‹ Le cheval et ses races; histoire des races à travers les siècles et races actuellesChapitre 4 sur 17 · JO · texte numérisé non relu

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tiie taille, rnaîi^ compensent presque ce désavantage par leur vigueur; ceux des plaines, au contraire, en atteignant des dimensions plus considérables, restent toujours lâches et mous. On peut citer comme exemple les petits chevaux de la Corse et des Pyrénées d'une part ; de l'autre les lourdes montures des fermiers de la Beauce. Ces contrastes nous paraissent pouvoir s'expliquer par l'influence que doivent exercer sur les premiers Tair vif et sec des montagnes, la nourriture frugale dont ils doivent souvent se contenter, et sans doute aussi l'exercice violent qu'entraînent les difficultés du terrain. Les seconds, au contraire, toujours plongés dans une atmosphère lourde et humide, repus de végétaux aqueux et n'ayant à faire que des marches faciles doivent ressentir les effets du milieu dont l'influence s'exerce jusque sur les plantes.

a Une température modérée, également éloignée de l'excès de froid et de celui de la chaleur, une contrée où le jeune poulain puisse exercer ses forces naissantes sans se fatiguer outre mesure, une atmosphère pure, un régime nourrissant, mais non stimulant, telles seront donc les conditions les plus favorables à l'élevage des chevaux. Les pays de coteaux présentent assez ordinairement ces avantages, aussi voyons-nous généralement les belles races prendre naissance dans de semblables localités, et si ailleurs on parvient à perfectionner l'espèce, ce n'est qu'à force de soins et par des croisements sou-

vent répétés avec les races les plus privilégiés. » (1).

Rien n'est plus facile que d'observer les effets des diverses influences signalées par M. de Quatrefages dans Tarticle que nous venons de rapporter, il suffit pour cela de ne pas fermer les yeux de parti pris et d'observer.

Parmi les nombreuses observations que nous avons pu faire dans ce genre, nous allons en rapporter deux qui sont topiques :

En 1861, nous étions en tournée d'inspection des chevaux de l'armée détenus chez les cultivateurs, dans le département du Tarn-et- Garonne.Dans la station que nous fîmes alors à Gastelsarrasin, nous eûmes l'occasion d'admirer dans les gras pâturages qui bordent la Garonne tant sur la rive droite que sur la rive opposée, à Auvillars, des poulains admirablement conformés et ayant, pour la plupart, une taille à remonter des dragons. Or, ces jeunes chevaux étaient tous originaires de la plaine de Tarbes où chaque année M. Flamens, vétérinaire de Gastelsarrasin, allaient choisir une centaine de poulains d'un an, que se partageaient ensuite les propriétaires des praiTies riveraines de la Garonne. Là, sous l'influence des riches herbages et de Tavoine dont ils recevaient

(1) Dictionnaire d'histoire naturelle^ de d'Orbigny, article Cheval, t. III, p. 489 et 490.

chaque jour une distribution dès le jour de leur arrivée, ils devenaient, après deux ans de ce régime, des chevaux qui ne ressemblaient en rien aux chevaux des Pyrénées, et aptes, comme nous l'avons dit, à remonter des dragons, tandis que leurs frères, restés dans la plaine de Tarbes, conservaient les caractères des chevaux de la contrée, c'est-à-dire restaient des chevaux de cavalerie légère un peu plaqués, aux jarrets un peu crochus et à la croupe tranchante, caractères qu'avaient complètement perdus les chevaux élevés sur les bords de la Garonne en même temps qu'ils avaient acquis une plus grande taille.

Voici notre deuxième observation :

En 1864, M. de Lesseps, dans sa propriété de La Chesnaie à Vatan près d'Issoudun dans rindre, propriété que nous avong eu l'occasion de visiter à cette époque, possédait trois étalons pur-sang arabes et une jument du même sang qu'il avait ramenés d'Egypte. En accouplant ses étalons arabes avec de .bonnes juments berrichonnes, il obtenait des produits arabesberrichons de toute beauté ; nous avons pu voir un couple de ces chevaux qui, à quatre ans, étaient de remarquables postiers attelés à un omnibus de famille, très vites, très maniables et parfaitement dociles. — Mais, ceci est en dehors de notre sujet. — Ce que nous avons vu aussi à La Chesnaie, à Tépoque en question, c'est un produit de la jument arabe saillie par un étalon de sa famille, pur-sang arabe par conséquent, quoique né en France.

II était alors âgé de trois ans et mesurait au garrot déjà cinq centimètres de plus que père et mère ! Il n'est pas possible de donner une preuve plus évidente de l'influence du climat et du milieu sur Torganisme d'un jeune cheval.

Malgré l'évidence des faits, certains théoriciens ne veulent pas admettre que les races de chevaux domestiques fussent un résultat de l'influence du milieu et de l'action de l'homme, et soutiennent que ces races ont existé de toute antiquité telles qu'elles sont, et proviennent de centres de création éloignés les uns des autres. Si les théoriciens en question reconnaissent une race indigène à la France, par exemple la race percheronne, qui descendrait des chevaux sauvages de la période quaternaire qui en avaient, disent-ils, déjà tous les caractères, — erreur que nous avons fait ressortir, — les autres races, bretonnes, pyrénéennes, limousines, nous viendraient de l'Asie, et on se base, pour étayer cette hypothèse, sur des invasions de races humaines asiatiques qui , successivement, seraient venues, sous le nom d'Aryas, de Kimris, remplacer les races autochtones de l'époque de la pierre taillée, et nous apporter, avec l'usage des métaux, des chevaux tout domestiqués.

