SI
Chevaux égyptieas. — L'Egypte, dans les temps antiques, à l'époque de sa grande prospérité, possédait une nombreuse et célèbre population chevaline. C'était d'Egypte que Salomon tirait tous les chevaux de âon armée et de sa maison et il en revendait môme aux Khétas des bords de l'Oronte (d'Orcet). Certains auteurs ont même regardé TEgypte comme la patrie d'origine du cheval. Cependant il est à peu près démontré que le cheval n'y a pas toujours existé, car il ne commence à apparaître sur les monuments égyptiens qu'à partir de la dix-huitième dynastie, c'està-dire dix-huit siècles avant notre ère. Il aurait été amené sur les bords du Nil par les rois pasteurs, les Hyksos, branche des Khétas, qui étaient des Sémites, d'après M. Mariette, des croisés de Sémites et de Mongols, conduits par des chefs Mongols, d'après M. Piètrement (1), des Celtes, d'après M. d'Orcet (2), aussi les chevaux qu'ils amenèrent en Egypte étaient-ils : da race mongole, d'après M. Pié-* trement, de race gauloise des bords de la Seine, d'après M. d'Orcet!... et c'est la même science^ la philologie historique qui conduit ces deux auteurs à des hypothèses aussi disparates! et ils donnent tous deux des preuves irréfutables de leur opinion !
(1) Piètrement. — Les Chevaux dans les temps préhistoriques et historiques, Faris 1883, pages 474 et suivantes.
(2) D'Orcet. — Le Cheval à travers les âges, in Bévue des Sciences naturelles appliquées, 1890.
Tous deux regardent comme le descendant direct de la race hippique égyptienne du temps de Sésostris, le cheval nubien, ou de Dongola, et ils prétendent le reconnaître sur les peintures ou bas-reliefs des monuments égyptiens. Nous avons tenu à nous procurer une bonne photographie d'une de ces peintures représentant un cheval de ces temps anciens et nous en plaçons le décalque sous les yeux de nos lecteurs (flg. 13). D'un autre côté nous devons à Tobligeance d'un de nos amis, la communication d'une photographie d'un pur cheval de la race de Dongola prise sur un des sujets que la caravane nubienne, qui a séjourné il y a quelques années au Jardin d'Acclimatation, conduisait avec elle; cette photographie nous l'avons copiée servilement dans la figure d'autre part (fig. 14), et nous laissons nos lecteurs faire la comparaison et juger s'il y a la moindre ressemblance entre le chanfrein droit et presque camus du cheval égyptien antique et le chanfrein fortement busqué du cheval nubien, — tout en faisant la part de l'infériorité du talent des artistes anciens des bords du Nil, qui étaient loin d'être à la hauteur de ceux des bords du Tigre.
Et puis ce cheval égyptien antique rappelle-t-il notre cheval du département de la Manche, comme le veut M. d'Orcet? Ou le cheval Mongol comme le veut M. Piètrement?
Nous savons que le cheval de Dongola, photographié au Jardin d'Acclimatation, est
eu
tout à fait dans le type qae M. Piètrement assigne à sa race mongolique, mais nous serions très désireux de savoir sur quelle base il s'est appuyé pour donner ce type à cette dernière. Nous avons donné dans le précédent article le portrait du cheval du capitaine Piéchkow, cheval de pure race mongole, qui n'a nullement le chanfrein busqué, pas plus que les chevaux chinois ou poneys tartares, comme les appellent les Anglais, non plus que les chevaux Kirghises, comme le prouvent d'admirables photographies exécutées dans le Turkestan et rapportées par M. Paul Nadar.
Bref, l'origine mongole ou gauloise du cheval de la Haute-Egypte n'est nullement démontrée et rien ne prouve qu'il ne soit pas autochtone. En effet, on conçoit (jue la Basse- Egypte, qui n'a pas de prairies naturelles, n'ait pas possédé de chevaux dans l'origine; mais la Nubie, qui a d'excellentes prairies, a très probablement eu des chevaux de toute antiquité, comme la Mauritanie, ainsi que nous le verrons plus loin.
M. Sanson, écartant aussi l'opinion de son ami M. Piètrement, rattache le cheval de Dongola, ou dongolawi, à sa race africaine qui aurait pour caractère un front bombé se continuant par un chanfrein qui est déprimé dans la moitié de sa longueur, ce qui donne à son profil la forme d'un S allongé. Ici, nous ne sommes pas d'accord, car le front et le chanfrein sont régulièrement busqués dans toute leur longueur, dans notre photographie du
cheval nubien, et ce n'est pas un S allongé que dessine son profil, mais un G ou un arc régulier. Quant au caractère zoologique qui paraît être le principal de sa race africaine, pour M. Sanson, à savoir la présence de cinq vertèbres lombaires au lieu de six, on comprend que nous ne puissions dire si notre sujet le possédait, puisque ce caractère ne peut se constater qu'après l'autopsie. Du reste, nous en discuterons la valeur quand nous parlerons des races d'Algérie.
En somme, pour nous et pour l'immense majorité des hippologues, le cheval du pays de Dongola, constitue une race parfaitement distincte qu'élèvent les Nubiens, dans les prairies qu'arrose le Haut-Nil. Il descend assez fréquemment dans la Basse-Egypte où, croisé avec les chevaux qu'on y élève, il donne naissance au cheval commun égyptien.
Les chevaux des anciens Mameluks, qui avaient tant de réputation, étaient, paratt-il, des demi-sang arabes-dongolaw^i, supérieurs aux arabes pur-sang par une charpente osseuse plus puissante et par une plus grande force musculaire. Cette race est à peu près éteinte.
Dans l'Egypte proprement dite, pas plus aujourd'hui qu'autrefois, les fellahs n'élèvent de chevaux ; ce sont les grands propriétaires qui se livrent à cette industrie et qui ont pour cela de beaux haras.
Le vice-roi et les grands seigneurs n'ont,
ri
comme reproducteut's, que des dhevaui arabes syriens et il est nécessaire qu'ils retournent cofitinuellement à cette source pdUr cotnbattre la dégénérescence qui est la conséquence presque forcée du régime à base de trèfle et de luzerne auquel sont soumis, dans les p!*airies artificielles du delta, les chevaux qu'on y élève.
Voici comment notre ancien condisciple Troutot décrit les chevaux d'Egypte, dont il emmena un convoi de trois cents spécimens en Gochinchine — où, entre parenthèses, ils succombèrent tous successivement à une maladie raréfiante deë os, — dans un rapport daté de Saigon, décembre 1861 :
« Le cheval égyptien se rapproche du cheval arabe par sa taille, sa conformation générale, ses allures et la douceur de son caractère ; il est étoffé, a le rein court, bien attaché, la croupe ronde, horizontale; il est élevé sur les membres dont les rayons supérieurs sont longs et bien détachés du tronc ; les articulations sont larges, les tendons forts, bien sui-visôt secs; la tête est courte, carrée, expressive et bien attachée ; l'encolure est bien musclée ; la conformation de cet animal implique une énergie et une résistance peu commune ; Tembonpoint extraordinaire qu'on lui repro* cbe et qui le déptécie quelquefois, est causé pat le régime auquel on le soumet en Egypte, où il est nourri pendant cinq ou six mois de Tannée avec du trèfle et d'autres herbes en quantité considérable. »
En somme le cheval de luxe ou de guerre en Egypte n'est autre que le pur cheval arabe plus ou moins modifié par une hygiène mal comprise. Néanmoins il y encore de beaux chevaux : Le commandant Duhoussot, lors de son voyage au Caire, en a vu dans les écuries d'un Turc, de très beaux et surtout vingt-quatre juments remarquables ainsi que leurs poulains : « Rien de plus gracieux, dit-il, « que les ébats de ces animaux s'exerçant lift brement dans un préau spacieux.
