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surtout (chose incroyable de la part des haras) lorsqu'il peut être prouvé qu'elles ont été saillies à trois ans.
C'est principalement à cette foire que se rendent les acheteurs du Calvados qui, de là, conduisant les poulains de TOrne dans la plaine de Caen où, recevant une alimentation plus forte, ils prennent un développement tel que, de chevaux de cavalerie légère, ou tout au plus de ligne qu'ils fussent restés dans TOrne, ils deviennent des chevaux de cuirassiers ou de grands équipages.
La foire de Mortagne est la plus grande foire du Perche : il n'est pas rare d'y voir, le jour de la Saint-André, 2 à 3,000 poulains. Nous y reviendrons plus loin.
Enfin, il se tient à Domfront et à Prez-en- Pail plusieurs foires où les petits chevaux que Tarrondissement a reçus de la Mayenne et qu'il a conservés jusqu'à l'âge de cinq à six ans, sont vendus, pour la plupart, à des marchands qui les répandent ensuite dans les contrées environnantes, et jusqu'en Auvergne.
§ III. — Le département de la Manche. — Le département de la Manche baigné dans les deux tiers de son pourtour par la mer dont il a tiré son nom, forme une presqu'île rectangulaire bornée à sa base par les départements du Calvados, de l'Orne, de la Mayenne et de rile-et Vilaine. C'est l'un des mieux appropriés à la production et à l'élevage du cheval; aussi la presqu'île cotentine jouit-elle de temps immémorial d'une grande réputation
au point de vue du nombre et de Li qualité de ses produits.
La constitution géologique et climatérique de ce département se prête admirablement à rélevage : ses couches étendues de terrains jurassiques, les alluvions qui forment la base des prairies, son climat doux et humide dû au courant chaud de la Manche (GulfStream) les imprégnations salines des vapeurs maritimes, expliquent la qualité exceptionnelle des herbages dont il est couvert en grande partie.
La population chevaline de la Manche est d'environ 150,000 sujets parmi lesquels on peut compter 80,000 juments, et sur ce nombre 28 à 30,000 sont livrées à la reproduc- . tion; la plus grande partie des mâles étant vendus après le sevrage dans le Calvados et l'Orne.
Pour le service d'un aussi grand nombre de juments, le Haras de Saint-Lô dispose de 235 étalons dont 45 sont employés dans la partie avoisinante du Calvados, le Bessin^ qui fait partie de l'inspection de Saint-Lô, Les 200 étalons réservés au département de la Manche sont répartis dans les stations de monte suivantes, du mois de mai au mois d'août :
Arrondissement de Saint-Lô : Saint-Lô, Carentan.
Arrondissement de Valognes : Valognes, Quettehou, Sainte-MèreEglise, Sainte-Mariedil-Mont.
FiG. 41. — CARTK DU DÉPARTEMENT DE LA MANCHE
Arrondissement de Cherbourg : Cherbourg, Beaumont , Lespieux , Saint-Pierre - Eglise , Quer que ville.
Arrondissement de Coutances : Gavray, La Haye-du-Puits, Périer, Villedieu.
Arrondissement de Mortain : Ici il n'y a que des étalons approuvés.
Le nombre des étalons approuvés, visités régulièrement et subventionnés par le Gouvernement, est d'une centaine pour le département.
Les étalons de l'État sont des purs-sang et des demi-sang, et ceux-ci se divisent en trotteurs et en carrossiers. Ils fournissent dans l'année 14,500 saillies et les étalons approuvés 10,000 saillies, soit un total de 24,500. Il faut tenir compte des étalons marqués qui servent encore 4,000 juments, ce qui porte à 28,0001e nombre de juments livrées à la reproduction ; mais, à cause des non fécondations et des avortements, le nombre des naissances n'est que de 18,000,
Si on fait attention que nous avons dit plus haut, savoir, que le département possède 80,000 juments, on voit qu'on pourrait en consacrer un bien plus grand nombre à la reproduction, mais le nombre des étalons est trop restreint, aussi le Conseil général émet-il chaque année des vœux pour que cette pénurie disparaisse et que le nombre des stations soit augmenté. Les étalons routeurs, encore nombreux, pourraient être ainsi avantageusement remplacés.
Le département de la Manche est à la fois un pays de production et d'élevage. Les arrondissements essentiellement producteurs et éleveurs sont ceux de Saint-Lô, de Valognes, de Cherbourg, d'Avranches et de Mortain, plus celui de Goutances, déduction faite des cantons de Périer et de La Haye-du-Puits, particulièrement éleveurs, mais dont la production est insignifiante.