Malheusement, cette hypothèse tombe devant ce fait : c'est que rien n'est moins prouvé maintenant que ces fameuses émigrations aryennes auxquelles on a cru, pendant

longtemps comme à un article de foi. Voici, en effet, ce que disait M. Salomon Reinach dans une conférence faite à TAssociation des étudiants de Paris , le 3 mai dernier, sur V Archéologie celtique:

a Jusque dans ces derniers temps, on a été tenté de faire venir de l'Asie Centrale, avec les animaux domestiques et les céréales, Tusage d'ériger des sépultures mégalithiques. Cette manière de voir se rattachait au préjugé qui cherchait aussi dans TAsie Centrale le point de départ de l'émigration aryenne. Aujourd'hui ce préjugé est fortement battu en brèche, et les arguments mis en avant pour établir la provenance orientale de la civilisation mégalithique, comme aussi celle de la civilisation celtique, sont de plus en plus considérés comme sans valeur (1)... »

Certains érudits vont même plus loin et attribuent aux Celtes, qui seraient originaires de la Gaule, tout ce que l'on avait dit sur les Aryas : ce serait, du pays qui a été appelé depuis « Normandie » que serait parti primitivement le cheval domestique, d'où il se serait répandu dans la vallée du Danube , en Grèce, en Asie-Mineure, et même en Egypte, où les Kéthas, qui d'après eux étaient des Celtes, l'y auraient conduit (2).

(1) L'Université c/e Pûrm, juin-juillet 1891, p. 310.

(2) M. D'Orcbt, le Cheval à travers les âges, in Revue des sciences naturelles appliquées^ numéro du 5 janvier 1890 et suivants.

Nous iwoiis cité, au sujet des grandes émigrations aryennes qu'on regarde maintenant comme douteuses, Topinion de M. Salomon Reinach; pour montrer que cette opinion n'est pas unique, nous allons citer encore celle de M. E. Gartailhac qui vient de publier, dans la Bibliothèque scientifique internationale (\), un travail remarquable, sous le titre : la France préhistorique.

Après avoir montré que les palafittes (habitations lacustres sur pilotis) — qui appartiennent à trois époques de Tâge de la pierre polie, dont chacune se chiffre par un nombre de siècles considérable et indéterminé et dont les plus récentes ont vu Taurore de Tâge des métaux, — ont livré des quantités énormes d'osssements appartenant à 70 espèces (20 de poissons, 4 de reptiles, 26 d'oiseaux, 30 de quadrupèdes) ; après avoir comparé cette faune à celle des stations quaternaires des localités voisines et avoir reconnu qu'il y a en moins, le lion, le mammouth, le rhinocéros, le renne, le glouton et le renard polaire, mais qu'il y a en plus cinq ou six animaux domestiques, le chien, le cochon, la chèvre, le mouton, le bœuf, le cheval, il dit (page 134) :

a Le cheval, très commun dans le quaternaire es!; rare dans les palafittes les plus anciennes de l'âge de la pierre ; il est presqu'inconnu dans les autres, comme s'il était resté

(1) Librairie Alcan, boulevard Saint-Germain, 108, à Paris.

une de ces espèces sauvages dont le climat et l'homme ont provoqué la disparition; ... un peu plus tard on retrouve des chevaux domestiques venus on ne sait d'où. »

« On comprend maintenant pourquoi nous avons douté de la théorie qui introduit en Europe les civilisations de la pierre polie tout d'une pièce. On voit combien les progrès dans la conquête des animaux domestiques ont été successifs et séparés par de notables intervalles. Il ne nous est pas encore permis de reconnaître ce qui appartient à l'importation et de le distinguer des découvertes locales. »

Plus haut (page 125) il avait dit :

a II n'est d'ailleurs pas nécessaire d'avoir recours aux migrations des peuples ; l'idée, mieux que l'homme souvent, se dissémine de proche en proche... Dans nos contrées, une partie des nouveautés qu'on observe après l'âge du renne doit être le résultat de découvertes locales, de progrès accomplis chez nous... »

La domestication des animaux en général et du cheval en particulier, est une de ces découvertes. Par conséquent, dans les pays où ont existé des chevaux sauvages, pas n'est beâoin d'aller chercher ailleurs l'origine des chevaux domestiques qu'on y voit actuellement; il n'y a que dans les pays où les chevaux sauvages n'existaient pas, comme en Amérique, que l'importation a été nécessaire pour expliquer la présence de ceux qu'on y voit maintenant,

surtout quand Thistoire de ces imporUtions est parfaitement connue.