<c Ces chevaux sont sobres et bons coureurs, a Le vice-roi actuel, m'a-t-on dit, a offert « d'engager la lutte avec des chevaux anglais « à condition de courir 25 lieues de suite sur « un terrain non préparé. Je crois cependant « ces produits inférieurs à ceux du Nedj et « de l'ancienne Assyrie » (1).
Les chevaux barbes. — Les caractères spécifiques que M. Sanson assigne à la race Barbe ou Algérienne primitive qu'il nomme Equus caballus africanus, car il l'élève au rang d'espèce, sont : un front bombé suivi en haut du chanfrein d'une dépression ou courbe inverse, puis d'une nouvelle convexité dans le bas du chanfrein, c'est-à-dire que la ligne faciale longitudinale dessine une sorte d'S très allongé; enfin, caractère spécifique des plus importants selon lui, les chevaux de cette
(1) Notice sur les Chevaux orientaux:^ dans le Journal de médecine vétérinaire militaire ^ t. 1, n<» 7, d^c. 1862.
Fio. 17. — Cheval Barbe, diaprés un tableau de Couverchel.
race n'ont que cinq vertèbres lombaires — le chiffre normal dans toutes les autres races étant de six. — Ils partagent ce caractère avec l'âne leur compatriote, c'est-à-dire, originaire comme eux, du nord de l'Afrique.
En ce qui concerne le premier caractère, le front bombé, nous ferons remarquer que c'est un caractère du poulain qui s'atténue ou disparaît avec rage adulte chez la plupart des chevaux de grandes races et persiste plus ou moins chez les chevaux de petites races, exactement comme chez le chien ; ce ne peut être un caractère spécifique chez un animal domestique. Du reste, on en est revenu, même à la Société d'Anthropologie, sur l'importance des caractères crâniens comme caractères non pas même d'espèce mais de races, chez l'homme, et le docteur Topinard, dans son dernier livre, ne donne qu'une valeur secondaire aux formes autrefois si importantes de brachycephalie et de dolichocephalie, qui peuvent se rencontrer, dit-il, dans la même race, comme les différences de taille. — Et, nous ajouterons : toujours comme chez le chien.
Quant au caractère de Texistence de cinq vertèbres lombaires chez les chevaux africains — le chiffre normal dans l'espèce étant de six — ce n'est pas non plus un caractère spécifique et rien ne prouve qu'il soit constant dans le type originel. Il y a longtemps que les anatomistes ont observé que c'est une particularité anatomique qui peut se rencontrer dans toutes les races, seule ou en même temps
que cette autre particularité : dix-neuf vertèbres dorsales, — la normale étant de dix-huit. Elle est môme très rare chez les chevaux algériens, mais M. Sanson explique le fait en disant : que, depuis les invasions des Barbares et entre autres des Vandales qui fondèrent un royaume en Afrique lequel fut détruit par Bélisaire et, depuis la conquête de la Mauritanie par les Arabes, les mélanges des chevaux de l'espèce primitive avec les chevaux des envahisseurs et surtout les chevaux syriens auxquels on a eu souvent recours comme agents améliorateurs, les types de l'espèce Barbe pure sont devenus très rares.
Cette raison aurait une valeur si le fait ne se rencontrait que chez les chevaux habitant l'Algérie ou en provenant ; mais, il se constate aussi et avec la même fréquence chei les races de chevaux les plus éloignées du type africain, chez les Percherons, chez les Hollandais, chez les Anglo-Normands et chez les chevaux des races les plus communes; de même qu'on rencontre aussi fréquemment que chez toutes les autres races, six vertèbres lombaires chez les chevaux barbes ayant tous les caractères que M. Sanson assigne à sa prétendue espèce africaine. C'est ce qui vient encore d'être surabondamment démontré par MM. Moussu, répétiteur à l'Ecole d'Alfort, licencié èssciences naturelles, et Monod, vétérinaire de l'armée dans un mémoire extrêmement intéressant, communiqué à la Société centrale vétérinaire dans sa séance du 19 février dernier.
En résumé, il n'y a pas une espèce chevaline africaine, il n'y a même pas une seule race barbe, il y en a plusieurs comme nous le montrerons plus loin; c'est pourquoi nous ayons intitulé ce paragraphe : « Les Chevaux Barbes ».
Les provinces du nord de l'Afrique paraissent avoir possédé des chevaux de toute antiquité. Les fouilles préhistoriques pratiquées, dans les cavernes qui sont très nombreuses dans la chaîne de TAtlas, ont montré la même faune que celles de FEspagne, de la Corse, de la Sardaigne, de l'Italie et du midi de la France et cela n'étonnera pas si l'on réfléchit qu'il existait dans les premiers temps de la période quaternaire jusqu'après la période glacière une large communication terrestre entre ces divers pays et que le détroit de Gibraltar n'existait pas encore. Dès 1835, une brèche osseuse découverte sur les falaises entre Oran et Mers-el-Kébir a présenté les mêmes caractères que celles d'Antibes, de Nice et de Gibraltar; elle remplit non seulement les fissures des puisards des roches calcaires, mais encore les ravins et les vallons qui les coupent. M. Milne Edward y a reconnu des espèces appartenant aux genres ours, bceuf, cheval, et à diverses sortes de ruminants (Laurillard).
Les fouilles ont été continuées jusqu'à ces derniers temps et ont toujours donné les mêmes résultats. Les dernières sont dues à un vétérinaire distingué de l'armée d'Afrique,
M. Thomas, dont le nom marque parmi ceux dfî nos savants géologues.
Est-ce de ces chevaux préhistoriques que descendaient ceux de ces cavaliers numides si célèbres dans Thisloire ancienne?
Si nous consultons sur ce sujet M. Piètrement, d'une part, et M. d'Orcet, de Tautre, ils nous diront, comme pour les races que nous avons déjà passé en revue, le premier, que les premiers chevaux venus en Afrique étaient d'origine Mongole et Aryenne, le second qu'ils étaient originaires du pays de Gaux ou de la Manche !
Pour les raisons que nous avons déjà données dans nos premiers articles- et qu'il est inutile de répéter ici, Thypothèse de Torigine autochtone a beaucoup plus de probabilité à nos yeux que celles émises par les deux auteurs cités.
Voici ce que Sirabon {XVI I m. 7j, traduit par M. Piètrement, dit des peuples de la Lybie et de leurs chevaux^ « Leurs cavaliers ne combattent guère qu'avec la lance et le javelot; ils guident leurs chevaux avec une simple corde qui leur tient lieu de mors et les montent toujours sans selle... Au reste, on peut dire que les Maurusii, les Masœsylii, leurs voisins les plus proches, et tous les peuples compris sous la dénomination commune de Lybiens, ont les mêmes armes, le même équipement et en général toutes les mêmes habitudes. Ils se servent tous, par exemple, des mêmes petits chevaux, si vifs, si ardents et avec cela si
dociles, puisqu'ils se laissent conduire avec une simple baguette. On leur passe au cou (pour la forme) un harnais léger, en coton ou en crin, auquel est attachée la bride, mais il n'est pas rare d'en voir qui suivent leurs maîtres comme des chiens, sans qu'on ait même besoin d'une longe pour les tenir en laisse. »
Après la chute de Tempire carthaginois, le nord de l'Afrique, sous le nom de Mauritanie, devint une province romaine des plus florissantes où l'agriculture se développa au point de mériter à ce pays le titre de grenier de l'empire, — ce qui nous étonne aujourd'hui lorsque nous en voyons la plus grande surface aride et désolée, par des sécheresses annuelles. — Mais les études que l'on poursuit sans cesse des restes des anciens travaux de cette époque reculée, nous donnent Texplicatioa de cette énigme : Il n'y a pas quinze jours (c'était le 16 décembre dernier) M. de la Blanchère lisait à l'Académie des Inscriptions un travail très intéressant sur l'aménagement de l'eau courante dans l'Afrique romaine. Ce travail avait pour but, étant donné la réputation de fertilité de l'ancienne provinr^e et les traces d'un peuplement et d'une agriculture qui seraient impossible dans les conditions actuelles, d'étudier le principal moyen par lequel la mise en valeur avait pu être obtenue. L'obstacle capital n'est pas le manijin.' d'eau, mais l'inégale répartition des pluies concentrées toutes dans quelques mois, alois
que les autres sont absolument secs; il en résulte la transformation des ruisseaux en torrents à certaines époques et une sécheresse intense pendant cinq mois. Les anciens avaient remédié à cet inconvénient en couvrant le pays d'ouvrages hydrauliques que M. de la Blanchèrè a étudié et dont il a décrit minutieusement le mécanisme dans son mémoire.
