à ce que la flUe d'anglais fut livrée à l'arabe et la jument obtenue de celui-ci à l'anglais. .
« Ce mariage a produit les meilleurs résultats ; il a successivement avancé là solution du problème, posé et transformé une race délaissée pour cause d'insuffisance en une famille précieuse qui a conquis une place importante et distinguée dans les races les plus utiles dû pays. »
Voilà Fexplication rationnelle de la grande diversité de types que l'on voyait à profusion il y a une trentaine d'années et que l'on voit encore, mais un peu moins diversifiés : De grandes ficelles décousues à jambes grêlés, produits inconsidérés de grands étalons anglais avec de petites juments mal nourries, à côté d'anciens navarrins ayant encore tous les caractères décrits plus haut par Gayot; puis
des chevaux assez bien suivis chez lesquels on retrouverait heureusement mélangés le type anglais, le type arabe et le type navarcin. Ces derniers chevaux, à la création desquels Gayot avait poussé — ce que lui permettait sa situation de directeur des Haras au ministère de l'Agriculture, — étaient des représentants d'une famille qu'il avait nommée race Bigourdane améliorée et qui avait eu pour lieu de production la plaine de Tarbes. Malheureusement cette pratique de croisement alternatif n'a pas été poursuivie par l'administration des haras une fois que Gayot n'a plus été à sa tête. Llnfluence anglaise redomina et les grandes ficelles devinrent de plus en plus nombreuses.
Cependant, bien des éleveurs sensés de la plaine de Tarbes reviennent à l'arabe. Un éleveur de cette région, M. Saint-Pé, élève même des arabes pur-sang et fournit ainsi à ses confrères de beaux et bons étalons.
Les principes de Gayot sont ainsi remis en pratique par les éleveurs, en dehors de l'administration des haras et la race Bigourdane améliorée, sans en reprendre le nom, est de nouveau et heureusement très en faveur. Avec ces procédés d'élevage et une nourriture plus abondante et mieux choisiei les beaux chevaux de Tarbes deviendront nombreux, les ficelles anglaises diminueront de plus en plus, aussi bien que les anciens types des chevaux navarrins et arriègeois qui sont encore très nombreux.
Nous veooQs de parler du cheval de TAriège qui est uoe yariâlé de Py^rtoilen née sur le& hauts plateaux et très voisine de la Navarriue.
Voici comment Gayot (i) décrit ce montagoard :
« La taille est petite, iH5 à 1»50 au plus ; la tête est lourde, aouvaot mal attachée et mal coiffée; Teacolure est grôle; tout le système musculaire participe à cette condition qui fait le cheval plat, mince et manquant de grâce ; le garrot est bas, comme ehes tous les chevaux qui mangent habituellement à terre; la croupe est avalée. J^ea pieds antérieurs sont panards, les jarrets sont clos; les extrémités sont cou** vertes de poils; la physionomie est rude et le caractère assez ordinairement indocile. Toutes ces imperfections s'aftaiblisseot ou s'effacent sous riuQuence d'une alimentation plus substantielle et plus égale, de quelques soins aux produits et du choix judicieux des repro- : ducteurs. Les qualités se développent alors avec une incroyable facilité et donnent vite dans ees natures généreuses inépuisables et remplies de feu. Qa n'apprécie bien les chevaux de l'Ariège qu'après en avoir usé ; mais alors on est étonné de la dépense d'énergie dont ii9 sont capables, de la dureté qu'ils montrent au travail le plus fatigant et le plus dui«ble. Isuv réputation eat faite dans les
ii) Bneydopédîe pNiliqoe de rAgvMultvM, Paris,
Firmin-Diiot.
régiments de cavalerie légère; ils y ont une ei^cellente renommée due aux excellents services ga*on en obtient. Les postes et les messageries du pays se remontent exclusivement dans les rangs de cette population (Ariégeoise). Quand on a, dit M. Gayot, traversé en poste ou en diligence, on sait avec quelle ardeur et quelle rapidité, ces animaux s^aequittenk de leur pénible tàcbe^ Dans le service des montagnes, ce cheval a une grande agilité, beaucoup d'adresse, une merveilleuse sùreti dans la pose du i^ed, un tempérament robuste, uoe santé à toute épreuve et une ardeur infatigable, n
Quand nous aurons encore signalé une troisième variété de chevaux du Midi, celle des Landes, qui ne diffère de la Navarrine que par une plus petite taille ~ les chevaux landais ne mesurent guère que 1"^30 à l'^SS de hauteur -— nous en aurons terminé avec tes . chevaux du Midi.
Les Chevaux limousins. — L'ancienne province française connue sous le nom de « Limousin », et composée des départements de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze, produit des chevaux depuis des temps immémoriaux : les stations préhistoriques des Eyssies, de Laugerie-basse» de la Madeleine, sur les bords de la Véxère, près de laquelle se trouve actuellement Pompadour, ont fourni en abondance des os de chevaux, et des bois de rennes gravés sur lesquels le
cheval est très souvent représenté, en même temps que le cerf et le mammouth.
Le cheval limousin de Tépoque dite du renne, était certainement sauvage et constituait un animal de chasse comme les autres gros mammifères dont on trouve les os mâles aux siens. Il ne différait pas du cheval dit « de Solutré », qui est encore représenté actuellement par le petit cheval de la Camargue.
Plus près de nous, dans les temps historiques, nous voyons toutes les provinces de la Gaule être extrêmement riches en chevaux domestiques. La cavalerie constituait la principale force des Gaulois, au dire de César, et la chevalerie y était déjà oi^anisée d'une manière presque analogue à ce que nous voyons plus tard au Moyen-Age :
Pausanias (Phoeide, XIX, 10,11), parlant des anciens Gaulois qui avaient pénétré jusqu'à Delphe, et dont Tàrmée comprenait 150,000 fantassins et soixante mille cavaliers^ dit : « Chacun de leurs cavaliers avait avec lui deux écuyers, aussi à cheval; lorsque la cavalerie avait engagé le combat, ces écuyers se tenaient derrière le corps d'armée, soit pour remplacer les cavaliers tués, soit pour donner leur cheval à leur compagnon s'il perdait le sien, soit pour remplacer celui-ci dans le cas où il serait blessé, tandis que Fautre écuyer remporterait hors de la mêlée. »
Nous lisons dans Henri Martin (Histoire de France, 4« édit., t. I, p. 41) : « Il y avait en Gaule deux catégories de citoyens, de guer-
Fio. 57. — Carte du Limousin.
riers : le noble ou chevalier et le simple homme libre. Quelle est rorigioe de cette classe supérieure parmi les hommes libres? Le premier noble, n'est-ce pas le premier cavalier, Thomme qui a dompté et s'est approprié le cheval de guerre et s'est ainsi assuré la supériorité dans les combats? La noblesse, en Gaule, a dépassé ce premier degré. Le chevalier, ou haut-homme^ n'est plus le simple cavalier : il y a dans Tordre de bataille deux cavaliers subalternes attachés à sa personne et sans doute équipés à ses frais. Ces écuyers peuvent devenir chevaliers à leur tour, et ils se recrutent certainement eux-mêmes dans la classe des hommes libres. Il n'y a point là de caste formée, ni même héréditaire, au moins d'abord. »
Cette description des mœurs gauloises s'applique aussi bien aux Lemovices, peuplades gauloises qui habitaient le Limousin actuel, qu'aux Arvernes, aux Santones, aux Génomanes, aux Bituriges, aux Viducasses, etc., etc.
 en juger par les fers à cheval celtiques, trouvés aux environs d'Ussel, et provenant, à n'en pas douter, des combats qui se donnèrent autour de l'Oppidum Uxellodumum, détruit par les Romains, les chevaux limousins de la période gauloise étaient des chevaux à membres fins, à petits sabots, et par suite de petite taille, comme, du reste, tous les chevaux gaulois, ainsi que nous lavons surabondamment démontré.
Après ce court historique qui prouve que
de tcrit lemps il y a eu des chevaux dans le Litrousin, que devient la légende adoptée par les hippologues et d-après laquelle «- la race Limousine serait née • de l'introduction de chevaux et juments arabes lors de l'occupation de l'Espagne par les Maures et de Tinvasion des Sarrasins dans cette partie de la< France actuelle » (1). M. le professeur Sanson renchérit encore sur cette hypothèse et dit : «- On sait qu'après la défaite par Charles Martel, les Sarrasins abandonnèrent au Limousin leur nombreuse cavalerie, composée évidemment de chevaux arabes, c'est ainsi que la province s'en trouva peuplée » [Applications de la zqO" technie, p. 128). Si M. Sanson avait- consulté l'Histoire de France de Henri Martin, au t.II, page 203, il aurait vu qu'on sait tout autre chose que ce qu'il dit à propos de la bataille de Poitiers :
« Le sort du monde allait se jouer entre les Francs et les Arabes. Les barbares d'Austrasie ne soupçonnaient guère quelles destinées étaient confiées à leur épée
« La longue ligne des Francs ne ploya pas et resta immobile sous ce choc épouvantable, a Et comme un mur de fer, comme un rempart de glace, les peuples du septentrion demeurèrent serrés les uns contre les autres, tels que des hommes de marbre (glacialiter manent striclij Isidore Paunsis) ». Vingt fois les musul-
(1) MoLL ET Gayot. — La connaissance du cheval, p. 475.
mans tournèrent bride pour reprendre du champ et revenir avec la rapidité de la foudre, vingt fois leur charge impétueuse se brisa contre cette barre inébranlable. (Les fantassins de Bonaparte, aux Pyramides, montrèrent plus tard, qu'ils étaient les dignes descendants des fantassins de Charles Martel).