Le morcellement de la propriété ne permet pas à tous les éleveurs de conserver tous leurs produits, Texcédentest enlevé par les cantons peu producteurs signalés ci-dessus, et surtout par le département du Calvados si bien approprié à rélevage. Il n'est pas jusqu'aux étrangers, les Anglais et les Belges, qui ne profitent du surcroît de la production.
On ne vend en général que les mâles, les pouliches étant réservées pour la reproduction. On en vend cependant aussi quand elles ont donné un ou plusieurs produits, ou qu'elles sont reconnues vides.
Les poulains de six à dix-huit mois se vendent principalement aux foires suivantes : Lessay, 14 septembre; Saint-Ploxel, Saint- Côme, 27 septembre; Brecey, 7 octobre; La Boutteville, 15 octobre.
Ces. foires, et surtout celle deSaint-Lô, sont très importantes au point de vue commercial.
Nous allons entrer dans quelques détails sur l'élevage du cheval dans les différents arrondissements du département :
1° L'nrrondissement de Valognes avec ceux
de Coutances et de Cherbourg constituent le Cotentin et la Hague. Là, les herbages couvrent la plus grande partie du sol, et c'est le meilleur centre d'élevage du département, car on y trouve réunies d'excellentes conditions hygiéniques, la fertilité du sol et le climat maritime avec tous ses avantages : pluies fréquentes, température tempérée, si favorable à la qualité des herbages et, par suite, au développement des animaux. Aussi, à cause de Timportance de la production dans ce pays maritime, Tadministration des Haras y répartit-elle ses meilleurs étalons? Qu'on joigne à cela un choix tout particulier qu'on fait des mères et la pratique de l'élevage en liberté dans d'excellents pâturages d'où ils ne sont rentrés que l'hiver, quand les prairies sont inondées ou couvertes de neige, et on s'expliquera les qualités exceptionnelles qu'acquièrent les poulains du Cotentin.
Il est vrai que leur caractère se ressent de ce mode d'élevage, qu'ils sont souvent sauvages et craintifs à l'approche de l'homme, et que leur dressage demande beaucoup de tact et de ménagements. Le Cotentin fournit beaucoup de chevaux d'officiers à l'armée.
2* Dans V arrondissement d'Avranches, comme dans celui de Saint-Lô, où il y a autant de terres cultivées que de prairies, l'élevage du cheval ne se fait pas complètement en liberté comme dans le Cotentin. Les poulains ne sont que temporainîment à la prairie, et le plus souvent au piquet, et le reste du temps
ils sont enfermés dans des écuries mal aménagées et où les soins d'éducation et de pansage laissent fort à désirer; aussi, sont-ils inférieurs aux produits du Cotentin.
Dans la vallée de la Sée, les élèves propres à la selle sont nombreux et bons. Depuis plusieurs années on peut constater que ce pays est en grands progrès.
En général, dans TAvranchin, les poulains, dès rage de deux ans, sont attelés et sont souvent excédés de travail avant de recevoir de l'avoine qu'il ne connaissent qu'au moment de la vente ; aussi le nombre des chevaux usés prématurément des boulets et des jarrets, affaissés de la ligne du dos, que refuse chaque année la remonte militaire, est-il assez considérable.
Comme dans l'Orne, les marchands de la Manche ont l'habitude de préparer la plupart des chevaux pour la vente en les soumettant à un engraissement préalable au moyen d'alimenls variés : farine d'orge, blé ou orge bouillis, graine de lin, etc., et en les tenant renfermés, sans exercice, dans des écuries sombres et chaudes. Par ces moyens, les formes s'arrondissent le poil devient brillant et lustré; mais cet embonpoint factice n'est obtenu qu'au détriment de leur santé future, car, avec le changement de régime et de climat, ils dépérissent vile et sont très disposés aux maladies.
Ces pratiques sont la cause du long temps que met le cheval normand à se faire, et ce n'est qu'en les abandonnant pour les rempla-
cer p.ir de plus raliomielles, que l'éleveur normand pourra faire concurrence aux chevaux étrangers que l'on achète de préférence parcequ'ils sont prêts immédiatement.
Une cause de dégénérescence que feront bien aussi d'abandonner les éleveurs normands, c'est la livraison prématurée de la pouliche à l'étalon : parfois, dès Tàge de deux ans, elles sont saillies, et si c'est par un étalon rouleur le mal est aggravé, car c'est ainsi que se transmettent nombre de défauts ou de vices rédhibitoires, tels que le cornage. L'administration des haras devrait être en droit d'éloigner de la reproduction toute jument trop vieille et tarée ou toute pouliche trop jeune ou atteinte de vices rédhibitoires, et de faire subir aux autres des épreuves sérieuses.