Ce n'est pas seulement la culture des céréales qui était florissante dans l'Afrique romaine, l'élevage, surtout du cheval, était arrivé à un haut degré de prospérité et des haras importants existaient où il n'y a aujourd'hui que des plaines désertes, aux environs de Sousse par exemple.
Dans le voisinage de cette ville ont été découvertes les ruines d'une villa romaine qui, explorées par le 4* bataillon de tirailleurs algériens, sous la direction de son chef, le commandant de Lacombe, un archéologue distingué, a rendu à la lumière de superbes mosaïques dont deux d'entre elles sont extrêmement intéressantes au point de vue spécial qui nous occupe.
La plus remarquable par ses dimensions et au point de vue artistique, est intitulée le Triomphe de Neptune^ elle a 13 mètres de long sur 10 de large, c'est-à-dire 130 mètres carrés et orne maintenant le palais du Bardo ; elle est composée de cinquante-six médaillons représentant chacun une néréide montée sur un monstre marin, et néanmoins toutes différentes
les unes des autres ; elle est d'un aspect saisissant et éminemment décoratif.
Une seconde mosaïque dite « des chevaux », quoiqu'ayant beaucoup moins de valeur artistique que la précédente, nous intéresse davantage à cause de son sujet. Elle orne maintenant la salle d'honneur du 4* bataillon qui Ta découverte. Une reproduction au trait en a été donnée par le Magasin pittoresque — aussi bien que de la précédente — en Tannée 1888, page 211, avec une description détaillée de toutes les deux. La dernière rappelle le goût que les anciens Romains et les Grecs avaient pour les courses de chevaux et l'importance qu'ils y attachaient. Elle est de forme rectangulaire et représente, au centre, un rocher du pied duquel sort une fontaine où viennent se désaltérer divers animaux. Les angles sont occupés par de grands médaillons renfermant chacun un portrait de cheval vainqueur à des courses et que couronne un génie. Leurs noms figurent à côté en grandes lettres capitales. Nous lisons : IPPARCHUS, PATRICIUS, CAMPUS et LEPIDUS. Tous portent moitié sur la feSse droite et moitié sur l'épaule droite le nom du propriétaire au génitif, Sorothi (de Sorothus] et sur la fesse gauche un signe spécial qui doit être la marque particulière du haras.
Grâce à un ami du commandant de Lacombe, nous avons eu entre les mains des photographies de ces deux belles mosaïques,
et, en plus, celles de deux autres complètement inédites dont Tune représente le haras même de Sorothus^ — sans doute le propriétaire romain de la villa en ruines. — Dans une prairie s'ébattent des juments avec leurs poulains ; les bâtiments qui entourent cette prairie sont tous couronnés par des paires de cornes de cerfs, ce qui prouve que Téleveur de chevaux était en même temps un veneur. Enfin, aux quatre angles de la mosaïque figurent aussi de grands médaillons contenant, chacun, deux portraits de chevaux bridés et se faisant face à l'ombre d'un palmier, probablement des étalons , mais aussi des chevaux de course, car ils ont tous des flanelles roulées autour des jambes de devant.
Nous donnons ci-contre le décalque d'un de ces médaillons. Comme on peut voir, ils portent aussi du côté droit le nom de leurs propriétaire et du côté gauche la marque du haras. A côté de chacun d'eux se lit aussi le nom de l'animal : ADORANDUS, CRINITUS.
Bien que rien dans leur voisinage ne puisse servir de terme de comparaison pour apprécier la taille de ces chevaux, on a l'impression qu'ils sont petits et rappellent les chevaux des Lybiens dont parle Strabon ; mais, en raison des soins qu'ils consacraient à l'élevage du cheval, en raison des rapports suivis qu'avaient entre elles les diverses provinces de l'Empire romain, il n'est pas impossible
Pio. 18. — Chevaux de la Mauritanie romaine, décalque d'une photographie d*une partie de mosaïque découverte à Sousse (Tunisie).
qucf les éleveurs africains employassent déjà à cette époque, comme améliorateurs, des étalons syriens. Dans tous les cas ils n'ont pas le chanfrein busqué des chevaux dongolawi, dont nous avons donné le portrait d'un pur spécimen dans notre précédent numéro, et ne leur ressemblent en rien.
Le cheval primitif de TAlgérie, sur le compte duquel les mosaïques de Sousse et de Gherchell nous donnent les premières indications sérieuses, aurait, d'après M. Sanson, pour représentant le plus pur, le cheval dongolawi, et serait originaire des provinces septentrionales de l'Afrique, d'où il se serait répandu en Egypte, dans le centre de l'Asie et jusqu'en Chine. D'après M. Piètrement, au contraire, ce cheval qu'il regarde comme appartenant à son type mongolique, serait, comme nous l'avons déjà dit, originaire du centre de l'Asie et se serait répandu en Syrie, en Egypte et dans tout le nord de TAfrique. On voit que, d'après ces deux auteurs, c'est le même cheval, mais d'origine diamétralement opposée; ayant fait les mômes voyages, mais dans un sens complètement inverse. — Nous ne rappelons ici l'opinion de M. d'Orcet, qui fait venir le cheval primitif d'Algérie du pays de Caux, comme toutes les races de chevaux, que pour montrer à quel résultat on arrive quand on se donne libre carrière dans le champ de l'hypothèse.
En admettant que les chevaux de la Mauritanie constituassent, sous la période ro-
maine, une race à peu près uniforme, différente des races orientales, — ce qui n'est guère probable, si nous considérons Fétat avancé de l'élevage dans le nord de l'Afrique, à cette époque, et l'emploi presque certain d'étalons améliorateurs venus d'autres provinces de l'Empire, — cette pureté de race ne dura pas longtemps, car, dès la fin du vi« siècle, la Mauritanie (1) était conquise par les Arabes, peuple essentiellement cavalier qui amenait des chevaux plus grands, plus forts et plus beaux que les chevaux indigènes et qu'il tint nécessairement à conserver et à propager.
« A la première invasion de l'Afrique par les Arabes, vers l'an 700 de Jésus-Christ, dit le général Morris, la prodigieuse quantité de chevaux qu'amena leur armée (ils avaient plus de soixante-quinze mille cavaliers) détermina entre les races arabe et numide des croisements d'où sortit une espèce de chevaux magnifiques. Cette espèce joignit à la taille et à la légèreté, ce poitrail admirable et ces membres d'acier des Arabes. La croupe s'embellit aussi, car les hanches du cheval barbe sont plus arrondies et les muscles sont plus fournis dans le numide. . . Les deux races ont
(1) Après la conquête des Arabes, la Mauritanie perdit son nom et prit celui de Barbarie ou Provinces barbaresques du nom des Berbères, peuple indigène qui vivait refoulé dans les montagnes. Le nom de Cheval barbe en dérive.
entre elles la plus grande analogie. Le cheval barbe a la tête toute arabe, Tencolure effilée, le garrot élevé, les épaules très développées, le poitrail large, la poitrine d'une ampleur remarquable, les muscles fessiers très fournis et les membres de la plus grande beauté, quoiqu'on puisse leur reprocher un peu de longueur dans les paturons. Voilà la véritable race barbe. »
Depuis l'invasion des Arabes, soumis euxmêmes plus tard par les Turcs, on peut dire que l'importation des chevaux arabes n'a pas cessé, en sorte que la grande majorité des chevaux d'Algérie sont des descendants directs de chevaux arabes plus ou moins modifié par le climat, et que tous les autres sans exception, ont plus ou moins de sang oriental.