Du rcBte, il nous a toujours paru étrange qu'une armée d'invasion fut un agent de dissémination des races de chevaux. Elle n'est pas dan'', les conditions pour faire de l'élevage et perd constamment des chevaux par les diverses causes de mortalités qu'elle traîne à sa suite. Pour remplacer les chevaux qu'elle perd elle n'a pour se remonter que les chevaux indigènes s'il y en a. C'est ainsi que les croisés se re- • montèrent en chevaux asiatiques dont ils ramenèrent quelques spécimens à leur retour; c'est ainsi que les Français conquérants de l'Algérie ont remonté leurs troupes d'occupation en chevaux arabes et personne n'oserait dire que les chevaux de la Terre-Sainte ont une origine européenne datant des croisades et que les chevaux algériens sont d'origine fTançaise. C'est pourtant, par suite d'un raisonnement analogue, que Ton dit que les chevaux pyrénéens et bretons ont une origine aryenne et que les chevaux égyptiens et africains ont une origine mongole.

Nous rediscuterons du reste ces questions d'origine en faisant l'histoire de chaque race.

i lY. - LES RACES ORIENTALES ET LEURS DÉRIVÉES

Race arabe. — * La race arabe n'est pas originaire de l'Arabie et n'a pas pour souche les cinq juments favorites du prophète,

descendant elles-mêmes des haras de Salomoû, ainsi que le prétendent les sectateurs de l'Islam ; elle remonte beaucoup plus haut. En effet, jusqu'après Tère chrétienne, ainsi que l'ont clairement démontré W. Youatt, puis Piètrement, les peuples nomades de l'Arabie n'eurent pour monture que des chameaux, tandis que, depuis des siècles, les habitants des riches plaines qu'encadrent le Tigre et l'Euphrate, aussi bien que ceux de la Médie et de l'Arménie, possédaient et élevaient en grand nombre de merveilleux chevaux.

Mais à partir du moment où les Arabes s'approprièrent les chevaux de leurs voisins du nord et les élevèrent eux-mêmes, ils se les assimilèrent si bien, ils furent dans leurs mains un tel instrument de conquête, que l'homme et le cheval devinrent inséparables; aussi la race à laquelle appartenait ces chevaux mérite-t-elle bien le nom à' Arabe qu'elle porte depuis le Moyen-Age.

La souche du cheval arabe est donc le cheval assyrien ; c'est ce que démontrent encore avec la dernière évidence les bas-reliefs de Ninive enfouis pendant des siècles, mais revenus à la lumière depuis une cinquantaine d'années. Nous donnons ci-contre le décalque d'une photographie que nous possédons, avec plusieurs autres, exécutées à Londres au British-Museum d'après des basreliefs du palais de Koyoundjick, racontant les hauts faits d'Assour bani-pal (Sardaua-

pale V do rHibLoire). Nous avons choisi celte photographie pour en faire graver le décalque, parce qu'elle représente un cheval nu conduit en main, ce qui permet d'en bien apprécier la conformation. Nous avons une autre photographie représentant le souverain en question montant un cheval en tout semblable à celui de notre gravure, mais splendidement harnaché, le monarque est occupé à poursuivre au galop des animaux sauvages et à les tirer à l'arc; un jeune écuyer imberbe le suit portant ses flèches et les lui présentant au fur et à mesure des besoins. Le cheval de l'écuyer est du même type que celui du maître, mais il est plus petit ; c'est que les grands chevaux étaient réservés aux puissants, ainsi que nous rapprend Hérodote, quand il mentionne dans le défilé des troupes de Xercès sortant de Sardes : « Les dix chevaux sacrés niséens, cgmme on les appelle, magnifiquement ornés. On nomme ces chevaux Niséens, d^une vaste plaine de la Médie qui a le nom de Niséenne ; or, cette plaine nourrit des grands chevaux. Derrière les dix chevaux sacrés roulait le char, de Jupiter... A sa suite venait Xercès lui-même sur un char attelé de chevaux Niséens » (1).

Mais, le cheval assyrien lui-même, quelle ét^it son origine ?

D'après M. Piètrement, les Mongols, à une époque très reculée, seraient venus conquérir

(1) Hérodote, VII, 40.

la Mésopotamie et y introduire une race de chevaux à front bombé et à chanfrein busqué qu'il appelle mongolique, la même que possèdent encore les Kirghises et qui serait aussi la race turcomane actuelle (1). Les Aryas étant venus supplanter les Mongols auraient amené une autre race de chevaux à front plat et à chanfrein droit, qui serait la race arabe de nos jours, — race asiatique de M. Sanson, mot impropre puisque une demi-douzaine au moins d'autres races ont, au même titre, droit à ce même nom. — M. Piètrement fonde son opinion, d'une part, sur des déductions philologiques et des traditions historiques, d'autre part sur ce que, dit-il, « les diverses contrées de l'Asie envahies par les Mongols, étaient dépourvues de chevaux et que leur première population chevaline y fut amenée par les peuples mongoliques (2) ».

Nous avons dit plus haut ce qu'il faut penser maintenant des migrations aryennes et autres; quant à l'absence de chevaux en Mésopotamie, cette assertion est démentie par les bas-reliefs du palais de Koyoundjick, montrant Sardanapale V se livrant à la chasse des chevaux sau-

(1) D'admirables photographies de chevaux exécutées en plein Turquestan par M. Paul Nadar, et dont nous avons le bonheur de posséder une série complète, don de cet éminent artiste, démontrent que les ïurcomans n'ont pas une race unique, mais bien plusieurs races de chevaux. Des reproductions de ces photographies paraîtront dans VEleveur.

(2) PiÉTREMKNT, loco citato. p. 354.

vages à l'arc et à l'aide de gros dogues — nous avons donné plus haut deux décalques d'une photographie d'un de ces bas-reliefs.