C'est dans les trois départements (du Calvados, de l'Orne et de la Manche) que nous avons décrits que se trouvent les diverses variétés de chevaux normands; nous ne disons pas, et à dessein, « du cheval », ou « de la race » normande, car il n'y a pas une race normande caractérisée et distincte, constituant un type facile à reconnaître entre toutes les autres races, mais il y a des chevaux d'origine normande, origine que le certificat écrit ou le témoignage authentique font seuls connaître.
Hornez l'avait déjà dit dans le travail que nous avons cité : le nombre considérable de chevaux que l'on trouve en Normandie — il y en a près de trois cent mille — ne constitue
pas à proprement parler une race; il ne constituent pas une génération, une lignée; ce sont tous des métis à différents degrés, issus du croissement du pur-sang, du trois quarts de sang, du demi-sang, d'étalons approuvés, sans nom, avec des juments qui, elles aussi, ont perdu tout cachet de race locale.
Nous allons passer en revue ces chevaux dans les principaux centres de production.
Chevaux du Merlerault et de la plaine d'A" lençon. — Il y a quelques années on trouvait encore assez facilement des chevaux dont le type est à peu près perdu et qui, connus sous le nom de chevaux du Merlerault, représentaient assez bien le cheval normand du temps de Louis-Philippe, celui qu^on avait obtenu des juments sauvées des désastres de l'Empire et unies à de forts chevaux de demisang anglais.
En cherchant bien on en trouverait encore actuellement quelques représentants, mais ils sont excessivement rares ; on les reconnaîtrait aux caractères suivants :
Ils ont la tête un peu forte, le chanfrein encore un peu busqué, l'encolure fournie en bas et légèrement rouée à sa partie supérieure, le garrot assez saillant, la côte ronde et les flancs pleins. La croupe est arrondie, la hanche peu saillante et la queue bien portée. Les épaules et les membres sont garnis de muscles puissants; la largeur des membres et surtout celle des jarrets est remarquable. Les articulations très fortes, le pied très bon,
taille de un mètre soixante centimètres environ. Le regard de ce cheval annonce la douceur et, en effet, ce cheval est bon et docile.
Tel était le cheval distingué du Merlerault et de la plaine d'Alençon il y a une cinquantaine d'années, d'après Gillet, mais le goût des courses, dont on n'avait pas d'abord fait grand cas, gagnant de plus en plus, le pur-sang anglais ayant toujours l'avantage dans ces luttes de vitesse, les haras n'achetant pour étalons que des chevaux ayant obtenu des succès sur les hippodromes, et, par dessus tout, cette administration n'accordant de primes qu'aux juments saillies par un pursang et qu'aux poulains issus de ces croisements, le bon demi-sang, le cheval près de terre, bien membre, celui dont les os et les tendons avaient une certaine grosseur, dont la conformation pouvait donner toutes les garanties possibles de force et de vigueur, et que le commerce réclamait, fut négligé.
Voilà pourquoi, aujourd'hui, tous les chevaux de luxe de la plaine d'Alençon et du Merlerault sont tous plus ou moins anglais et ont, en général, les caractères suivants :
Ils ont une taille de 1 m. 50 à 1 m. 60. La tête est belle quoique sèche ; la ligne busquée du chanfrein a disparu complètement et est remplacée par une ligne droite admirable (c'est, d'après M. Gillet, le seul bien qu'on ait rétiré des croisements anglais à outrance) ; la ganache est souvent un peu forte et les oreilles longues mais bien plantées ; l'encolure
est longue, droite et mince, cependant elle ne manque pas d'une certaine grâce lorsque ranimai est en actûm. Le garrot est bien sorti ; le dos est le plus souvent bas du devant, le rein un peu long et souvent comme coupé en avant de la croupe qui est tranchante et ordinairement plus haute, ou au moins aussi haute que le garrot. La croupe est légèrement oblique, cependant la queue est attachée haut et est garnie, ainsi que l'encolure, d'un crin fin et soyeux. La poitrine est étroite; la côte plate et courte; les épaules sont longues, plates et très inclinées en arrière. Les membres sont longs et grêles, fournis de muscles minces et d'articulations peu marquées. Souvent les paturons sont longs, et, sous les genoux, les tendons faibles et faillis. Le pied, ordinairement bon, est souvent petit et sujet à se resserrer. Souvent les jarrets de ces chevaux sont perdus de jardes et d'éparvins qu'ils tiennent de leurs ascendants, les jarrets larges et bien faits sont rares.