« Sous la domination des Turcs et pendant les premières années de notre occupation, écrivait, en 1868, M. Lescot, vétérinaire principal de Tarmée d'Afrique, la population chevaline de l'Algérie était, à n'en pas douter, beaucoup plus nombreuse que de nos jours. On peut encore se souvenir qu'à cette époque, nous avions à redouter même aux portes d'Alger, la nombreuse cavalerie des Hadjoutes, des Beni-Khellil, des Béni Moussa, etc., et que le haut et le bas Chelifif, ainsi que toute l'ancienne province de Titeri étaient peuplés de chevaux.
« Pour conserver et améliorer la précieuse race barbe, les Turcs n'avaient point de haras
proprement dits, mais ils entretenaient des sortes de dépôts d'étalons sur différents points d'élevage, dont ils confiaient la surveillance aux principaux chefs indigènes.
« A ces dépôts, généralement formés d'étalons originaires de Turquie, d'Egypte et de Syrie, ils adjoignaient un certain nombre de juments du pays choisies en vue de renouveler plus économiquement une partie des chevaux destinés à la reproduction. Ils employaient aussi comme étalons des animaux nés en Algérie dans les localités en réputation et provenant toujours de juments qui avaient satisfait aux plus rudes épreuves. Ces dépôts, trop peu nombreux, ne pouvaient sufBre qu'à la saillie de quelques juments de choix, appartenant aux douars les plus voisins, plusieurs tribus étaient obligées d'avoir des étalons particuliers placés sous la direction de leurs chefs ou de leurs marabouts. Ces étalons de tribus n'étaient généralement pas aussi beaux que ceux venus d'Orient, mais ils avaient sur eux l'avantage d'être, toujours mieux en rapport par leur taille avec ce que l'on pouvait attendre de la nature et des produits du sol algérien.
« Pour être admis comme reproducteurs, les chevaux des Arabes doivent avoir donné maintes fois des signes d'une vigueur exceptionnelle C'est donc à des épreuves toujours vaillamment soutenues, à ce véritable critérium de la valeur du cheval, que l'on doit attribuer en grande partie la conservation des
précieuses qualités qui caractérisent la race barbe.
« Les guerres continuelles qui marquèrent les premiers temps de notre occupation ayant considérablement diminué le chiffre de Tespèce chevaline et porté une grave atteinte à la reproduction, par la njort prématurée d'un grand nombre de chevaux et de juments d'élite, ainsi que la perte des produits par des avortements causés par des marches forcées, le Gouvernement français dût songer à relever la race, à rétablir lui même Tancien état de choses. Dans ce but, il créa des haras et plus tard de simples dépôts d'étalons dans chaque province. Aujourd'hui les étalons dits impériaux et ceux dits de tributs^ forment dans leur ensemble un effectif de six cents reproducteurs (1).
« L'objet principal de la création de ces dépôts fut, dès le principe, de combler les vides occasionnés par la perte des reproducteurs, plutôt qu'un moyen de faciliter la multiplication. Déjà donc, à cette époque, la race Qtait sensiblement appauvrie par les troubles que la guerre avait apportés dans Fadministration des tribus, par la pénurie des chevaux aptes à faire des étalons et par l'absence de surveillance dans les accouplements.
c  l'aide des encouragements et de tous les
(i) Les saillies étant en moyenne de 40 par étalon, il 8*en8uit que 24,000 juments pouvaient être saillies d'une année à Tautre.
moyens puissants mais .très onéreux d'amélioration fournis par le gouvernement, la race s'était quelque peu relevée et, jusqu'à ces dernières années, les achats avaient pu suffire pour l'entretien de l'effectif des corps en chevaux de tête destinés à la remonte des otficiers et de la cavalerie de la garde, et en chevaux de troupe pour nos régiments d'Algérie et de France montés avec des animaux appartenant à la race barbe. Mais il faut convenir aujourd'hui d'une chose qui n'est que trop vraie : c'est que l'insurrection de 1864 et les malheureuses années que nous venons de traverser ont porté un coup funeste, mais non irréparable, à l'avenir de la population chevaline. Beaucoup de juments sont mortes de faim, de soif et de misère ainsi que leurs produits, et, sur quelques points, notamment dans la division de Mostaganem, autrefois si riche en chevaux, on évalue le chiffre des pertes à la moitié environ du chiffre des animaux possédés. » (1).
Malgré les encouragements donnés par le gouvernemeat , depuis l'époque dont parle M. Lescot, il faut reconnaître que l'industrie chevaline a continué à décroître, les chefs qui possédaient autrefois de nombreuses et belles juments n'en ont plus que de médiocres ou même n'en ont plus du tout; ils les remplacent
(1) E. Lescot. — Appréciation sommaire des animaux domestiques en Algérie, dans le Bulletin de la Société impériale d'agriculture, !•' trimestre 1868.
par des mulets, des bœufs et des moutons. C'est que le cheval n'est plus de première nécessité comme en temps de guerre et cette situation ne fera que croître avec la civilisation et la création des routes et des chemins de fer. Il est vrai que des colons commencent à se livrer à l'élevage et si nous en croyons certains pronostics que nous tenons de Tun de ces derniers, l'avenir serait au cheval' anglo-arabe ou même l'anglais de pur-sang de petite taille, retourné en quelque sorte au type arabe ; ceux-ci seraient appelés à remplacer Tancien cheval barbe dans un temps plus ou moins éloigne. En attendant, nous allons étudier les diverses variétés ou sousraces qui existent encore de ce dernier.
Nous avons dit et montré que le cheval d'Algérie n'était autre que le cheval arabe plus ou moins pur, plus ou moins modifié par les influences locales etclimatérîquesetque, quoiqu'on en ait dît, l'antique cheval indigène ou autochtone n'était plus reconnaissable à la suite des nombreuses infusions de sang étranger et surtout de sang arabe dont il a été l'objet sans interruption depuis une douzaine de siècles et plus.
Ce qui prouve bien que les différences que l'on constate entre divers chevaux d'^Algérie, réunis comme ils le sont dans un régiment, sont dues à des influences toutes locales, c'est que les vétérinaires de l'armée qui ont séjourné longtemps en Algérie et qui ont parcouru cette province dans tous les sens, re-
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connaissent que tel caractère appartient à telle région et tel autre à telle autre région. Sous ce rapport nous invoquerons particulièrement l'autorité de M. Pâté, qui a passé plus de trente ans de son existence dans notre belle colonie de l'Afrique du Nord et y a obtenu tous les grades de la hiérarchie, depuis celui d'aide -vétérinaire militaire jusqu'à celui de vétérinaire principal de l'armée d'Afrique.
