‹ Le cheval et ses races; histoire des races à travers les siècles et races actuellesChapitre 11 sur 17 · ET PRUSSIENS · texte numérisé non relu

ET PRUSSIENS

Chevaux hollandais. — La Hollande, comme tous les pays baignés par la mer du Nord, a été de temps immémorial un grand pays d'élevage de chevaux. Sous Louis XIV, du temps de Colberl, nous étions môme tributaires de ce pays pour les grands chevaux de carrosse, ainsi qu'il ressort d'une lettre de ce ministre à Garsault (1), écuyer de la grande écurie du Roi et son principal collaborateur dans le rétablissement des haras du royaume :

« Du 24 août 1668.

« Quoique je désirasse vous revoir bientôt, je vous avoue que ces établissements (les ha* ras), sont d'une si grande conséquence que vous ne sauriez donner trop de tems et de loisir pour les bien faire et tâcher de les faire réussir pour la satisfaction du Roi et de ceux qui y auront contribué sous les ordres de Sa Majesté. Observez encore s'il y avait lieu d'établir des haras de grands chevaux pour servir au carrosse, parce que si nous y pouvions une fois parvenir, nous retiendrions beaucoup d'argent au dedans du royaume, et priverions les Hollandais de celui qu'ils en

(1) Elle est publiée dans Le nouveau parfait Maréchal f par P.-A. de Garsault. seigneur de Mignères (petit-fils 4ii contemporain de Colbart), Paris 1755, page 52.

tirent annuellement pour ces sortes de chevaux. ».

Outre les chevaux communs servant à l'agriculture qui, quand ils étaient entiers, étaient nommés roussinsy on employait en France de nombreux chevaux pour la selle tirés en partie de Barbarie, d'Espagne et d'Angleterre, et des chevaux de carrosse tirés du Danemark, d'Allemagne, d'Italie et de Hollande. C'est pour se soustraire au tribut payé de ce fait à l'étranger que Colbert s'occupa à rétablir les haras, et c'est surtout en Normandie qu'il chercha à faire faire de grands chevaux de carrosse au moyen d'étalons hollandais, qui donnèrent, comme nous l'avons déjà dit, aux chevaux normands, la tête busquée qu'ils n'avaient pas auparavant et qu'ils ont conservée si longtemps.

C'est particulièrement dans les vallées du Rhin et de la Meuse et sur les côtes de la mer du Nord qu'on élève le cheval hollandais; plus au nord, dans les provinces de Frise et de Groningue on élève aussi une grande quantité de chevaux dont on a voulu faire une race sous le nom de Cheval frison, mais qui ne se distingue du cheval hollandais proprement dit que par un peu plus de laideur.

Le cheval hollandais actuel ne ressemble guère à l'ancien cheval du temps de Louis XIV, car on a fait en Hollande, comme en France, en Danemark et en Allemagne : ou a croisé les anciennes races avec le cheval anglais, jusqu'à faire disparaître

eu

presque partout ranciea type. On en trouve encore cependant quelques spécimens et il y a encore quelques amateurs pour Tapprécier, surtout comme cheval de selle à cause de son excellent caractère ; c'est ce que prouvent certaines photographies que nous avons vues entre les mains de M. R. Goubie, peintre d'animaux, et une lithographie d'un artiste éminent) que nous possédons et que nous avons reproduite dans la gravure qui sert de frontispice à cet article ; cette dernière représente même un hollandais déjà très amélioré, car il n'y a guère que la tête qui a conservé les caractères de Tancienne race; le corps, Tencolure et les membres sont beaucoup plus parfaits que ceux de Tancien cheval hollandais commun que Brehm décrit ainsi :

« Cette race a une taille élevée, une conformation commune et défectueuse, un corps long, une tête forte un peu busquée, mal atta« chée, des membres hauts et grêles, des pieds grands et plats. »

Le cheval frison que l'on trouvait encore il y a peu de temps, dans les provinces de Frise et de Grroningue et en Hanovre, dans la vallée de Saint-Ems, est ainsi décrit par le même auteur :

« Cette race aune taille élevée (l^GO à 1"75), la tête forte, busquée, ayant un air de vieille, l'encolure peu fournie, mince ; le poitrail étroit, la croupe avalée et plate, les membres longs, les jarrets larges, les pieds volumineux.

Les formes sont communes, désagréables, son tempérament lymphatique. »

Nous le répétons, la Hollande continue à élever une grande quantité de chevaux, mais qui ne ressemblent en rien aux chevaux dont nous venons de parler; on ne les distingue même pas des anglo-normands et il s'en vend beaucoup sur le marché de Paris sous ce nom. Nous connaissons un grand marchand de chevaux de Paris qui possède des prairies en Hollande où il élève lui même un grand nombre de chevaux; il a pour cela cinq ou six étalons de toute beauté, des anglonormands très près du pur-sang, qu'il envoie faire la monte en Hollande chaque année, et qui rentrent à Paris après la Saint-Jean.