« Le lendemain, quand les Francs voulurent recommencer la lutte, ils constatèrent que le camp des Musulmans était vide. Les débris harassés de Farmée d'Abd-el-Rahman étaient partis en silence à la faveur des ténèbres, abandonnant tout, hormis leurs chevaux et leurs armes ». C'est, du reste, un précepte du Coran, de ne jamais abandonner les chevaux et les armes.
Nous pensons, après ces citations, que justice est faite de Thypothèse toute gratuite de Torigine purement arabe de la race limousine. Mais nous ne voulons pas dire qu'aucune goutte de sang oriental ne circulait dans les veines des chevaux limousins du Moyen- Age; il est même probable, bien qu'on en ait aucune preuve, que les chevaliers croisés de la province limousine, ramenèrent des chevaux arabes de la Palestine et qu'ils s'en servirent pour améliorer la race autochtone; mais ce fait ne fut pas particulier au Limousin, il eut lieu à peu près partout, et si les chevaux du pays en question, en ont conservé la trace plus qu'ailleurs, c'est que son sol, comme celui des vallées pyrénéennes, se prête mieux à l'élevage des races légères.
L'élevage du cheval avait périclité en Gaule BOUS les rois Mérovingiens qui n^avaientpas le goût pour les exercices équestre et qui n'avaient pas de cavalerie dans leurs armées ; mais il se releva à partir du roi Pépin et de son âls Garle qui commencèrent à reconstituer les troupes à cheval en imposant aux Saxons et aux Sarrasins, qu'ils avaient vaincus, des tributs annuels de chevaux. Les tributs imposés par leurs prédécesseurs consistaient en quelques centaines de vaches (1).
Au Moyen-Âge, la reconstitution de la Chevalerie, acheva la réhabilitation du cheval et surtout du cheval de guerre et du cheval de chasse dont le breton et le limousin étaient les types. La chasse, surtout qui était le délassement favori de la noblesse, fit apprécier par* ticulièrement le cheval limousin, le plus apte à ce noble déduit. « De toutes les races, dit Oayot (2), la race limousine était la plus accréditée en Europe; on en avait fait une gloire nationale. Elle a donné, pendant longtemps, le cheval de selle élégant, svelte, souple, docile, adroit^ le cheval, par excellence des routes difficiles, accidentées et ravinées, des chemins creux, rocailleux et impossibles d'un autre âge. On le voyait traverser avec hardiesse et franchise tous les pays sauvages et perdus, se tirer à ravir de ces passages incroyables ouverts par le temps
(1) FRÉDBOAtRB, cap. LXXIV, p. 441.
(2^ LocO'Citato,
au milieu des rochers. Il semblait fait pour eux, taot il était ardent, ferme et, pourtant, avisé et précautionneux. Il se trouvait là dans son élément ; avec lui, on chevauchait sans crainte ; sa destination, il la remplissait avec une rare perfection. 8a légèreté, sa finesse, sa petite taille, les proportions étroites, exiguës, de toutes ses parties, son intelligence et jusqu'à ses défauts d aplomb, telles étaient les qualités qui le mettaient en relief. Par ailleurs, sa distinction, son liant, sa noblesse, en faisaient le cheval de la cour et des grands seigneurs ; il s'imposait comme un besoin et avait toutes les faveurs de la mode, Le goût du manège, Thabitude de la chasse, l'entretien forcé de nombreux équipages de chevaux de selle assuraient à la production éclairée, à son élève bien entendu* un déboudié large, facile et profitable. »
Nous n'ajouterons rien à ce portrait de l'aneien cheval limousin qui a disparu avec les castes qui rentretenatent. Autrefois, comme le disait un éleveur limousin, l'équi«* tation était une nécessité et était pratiquée par tout le monde ; la France possédait peu de grandes routes, et il fallait que partout on se servit de chevaux de selle et de manège, de chasse, de promenade* de voyage même. Depuis cent aos, toui a changé sous oe rapport et sous bien d'autres; on n'appi«od plus à monter à cheval, on chasse peu« les meilleures routes aîllonodot la France. On n'a daoc giuM besoin de chenaux du seUe propre^
ment dit, voilà pourquoi le Limousin a vu l'industrie chevaline diminuer progressivement et arriver à Tétat de dépérissement où elle est actuellement.
Le cheval limousin a jeté son dernier éclat pendant les guerres de l'Empire, dont la cavalerie légère en était presque entièrement remontée. Après, Tanglomanie ayant envahi les haras français, on voulut donner de la taille au cheval limousin au moyen de sang anglais^ et on acheva de perdre ainsi notre ancienne et belle race.
Le tort des partisans exclusifs du pur sang anglais, qui a fait merveille sur nos grandes races habitant des pays à gras pâturages, comme la Normandie, le bas Poitou et le Nivernais, a été de croire qu'il devait avoir la même influence sur nos petites races du Midi et du Limousin vivant sur de maigres embouches. Us n'ont pas réfléchi que pour faire un bon tissu, il faut, non seulement la chaîne fournie par l'étalon, mais aussi la trame provenant de Talimentation ; si ces deux éléments ne sont pas en bonne proportion et également de bonne qualité, on ne fait que des ficelles, haut juchées sur des membres grêles, sans cofire et sans résistance. C'est ce que le piu* sang anglais a produit, non seulement dans le Midi, mais aussi dans le Limousin.
Napoléon avait déjà compris que l'arabe seul était le véritable améliorateur de nos races du Midi et du Limousin ; beaucoup de
es
bons esprits Tont compris comme lui; malheureusement ils ont toujours eu à lutter contre Tinfluence du Jockey-Club, et, tantôt ils remportaient, tantôt ils avaient le dessous. L'histoire de ces fluctuations est tout entière dans celle de la jumenterie de Pompadour, dont les suppressions repétées et les rétablissements accusent tour à tour l'influence du Jockey-Club et celle de la contre partie, sur la Chambre des députés ; aussi Thistoire de cet établissement est-il très instructif.
Nous empruntons à l'atlas hippique de la France publié par Tadministration des Haras, en exécution de la loi du 29 mai 1874, les renseignements suivants sur la jumenterie de Pompadour.
« Jumenterie de Pompadour, — Les origines du haras de Pompadour remontent à Tannée 1751. Supprimé en 1791 avec les autres établissements hippiques, il fut rétabli par le décret du 4 juillet 1806. Â partir de cette époque, le dépôt d'étalons n'a cessé d'exister, mais la jumenterie a tour à tour été supprimée en 1825, rétablie en 1833, supprimée de nouveau en 1860, et enfln reconstituée une dernière fois en exécution de la loi de
« Les suppressions successives de la jumenterie de Pompadour avaient eu pour résultat de faire disparaître presque complètement de la France les reproducteurs de race arabe. Gomme cette race est indispensable pour améliorer la production du Midi, qui fournit
jsurtout les chevaux de cavalerie légère, la loi de 1874 a répondu aux vœux du pays en réorganisant la jumenterie qui est exclusivement consacrée à la production du cheval de pur sang arabe et anglo-arabe. La mesure a été, du reste, d'autant plus opportune, qu'il devenait de plus en plus difficile de se procurer de bons reproducteurs en Orient.
« La situation constatée à cette époque n^a fait que s'aggraver. L'inspecteur général des haras, chargé, en 1880, de la dernière mission en Syrie, Pexpose dans les termes suivants :
c Les tribus nomades qui possèdent les <K races les plus estimées, diminuent chaque « jour de richesse, de puissance, d'importance « et de nombre. Elles tendent à disparaître, <K et le jour n'est peut-être pas très éloigné où <K le Bédouin, l'Arabe du désert, deviendi*a « aussi rare que l'Indien d'Amérique. La mi- « sère et la famine sont à Tétat chronique a chez ces malheureux. Quand la récolte est <K mauvaise, ils meurent de faim, eux et leurs « animaux, par miliers; quand elle est bonne, « ils n'ont ni la sagesse, ni la prévoyance de « faire un prélèvement sur leur superflu pour « combler les vides produits par la mortalité « des mauvaises années, et c'est ainsi qu'ils « vont toujours s'appauvrissant. Une autre « cause non moins énergique de diminution « de la race pure arabe, c'est la civilisation, « si imparfaite qu'elle soit en Syrie. La cons- « truction des routes nécessite des transports « de matériaux difficile à faire avec le cheval
« du pays. De là, llntroduction de chevaux « de races diverses, qui, peu à peu se mêlent « au sang indigène, en altèrent sa pureté et <c finissent par constituer des familles se rea produisant entre elles et se substituant « insensiblement à la race arabe, dont les « aptitudes spéciales trouvent de jour en jour « moins d'emploi. »
« Lajumenterie devait, aux termes de la loi, entretenir 60 poulinières et un certain nombre de produits de un à trois ans.