Dans une étude extrêmement intéressante sur les chevaux entrant dans la composition du 4' Chasseurs d'Afrique dont il était vétérinaire en premier, M. Pâté nous donne le caractère des chevaux des trois provinces de l'Algérie (1). En effet, ce régiment, formé après la guerre de 1870, fut remonté en chevaux empruntés à tous les autres régiments de cavalerie d'Afrique, qui se remontaient chacun dans la province où ils tenaient garnison. De là un ensemble nullement uniforme, mais très curieux pour le zootechnicien qui peut embrasser ainsi d'un coup d'oeil toutes les variétés de chevaux que produit l'Algérie. Nous allons résumer les caractères que leur assigne M. Pâté après avoir dit : « Nous sommes bien éloigné de croire que les caractères, plus particuliers à chacune des diverses variétés de la race barbe, ne se retrouvent jamais, à certains degrés au moins et même assez constants par- Ci) Journal de médecine vétérinaire militaire, Paris 1873-74, numéros de septembre et d'octobre.
fois, dans toutes les autres, ou dâus certaines autres variétés de la race; mais ces caractères, sont souvent assez prononcés et se transmettent assez régulièrement pour qu'il devienne assez facile (surtout en considérant les extrêmes), de distinguer, nous ne dirons pas d'une manière bien positive, mais sans trop d'erreur, la provenance ou l'origine d'un cheval donné.
« En dehors des types, il serait très difficile, impossible même, d'arriver à un résultat semblable, tant se confondent entre elles les variétés des barbes qui forment l'effectif des chevaux des régiments. »
Chevaux de la province de Constantine. — Cette variété se distingue des autres par l'élévation de la taille due surtout à la longueur des membres, ce qui les fait souvent paraître minces et grêles, surtout à côté des chevaux de la province d'Oran, puis l'élégance des formes et la légèreté générale. Leur taille varie de 1°*,43 à 1",54 et plus. Les plus beaux viennent du Hodna; ils ont la tête légère, carrée, bien attachée, les naseaux bien ouverts, les yeux grands, saillants, vif s et expressifs; les oreilles quelquefois longues, mais bien portées, à extrémités convergentes. Encolure longue, bien sortie, droite ou rouée, peu chargée de muscles; garrot élevé; crins fournis, soyeux, rarement très épais ; poitrine profonde, souvent bien ouverte surtout chez les petits chevaux; côte peu arrondie, d'autant moins que le cheval est plus élevé;
épaules longues et obliques; avant-bras longs, secs et bien musclés; ventre peu volumineux; tronc plus ou moins cylindrique; croupe horizontale, parfois courte, avec les hanches saillantes, alors la queue est mal attachée mais toujours bien portée dans Taction ; cuisses longues, généralement minces, mais avec des muscles bien dessinés et descendant droit; le jarret large dans toute son étendue, terminé souvent par un étranglement inférieur; canons souvent trop minces avec tendons grêles mais toujours secs et bien dessinés; boulets étroits ; paturons courts, fanons nuls ou à peu près; pieds petits à talons hauts. Ces chevaux, quand ils sont suivis et étoffés, laissent peu à désirer.
Chez les Rhigas se trouve un autre type, plus gros, moins distingué, moins haut, se rapprochant de celui de la province d'Oran.
On trouve encore dans la province de Constantine un type anguleux, décousu, et mal suivi, à charpente volumineuse et à taille dépassant souvent i",54, à oreilles longues et yeux petits et enfoncés, sans expression au repos, mais en ayant beaucoup en action où ils montrent autant de force et de vigueur que les autres.
Chevaux de la province d* Alger. — Ils viennent surtout de la plaine de la Mitidja et particulièrement des tribus des Hadjoutes, des Beni-Khil, des Beni-Moussa, des Hamsa, des Arebs. Ceux du sud viennent de la grande tribu desOuladiNaïl. Ils ont de l'analogie avec
ceux de la province deConstantine, mais moins distingués et moins fins, ils sont cependant supérieurs sous ce rapport à ceux de la province d'Oran; ils sont plus massifs que les premiers, mais moins que les seconds; la tête est plus flne ; moins empâtée que chez ceux-ci; Tencolure plus longue, le garrot assez élevé, les reins d'ordinaire bien attachés, la croupe est courte, plutôt avalée que droite, quelques-uns sont très anguleux. Poitrine habituellement étroite, côte ronde; membres fins et grêles, tendons faibles, jarrets souvent tarés; animaux hauts sur jambe, peu musclés, peu corsés, souvent à aplombs peu réguliers. Taille l'»,45 à 1"»,48.
Chevaux de la province d'Oran. — De tout temps ces chevaux ont joui d'une réputation qui ne s'est jamais démentie. Abd-el-Kader tirait surtout ses chevaux de la subdivision de Mostaganem, de la Mina, de l'Habra et des Flittas. Ces chevaux, avec les caractères de la race barbe, ont un air de famille spécial et bien caractéristique qui permet de les distinguer facilement de ceux des autres provinces. Entre eux on distingue ceux de VOuest ou du MaroCy ceux de VEst qui comprennent ceux de la Mina, du Ghelifi et des Flittas, et enfin les chevaux du Sud.
i^ Les chevaux du Maroc ou de VOueêt sont les plus étoffés de la province; ils sont de t",54 à 1"^,60 et au-dessus. Ils sont en général gros, massifs, à tête commune, longue, busquée, chargée de ganaches, et mal attachée,
les yeux petits et peu expressifs ; l'encolure épaisse et courte ; Tépaule belle, quelquefois un peu droite; le garrot ordinairement empâté ; les côtes rondes, la poitrine large, le rein ordinaire, plutôt long; la croupe large, avalée; les membres forts, souvent empâtés avec des fanons développés ; des sabots gros et des pieds souvent plats, à corne parfois mauvaise , enfin des aplombs souvent défectueux. Ces chevaux sont lourds et beaucoup moins sobres que ceux du reste de la province; ils ont besoin d'être attendus longtemps et alors ils donnent de bons et beaux chevaux d'arme, susceptibles de monter des cavaliers de grand poids.
2^ Chevaux de l'Est, Ces chevaux, qui au commencement de l'occupation française étaient les plus beaux et les meilleurs de l'Algérie et avaient tous les caractères du plus pur sang arabe, ont un peu périclité depuis; néanmoins c'est dans les plaines de la Mina et dans la vallée du Chéliff qu'ils se sont conservés les plus purs. Les chevaux des Flittas n'ont jamais eu la taille et le développement des chevaux du Chéliff, mais ils étaient plus brillants; leur taille était de i°',45 à 1",50. Leur tête petite, légère, bien attachée, était pleine de distinction, les oreilles étaient petites et bien plantées; le front large et carré, le chanfrein droit, les naseaux bien ouverts et les branches de la mâchoire inférieure très écartées. L'encolure était rouée ou droite, bien sortie, les crins
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soyeux et ondulés; la poitrine large et profonde, le flanc court, les reins doubles, la croupe arrondie, un peu avalée ou se rapprochant de rhorizontale, les articulations et les membres beaux et solides. Leurs qualités hi22?ient peu à désirer et ils faisaient d'excellents chevaux d'officiers. Aujourd'hui, malgré les peit.es subies par Télevage, les chevaux des Flittas ont conservé leurs caractères et leur réputation.
3*^ Chevaux du Sud. Les chevaux du sud de la province d'Oran sont très nombreux actuellement dans les régiments, leurs caractères sont les suivants : taille assez élevée jusqu'à i",50 ou 52, hauts sur jambe, sveltes, la tête un peu longue et osseuse, quelquefois busquée, encolure grêle et garrot bien sorti et très haut; dos et croupe tranchants, côte plate, serrés du devant, plus ou moins levrétés, membres souvent longs et très grêles.
Nous terminerons cet article sur la race barbe et ses variétés en disant que la robe dominante est le gris pommelé et que ce n'est presque exceptionnellement qu'on voit des chevaux bais, alezans ou noirs.