Chevaux du Nord de rAIIemagne. — Les

chevaux du Nord de PAUemagne s'élèvent dans le Oldenbourg, dans le Hanovre, dans le Holstein et dans le Mecklembourg.

Tout ce que nous avons dit des chevaux hollandais peut s'appliquer aux chevaux du Oldenbourg et du Hanovre ; ils ne ressemblent plus aujourd'hui à ce qu'ils étaient autrefois. Déjà, en 1846, lorsque le vétérinaire principal français Riquet fit un voyage dans ce pays pour y étudier les chevaux, ils ne paraissaient pas encore très fort améliorés. Voici comment il décrit les chevaux d'Oldenbourg :

« Ils ont tous, dit-il, la tête carrée et un peu busquée, l'œil beau, le rein bien fait, la

croupe arrondie ou légèrement inclinée, beaucoup de ventre, les formes généralement communes et empâtées, les membres assez forts, les pieds volumineux et plats. La faille est de 1 m. 57 à 1 m. 62 et plus même. Ces chevaui sont gros mangeurs, ce qui tient au genre d'alimentation de ces contrées pendant la jeunesse. Les allures sont bonnes, peu brillantes cependant, mais ils ont du fond et deviennent de bons chevaux après avoir langui jusqu'à rage de six ans. La race Oldenbourgeoise qui est propre à la selle, est plus légère, meilleure et moins haute de taille que la race carrossière; ses formes sont beaucoup moins communes mais elle est beaucoup plus rare. »

Aujourd'hui, dans le Oldenbourg comme en Hollande, Tamélioration a marché et tous les chevaux de selle et d'attelage sont des demisang ; on ne trouve plus que chez les chevaux consacrés aux travaux agricoles des chevaux du type décrit par Riquet.

Il en est de même dans le Hanovre, dont le Oldenbourg n'est qu'un enclave, et dans le Holstein.

Quant aux chevaux du Mecklembourg, visi« tés aussi par Riquet, ils étaient déjà, en 1846, bien meilleurs et bien plus améliorés que les précédents : « Aujourd'hui, dit-il, tous les chevaux de luxe achetés dans le Mecklembourg, 80nt exportés comme venant d'Angleterre... — Au dire des marchands étrangers et de ceux du pays, le cheval du Mecklembourg est le meilleur et le plus élégant des chevaux du

Nord ; la manière de Télever en augmente le prix — il commence à travailler dès Tâge de dix-huit mois à deux ans — il eâl aussi très remarquable par la douceur de son caractère, par la bonté et la durée de ses services, par sa souplesse, sa légèreté et la bonté de son pied. »

Les chevaux danois. — Le Danemarck est le pays où on s'est le plus anciennement occupé de l'élevage méthodique du cheval : dès la fin du seizième siècle, sous Frédéric II, les haras de Frédericksbourg étaient fondés par la réunion de tous les haras épars dans les domaines royaux de l'île de Secland ; la situation de ces haras. était excellente pour l'élève des chevaux légers et rustiques et on s'y servait d'étalons espagnols et polonais.

Les successeurs de Frédéric II montrèrent le même intérêt pour Télève du cheval, et Cbrétien II, après avoir essayé d'un grand nombre d'autres ' races, se borna aux Espagnol?, aux Polonais, aux Turcs et aux chevaux de la Frise.

Plus tard, les étalons Arabes et Anglais furent employés, mais c'est en 1831 que le croisement systématique avec le pur-sang anglais fut adopté, et c'est maintenant généralement du demi-sang que les éleveurs danois produisent. Quelques-uns, cependant, se sont attachés à l'ancien type dont on a recherché avec soin les rares spécimens.

Voici comment M. Victor Prosch, professeur de zootechnie au Collège royal d'Agriculture

de Copenhague (1) en parle d'après l'étalon A'ogmta dont 11 donne le portrait et qui paraît en réunir le mieux les caractères : robe grise ; tête fine carrée à chanfrein droit ; corps ramassé; épaule longue, oblique et sèche; encolure perpendiculaire et jarret coudé, c'est-à-dire une excellente conformation de cheval de selle.

On cherche à reconstituer cette race ancienne parce que beaucoup d'éleveurs ont eu des déboires avec les croisements par le pur-sang.

Les chevanx prussiens. -- Avant la guerre de 1870, la Prusse comptait plus de 24,000,000 d'habitants et avait plus de 2,300,000 chevaux. Cette population hippique, comme du reste celle des autres provinces de l'empire, fut rudement éprouvée pendant la guerre en question, où la perte en chevaux, par le feu et les maladies, fut de plus d'un million — quelques statisticiens l'estiment même à un million et demi. Le nombre des chevaux de Tarmée allemande, depuis le commencement de la campagne, fut renouvelé trois fois, en comprenant tous les chevaux de l'armée française faits prisonniers à Sedan et à Metz.