Et qu'on ne vienne pas dire que ce ne sont pas des chevaux sauvages car ils ressemblent trait pour trait à ceux qui existent encore actuellement dans les déserts de la Dzoungarie, partie occidentale du grand désert de Gobi, où les a étudiés le voyageur russe Prjewalski : ce cheval sauvage, nommé par les naturalistes JÈ^gwws Prjewalskii est de petite taille; sa tête est naturellement grande avec de petites oreilles; sa crinière courte, hérissée, est de couleur brune; il est sans garrot saillant et sans raie dorsale. Dans sa partie supérieure, la queue est presque nue et les crins, croissant de longueur jusqu'à l'extrémité, sont de couleur noire. La robe est grise, presque blanche sous le ventre; la tète est roussâtre avec le museau blanc. Le poil d'hiver est assez long et légèrement ondulé. Les jambes antérieures sont blanches en dedans, grises vers le haut et sur les genoux et noires dans le voisinage des sabots qui sont ronds et assez larges (1).

L'existence de chevaux sauvages en Mésopotamie étant démontrée, rien ne nous oblige à chercher ailleurs l'origine du cheval assyrien, et de voir une autre cause dans les différences que présente ce cheval avec sa souche, que plusieurs siècles de domestication. Cette influence donne aussi bien Texpli-

(1) Le Tour du Monde, 1887.

cation des modifications crâniologiques que Ton constate dans les différentes races de chevaux domestiques, que des modifications dans la taille, dans la corpulence, dans l'allongement, la multiplication et la coloration des appendices pileux ; ce que l'on observe dans les différentes races de chiens dont le nonibre s'accroît tous les jours, et surtout dans les innombrables races de pigeons, en est la démonstration irréfragable.

:Le cheval arabe est le type du cheval de selle, le plus beau et le plus parfait dans sa taille relativement petite, car il dépasse rarement 1",50; mais quel beau corps, vigoureux, svelte et élégant ! La tête, très expressive, est carrée, c'est-à-dire à front large et plat, à yeux gros et saillants où brille l'intelligence ; les oreilles sont courtes et mobiles ; la bouche petite et les naseaux larges et frémissants. L'encolure est musculeuse en même temps que très souple, à bord supérieur tranchant garni d'une crinière longue, fine, ondoyante avec des reflets de soie. Dans la conformation de son épaule comme dans celle de sa tête, l'arabe est supérieur à tout autre; le garrot est haut et saillant; la poitrine profonde, le ventre et les flancs très ramassés, les reins courts et forts, les hanches bien musclées, la croupe horiiontale et charnue ; . les cuisses pleines; la queue, grosse à sa naissance et déliée dans le reste de sa longueur, porte haut ses crins en éventail et sur lesquels le soleil se joue en reflets chatoyants.

Les membres sont forts et fins tout à la fois, les tendons bien détachés, les paturons un peu longs, mais d'une obliquité modérée et indiquant la force. Enfin tout accuse dans les os une densité merveilleuse, de même que le réseau veineux saillant sous une peau fine et couverte d'un vrai poil de souris, accuse une vitalité débordante.

La couleur de la robe est très variée : alezan, bai, gris, blanc et noir; les robes noires sont rares, les robes claires et surtout grises pommelées sont les plus communes.

Dans leur langage image, les Orientaux disent du cheval arabe que sa conformation tient de celle du lièvre, descelle du pigeon et de celle du méhari; et ils ajoutent qu'il doit tenir du sanglier la largeur de la tête et le courage ; de la gazelle la grâce, l'œil et la bouche; de l'antilope la gaîté et l'intelligence; de l'autruche l'encolure et la vitesse.

Les Bédouins du désert reconnaissent cinq races nobles primitives qui ne seraient autres, disent-ils, que la descendance directe des cinq juments favorites du prophète Mahomet : Kohel, Taneïffé, Manékeié, Saklouié et Djulfé, d'où est sortie une infinité de ramifications (1).

Toute jument remarquable par sa vitesse et sa beauté et appartenant à l'une des cinq races primitives, peut devenir la souche d'une sous-

(1) Ce renseignement et les suivants sont extraits d'un article, de notre ancien collaborateur M. II. de Loncey, paru dans VEleveur du 8 janvier 1888.

race dont les descendants portent le nom, de sorte que les noms des différentes races arabes du désert sont innombrables.

A la naissance d'un poulain de race noble, il est d'usage de réunir des témoins et de rédiger par écrit une notice des marques distinctives du jeune animal en y joignant le nom de son père et celui de sa mère. Ces Hhudje, ou tables généalogiques, ne remontent jamais à la grand'mère, parce qu'il est sous-entendu que chaque Arabe connaît par tradition la pureté des origines; il n'est donc pas toujours nécessaire d'avoir un certificat de généalogie, beaucoup de chevaux et de juments étant d'une descendance si illustre que des milliers d'hommes pourraient l'attester au besoin.

Les Arabes ne reconnaissent et ne possèdent qu'une seule race de chevaux qu'ils désignent sous le nom générique de Kohèil ou Kouhail, mot qui exprime l'ancienneté de la race et conséquemment les hautes qualités de sang qui la distinguent.