« Elle possédait, au 1*' janvier 1882, 53 pou* linières provenant d'achats successifs faits en Orient et en Angleterre ainsi que de l'élevage de Pompadour, et 77 produits.
« Les 59 juments se classaient ainsi :
Pur sang anglais 17
Pur sang arabe 40
Pur sang anglo-arabe 2
« Les produits se subdivisaient, au point de vue de l'espèce et de Tâge :
lo d'après l'bspege
Poulains Poaliches Total
Pur sang arabe 17 + 13 = 30
Pur sang anglo-arabe ... 33 + 14 = 47 2» d'apbbs l'agk
Poulains Poolichos ToUl
Produits d'un an 17 + 17 = 34
Produits de deux ans ... 15 + 8 = 23 Produits de trois ans ... 18 + 2 = 20
"io I7 I7
s 'Tte^ute sa teeOYlôtltUtiOQ, la Jumetit^riê de t^ompàdouf a fourni aux sertices des haras fe5 étalons et 17 poulinières, y compris les produits qui entreront en service au l^^ janvier 1883 et qui sott déjà répartis.
« Elle a, d*autre part, livré pour la vente, à rindUBlrie privée, 29 poulains et 98 pouliches, ces dernières devant être, pour le plus grand nombre, consacrées à la reproduction dans la région méridionale, tl en résulte que llnstitu* tion ne se borne pas à procurer un complément de remonte à TAdmlnistration des haras, mais qu'elle est un aide puissant à rindustrie privée et met à la disposition des éleveurs dès éléments de reproduction qu'ils ne pourraient trouver ailleurs. »
Les trois départements qui constituent le Limousin ne produisent pas des chevaux semblables. Dans la Haute-Vienne, ils sont plus grands, plus forts que les Limousins ordinaires. Là, le sang anglais a fait moins de mal qu'ailleurs, les pâturages y étant plus abondants ; aussi y trouve-ton en assez grand nombre des chêv^Ui d'officiers et de cavalerie Û^ ligne. Ce chevill trouve aussi beaucoup de débouchés dans lé commerce civil.
La Corrèze produit le vrai cheval UmOuSln exclusivement propre â là cavalerie légère, et il y a à espérer que sous Tinfluence prolongée de rétablissement de Pompa^lour, il récupérera une partie de son ancienne splendeur ; maie l'armée étant son seul débouché* sa production sera toujours limitée.
La Orouae ppèduit un thwaX fiw Gopmitat chex lequel le sasig auglaia a« i^econ^aît son»' vent. Il devient uu excellent cibeval détrempe; mais il n'est jamais assez dîgtiiigtté PQUP. devenif cheval d'ofilciep. C'ei t le cheval de culture de la région.
I1Q8 Cteyau du centre. ^ Voipioimmefit:
M. le Professeur de tooteehnie ^ngo» fia^rle des chevaux du centre de la FrauQe dftO» A09 livre sur les ApplioaHam à l# sfmMfmi^ (bip» piqu^O» PAg<i <67 :
« La région centrale de la France eat h|i* bitée par une population chevaline très mèlé^, dont lee sujets, iinportés pour la plupart ^ rétat de poulains» appartiennent aux divers; types précédemment décrits.
4 De fausses notions économiques ont lail établir dans presque tous les départemrat3 de, cette région une production locide» à lorce d'encouragement» administratifs. Les conseils généraux» imbus de la doctrine proteetionniste en vertu de laquelle chaque pays doit avant tout ^e mettre en mesure de se suffira « sans avoir recours 4 Véchanjê, |k see propres be^ soins, votent des fonds pour oncourager Vin**, troduction d'étalons et même, dans plusieurs cas, pour en faire directement l'acquisition- On arrive ainsi seulement à faire payer aux contribuablQs une prime pour VétahUiUistni^nt, d'une industrie qui ne produit miémo pas des bénéfices pour ceu9^ qui s'y livrent, ^sAt^ndn que rindustrie chevaline, comme toutes l9i:
autfes ressortissant & l'agriculture, ne prospère qu'à la condition de trouver des éléments de succès dans les conditions naturelles de la situation.
c II n'y a pas lieu dlnsister sur la démonstration qui a été donnée amplement, lorsque nous avons posé^ dans la deuxième partie de cet ouvrage, les principes de la production chevaline. Là Champagne, la Bourgogne, le Nivernais, le Berry, sont peuplés de chevaux communs introduits par le commerce, mais en partie produits sur les lieux mêmes, à Taide de reproducteurs importés. Il n'y a donc pas ici de races de chevaux. C'est la variabilité désordonnée dans toute l'acception du mot. Souhaitons seulement que les ressources fourragères créées par le progrès agricole y soient mieux employées que dans la production des chevaux.
c La région que nous considérons appartient, par droit économique, au mouton et au bœuf; la belle race charolaise la conquiert de plus en plus. Qu'on y importe des chevaux tout faits pour les travaux agricoles ou, du moins, des poulains en état d'exécuter ces travaux en achevant leur éducation, pour les vendre ensuite avec bénéfice dans les grands centres de consommation. Telle est la ligne tracée par les principes de la zootechnie, conforme, comme toujours, à ceux de l'économie rurale. »]
Si l'on en juge par ce qui se 'passe dans la Nièvre, depuis quelques années, les fameuses
notions économiques de M. Sanson, ses principes de la production chevaline y reçoivent de cruels démentis. En effet, où, d'aprôs ses oracles, Tindustrie chevaline ne devait pas prospérer, où, d'après les principes de lazoo^ technie conforme^ comme toujourSy à ceux de Ficonomie rurale^ on ne devait faire que des bœufe et des moutons, et y importer des ehevaux tout faits, on fait maintenant des chevaux en abondance et il faut croire que les éleveurs nivernais y trouvent des bénéfices encourageants, malgré les pronostics con« traires.
Et ce ne sont pas seulement des chevaux communs rivalisant avec les plus beaux percherons, qu'on fait en grand nombre dans la Nièvre^ on s'est mis aussi à faire du demisang, et avec un tel succès que les plus beaux attelages gui figurent chaque printemps au concours hippique du Palais de l'Industrie, viennent maintenant en grande partie de la Nièvre.
Si les bœufs nivernais ont actuellement une supériorité parfaitement reconnue sur ceux de la vallée d'Auge, les chevaux du même pays sont en voie de devenir des rivaux très sérieux de ceux du Calvados.
Une société hippique s'est fondée dans le Nivernais, qui chaque année organise des concours de plus en plus remarquables. Celui de cette année (1894) a eu lieu le 13 août et se te* nait àClos-Ry. Les chevaux inscrits, très nombreux, y étaient divisés en quatre catégories.
La prime d'honneur, consistant en une coupe de Sèvres offerte par le Président de la République, a été décernée à Fatma, jument baie de quatre ans, appartenant à M. Guyon. Le premier prix des chevaux de selle, de trois à six ans, a été attribué à Melba, à M. le vicomte Raoul d'Auchald. Un excellent cheval, né et élevé chez M. Ed. Nicard, a été acheté par un marchand de Paris, M. Chaniot, pour les écuries du Président de la République.
Ce concours s'est terminé dans la soirée, au milieu d'une nombreuse assistance, composée, en grande majorité, de propriétaires et d'éleveurs.
Nous n'insisterons pas davantage. La démonstration est faite que le Nivernais est en voie de devenir un de nos principaux centres d'élevage de chevaux de luxe, de selle ou de voiture, et nous ne pouvons qu'applaudir aux eflEorts qui sont faits dans ce sens et qui seront suivis, nous l'espérons, par les départements voisins.
Ghevanx comtois. ~ Nous serions curieux de savoir où M. Sanson est allé étudier le cheval franc-comtois, qui, d'après lui, est « un type de laideur, n'ayant aucune qualité, ni de conformation, ni de tempérament ». M. Magne connaissait un autre franc-comtois, péchant il est vrai par certains points de sa conformation, mais rivalisant de qualités de travail avec le boulonnais et le percheron.
Chez le pauvre paysan de la Haute-Saône
gui âe dotine de l'avoine à son cheval que le jour où il va à la foire, le comtois de M. Sanson existe; mais chez toutes les races il y a des dégénétés et ce fait n'est pas particulier à la race fraiic-comtoise ; on le constate même en Normandie et nous l'avons vu dans l'Orne ; ce n'est pas une raison pour le donner comme type de la race normande.
La race f^anc-comtoise a eu une période de grande prospériié et de haute réputation, c'est à rép<Kluè où le roulage était en pleine activité, et où la batellerie sur le Rhône et l* Saône était prospère, car tous les équipages de terre et d'eau, dans TEst, étaient montés en chevaux comtois. Bien que les chemins de f^ les aient fait disparaître presque partout, on voit eneore quelques uns de ces équipages ie long du Doubs, et puis l'agriculture emploie toujours cette race qui est piurfaite pour les travaux des champs.