Mais comme l'élevage du cheval, en Prusse, est très intelligemment pratiqué, fort encouragé, et que l'Etat ne recule devant aucun

(1) Prosch. — Les haras danois (Journal d'agriculture^

sacrifice, les vides prodmts par la guerre sont comblés depuis longtemps. Seulement, les étalons employés ayant eu tous beaucoup de sang, il s'ensuit que la nouvelle population chevaline allemande est en grande majorité composée de demis ou de trois-quarts de sang.

Le modèle que Ton s*est efiforcé de copier est celui qu'a donné Sperling, le peintre animalier allemand bien connu, comme lldéal du cheval de guerre, et nous donnons ci-dessus la reproduction d'une gravure allemande qui le représente.

Les types des anciennes races prussiennes sont donc rares. Cependant, il nous a été donné d'en pouvoir examiner quelques-uns pendant le séjour de six mois, comme prisonnier de guerre, que nous avons fait à Burg, localité située entre Magdebourg et Berlin, où il y avait un marché tous les mois, très fréquenté par les campagnards des bords de l'Elbe. Les chevaux de trait qu'ils y amenaient ne ressemblaient en rien à nos boulonnais, à nos comtois et surtout à nos percherons; c'était de grands chevaux bien hauts sur jambes, à poitrine plate, à encolure mince, à tête longue et sèche, bien qu'à chanfrein généralement droit; les cuisses étaient plaquées, les membres maigres et les sabots grands et évasés.

Dans l'est de la Prusse, en Silésie surtout, les chevaux sont plus petits, mieux faits et fort semblables aux chevaux hongrois, dont

nous parlerons dans un prochain article : ce sont d'excellents chevaux de cavalerie légère, qui ont eu de tout temps une grande rôpu» tation.

Nous avons dit que Télevage du cheval est très encouragé en Prusse et en Allemagne en général. Voici, d'après le Sporn^ de Berlin, quelques renseignements à ce sujet :

Les haras se divisent en deux catégories : les haras principaux, qui sont Trakehnen, Beberbeck et Graditz, qui ne produisent guère que des pur-sang; puis les haras de seconde catégorie, au nombre de 17.

Le haras de Trakehnen, situé dans l'Est, est le premier qui a été établi en Prusse, en 1732, par Frédéric-Guillaume !•', successeur de Frédéric-le-Grand, pour la remonte des écu« ries royales.

On y produisait surtout des chevaux de voitures de trois variétés : noire, baie et alezane. Les deux autres haras royaux furent créés en 1788 et 1815. Aujourd'hui ces trois haras produisent surtout des étalons de pursang destinés aux autres haras.

En 1893, Trakehnen possédait 15 étalons de tète qui ont sailli 351 juments, Graditz 10 étalons auxquels ont été présentées 185 juments, et Beberbeck 4 seulement, qui ont reçu la visite de 97 juments seulement.

Les 17 étalons de seconde catégorie abritaient une collection totale de 2,463 étalons» qui ont sailli 136,076 juments, lesquelles ont donné 71,270 produits vivants.

Le total général des dépenses de Tadministration des haras allemands est d'un peu plus de 4 millions 1/2 de fr. Les deux principaux éléments de dépenses sont la nourriture des chevaux, qui coûte environ 1,707,000 marks, et le personnel, qui coûte environ 1,000,000 marks.

Dans la province rhénane, le centre de rélevage des chevaux se trouve à Wickrath, à 8 kilomètres au sud de Gladbach, où existe un haras depuis quelques années. Ce haras contient 90 étalons dont 12 demi-sang, pour la plupart originaires de l'Oldenbourg et du Hanovre. Tous les autres, soit 78 tètes, appartiennent à la race belge et sont de provenance belge directe. Ils se répartissent en quatre groupes distincts, respectivement adaptés aux exigences de l'élevage des districts dans lesquels ils sont appelés à faire la monte : 1*, groupe de Trêves, qui reçoit des étalons se rattachant au vieux type ardennais ; 2*, groupe de Coblentz, le moins nombreux des quatre; 3*, groupe des plaines rhénanes, en aval de Dusseldorf, chevaux plus pesants, mais ayant quelque figure ; 4», groupe desservant les poulinières des districts de Cologne et d'Aix-la- Chapelle, étalons pesants et massifs se rattachant au vrai type brabançon.

Tous ces étalons, mis en station à travers la Prusse rhénane à l'époque de la monte, font la desserte d'un matériel quelque peu hétérogène de juments, souvent métisses, mais chez la masse desquelles domine le sang du cheval commun ou pesant.

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