En Syrie, il y a quelques chevaux hongres que les Arabes appellent Hadischi (cheval châtré), mais il est rare d'en rencontrer dans Tinté rieur et dans les tribus où les transports s'effectuent à dos de chameaux. Les Hadischi proviennent presque tous de la contrée de l'Anatolie, connue sous le nom de Tchigourtov^a, qu'on leur applique par extension, et fournissent les bêtes de somme à Gonstantinople et dans les autres villes de l'Empire.

Le Koheilai est la seule race qui ait les

sympathies et rattachement des Arabes ; aussi la cultive-t-on dans toute TArabie, mais pas au-delà, car on ne la rencontre plus que dégénérée.

L'Arabie hippique comprend tous le pays qui s'appuie du côté de TOuesl, comme base, sur la Syrie et qui s'étend vers le Sud-Est jusqu'aux mers d'Oman et des Indes et qui aurait pour limites, au Nord-Est, le Tigre et le golfe Persique, au Sud, la mer Rouge.

Au-delà de ces limites les races sont différentes; ainsi le long du Tigre, rive gauche, on rencontre bien quelques chevaux croisés de sang arabe, mais les races dominantes en descendant le cours du fleuve sont : la race Tur^ comane, la Kurde et enfin la race persane.

Tout le monde sait que les chevaux égyptiens ont quelques-uns des caractères distinctifs de la race arabe, mais qu'ils en différent essentiellement par la conformation et les qualités; ils en sont certainement des dérivés.

Au point de vue de la production du cheval de race, de toutes les contrées de l'Arabie la plus importante est sans contredit le Nedjd" Hedjaz, dont parait provenir l'excellente race de Nedjd, si souvent citée en raison de sa distinction et de sa finesse hors ligne. Le Nedjd- Hariz prend le second rang.

L'Hedjaz se ressent du voisinage du Nedjd et, sans avoir de grandes ressources, il offre quelques sujets remarquables comme qualités. .

Enfin l'Yémen est la plus pauvre des contrées comme production chevaline ; non seu-

lement on y trouve peu de chevaux, mais les caractères de race et de netteté y disparaissent en partie. C'est ce qui explique jusqu'à uu certain point l'abandon fait par les Anglais du port de Mokka, comme centre de remonte, port qu'ils avaient choisi dès le commencement de l'extension de leur puissance dans l'Inde et qui n'a pas répondu à leurs espérances.

Mais c'est parmi les tribus nomades qu'il faut aller chercher Tarabe dans son type le plus perfecLionné, Nous citerons en première ligne la tribu des Aiiézcs, que l'on voit apparaître chaque année au printemps sur les limites des grands déserts de Syrie, dans le voisinage des villes d'Alep et de Damas, d'où elle part, à l'approche de l'automne, lorsque la saison lui promet des herbages vers le midi, pour décrire, dans un sens ou dans l'autre, l'immense courbe marquée par Alep, Mossoul, Bagdad, Hit sur l'Euphratc, le Nedjd, le désert de Syrie et Damas. C/est celte tribu qui est chargée chaque année de l'escorte des pèlerins musulmans de la presque totalilé de la Turquie. Elle peut mettre en ligne, en cas de guerre, de trente à trente cinq mille cavaliers. Il y a aussi la grande tribu des Schammars. dont le siège est principalement entre Mossoul et Orfa.

En Syrie, il existe de nombreuses tribus arabes qui, pendant toute l'année, résident dans les endroits cultivés. Presque toutes élèvent des chevaux très réputés. Quoique

numériquement faibles séparément, leur grand nombre fait la richesse chevaline du pays, ce ' qui procure en partie à la Syrie sa réputation comme pays de production.

Les contrées les plus riches en chevaux sont :

I® La Syrie, qui' prend peut-être le premier rang, non pas en raison de sa production directe, mais par les ressources que lui apportent toute l'année les tribus nomades, notamment celle des Anézés et des Grand^Schammars.

2° Llrak- Arabie et le Djézireth, tant par l'industrie chevaline des tribus réputées sédentaires que par suite du passage des Anézés de rirak et des déplacements des S'chammars ;

3° Les Hedjdi-Hedjaz et Kedjdi-Hariz, par Tindustrie locale des tribus qui s'y trouvent et leur ramifications avec la grande famille des Anézés et des Schammars.

Les principaux marchés de la Syrie sont ceux d'Alep et de Damas ; mais celui-ci est le seul qui existe d'une manière permanente. Ces marchés prennent beaucoup d'importance lorsque la grande famille des Anézés campe sur la limite du grand désert de Syrie c'est-àdire pendant le printemps et l'été ; les Arabes profitent de la proximité des villes pour s'y rendre et faire leurs acquisitions. C'est donc pendant ces saisons qu'il importe de faire les achats, parce qu'alors il y a plus de choix, et aussi aux époques du départ et mieux du retour de la grande caravane de la Mecque.

Les marchés secondaires de l'Arabie hippique sont ceux des villes de Baalbeck, Homs etHama; mais ils ne sont qu'accidentels et offrent peu de ressources.

Le marché de Bagdad a pris une grande importance depuis que les Anglais en ont fait le centre de leurs achats pour les Indes.