Cette race qu'on pourrait appeler frantosuisse^ s'élève particulièrement sur les hauts plateaux du Doubs, dans les cantons de Matche et du Russey> aussi bien que sur les points correspondants de la frontière suisse, aux eaviïons de Seignelegier, dont la foire aux poulains est très renommée.
Cette race comtoise de la mont^ne a une très grande anal<^ie avec la grosse race arden^ naise des Ardennes belges, la preuve c'est que les poulains qui se vendent à la foire dent nous venons de parler, s'exportent jusque dans les Flandres et même dans le Perche^ et donnent
suivant le mode d'élevage, soit des ardennais, soit des gros percherons, peu distincts des indigènes.
La race comtoise de la montagne a pour caractères typiques : une tête un peu longue et sèche, à chanfrein droit, à orbites petites, à arcades orbitraires et crête zygomatique peu saillantes; les branches du maxillaire inférieur sont peu écartées, mais les arcades incisives sont grandes ; les naseaux sont petits, les lèvres minces, les oreilles fines et droites, Tœil petit mais vif.
Comme caractères secondaires, Tencolure est mince, peu chargée de crins; le garrot épais et effacé ; l'épaule droite; le dos bas; les hanches saillantes; la croupe large, double, avalée ; la queue attachée bas; les membres et articulations minces, mais secs et peu chargés de crins. Les sabots généralement bons, quelquefois plats.
Enfin, il a une taille de 1*55 à 1*60- centimètres et une robe qui est loin d'être uniforme, car on en voit de presque toutes les couleurs : baie-cerise, noire, rouan et toutes les variétés du gris.
Le cheval comtois est un excellent cheval de gros trait, qui rivalise avec les gros percherons, les flamands et les gros ardennais, lorsqu'il est nourri convenablement à Tavoine.
Ce qui le fait péricliter dans certaines parties basses de la Franche-Comté, où il est si laid, c'est que le pauvre paysan franc-
comtois de ces régions ne lui donne jamais d^avoine ; aussi le régime complètement herbacé auquel il est soumis lui donne-t-il un ventre avalé comme à une vache et un dos ensellé qui exagère encore l'avalure de la croupe, une encolure mince, une épaule et des avant-bras maigres et une tête stupide et mal attachée qui déplaisent tant à M. Sanson. Mais qu'il aille voir le cheval comtois chez le riche éleveur de la montagne et dans les grosses fermes tenues par les riches anabaptistes ou chez les rouliers qui desservent les nombreuses usines de la vallée du Doubs ou des vallées qui s'y embranchent, il ne le reconnaîtra pas, parce que là, mangeant de Tavoine à satiété, il a pris du volume et une belle rondeur ; ses muscles se sont développés à l'encolure, au poitrail, à la croupe, à Tavantbras, dans tout le corps enfin.
Nous donnons, comme preuve que le cheval comtois n'est pas si laid, le portrait d'une belle jument baie, lauréate du concours agricole de Besançon en 1893, d'après une photographie.
Dans l'Est et le Nord-Est de la France se trouvent encore de nombreux chevaux communs qui ne constituent pas^ à proprement parler, des races, mais qui se rattachent plus ou moins à la race comtoise; tels sont les chevaux de la Bresse, ceux dB la Lorraine et des Ârdennes françaises. Nous nous conten-^ tons de les signaler.
Nous signalerons aussi pour mémoire le petit Cheval Camargue qui est en voie de disparaître. C'est regrettable au point de vue de l'histoire, car il est le portrait, trait pour trait, du Cheval Celtique dont il est le der« aier représentant.
i VII. - LES CHEVAUX BELGES
La Belgique élève beaucoup de cheraux et nos voisins sont passionnés pour les sports hippiques, comme pour tous les autres ; mais, Men qu'il y ait sur les bords de TEscaut, de la Senne et de la Meuse, des haras nombreux où l'on élève sur une grande échelle le pur sang anglais, quand on parle du cheval belge c'est du cheval de trait dont il est question.
Le cheval de trait belge constitue une race remarquable par sa taille énorme ; c'est le plus grand cheval de l'Europe et même du monde, après le cheval noir de brasseur anglais qui, du reste, est originaire de Belgique.
« Notre cheval limonnier des Flandres, — dit le professeur Gérard, de l'Ecole vétérinaire de Bruxelles, dans son livre intitulé : No$ Chevaux (1) — , n'est pas né tel que nous le connaissons actuellement, et ce n'est que sous l'influence multiséculaire d'une riche, abondante et succulente alimentation, d'un ciel doux et vaporeux, favorisant, comme on le sait, l'extention, le développement du système squelettaire, musculaire, cellulaire et adipeux, ainai que par des soins hygiéniques des mieux entendus que les éleveurs modernes lui ont prodigué dans son élevage, qu'il est devenu le mastodonte du genre comme on en voit des spécimens au port d'Anvers — les
(1) Nos ChevauXy un vol. in -80, chez Fslk, à Bruxelles.
Ckevavx des Nations — dont un seul limonier traîne avec aisance, mais au pas lent, une charge nette de 3,000 à 5,000 kilogrammes. »
L'auteur que nous venons de citer reconnaît deux variétés dans la race Belge, celle du bas-pays, la plus grande, la plus volumineuse, le vrai cheval Flamand en un mot, et celle du haut-pays, à tissus plus fermes, d'un peu moins de taille, qui est le cheval Ardennais.
Mais, quelle que soit la variété à laquelle il appartienne, le cheval belge n'en est pas moins un proche parent de notre boulonnais dont il a tous les caractères, mais agrandis ; comme lui, il a la tête en tronc de pyramide, le front large et carré, le chanfrein droit, les yeux grands et saillants, les maxillaires écartés, une encolure forte, un corps puissant et bien musclé, bien proportionné et pouvant être inscrit dans un carré ; enfin, des pieds grands, mais creux.
C'est surtout dans la première variété, dit M. Gérard, et en particulier chez les chevaux des polders flamands et hollandais, que l'on trouve les sujets défectueux à tète pesante, longue et effilée, au front étroit et bombé, au crâne rétréci, aux joues plates, à œil petit et enfoncé, aux maxillaiies serrés, au corps longs et à flancs creux, aux jambes chargées de crins longs et grossiers, et aux grands pieds plats.
Certains zootechniciens ont voulu voir dans ces défauts la caractéristique de la race de
CD CÛ OÔ
OS
trait belge; ils se sont grossièrement trompés, et on le reconnaît facilement en voyant défiler les nombreux et beaux sujets que Ton prime dans les exhibitions annuelles,
Parmi ces sujets, nous choisirons un des derniers, Mmit^d'Or, qui entre actuellement dans sa cinquième année et dont notre confrère Chasse et Pêche a donné il y a quelque temps le portrait que nous reproduisons un pou réduit, avec la notice qui suit :
< Mont d'Or est un des descendants les plus remarquables du célèbre Jupiter (S.B.B. 126). Il est alezan comme son père, est né le 26 mars 1890 chez son propriétaire actuel. Sa mère Mamzelle (S.B.B. 2731) obtint les plus hautes recompenses aux Expositions chevalines de Paris (1878), Bruxelles (1880), Amsterdam (1884), Bruxelles (1889), Paris (1889), etc. Mamzelle provient d'un cheval français abandonné à Braine-rAlleud, après la bataille de Waterloo.
« Les formes de Mont d'Or, un peu plus distinguées et un peu plus près de terre, prêtent à lui supposer quelque parenté avec le boulonnais, mais ses membres sont ceux d'un vrai étalon brabançon.
« Mont d'Or n'ayant pas encore atteint son entier développement, ses dimensions actuelles offrent un intérêt particulier. En mars 1894, il mesurait 1™,65 au garrot, le canon avait 0'",27 de contour, et il pesait 890 kilogrammes. A tous les concours, Mont d'Or a obtenu les premiers prix^ notamment en 1891 à
Genappe, concours de poulains entiers; en 1892, à Bruxelles, concours national de poulains de deux ans; en 1893, à Genappe, concours des étalons de trois ans ; à Bruxelles, concours national des étalons de trois ans ; en 1894, à Genappe, concours d'étalons de quatre ans; à Bruxelles, concours provincial.
« Dernièrement, une ofire de 15,000 francs a été refusée par M. Jourez ». — {.Chasse et Pèche, du 17 février 1895, d'après le Lanbode.)
i VTII. ^ USS RACBS ANGLiAISES
La principale race de chevaux anglais est le cheval de course, ou de pur-sang, mais nous avons fait son histoire assez complètement (voyez l'Eleveur du 24 janvier 1892 et suivants) pour n'avoir pas besoin d'y revenir. Nous allons nous occuper ici exclusivement des différentes races de chevaux de service de nos voisins d'Outre-Manche.