Le cheval anglais de pur-eang. — Si l'on réserve le nom de ptir sang aux chevaux de la race qui s'est le mieux conservée sans mélange dès la plus haute antiquité et qui se font remarquer par des qualités exceptionnelles de beauté, de vigueur, de vitesse, ce titre ne peut être appliqué qu'aux chevaux de certaines
familles arabes de l'Yémen, de la Syrie et de la Perse, et aux Nedji en particulier. Mais, par extension on le donne aux chevaux anglais de course parce qu'ils descendent de chevaux arabes et qu'on veille avec le plus grand soin à leur généalogie depuis la création de leur race.
Voici Torigine du pur sang anglais et comment cette race fut créée :
Sous Jacques I«% Charles !•', Charles II et Jacques II quelques essais de croisements des chevaux indigènes avec des chevaux turcs avaient déjà été tentés, afin de fournir des sujets pour les courses qui étaient déjà fort en honneur, mais ce n'est réellement que de la fin du règne de la reine Anne que date la création du cheval anglais de course.
Un superbe étalon, bête remarquable, un véritable Nedji, né dans le désert de Palmyre, fut acheté en Syrie, en 1702, par M. Darley, ce qui lui valut le nom de Darley-Arabian. La beauté, Tardeur, la vitesse sans égale des produits de cet étalon excitèrent l'enthousiasme des Anglais et déterminèrent un véritable engouement pour les chevaux arabes ; on fit venir à grands frais de Perse, de Syrie et d'Afrique d'autres étalons du même genre et une sélection continue pendant une longue suite de générations dans lesquelles on employa toujours et exclusivement le sang arabe, permet de dire que la plupart des chevaux de course anglais sont des arabes purs modifiés par le climat de la Grande-Bretagne.
Au plus fort de la splendeur de Darley^Ara^ bian, un rival surgit tout à coup ; Le bey de Tunis avait offert en présent à Louis XVI un cheval qui fut dédaigné, ce roi n'ayant de goût que pour les courtauds anglais. Négligé, puis réformé, ce cheval tomba de maître en maître et il traînait un tombereau, conduit par un charretier brutal, lorsqu'un jour il fut rencontré par hasard, sur le Pont- Neuf, par M. Coke, gentleman anglais de passage à Paris, qui crut voir en lui les restes d'un beau cheval et Tacheta pour quelques louis. Conduit en Angleterre, il tomba entre les mains de lord Godolphin qui l'employa à son haras, comme boute-en- train. Un jour TétaloQ en titre étant indisposé on laissa le cheval tunisien saillir RoxanCy une superbe jument arabe. Il résulta de cet accouplement un poulain, Lath, qui montra de telles qualités que son père, dédaigné jusqu'alors, fut considéré comme un producteur égal, sinon supérieur à Darley-Arabian. Ainsi commença la fortune de ce cheval qui est resté célèbre sous le nom de Godolphin-Arabian et qui mourut en 1753, à rage de vingt-neuf ans.
Godolphin-Arabian a laissé de nombreux descendants qui ont eu des succès très grands et de toute nature qu'il serait trop long d'énumérer ; nous parlerons cependant du plus fameux, .Eclipse, qui a laissé la réputation du cheval le plus vite et le plus vigoureux qui ait jamais existé. C'était un produit, à la deuxième génération, de la réunion du sang de Darley^
Arabian et de Godolphin-Arabian. Jusqu'en 1771 il courut et ne fut jamais vaincu. A partir de cette époque il fut consacré exclusivement à la reproduction jusqu'à sa mort qui arriva en 1789. Il eut une immense postérité bien que son maître exigeât pour prix de ses saillies jusqu'à 50 livres sterlings, somme qui équivaut à 5,000 francs de notre monnaie actuelle.
Tous les chevaux dits de pur sang descendent plus ou moins directement des trois chevaux célèbres dont nous venons de parler et leur généalogie est soigneusement inscrite au Stud-Book.
Voici, d'après M. Pol de Flaumont, l'histoire ^'Eclipse, le meilleur cheval qui ait jamais paru dans la race anglaise de pur sang ou de Qourse :
C'est sous le régne de Georges III, le roi du sport, que naquit le fameux Eclipse. A celte époque, le goût des courses, qui s'était singulièrement répandu en Angleterre sous son prédécesseur Georges II, devint tout à fait national.
Le 5 avril 1764, Spiletta mit bas, dans les écuries du duc de Cumberland qui ne l'avait achetée que depuis quelques mois, un poulain dont Marske était le père. Il reçut le nom à' Eclipse pour perpétuer le souvenir de l'éclipsé qui eut lieu cette année-là. Il fut le premier produit de Spiletta qui descendait de Godolphin- Arabian par son père Régulus, Quant à Marske, il était fils de Squirt.
A la mort du duc de Cumberland, son haras fut vendu-, le fils de Spiletta fut acheté pour la somme insignifiante de 75 guinéesparun marchand de chevaux de Smithfleld, du nom de Witdman.
Eclipse fut élevé dans les environs d'Epson, A rage de trois ans il avait acquis un développement remarquable, et il eût inspiré à son nouveau propriétaire la plus grande confiance s'il n'eût révélé, en môme temps, un caractère fantasque et capricieux, un des plus grands défauts que puisse avoir un cheval de course.
Pour triompher de cette résistance, Wildman s'adressa à un nommé Sullivan, directeur des écuries du capitaine O'Kelly, l'un des plus célèbres amateurs de courses de cette époque. Ce Sullivan passait pour un charmeur. Il consentit à entreprendre le dressage d'Eclipsé, à la condition que Wildman céderait une part de la propriété d'Eclipsé au capitaine O'Kelly, qui, grâce à cette transaction, devint propriétaire de la moitié du poulain.
Sullivan entreprit le dressage et le mena à bonne fin.
Quand l'entraînement d^Eclipse fut terminé et quelques jours avant sa première course publique, on voulut se rendre compte de sa qualité réelle et on l'essaya contre un des meilleurs chevaux de Fépoque. On commençait déjà à espionner les essais, et le propriétaire d'Eclipsé avait pris toutes les précautions possibles pour tenir secrète l'épreuve qu'il voulait
faire du mérite de son cheval. Il y réussit en partie. Cependant, les espions désappointés rencontrèrent une vieille femme que le hasard avait mis sur le passage des deux chevaux. On lui demanda des renseignements sur ce qu*elle avait vu. « J'ai vu, répondit-elle, un grand cheval à jambes blanches qui courait très vite et, loin derrière, un autre cheval qui cherchait à le rejoindre; mais il n'y parviendra pas, quand bien môme ils courraient jusqu'au bout du monde. »
Eclipse avait cinq ans quand il parut pour la première fois sur le turf d'Epson, le 3 mai 176H. Il gagna la première manche du Pria? des Nobles (4,000 mètres en partie liée), monté par le jochey Whinting, battant avec une grande supériorité Chance, Social, Gower et Plume. Cette première victoire mit tout de suite en relief ce poulain remarquable ; on l'examina avec soin et l'on fut frappé de la régularité et de la puissance de sa conformation.
A la seconde épreuve, les paris en faveur d'Eclipsé se firent dans une proportion de 4 pour 1 .
Le capitaine O'Kelly alla plus loin ; il proposa de placer tous les concurrents ; personne n'osa relever le défi. Il paria alors 100 guinées contre 50, qu'Eclipse arriverait le premier et qu'aucun des autres chevaux ne serait placé. Le pari sembla si étrange qu'il fut bien vite accepté et même renouvelé. Eclipse distança ses rivaux sans faire pour cela trop d'efiorts.
A partir de ce jour, la réputation du fils de
Marske fut faite ; on le citait déjà comme un phénomène.
Cette année -là, il gagna neuf courses consécutives avec la même supériorité. Disons, en passant, que jamais Eclipse ne reçut un coup de cravache ni ne sentit le chatouillement de l'éperon.