Maintenant, en terminant cette étude sur le cheval arabe dont se sont surtout occupés les poètes, tels que Lamartine, et des voyageurs fantaisistes, étrangers aux études hippologiques, nous constatons, avec les physiologistes consciencieux, que la race pure a subi une y étonnante dégénérescence dans ces derniers

temps. En Asie tout comme en Afrique l'Arabe fait moins de chevaux parce qu'il a moins besoin d'eux pour la guerre. Le petit nombre de reproducteurs d'élite qu'on peut s'y procurer est vivement disputé à prix d'or par toutes les nations, surtout par les Anglais qui en transportent de grandes quantités aux Indes. D'un autre côté l'Orient est quelquefois fermé par la volonté du sultan pour cinq ou six ans et pendant ce temps l'exportation est sévèrement interdite. , ,

C'est pourquoi d'ailleurs l'Assemblée nationale, en 1874, a décidé le rétablissement de la jumenterie de Pompadour destinée à produire l'étalon arabe et son composé l'anglo-arabe.

Les Chevaux persans. — Nous ne disons^; pas : le cheval persan, bien que les .hippologues aient l'habitude de parler d'une race persane y

comme nous l'avons vu dans notre précédent article. Cette race persane serait un mythe d'après le commandant Duhousset (1).

M. le commandant Duhousset, qui a passé quelques années en Perse, où il était chargé de la direction générale des manœuvres du camp de Sultannieh, où étaient réunies les troupes de toutes la Perse, la nature de ses fonctions l'avait mis en rapport avec les principaux chefs venus pour présenter leurs hommages au souverain, suivis d'un grand attirail, de eadeaux, de serviteurs et des plus beaux chevaux des régions qu'ils quittaient. Il a pu étudier, dessiner et mesurer ces chevaux, et constater ainsi que les races sont multiples en Perse.

« J'ai souvent lu, dit-il, et entendu citer la race persane^ sans que les descriptions qu'on en donne m'aient fait conclure à son existence, et, après trois années de recherches, j'en suis resté au même point. C'est pourquoi, en voulant parler des chevaux que j'ai vus et dessinés dans l'Iran, j'ai dû m'étendre bwucoup sur les caractères des chevaux du Nedj et de Mésopotamie, puisqu'il faut accorder la dénomination de « :persane » aux chevaux de Chiraz, qui sont de grands Arabes, ou aux Turcomans qui en diffèrent beaucoup ; ceux-ci ont probablement servi à l'ancienne cavalerie des Parthes.

(1) Le Commandant Duhousset : Notice sur les Chevaux orientaux, in Journal de Médecine vétérinaire militaire, Paris 1863, p. 426.

« Les Persans prisent beaucoup la taille du cheval; aussi emploient-ils fréquemment le cheval turcoman, non comme cheval deguerj^e, mais en cérémonie, pour les transporter et les attendre à la porte des gens de distinction qu'il visitent. »

Le cheval arabe est le cheval de chasse et de guerre des Persans; nous le connaissons; nous nous contenterons de donner ci-contre la reproduction d'un dessin de cheval arabe fait en Perse par le commandant Duhousset.

Voici les caractères qu'il donne au cheval Turcoman qui, pour beaucoup de personnes, dit-il, est le type du cheval persan, bien qu'il soit rare au centre et au sud de la Perse, et même totalement inconnu à l'ouest; on ne le trouve que dans le nord.

Comme on Ta vu, il est plus grand que le cheval de Chiraz qui est déjà un grand Arabe. Il a la tête légèrement busquée et les oreilles assez longues, mobiles et sèches. L'encolure est musculeuse et le paraît d'autant plus que la crinière est toujours rasée — si on la laisse pousser, elle reste raide fet assez courte. — Le corps est long, la poitrine profonde et un peu serrée; la croupe assez courte est en ligne droite avec le dos; l'attache de la queue est faible et celle-ci peu fournie. Les jambes sont minces et les sabots généralement défectueux : ils ne sont pas en rapport avec l'élégance, la sveltesse et les formes dégagées des autres régions du cheval.

Le cheval Turcoman est un mauvais cheval

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tel

de montagne, il est exclusivement employé en plaine et est devenu, entre les mains des Persans, un cheval de cérémonie impropre à un service réel.

Pour les services de fatigue, les Persans emploient un cheval plus commun et plus petit, soit un cheval kurde, soit un cheval indigène qu'ils appellent le Karabagh qui, pour M. Duhousset, est le vrai cheval persan. Voici comment il le décrit :

« Le Karabagh est le cheval arabe avec des formes plus rondes, large de poitrine, forte encolure, tête un peu massive, jambes courtes et musculeuses. Ce cheval est également bon pour la plaine et la montagne ; son pied est petit, court-jointé et son sabot dur. Moins souple que l'Arabe et le Turcoman, le Karabagh a généralement le rein court, la croupe ronde, le tronçon de la queue très fort, les crins soyeux et la robe généralement alez;in doré avec des reflets métalliques ; la nuance jaune-rougeâtre chaude est la plus estimée. Les Persans en font grand cas comme cheval de route; il porte sur la fesse gauche une marque qui indique l'état de provenance distinguée, médiocre ou inférieure.