La population chevaline de l'Angleterre est considérable. Le rapport de 1872 donne presque 860,000 chevaux payailt l'impôt, ou le double de 1841 ; à cela il faut ajouter près de 963,000 chevaux employés à l'agriculture, juments poulinières, chevaux non dressés, tous exempts d'impôt, faisant un total de 1,823,000 chevaux en Angleterre, Galle et Ecosse seulement. En Irlande, où il n'y a aucune taxe d'impôt ou de licence sur les chevaux, ni impôt sur les chevaux de course, les statistiques agricoles de 1872 montrent plus d'un demi-million de chevaux de toutes sortes, surtout en chevaux de selle et de trait léger; le lourd cheval agricole n'ayant été que récemment introduit dans la culture de ce pays (1).
(1) SiDNBT. — Le livre du Cheval, tradait par R. de Beaumont, Paris, Pairault 1892.
A. — Les races anglaises db demi-san»
Les demi-sang [alfhred, demi-nés). — .A un moment, dit Sidney (1), les demi-sang, réels produits d'un étalon de pur-sang avec une jument de charrette, étaient élevés dans le but de produire des hunters pour forts poids, sur la recommandation de « Nimrod » (M. Apperley) qui avait trouvé à Melton au moins un sujet extraordinaire de cette espèce, portant un Jeoman (gentilhomme fermier) de 18 stone (114 kiL 30), toujours au premier rang aux chasses de Leicestersbire. Mais, par ce système, on trouva bientôt que les chevaux de choix étaient rares et les ratés nombreux, aussi, croise-t-(în maintenant d'avantage. On fait quelquefois l'inverse : il arrive souvent qu'une jument de sang n'ayant pas retenu avec un étalon de son rang, retient avec un étalon commun et donne un produit extraordinaire, ayant une grande puissance et le courage de sa mère. C'est encore un moyen d'avoir un hunter exceptionnel.
Les plus célèbres steeple chaser anglais sont ordinairement des demi-sang; il en était ainsi du fameux Lottery, dont les triomphes étaient célèbres il y a trente ans ; de même The Colonelf le vainqueur du grand national deLiverpool et 1869 et en 1870. Il est vrai que The Colonel était bien près du sang : seule une de ses arrière-grand-mères était demi-sang,
(1) Loco-citato,
cette légère tache avait sufB pour que, en dépit de sa remarquable conformation et de ses admirables performances, l'inscription au livre d'or anglais « le Stud Book ^ lui fut refusée. Il n'en fut pas moins vendu 2,000 livres pour les haras impériaux allemands.
Trotteurs. — De 1830 à 1840, le cheval de carosse anglais était un gros cheval bai appartenant à la race de Gleveland. Vers 1838 on commença à lui substituer des trotteurs que Ton tirait du Lincolnshire, du Norfolk, du Yorkshire et même d'Irlande.
L'origine du trotteur anglais est assez obscure ; c'est évidemment un demi-sang, puisque, suivant l'expression de John Lawrence qui écrivait en 1810 : « Il est à remarquer qu'il n'y « a pas d'exemple d'un cheval de pur-sang « étant un parfait trotteur. »
«Toutes les opinions, dit Sidney (1), semblent démontrer que les trotteurs ne sont pas une race distincte, mais le résultat de croisements judicieux et d'une soigneuse sélection, maintenue par des croisements alternatifs de cheval de charette et de cheval de sang, selon que les circonstances l'exigent, d
Le même auteur donne ainsi le type du trotteur de Norfolk : taille 15 nains 2 pouces (l"566j de hauteur, pas plus ; fait comme une édition épurée, affinée, d'un Norfolk-Punch ou d'un cheval de charrette clydesdale, avec
(1) LocO'Citato.
une action extravagante gai varie du train de 14 milles à 17 milles à Pheure, pour de courtes distances. Le gris argent et le rouan rouge sont les couleurs favorites et héréditaires. Il 7 a aussi des bais, des bais brans, des alezans gui sont plus estimés par les acheteurs étran* gers, surtout s'ils n'ont pas du tout de blanc ; réserve curieuse puisgue les pur-sang et les arabes ont très souvent du blanc.
Le trotteur Norfolk était très acheté, sousl© second Empire, pour les haras de Normandie ou pour les éguipages de poste de la maison impériale; aussi est-il entré pour une bonne part dans la création du trotteur normand. C'est la couleur alezane gui est la plus prisée pour le Norfolk en France et eu Belgigue où on en fait d'assez fréguentes acguisitions, surtout en Bretagne où le croisement de cette race avec le Breton de Léon donne des produits remarguables.
Le^ Carrossier anglais, ou Cleveland bai. ~ Nous avons vu gue l'ancien carrossier anglais était un grand cheval bai gu'on produisait particulièrement dans le Yorkshire et surtout dans les riches pâturages des bords de la Tees aux environs de Cleveland. Nous avons vu aussi gue ce grand cheval, l'analogue de notre ancien normand et gui avait certainement étô créé comme lui à l'aide des étalons busgués hollandais pour obéir aux injonctions de la mode de la fin du xvii^ siècle, fut délaissé, il y a une cinguantaine d'années et remplacé,
presque partout, par le trotteur de Norfolk, d'ailleurs beaucoup plus rapide et très en vogue. Le Gleveland ne fut cependant pas complètement abandonné; au contraire, on s'attacha à Taméliorer par le pur sang, qui lui enleva sa lourdeur et sa grande tête busquée, et par le trotteur de Norfolk qui lui communiqua en partie, ses brillantes allures. Mais on lui conserva sa robe baie, ce qui valut au Gleveland amélioré le nom que porte actuellement le principal cheval de carrosse d'Angleterre.
Voici ce qu'en dit un auteur anglais, David Low :
« Le Gleveland bai réussi semble réunir en lui l'énergie du pur-sang avec la vigueur et la force des races plus communes ; cependant la mode tend continuellement à donner plus de finesse à ses formes. L'espèce ayant déjà atteint un certain degré de race, peut, sans être affectée dans sa nature, recevoir une addition nouvelle de sang qui la rapproche de plus en plus du cheval de course ; c'est ce qui se fait aujourd'hui et on rencontre quelques beaux attelages à quatre appartenant entièrement au pur-sang. »
Hack, Hackney.— -On appelle Haek^ Hackney, le cheval ordinaire de selle, s'attelant aussi au besoin.
Il y a le Coveru-Back ou cheval pour aller au rendez-vous de chasse et que le chasseur quitte pour enfourcher le Hunter et accomplir
les coups d'audace qui feront Fobjet des conversations pendant le festin du soir.
Il y a aussi le Hach de parc ou de promenade^ cheval brillant en apparence, mais de peu de fond et de médiocres qualités, généralement un rebut des écuries d'entraîaement. Il a une taille de 14 à 15 1/2 mains (1-42 à 1«»57).
Enfin il y a le Hack de route (Hack road) qui peut être beau ou laid, mais qui doit avant tout aller au pas, au trot et au galop d'une manière irréprochable. Il doit avoir le pas sûr et agréable et faire à cette allure 5 milles (8,045 m.) à Theure. Au trot restreint il fera 8 milles (12,872 m.) et au trot étendu 14 milles (22,526 m.). La taille du Hack-Road est la même que celle du Hack de parc.Quandil est de petite taille, mais bien musclé, bien doublé et avec des membres solides, il porte particulièrement le nom de Cob,
« Le Hack, dit un auteur anglais, est un animal bâtard et peut rarement être élevé avec certitude, parce que de la manière dont on remploie, c'est une exception, tel qu'un hunter ou un cheval de course accidentellement trop petit. De là, si l'on veut tirer des produits d'une jument hack dans l'espoir d'avoir un hack, il y a des chances pour qu elle produise aussi haut que sa mère qui était probablement une forte bête de chasse. Nos hacks viennent tous maintenant de l'étalon pur-sang croisé avec quelque jument d'attelage ou de chasse, généralement de chasse, et comme ceUes-ci sont maintenant de sang, le hack est encore
plus de saBg que sa mère, eependaQl toujours un bâtard et se tiKiuye souvent ei^isé avec le sang du pays de Galles ou de Normandie qui le rend robuste, mais encore flus bâtai'd. » On s'attache cependant actuellement en Ân« gletexre, à améliorer les haokneys dans leur propre sang ainsi que le prouve le portrait que nous donnons en tèle de, cet article, d'après le Livê^Stœk joumalj d'un étalon hack, C#n(ii<bit# qui remporta le prix de Gbamplonnat à Tex-* position des haekneys, à Londres, en 1888.
Le demi-sang Irlandais. ^ L'Irlande élève beaucoup de chevaux pour tous les emplois, surtout des QbeYaux pour la auUure (des races Schirehorse et Clydesdale) et aussi des chevaux de pur-sang ; mais elle a aussi une race de deml«sang spéciale qui fournit d'excellents hunters et d'excellents chevaux d^armes pour officiers dont nous avons déjà vu, en France, de nombreux et beaux spéeimens* Ces chevaux sont de moyenne taille, bien musclés, k tétf carrée et à encolure nourrie pas trop longue, larges de poitrail et de ereupe, h mendp^res solides et bien laiis. La robe noire e9t eim* mune dans cette raee, et lea sujets ont gêné* ralement très bon caractère.