L'année suivante, à la première journée de le réunion de Newmarket,le 17 avril, le cheval du capitaine O'Kelly devait se mesurer avec Bucephalus, un illustre jouteur qui n'avait jamais trouvé son maître. Les paris étaient considérables ; le capitaine tenait tout ce que Ton voulait contre son cheval, bien que les proportions fussent écrasantes, — on payait 15 pour 1 en faveur d^Eclipse.
Il n'y eut pas de péripéties, la vitesse d'Eclipsé était un vol. M. Chapuis raconte ainsi le dénouement de cette course :
« Le soleil était tantôt couvert et tantôt apparent ; car le vent, qui s'était élevé, charriait les nuages avec vitesse. Tout à coup, un de ces nuages arrive, et, couvrant le disque du soleil, forme une alternative d'ombre et de lumière qui glisse sur l'hippodrome. A quelque distance du but un rayon lumineux se trouve de front avec Eclipse ; on dirait un défi ; ils s'élancent et tous deux ont atteint le but en même temps. »
Malheureusement pour le pauvre Bucephalus, il n'était pas le rayon lumineux et il n'avait point eu l'honneur de lutter avec Eclipse.
Cet animal incomparable parut tour à tour
sur les hippodromes de Guildefort, de Noltingham, de Lincoln, d'York ; toutes ses courses furent autant de victoires. Oh payait jusqu'à 30 pour 1 pour prendre Eclipse.
A partir de ce jour, aucun turfsman ne voulut engager de chevaux contre Tinvincible coursier. De plus, les bruits les plus malveillants étaients dans l'air et menaçaient l'existence à'Èclipse,
C'est alors que M. O'Kelly devint seul propriétaire du fils de Spiletta; mais avant de le retirer complètement, il voulut le ramener une dernière fois sur le turf. C'était à la réunion d'octobre de Newmarket; Eclipse fut admis dans un Prix de Souscription de 150 guinées. Les parieurs payaient dans une proportion de 70 pour 1. Inutile d'ajouter qn^ Eclipse fut vainqueur ; cette course n'avait été pour lui qu'une promenade.
Le lendemain, il courut le Vase du Roi ; tous ses concurrents s'étaient retirés.
En 1771, commença pour le capitaine O'Kelly une autre branche d'industrie qui ne fut pas moins productive; il fit d'Eclipsé un reproducteur, ne demandant pas moins de 50 livres sterling par saillie (1,250 francs).
Les sommes que cet animal extraordinaire a gagnées comme étalon à son maître doivent être immenses. Dix ans après qu'il avait quitté le turf, on demanda à O'Kelly quel ' prix" il voudrait le vendre. Il répondit d'abord péremptoirement qu'il ne le vendrait à aucun prix que ce soit, puis, réflexion faite, il dit
qu'il le donnerait pour 25,000 livres sterling, une annuité de 500 livres sa vie durant et le privilège de faire couvrir sis juments chaque année. On se récria contre une somme qui paraissait exhorbitante, mais O'Kelly répondit qu'Eclipse lui avait déjà gagné plus de 25,000 livres et qu'il était encore assez jeune pour lui en gagner le double.
Il est de fait qu'il vécut encore dix années, mais ses pieds n'ayant pas été bien entretenus il tomba fourbu ; puis, son état s'aggravant de plus en plus, il devint peu prolifique, et enfin ses descendants perdirent toute valeur.
Il mourut en février 1789, à l'âge de vingtcinq anSy ayant rapporté à son propriétaire 425,000 francs de prix de courses et plus de 400,000 francs comme étalon.
Eclipse laissa après lui une illustre descendance. Ses produits, que Ton peut estimer à trois cent quarante, ont gagnés plus de 4,500,000 francs, sans compter les coupes.
Saint-Bell, le fondateur du collège vétérinaire de Saint -Paneras, dressa un tableau des proportions à'Eclipse^ dans lequel on voit que la hauteur de la croupe était la même que celle du garrot et que la longueur du corps dépassait de trois pouces sa hauteur; il avait une petite tête portée par une encolure qui mesurait une fois et demie sa longueur; il était de grande taille, mesurant environ 1°',65 et sa robe était baie avec quatre grandes balzanes.
a On a beaucoup disputé, dit Youat, auteur
d'une Histoire du cheval anglais publiée en 1845, sur la beauté et les particularités de la conformation à'^Eclipse. Il était bas du devant, c'était le grand reproche que lui adressaient ceux qui ne voyaient pas combien ce défaut de construction était largement racheté par la grande étendue et l'obliquité de ses épaules, la largeur de ses reins, l'ampleur et la belle proportion de ses quartiers (cuisses), le développement, la longueur et la puissance des muscles de ses avant-bras et de ses jambes. »
Au siècle dernier, outre Eclipse, il y eut encore plusieurs chevaux remarquables par leur vitesse et leur fond : ainsi Dash, au duc de Queensberry, qui battit Highlander à lord Barrymore, la distance à parcourir étant de 12 milles; Exotlc qui resta onze ans sur le turf et remporta dix-huit fois le prix; Black-ChancCj qui, à rage de 5 ans, avec un poids de 65 livres (10 stones) gagna le prix à Durham et le prix des Dames à York la même année (1737), puis Tannée suivante, cinq prix du roi! Enfin, les quatre concurrents qui entrèrent en lice à Newcastle sur-la-Tyne : Astbury, Handel, Tarragon et Cedric, dont la lutte est restée célèbre dans les annales du turf; voici le résultat de ce handicap : Dans la première de ces trois épreuves il n'y eut pas de gagnant ; Tarragon et Handel étant arrivés ensemble sur la même ligne, Astbury n'eut que le troisième rang, mais il y avait entre ses compétiteurs et lui si peu de différence qu elle fut difficile à saisir. A la seconde épreuve, l'inspecteur de
la course pria deux assistants de se placer à ses côtés et de Taider de leurs conseils pour voir s'il était possible de se prononcer en faveur de Pun ou de l'autre des chevaux; même impossibilité, tant il y avait égalité de forces. A la troisième épreuve de fond Tarragon et Handel luttèrent l'un contre l'autre jusqu'à ce qu'ils chancelassent sur leurs membres comme s'ils étaient ivres, et c'est à peine s'ils purent porter leurs cavaliers jusqu'au pied de l'échelle. Asthury^ qui s'était reposé après la première course, gagna le prix. Les annales du turf ne peuvent pas fournir un autre exemple d'une lutte semblable dans laquelle les conditions d'âge, de qualité des coureurs et d'épreuves antérieures, étaient aussi bien équilibrées.
A cette époque on ne faisait courir que des chevaux adultes ayant de 5 ans et au-dessus. Le parcours de 4 milles était celui qui était adopté, non-seulement pour le prix du roi mais encore pour les simples gageures, et les chevaux le franchissaient avec une grande vitesse; il arrivait même quelque fois qu'ils dévoraient l'espace avec un élan aussi extraordinaire que celui dont nous sommes témoins aujourd'hui dans nos courses de 1 mille 1/2.
Et cependant, les chevaux qui subissaient ces épreuves n'en éprouvaient aucun accident et ne se ruinaient pas prématurément puisqu'on les voyait rester sur le lurf des dizaines d'années et même plus.
« Que sont aujourd'hui nos chevaux de
course? disait, en 1845 Youatt (1), à qui nous empruntons les détails ci-dessus. Ils sont plus rapides, nous n'en disconvenons pas, ils sont plus longs, plus légers, encore bien musclés, quoiqu'à cet égard ils aient perdu beaucoup de leurs qualités d'autrefois. Ce sont des animaux aussi beaux qu'il est possible de les désirer, mais la plupart sont rendus avant que la moitié de la course soit achevée, et sur quinze ou vingt il n'y en a que deux ou trois qui restent en pleine possession de leur énergie.