En général, ces chevaux ont le défaut d'être très roides, peu dociles, très difficiles à manier; ils sont têtus, cabochards, selon l'expression des maquignons; mais, depuis l'établissement des écoles de dressage et les plaintes réitérées du commerce, il y a cependant amélioration sous ce rapport
Tels sont à peu près les caractères de la grande généralité des chevaux qui naissent maintenant dans les vallées du Merlerault, dans celles de la Sarthe et ses affluents, ainsi
que dans la plaine (VAlciiçou. Il n'y a donc plus de différences entre les produits de ces diverses localités,, qui toutes, actuellement, fournissent le cheval du Merkrault, lequel, en définitive, n'est qu'un plus ou moins mauvais cheval anglais.
Nous devons ajouter que ce portrait est surtout celui du cheval qu'on livre à l'armée, celui dont le prix ne dépasse pas 1 ,000 à 1,500 francs et qui remonte surtout la cavalerie de ligne. Le cheval d'équipage, qui est payé aux grands éleveurs 2,000 francs au minimum, est beaucoup moins défectueux des membres, a plus d'ensemble, est plus parfait et est réellement un bien bel animal; on trouve dans cette catégorie des trotteurs hors ligne, sur lesquels nous allons nous étendre quelque peu.
Les Trotteurs. — C'est surtout dans le Calvados que l'on produit les Trotteurs^ variété de demi-sang normands qui est en voie, depuis quelques années, de se faire une réputation de premier ordre, battant les trotteurs OrlofFs et les trotteurs Américains dans toutes les rencontres.
Sur 208 étalons qui font la monte dans le Calvados (parmi lesquels 93 à l'État et 115 à des particuliers) il y a 20 étalons de pursang (dont 9 seulement à l'État), 133 de demi-^ sang (dont 84 à l'État) ; le reste est de race commune.
En tête des reproducteurs de demi-sang se placent les étalons trotteurs, en assez petit
. nombre par rapport aux autres, mais qui, par leur origine, leur énergie, leur fond et leui; performance, présentent de sérieuses garanties pour la reproduction. Aussi, sont-ils très recherchés dans le pays où Télevage de cette catégorie de chevaux prend une extension toujours croissante. Tous ces étalons ont fait preuve de grandes qualités sur les hippodromes et descendent en ligne directe de trotteurs confirmés, très près du sang par leurs ascendants paternels ou maternels, et que Ton peut considérer comme la souche des Trotteurs normands actuels; ces étalons sont :
The heirof Linné, père d'un grand nombre de chevaux vainqueurs sur les hippodromes de courses au trot, et qui était un pur- sang;
The Norfolk Phenomenen, Telegraph et Champion qui étaient des demi-sang, nés en Angleterre et importés en France en même temps que Crocus, père du fameux Lavater;
Conquérant^ fils de Kapirat, hors de Elisa, Tune des plus belles juments qui aient existé dans le pays d'Auge ; celle-ci était par Corsaire et UarcelluSy purs-sang ;
Lavater, fils de Crocus, qui avait pour mère Candelaria, anglaise;
Tigris, Tun des reproducteurs les plus en vogue en ce moment, puisqu'il a fait la moitié des trotteurs de 1889, fils de Lavater et de Modestie par The heir of Linné;
Normand, fils de Divin, sa mère par Kapirat, et sa grand-mère par Débardeur, pur-sang.
Cherbourg, étalon très recherché, qui est le
père des étalons Juvigny et Jolibois^ si remarqués en 1889; fils de Normand, sa mère est par Extase, sa grand-mère pir Conquérant et son aïeule par Dorus fils de Rattler, pur-sang ;
Phaéton, également très renhcrché, fils de The heir of Linné; sa mère par Crocus, sa grand-mère par Elisa;
Niger, non moins prise que le précédent et dont les filles sont très appréciées comme poulinières par Jeur distinction, leur énergie et leur belle conformation, fils de Norfolk-Phenomcnen et de Miss Bell, anglaise.
On voit par cette énumération, quel a été le rôle du cheval anglais dans la création du trotteur français et si les éleveurs normands attachent une si grande importance à Torigine des reproducteurs en général, c'est que les faits ont été plus convaincants que les meilleurs discours.
Pour être acceptés comme étalon par les comités d'achats, les trotteurs doivent avoir fait leurs preuves sur les hippodromes de Caen, du Pin, de Rouen, de Cabourg, de Saint-Lô ou de Pont-l'Evêque, et avoir atteint le but dans une période de temps fixée par l'administration des haras.
Les records de 1890 étaient ainsi fixés :
AQB