Le cheval irlandais a beaucoup de train A toutes les allures et saute d'une manière qui lui est particulière et que décrit ainsi M. de Montendre ? « Le cheval irlandais part des quatre membres à la fois ; Irasqu^l est par» venu h rettréinité supérieure de l'objet à
franchir, ses jambes de derrière sont entièrement retroussées sous lui, et, quand il descend, ses quatre jambes se posent ensemble et en même temps sur le sol. Il suit nécessairement de là une extrême difficulté pour le cavalier de conserver son aplomb, difficulté qui n'existe pas au même degré pour les chevaux anglais, puisque le cavalier trouve dans leur manière de sauter une souplesse et une douceur de mouvement dont le saut du cheval irlandais n'a pas les avantages. »
Les cobs irlandais sont très recherchés par les chasseurs de forte corpulence.
B. — Les ragbs anglaisbs de aaos tra.it
Les chevaux anglais de gros trait appartiennent à deux races principales : le Shire-Horse et le Clydesdale.
Shire-Horse. -— Le Shire-Horse (cheval des Comtés) est le résultat de l'amélioration du cheval de gros trait des comtés du centre de TAngleterre et duquel on tirait le BlacK-Horse^ ou gros cheval noir des brasseurs de Londres. Le Shire-Horse constitue maintenant une race bien définie ayant son stud-book, qui fut créé en 1878 à la suite d'une brillante exposition à TAgriculture-Hall, par le Farmer's cluby à l'instigation de M. Frédéric Street.
Le cheval de gros trait anglais est originaire des Pays-Bas et provint d'abord d'étalons noirs importés de ce pays par un des.
comtes de Huntingdoû, puis croisés avec des juments indigènes.
Robert Backwell, le célèbre professeur d'agriculture de l'université d'Edimbourg, qui avait si bien réussi pour les autres races d'animaux domestiques, voulut appliquer aussi ses principes à Tamélioration du cheval de trait. Il alla lui-môme dans les Pays-Bas choisir de nouveaux reproducteurs mâles et femelles, qu'il allia à des reproducteurs indigènes provenant déjà d'importations antérieures du comte Huntingdon; puis ses produits furent alliés entre eux par des accouplements consanguins; et ainsi fut créé, dans le comté de Leicester, le noyau de la race primitivement connue sous le nom de Black^Horte^ et qui est maintenant connue dans toute l'Angleterre sous le nom de Shire-Borse,
Le cheval de gros trait anglais, sorti des mains de Backwell, avait généralement une couleur noire de suie et avait souvent une étoile blanche en losange au front, avec du blanc aur lèvres et aux naseaux et des balezanes aux membres.
Quoique cette robe soit encore la plus commune, on en voit maintenant aussi des gris-pommelés, des gris de fer, des rouans, etc. Les autres caractères sont : un corps plein, massif, compact et rond ; des membres larges et solides, à extrémités très poilues; une poitrine vaste ; des reins et un arrièretrain larges et très développés; une encolure puissante à crinière touffue et un peu frisée-
y«msesald9 donQQ Vappi^r^no^ d^une grande force, mais nullement Viiée d^ YivA(u(é et d^éfîergifi, Il traîne des poids énormes» mais au peUt papi ^t avee une grande lenteur de mouyewenta,
K G«i cbevftni, dit l'auteur anglais David liOyf\ 9oq| beaucoup demandés, non aeule*^ ment dan» l#a e^mtés du centre, où ils sont pi'ineipalement élev^pi, mais dans tout le sud de VAnglfttwr?, pwr les trayant des champs et pou¥ les grosses voitures de toute espèce. On en r^nçomye partout, traînant lentement Im pe»^nta wa^mni qui transportent les mar* Gbanâiien ditn$k llntériQur du pays, dans toutes le« grandes viliea et dans les ports de mer ; ila sierv^nt à trinapQrter les lourdes marehandisi» aui ^mlmrej^dôres, le ol^arbon de terre, les bois de charpente» las matériaux pour hatiir, «itciM ^ liOndrea, où l'on emploie les plus fortiQt les plui beaux pour les voitures de braaseurs, def inMM^bands de charbon de terre, l'étranger voit s^vec admiration çirouler dans les rup. r^mplif» de piôtan», d'énormes voi* tures traînées par des chevaux de la plus haute ^tatur«. Il y a sans doute quelque ehose 4^ gmndio^t dans Taspeet de ces oologses attelés eu Ugn^ et obéissant i la voix, au milieu du tumulte d'une grande ville; mais un peu de péQe:^on démontre cependant qu'il y a l& souvent un grand développement d« forcf^ 9t de matière sans un effet utilo propor^ tionné;etd'abQr4 l«k disposition de l'attelage sur une ligne produit un tirage inégal et sac-
cadé, ensuite dans les pentes et dans les mes étroites, tout Teffort du tirage repose sur le limonier. (Plusieurs personnes prétendent que le poids eX la grosseur du corps sont nécessaires à ces chevaux pour les mettre à même de résister aux secousses et aux heurts qui se produisent sur le pavé inégal qu'ils parcourent. Peut-être est-il plus vrai de dire que l'habitude, et aussi une espèce de petite vanité de la part des maîtres de wagons, maintient cette préférence des chevaux de grande taille. On sait, par expérience, que c'est à l!aide de la force musculaire et non de la force d'inertie que le cheval surmonte les obstacles. Nous n'aurions pas insisté sur ce travers de la vanité qui pousse certaines personnes à rechercher les chevaux énormes, s'il n'entraînait pas quelques graves inconvénients pour l'élevage, en faisant prévaloir la taille et l'apparence sur les qualités réelles, et en perpétuant ces formes massives et inutiles qui constituent un si grand défaut pour une race. C'est là un inconvénient grave, car ce n'est pas seulement la capitale qui demande cette espèce de chevaux, mais toutes les villes populeuses où Tusage des camions et des wagons est très répandu. Quand on demande des chevaux d'une très grande taille et qu'on les achète à un prix très élevé, il est de l'intérêt des éleveurs d'employer de grands étalons et de mettre en usage tous les moyens possibles de développer la riche taille de ces animaux. Dans les comtés de Lincoln et de Cambridge,
d'ôû se ïiHAi prtnclî)ftlemBût l^s tîlîévâu* de càtâiôn, fèlê^ea^ âiedui*e diîS pî^fits à la i^fttiiiii ÀÈS âûtmâtil q^^l élèf«; à Viiige âè dêtif ftiis tï demi lès pdulêi&t sôtit quellefbî« hauts ilê plus de !7 palfûes (l**??); ils ^ùhï âlor^ âôhètêS pai' lél élè\réU]rs dû vôiSiUàgê d<à la ôàpltAle et employée mx tta^Ux lêgèfs de Ittt^harme jUs^lL'â rage de (|uâl)^ àH^; ato¥« ib se tWQYeflt pit^pres au tfàvâil qui leur est destin et m les véûd à \iû pHï très élevé. «
tk dektivemetit A oês géants de l'espèee dt)ût les Anglais tirèt^t vanité, tîOUS û'àVons point à reprocher & Télevàge franoaî* de les pi»oduire, dîsetit MM. Moll et G&yot. Le pto^ fesseur d'Bdi&bourg a raison de les repouS- Séi*, tar ûtillé part il n'y a fruetueui emploi pour dé6 &àifnâûi mesurant 2*^10 àugai*rot; leui" poitrail est large d*ûn mètre, et ik lar<» geui* de là croupe n'est pas moindre de 0,973. mm n*atons que f&ire de pareils éléphants^ (}ui eeûtent cher ft produire et gr^s & entre*teulr. 1^
Ld t31|tl«id»le. ^ Il paraît à peu près âé« fiiôûtré» qû'Htt eommencefflent du ôiecle deriiei^ uti ou plusieurs étalons fl&màùds furent importés d'Angleterre, dans le Lfeinarkshlre, s^iipÀruûdiâede fiamiltoii, soit plutôt par m certàiii Jt^hn t^Mernoâ*.
Ge% chevauï flamands, amenés de Belgii^ue pour améliorer les chevaux deis comtés du centre deràugietei^Mi, «- comme ûous l'avous
vu M ptécédeht SiHidd,-^ H dont te t^% était Doifé, unlis ailk poulinièrtàB des priatâipàtti ceMi^ d'életag^) àmélioi^èf^tii p¥t»iapi«méttt lÀl^acèiïidfgèil^, là i'êhdil-ellt plus ptiidsâttM et plus active. La tfâ&Hfô^iâàUêii dû l^h(Étàl éet)ssÀid mvLQ riliitiêôeiâ d^ isatig flâtuwd Ait rapide ; p&HôUt lés effof ts ded «leveurd lûlélli» gmiÀ rui^lÀt Côurôûbés dé succès. Bu |)ea d'àfinéftê ils aîcrîvéi^ûl à créer déé auiiuaux à peu près pÀf faits doui les Uémâ figuré&l aujôum'hui sur les papiers gôUéàldgiqUéB dé tout GlydésdUlé (|ui se réspétté l Btait, Thtmwi\'s Blâek Hotpè, Glûhcét*^ BromfiBU Champion^ etc., eic* léé 8oût là léis pt*é* mières célébrités gui s^illustrè^ut daUb léS expositions, et dont les uôms soui considérés éomîôié les piliers du Stûd*Béùk dé la race.