« J'ai chassé des gazelles avec un cheval Karabagh pendant huit jours consécutifs dans le désert, faisant des courses de dix, douze et même quatorze heures, sans que la santé de ce cheval, qui était très peu soigné pendant ce temps, parut en souffrir. Un mois après cette chasse et sans avoir cessé de le monter pendant

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-octrois ou quatre heures chaque jour, je ûs une excursion dans des montagnes rocailleuses^ du côté de Demarvend, monté sur ce même cheval, sans que sa santé en fût altérée. »

Ce cheval tire son nom et son origine de la province de Karabagh, ancienne possession perse, aujourd'hui russe, qui est limitée à Teist par la mer Caspienne, à l'ouest par le lac Séwan, au nord par la Géorgie et la Koura, et au sud par l'Azerbeidjan et l'Arax.

Le cheval kurde est aussi petit, beaucoup plus laid que le précédent, mais, tout aussi rustique et tout aussi solide ; sa tête est peu élégante et munie de longues oreilles ; ses crins sont longs et rudes, mais ses jambes sont très nerveuses. Il a de l'ardeur et de la sobriété.

Dans le Turkestan russe, aux environs de Tachkend, les chevaux sont extrêmement nombreux, tous les hommes étant cavaliers, et parmi eux on distingue différentes races. Dans d'admirables photographies de chevaux rapportées de ce pays par M. Paul Nadar, nous avons reconnu : !• le bel Arabe du Nedjd du type le plus pur ; 2* une variété du précédent à Iront légèrement bombé, mais à chanfrein droit rappelant trait pour trait notre cheval barbe ; 3* un grand cheval à chanfrein busqué, type du cheval Turcoman décrit plus haut ; 4® un autre cheval à garrot noyé, à face droite presque camuse et à encolure fortement rouée rappelant les chevaux grecs des frises du Parthénon; b"" enfin des petits che-

vaux Kirghîses, à tête mutine, d'une ligne très droite, n'ayant rien du type que M. Piètre* ment appelle mongol. Nous donnerons plus tard des reproductions de ces photographies.

La Race mongolique. — M. Piètrement, dans son colossal travail sur l'origine des races de chevaux, basée sur la Philologie et r Histoire, attribue un tel rôle à la Race mongolique qu'il fait voyager à travers la Perse, la Syrie et arriver jusqu'en Egypte et même en Algérie, que nous avons un très grand intérêt à l'étudier.

De précieux renseignements sur un remarquable spécimen de cette race nous sont fournis par le voyage du capitaine de cosaques de TAmour, Piéchkow, dont on parla beaucoup en 1890 : on sait que cet officier, alors lieutenant, vint des confins de l'Asie à Saint- Pétersbourg, exécutant ainsi un voyage de plus de deux mille lieues, monté sur son unique cheval d'arme (flg. 10).

La ville de Blagovetchensk, lieu de garnison du lieutenant Piéchkow, est située sur le fleuve Amour qui se jette dans la mer d'Okhotsk, après avoir tracé la limite entre la Mantchourie chinoise et la Russie d'Asie ; elle est par 50' de latitude nord sur 1*25' de longitude ouest.

Le cheval de Piéchkow, d'après les renseignements fournis par V Invalide russe (1), est de

(1) Et traduits par la Reime du Cercle militaire de Paris.

l'espèce la plus ordinaire : il appartient à la race qu'on rencontre presque partout dans les steppes et est, par conséquent, bien un type de la race mongole; il est âgé de treize ans et l'officier l'avait payé 150 roubles, soit un peu plus de 400 francs, quand il l'acheta, il y a cinq ans, dans une bourgade des cosaques de l'Amour. Il n'a aucune noblesse dans les formes, a une encolure de cerf, une tête très forte, une robe grise et une taille extraordinairement petite : il mesure 1 mètre 35 centimètres. Mais, on remarque un développement extraordinaire des membres et une excellente conformation des paturons et des sabots. (Pour compléter cette description, nous donnons cicontre une gravure qui est la copie d'une photographie prise à Omsk, lors du passage du lieutenant Piéchkow) et publiée par YIllus" tration.

Pendant la route, le cheval ne fut jamais indisponible, et cependant, il avait passé par de rudes chemins : Parti le 1/19 novembre 1889, le lieutenant arrivait à Irkoutsk, non loin du lac Baïkal le 26 décembre/7 janvier, d'où il expédiait à son colonel le télégramme suivant :

« Deux mille quatre cents et une verstes en « quarante-neuf jours. Mon cheval est resté « sellé trois cent vingt-trois heures. Il est en « bon état et moi aussi. J'ai fait le tour du « Baïkal. La route est affreuse. »

Cet officier est arrivé à Omsk, le 27 février- 1 1 mars, après avoir fait 4.905 verstes en cent

Fio. 10. — Le lieutenant Piéchkow sur son cheval mongol « le petit gris ». (Gravure de V Illustration, d'aprè» une photographie prise k Omsk).

treize jours (la verste est de 1 kilomètre 061). Le môme jour, par ordre du comman<lant de la subdivision militaire d^Omsk, le cheval du lieutenant fut visité par une commission spéciale composée d'ofiBcleps, en présence d'un vétérinaire et le résultat de cet examen fut consigné dans un procès-verbal î Le cheval était en très bon état et n^avait Jamais été indisponible en route. Il n'avait aucune trace de blessures sur le dos à remplacement de la selle.