Eu mèuié temps appai*éi&saiéui diffé^ntéé familles : les « Eenty^ », lét» t Old Stocker », lés « Old Glydé », etc.; lés UUés plud loùirdoS) quelques autres moius massives » plus Appi'O^ pMéôé au travail daus les téirreë légères, mou^ trant plus d'activité, déS allUi'és pluâ VlVéd) tlË 1^9 éucore pîuâ alloogé.
Gés chevaux dé trait légei" né fUreUk jamais élevés qu'eu ii*és petit uombré$ él là gi^udé majorité des éléVéUrs t^està Sdèlé ftU Glydes» dale dé coustructiou Bàaséivô, dont la puis» sauce, la force musculaire, fépoudaii lUftout aux exigences de plus OU plus graudéé du iHiBC dabs len gi^auds céutrés»
G'éfst Cette éuormè mâchiué dé tfactioa f Ué
la Société pour V amélioration du Clydesdale a pris soin de décrire, pièce par pièce, dans une notice qui sert de préface à son Stud- Book, et que nous a traduit comme suit notre collaborateur M. E. Fréchon.
Le Clydesdale, tel que le décrit Tauteur de cette savante monographie, diffère peu de ceux qui fixèrent l'attention il y a une cinquantaine d'années. On a, dans ces derniers temps, essayé d'accroître encore leur taille; on n'a guère obtenu que du décousu, plus de jambes que de masse réelle ; l'infusion du sang du cheval de trait anglais a même failli compromettre l'un des caractères de la race : la largeur de la tête.
Les éleveurs d'autrefois paraissent avoir attaché plus d'importance, qu'on ne le fait aujourd'hui, à la conformation typique de la tête. Ils eussent impitoyablement éliminé, chez les deux sexes, ces tètes, sans doute élégantes et finement taillées, mais trop resserrées entre les yeux, trop étroites du front, conformation défectueuse, qui laisse une place insuffisante à la masse cérébrale.
Ce qui caractérise au contraire le véritable Clydesdale, c'est une tête massive, une mâchoire puissante se terminant par un museau carré, et des narines bien ouvertes. Le front est large et bien plat entre les yeux, qui, remplis d'animation et de vie, ont cependant une grande expression de douceur.
Cette conformation de la tête dénote presque toujours un animal soumis, docile, facile à
Goos
dress^fi sage k la. oh»rr^^ comm« au charriât, elle e3t particuli^i^emeiit reoûmmaaidie %v^ tteyews par \9kC^yi&fM^e JJorieSocîelu,
De puiftsaatài attaches xeMm la lAta au cou qui est fort, massif, d'une moyeuue longueuft Le% ipwkt so^t plus oblique» que chez la plupart âea eheTau:^ de trait« G'eai è Qetti çQMtrueUQu 9p6eiale qu'il faut attribuer le pas allcoigéi rapide^ li a4fi»ir4 ohM 1« Clydesdale,
Uue épaule droite peut eertaïuameut âw« ner une grande puissance à Fencolurei oiaii elle a pour coug^queuce la leuteur et le p^u d'éieudue du paa» ee qui ne répond plua aux sieryices multiplet qu'où exige auîQurd'hui du cheyal de trait,
La eouatructiou de la ^mkf ^ (kMiit u'a pas moiusi d'influeuce lur l'allure que l'ohU* quité des (kpaulea. Le Clydei^daie eat remar» quable par la puiaciauee de aou <kv(m^b(m gui« Ytt de QOtâ, £ie moutre large, obarg^i de muiêlea lougs et puiseaut» ; eea muicdeat tr^a dif eloih p69« douaent à Vaninal uue giwde aiganoe pour porter eu avaut la» partiee iuftrieuYei de la jambe. La longueur de ravaut-hrai eet proporUonnée k celle da» 4paulea«
Un çimm plat et large eel dgalemeut de ri* gueur*
Quelques jugea iembleutpi4i4rer un dd¥i« leppemeut oa«eu^ eoueid^rable imia^diateuieul au-dessous du genou, développement qui raidit la jamba al la ait toucher le loli comne e^i n'existait pas de jointure entre le coude et le
paturon. Cette manière de voir n'est pas universellement adoplée. On trouve, avec raison, qu'un canon moins massif est tout aussi puissant si les tendons sont suffisamment détachés.
Le canon, vu de côté, paraît plat; vu de face, il se montre épais et légèrement arrondi.
La partie inférieure de la jambe, depuis le genou jusqu'au sabot, porte, en arrière, une élégante frange de crins longs et soyeux qui semblent implantés dans l'extrême bord du membre.
Beaucoup d'éleveurs attachent une importance capitale à cette crinière inférieure et s'abstiennent d'exposer quand leurs animaux ne sont pas en poils, d'autant que les membres antérieurs, quelle que soit l'excellence de leur conformation, ne paraissent pas à leur avantage quand ils sont dépouillés de cette frange. La finesse et la texture de ces crins est d'ailleurs un indice de la bonne constitution de l'animal et de la vigueur du sujet ; s'ils sont courts, grossiers, emmêlés, ils dénotent une constitution lymphatique et une prédisposition à la graisse.
La partie inférieure du canon, ou le boulet, est large, de manière à assurer le jeu des tendons. C'est un point sur lequel les juges se montrent particulièrement sévères. La conformation du paturon leur paraît tout aussi importante.
Un hippologue connu, qui, sans doute, n'avait jamais vu un Cly(ÎCijfJ.*le attelé à uu
fardeau, a écrit ceci : « La secousse qui accompagne Teffort du cheval de trait est légère, parce que ses mouvements sont lents ; c'est pourquoi on exige de lui des paturons droits et puissants qu'il puisse implanter avec force sur le sol et sur lesquels il puisse appuyer son immense poids. »
Cette théorie peut être vraie pour le Shire Horse, ces chevaux lourds dont les actions sont particulièrement lentes : aux épaules droites de ces chevaux correspondent des paturons droits. C'est là une conformation doublement défectueuse ici. L'allure vive, le pas allongé du Clydesdale exigent au contraire un paturon oblique, dont Télasticité amortit la secousse imprimée par la vivacité et la fermeté du pas.
Le paturon du Clydesdale répond donc à la construction de l'épaule ; il est le corollaire de la direction oblique de celle-ci. Et d'ailleurs qui ne sait que le paturon droit se reidit avec rage, rend le pied moins sûr, et fait qu'un bon cheval semble marcher sur des béquilles ?
Le paturon court et légèrement incliné, est surtout nécessaire aux chevaux de trait qu'on destine aux charrois urbains. Il adoucit mieux le choc qui résulte du contact du pied avec le pavé des rues. Tout vient donc justifier la sévérité des juges et l'importance qu'ils attachent à cette structure de la jambe.
Le pied du Clydesdale est particulièrement sain et bien cou for m*^. bien qu'il nVjcliîippe
pas aux maladiea qui frappent ordinairemeot cett9 partie du membre. Quelques sujete trop nourrie, privés d'exereiee, sont sujets à ubq afieotion dartreuse de la plante du pied (âra< paud) qui, par sa fréquence, pourrait dénoter une f&eheuse tendance i Thérédité.
Un dos un peu long, servant d^appui à dea côtes plates, pal arrondies, dont les dernières sont trop courtes, c'est là un double défaut que Ton reeontro trop fréquemment ehes lea Glydesdales et sur lesquels Tattention des éle« veurs a été fré^emment attirée. Malp^ toutes les tentatives d'amélioration le dos est resté un peu bas.
La poitrine est large et bien descepdue, et les côtes sont convenablement arquées. Celles* ci sont-elles insuffisamment arrondies? la pol« trine est étroite et Tanimal parait faible de constitution.
Le quartier de derrière est puissant, massif et attaché bas ; les cuisses sont chargées de muscles et se terminât par des jarrets vigou« reux, larges, bien proportionnés. L'étroitesse dû jarret a, relativement, peu d'importance et ne nuit en rien & Pallure du cheval. 8i on é^te cette oonformation, c'est qu^elle semble prédisposer le cheval k Péparvln. Le jarrel tout droit est tenu en mince estime, bien qo*U ne soit pas démontré que cette confèrmation gône le déploiement des forces musculaires du cheval. Les tissus qui entourent cette partie de la jambe de derrière sont fermes et durs au toucher.
Du jarret au sabot la jambe doit être couAe, large, plate, bien taillée, sans tares, d^aplOMf^ ou légèrement inclinée en avant. Les tendotfi font saillie en arrière de l'os et portent une frange de crins qui s'élève jusqu'à la jointure du jarret.
Les paturons de derrière sont un peu plus larges que ceux de la jambe de devant et un peu plus inclinés. Des paturons courts et raides, qui empêchent le cheval de poser le sabot à plat, sont un grave défaut.
La taille du Clydesdale est en moyenne de 1*65, quelques étalons atteignent 1*70. C'est le maximum de la hauteur.