Le lieutenant Piéchkow ne laissait à personne autre qu'à lui-môme le soin de panser, d'abreuver et de seller sa monture, afin de mieux suivre son travail de résistance. Il a constaté que son cheval ne buvait que de Teau bien claire et bien fraîche, préférant, à détoul de celle-ci, manger de la neige dont il se montrait asscB friand. Pendant les douae jours de la traversée de la steppe de Baraba, entre Tomsk et Omsk («77 verstes-935 kilom. 66), il ne voulut point d'eau et se contenta de la neige.

La ration journalière, au commencement du voyage, consistait en 3 kilos 300 d'avoine et 4 kilos de foin. En dernier lieu, elle était de 12 kilos 300 d'avoine et de 5 kilos de foin. La ration d'avoine avait donc quadruplé. La vitesse moyenne de la marche, y compris les vingt-six jours de séjour dans les villes situées sur la route, a été de 56 verstes par vingt-quatre heures } mais, Tinfatlgable cavalier faisait quelquefois 70 verstes, il fit même un jour 86 verstes 5.

Le lieutenant Piéchkow s'est très bien porté pendant le voyage, sauf à Irkoutsk, où il paya son tribut à Vinfluenza. C'est encore un jeune ly)mme, il est de taille moyenne et d'extérieur sympathique. Piéchkow est originaire d'une famille cosaque de l'Amour, il est sorti de l'école des Jounkers d'Irkoutsk.

Un sabre, un revolver, un poignard, composaient tout son armement. Le paquetage, bien approprié à l'exécution d'un grand parcours se composait d'un petit porte-manteau et de deux fontes de faible contenance.

Le poids total à transporter était de 81 kilos; le cavalier figurant dans ce chiffre pour 58 kilos. Il est inutile d'ajouter qu'à son arrivée à Omsk le lieutenant Piéchkow fut accueilli avec la plus grande cordialité par ses camarades les cosaques de Sibérie. Il y eut un banquet au cercle militaire et nombre de toasts furcjnt portés en l'honneur du digne représentant du Voïsko des Cosaques de l'Amour.

Piéchkow quitta Omsk le 3/15 mars et arriva à Moscou le 4/16 mai : du jour de son départ, le 7/19 novembre, de Blagovetschensk, il avait fait 4,000 kilomètres. La seconde partie de son voyage s'exécuta dans les mêmes conditions que la première, sans plus d'incidents et son cheval fut toujours aussi bien portant et aussi dispos.

La réception qui l'attendait à Moscou fut de toutes la plus brillante. Son arrivée avait été signalée par télégramme de Vladimir. Les officiers du !•' régiment de cavalerie des. Co-

saques du Don, avec leur fanfare et leurs chanteursj le colonel en tète, étaient allés l'attendre à quelques kilomètres de Moscou. Son entrée dans Tantique capitale des tsars fut une véritable ovation de la part de toute l'armée et de la population.

Piéchkow repartit le 16/18 mai pour Saint- Pétersbourg; le général-major, commandant le régiment de cavalerie de Cosaques de la garde Tavait fait prévenir qu'il lui offrait l'hospitalité dans son quartier à son arrivée dans la capitale, qui eut lieu au milieu de juin.

Arrivé au terme de son voyage le capitaine Piéchkow donna son cheval « le petit gris » au czarewitch. M. Gordon- Bennett, du New^ York Herald^ en avait vainement offert cent mille francs.

La marche du capitaine Piéchkow laisse loin derrière elle toutes les tentatives du même genre et l'exemple de résistance qu'a présenté son cheval est jusqu'à présent unique dans l'histoire.

On pourrait nous objecter que les caractères crânialogiques de ce dernier sont masqués par son épais manteau de poils d'hiver et surtout par les crins abondants de son toupet qui tombent sur son chanfrein. Grâce au splendide volume que vient de publier la librairie Hachette (IJ sur le voyage de MM. Bonvalot et le

(1) De Paris au Tonkin à travers le Thibet ineonnuy par Qabkibl Bonvalot, est un magnifique volume in>8* contenant 108 gravures d'après les photographies du

prince Henri d'Orléans à travers l'Asie centrale, et des nombreuses photographies de chevaux qui y sont reproduites, nous pouvons répondre à cette objection en mettant sous les yeux de nos lecteurs la reproduction de Tune d'elles, non pas des plus belli^s, mais une dont le cheval étant exactement de profil, montre bien sa ligne crânienne dans toute son étendue ; tous les chevaux de selle ou de charge sont du même type et tous semblables (Voyez la figure il ci-contre). Est-il possible de voir un front et un chanfrein plue en ligne droite? et y a-t-il la moindre analogie entre ce cheval qui porte le Lama^Mogol et celui de Dongola ou de l'Arabe algérien dont nous donnons plus loin des reproductions exactes ?

Pour compléter la démonstration, nous donnons plus loin (fig. 12), extraite du livre de M. Fleming : Horsâ Shoe and Horse Shoeing (Fers à cheval et Ferrures, Londres 1869), une gravure représentant des chevaux chinois à la forge, ils ont aussi tous les caractères de la raee mongole, mais on chercherait aussi vainement sur eux ceux que M. Piètrement assigne à Cette race.

En résumé, d'après les preuves que nous avons accumulées, aucune assimilation n'est possible entre les races mongole, dongolawi et barbe.

Princd Henri d'Orléans et contenant une carte. (Broché, ^Q francs; relié, 25 francs, à la librairie Hacberte et Cie, ^ Paris.)

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