La couleur la plus fashionable est le baibrun, aussi foncé que possible. Le noir n'est pas rare. Le gris a cessé d'être en faveur, bien que la Société d'agriculture des Highlands ait fréquemment primé d'excellents étalons de celte robe.
Malgré une sélection sévère, les naissances de poulains gris sont encore nombreuses et prouvent que cette couleur était jadis très commune, avant que le goût du jour ait essayé de l'éliminer.
Une balezane, une étoile blanche sur le front se rencontrent chez de nombreux spécimens et sont regardés comme un certificat de bonne origine.
Le grand nombre d'excellents chevaux, qui figurent maintenant dans les boxes des expositions, rend de plus en plus délicates les fonctions de juge.
«^^ji^f^Y^l, mieux encore que dans le ring ^^i^QÇ^.eiqpositioD, le Clydesdale fait admirer ga^t^jCçil^truction et sa force musculaire. C'est ^Qi^piOCtacle bien fait pour réjouir l'amateur 4p,)(}{iev3ux de trait qu'un concours de labourage sur les collines de TEcosse. Ils sont la Jjfpnte ou quarante couples, s'avançant deux g^r deux, tirant la charrue de ce pas ferme, allongé, franchement décidé, qui est un des attributs les plus caractéristiques de la race. Chaque attelage retourne à son sillon lentement, sagement, comme s*il avait conscience que, de son intelligence et de sa force, dépend le triomphe du laboureur. Point de fouet, à peine des guides ; la parole du conducteur suf • fit.
Attelé aux lourds camions, qui cahotent pesamment sur le pavé des grandes cités de l'Ecosse, le Clydesdale fournit une somme de travail et d'eflbrts non moins remarquable ; avec une indomptable énergie il porte sur le collier son immense poids et il enlève allègrement dans les rues escarpées d'énormes fardeaux.
Malgré son activité et son entrain, il est facile à mener et rarement rétif. Son tempérament est robuste et lui permet de résister au froid et à Thumidité beaucoup mieux que d'autres races.
Toutes ces qualités réunies ont rendu le Clydesdale populaire aux quatre coins du globe. Depuis vingt ans un grand nombre d'étalons et de poulinières de premier mérite
ont été exportés aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
L'élévation des prix a promptement suivi Taugmentation des demandes. Il y a vingt ans, la valeur de la meilleure poulinière n'eut pas dépassé 2,500 francs, aujourd'hui une jument de second mérite se vend couramment 8 et 10,000 francs.
Le prix des étalons a atteint des proportions plus fabuleuses encore : on a payé récemment 35 et 40,000 francs des reproducteurs d'élite, cotés il y a quelques années à peine 12,000 fr.
L'exportation ne suffit pas seule pour expliquer l'élévation soudaine et exagérée de ces prix. Les besoins toujours croissants de l'industrie dans les grandes villes, où les lourds charrois, dans les rues montueuses et mal pavées, réclament une cavalerie nombreuse et fréquemmant renouvelée, y ont contribué pour une bonne part, au grand bénéfice des éleveurs écossais qui voient ainsi largement rémunérés les efforts et la patience qu'ils ont déployés pour créer cette admirable race.
G. — Lis PBTITSS RAGES ANGLAISES
Le Oallov^ay. — Le Galloway est le cheval du pays de Galles; c'est un petit animal rustique, ayant de l'analogie avec nos petits bretons frustes des plateaux granitiques du centre du Finistère, où, comme dans le pays de Galles, l'herbe est fine et maigre.
Le Galloway est un cheval d'un très bon
fiervice, mais qui a rarement une grande vitesse au galop ; il est sûr et vigoureux, mais un peu eblêté et indocile. Ceux de la partie Nord n'ont pas tout à fait d'aussi belles épaules, mais ils ont beaucoup plus de vitesse au galop Bt doùnent par ce motif de meilleurs cooert-hàck. Les plus petits échantillons de cette race donnent les Poneys anglais ordinaires; ils n'excèdent pas treize mains {i'"23). On réserve le nom de Gflllowày, ou double poney, ou Cob à ceux qui s'élèvent à 14 mains ou 14 mains 1/2(1 "^42 à 1-47).
« Le Cob, dit le comte de Lagondle (1), est un mot de nouvelle fabrique dans le monde du sport et signifie un cheval de grande force, court de jambes d'environ 14 paumes {1"42) d'élévation, mais capable de porter un gros poids à une bonne allure. Il provient ordinairement d'une jument de charrette, légère et active, et d^un étalon de pur-sang ou de demisang; de plus, il a acquis en grosseur ce qui lui manque en taille et finit par représenter en plus beau Tancien cheval de bât, le cheval de meunier avec ses sacs de farine accumulés sur le rein, mieux encore le cheval du Parthé' non. Quand un cheval de cette sorte a de Taclion, bonne conformation et du bouquet, il est fort recherché à Londres, à la campagne (j'ajouterai dans les capitales étrangères), pour porter les vieillards chargés d'embonpoint.
(1) Le Cheval et son cavalier, 3« édition, Paris, Rotschild.
Soa prix ea Angtetprm.i»^ ii9?i^'\p^^Siâ^ francs, mais ieorairfiaroMiVé^,.trf'W f<^§Ba^M Champs-Elyséeai é^ toi m feil^ ièQ?fftrî6m6»lus de 100 kilogramme» aax ^y^de* aUMear peav dantdes heures ^atiè.rôa.iQû medLV^omvm^ hasardeux Félôv*]çe 4u]Wv'8'4l(?^iftût à ^^-mm^ que des allure^ liaédÎQQires (à }1^ S^^llieroUiQç^iral presque plus^ rien ç^a^oîfft>cQiw?ie (w^ le mode rde tps^^per!;! ^ap*^^^ (^igPiast ^d^id^ taille et œ4«»»4ii^fl|ang^ . -vv v - v, vi-rni -^j »
« G*^t tta;aQÎmalnqiiie|.qo«* içppeWft&rrfréfquempïent, en ■ ff i^^wçe* jiÎQufelie-pDiiç^y- , J)^ <irQS jumeats percberaunes [^i bn^o^xm^ii^ h^hl^ épauM, . e4fdrètfkl6»3, de .«asg,;. npue- (ieyrioa9 créer iefCo^. français aa profit: à'iwçijpostèrité fobusie ; jnAiB :Ia.f aoerde^r :Ye;fc*»gétopix^ Uev» \HMA\x\G}Xfia^Uin((^t \&ayard iaiK}ég^Q^TJM$i«y qu'au petit crevé, et aa p^èfèwn^ 403i?flcçUeji
à tête mignoune uq lévrier portant un
singe. »
Le Poney. — Les Poneys du Schetland sont les plus petits chevaux des Iles Britanni« ques ; ils ont souvent au-dessous de 1 1 mains (i"'12). Ils ont de la prestesse, de Tactivité et une action très franche aurpas, au petit galop (canter) et au galop franc, mais rarement ils trottent bien.
Le Poney, dit encore M. le comte de Lagondie tl), que les Anglais écrivent aujourd'hui Pony, est un cheval au-dessous de 13
(1) Loco-cilato.
paumes* fl*321f:-îî paraît venir du Nord; il ètend8^fet Hèliëstf ^ét? «an^ ie pays de Galles, ètf^ie^if^âd^U^Hcfi^^i^âTëMëtit en Irlande. Le v4»âfti pëlWéV'dt^1^ys>aè ^lles, en bonnes edtrttiiSoiïS, '^'ÔOft ^'èàst^é,^ '%t tin cheval de îl^^i^'tfënf^^fcifaturt^^^^ avait une
tk)tifetft^*oftà6* a^iinë toèi^fe éHii^ys de Galles ^''è^Vk^^ë^H^è^(iiâ''(sms'^^ pHme) battait lpioito^^4 ttfiîW'-toiisP^fetf cMèVâtiJif dt èàirse,
a Le pony Sir Teddy, éé' npit^k^^ (i"*23) a a^cbnip»^ilàÉià(We-|^6âte'aë tibnér^é à Exter tt72 ïàlll^î'èi é^^i^i^trè'S» tù&^ tôt.
M^^ctf péflSèéKlé fàlil'èvt^tflsîîù'^^^ mmh^ siii**aès bhetatilt dé Tedftaînèé. Peu Sir GhttHt^ Téiftiet a^âttté'ùû pàt^'d[e^î,t)eO gttiri^ pKJtfï^' fôîi^,^ isur ^tto^ pôùey/^ àe tratvkft c^àlm^,' tSÀitleb erri^ ^7 Jftrfi^re^v ^àtitefeis^ ftattttbus1fes*bëtàdèà.^i^- J- ^^'■''''' ^^'''M "='^4. .
iJij ii;iJ"i<H| leii/i^i iiii .Mi t.<. j:^ ■ Si: ;>■:] i:
Kli jlj.>llJi5 i; -j r.sii:: ,'US!; ut;]js;^; Jji; i:> (•, V\v»ir)i -ivJ "t^t e^J:i'0.; :«i ,K ^/i'j.n:-) .]li> , v u..;M -..I