« Puis, que deviennent-ils une fois la lutte achevée ? Dans ces rudes courses des premiers temps, le cheval se représentait dans l'arène sans qu'aucune de ses facultés eût souflert la moindre atteinte, et pendant une longue série d'années il était prêt à entrer en lutte contre ses rivaux. Aujourd'hui, une seule course comme celle de Derby rend le gagnant incapable de courir jamais, et cependant la distance est seulement de un mille et demi. Celle du Saint-Léger est encore plus dommageable pour le vainqueur, quoique la distance soitde moins de deux milles.
a Aujourd'hui, lorsque la course est achevée et que quelques gros enjeux ont élé gagnés, l'animal vainqueur est emmené de l'hippodrome, les flancs déchirés par l'éperon, le ventre ruisselant de sueur, les tendons forcés, et c'est une chance rare si jamais on entend encore parler de lui, ou si l'on y pense : il a
(1) Histoire du cheval anglais.
rempli le but pour lequel on Tavait élevé, et tout est dit.
« Et par quelle aberration tout cela s*est*il accompli? Comment se fait-il que des hommes honorables et plein d'habileté aient conspiré ensemble pour altérer le caractère du cheval de course et, par son influence, celui des races anglaises en général ? Ce n'est pas le fait d'une conspiration : c'est la conséquence de la marche naturelle des choses Le cheval de courses du commencement et môme du milieu du dernier siècle, était un puissant animal aux formes élégantes, qui avait autant de vitesse qu'on peut en désirer, et qui joignait à cela une puissance d'action inépuisable. Celui qui élevait des chevaux pour le turf, à celte époque, pouvait avoir Fintime conviction que l'animal avec lequel il espérait accomplir un dessein, rendrait en même temps d'utiles services à son pays; mais en se proposant de faire des chevaux capables de gagner des prix, il fut naturellement conduit à essayer d'ajouter un peu plus de vitesse à la puissance d'action. Cette tendance à alléger produisit Mamhrino, Sweet- Briar et d'autres qui avaient perdu un peu de la compacité de leurs formes, qui étaient débarrassés d'une partie de leur éloffè» mais sans avoir perdu de la capacité de leur poitrine, ni de leur puissance musculaire, ni de la force de leurs membres : la vitesse de ces animaux s'était accrue sans que leur vigueur fut en rien diminuée.
« Mais on ne s^en tint pas là. On essaya
d'obtenir encore plus de vitesse et on y réussit, mais cette fois ce ne fut pas sans amoindrir le degré de la puissance d'action. Tels furent Schark et Gimerack chez lesquels la vitesse fut augmentée aux dépens de la force. Il est facile de comprendre maintenant quelle a dû être la conséquence dernière de ce système.
« La conséquence de ce système a été la création d'un cheval aux formes allongées, aussi beau que ses prédécesseurs, sinon plus, mais laissant voir aux yeux du véritable con* naisseur, des muscles moins développés, des tendons moins saillants, un garrot plus tran* chant, mais couvert de muscles moins puissants. La vitesse fut portée au degré le plus extrême qui ait jamais pu être rêvé, mais le fond, la force de résistance à la fatigue, Vendurance fut incroyablement diminuée. On ne tarda pas à en avoir la preuve. Les chevaux de nouvelle création ne purent parcourir la distance que leurs prédécesseurs franchissaient avec tant de facilité. Les longues épreuves tombèrent de mode, on les qualifia avec trop de vérité, hélas! de dures et de cruelles et force fut bien de raccourcir de moitié les distances consacrées aux épreuves ordinaires. »
Notons que c'est un Anglais qui fait ainsi le portrait du cheval anglais de course moderne, et les choses n'ont guère changé depuis Youatt.
On a cherché à réagir contre l'abus des
courses à courtes distances et à un âge trop tendre, et le Jockey-Club anglais a été saisi de cette question et d'autres touchant à Tamélioration du pur sang. Mais malgré les avis variés publiés dans les journaux spéciaux par nombre d'experts en la matière, nous ne sachons pas que ces questions aient fait beaucoup de chemin.
Néanmoins, Tindustrie de Télevagc du pursang ne paraît pas près de péricliter en Angleterre. Le nombre des poulinières sur lequel il a été fourni des renseignements pendant ces dernières années s'est élevé à 3,341 en
1885, à 3,561 en 1888. En 1885, on a enregistré les naissances de 2,080 produits et en 1888 celles de 2,210, sur lesquelles il y avait 1,141 pouliches et 1,069 poulains.
L'exportation du pur- sang anglais suit une marche ascendante. Le XVI* volume du Stud- Book, qui comprend les quatre années 1885,
1886, 1887, 1888, contient les noms de près de mille chevaux qui sont partis pour l'Amérique du Sud qui est maintenant le grand débouché des éleveurs anglais.La France occupe toujours, comme importation, une place considérable, moins grande toutefois que PAllemagne. Les colonies anglaises achètent peu de chevaux à la mère-patrie : trois seulement ont été exportés en quatre ans en Australie, bien que les courses aient pris une grande extension dans ce pays ; l'Afrique n'en a pris que 8, et l'Inde 144, dont 99 étalons. L'exportation en France se composait de 98 mâles et 190 femelles,
mais quelques-uns des premiers sont revenus en Angleterre ayant été loués seulement pour la monte.
L'Angleterre importe toujours des chevaux arabes, comme en témoigne son Stud-Book, et un nombre assez considérable de ces chevaux ont été introduits dans le pays par M. Blount, de Crobbet-Parck, qui s'occupe depuis longtemps de Tacclimatation de la race pure en Angleterre. Un club spécial vient même de se fonder de Tautre côté de la Manche dans ce but.
Des détails assez curieux se lisent dans le Stud-Book en question, touchant la provenance et Torigine de quelques uns de ces arabes : une poulinières nommée Basilisk est est inscrite comme issue d'une jument blanche volée à la tribu Ibn-Ed-Derri ; une autre a été acquise moyennant 44 chameaux, plus une somme de 2,500 fr, et des cadeaux ; une troisième, enlevée au cheik Sotamm, par Ibn Sharban, avait été précédemment la cause d'une vendetta entre Sotamm et un de ses parents; une autre a été donnée par le Kédive à M"* Layard, femme de l'ancien ambassadeur britannique à Gonstantinople, et importée par elle en Angleterre.
D'autres chevaux étrangers de race noble viennent aussi dans le royaume britannique, et les importations des JEtats-Unis et de la France sont assez nombreuses; mais, à moins d'avoir eu des produits, ils ne figurent pas au Stud-Book. C'est pour cette raison que le nom
de Plaisanterie, qui n'a pas eu le temps, depuis son arrivée à Sledmare, de donner un poulain, n'est pas mentionné dans ce volume.
Les chevaux de pur-sang français. — L'élevage du cheval de pur-sang en France qui a pour souche originaire des chevaux d'Outre- Manche, rivalise de nos jours avec l'élevage anglais, à ce point, que nos champions battent couramment les chevaux anglais sur notre champ de course de Longchamps, et même vont les battre chez eux. comme l'ont fait Plaisanterie en 1885 et Ténébreuse en 1888, dans les prix du Czarewitch et du Gambridshire.
L'élevage du pur-sang en France date de 1833, époque de la fondation de la Société d'enconraLgemeni (Jockey-Club), à l'instigation de lord Seymour, noble anglais parisianisé. Voici l'exposé que publia cette Société pour ses débuts :
c Les soussignés, frappés de la décadence de plus en plus croissante des races chevalines en France, et jaloux de contribuer, en les relevant, à créer dans ce beau pays un nouvel élément de richesse, se sont réunis pour aviser aux moyens d'y parvenir.
« Il ne leur a pas été difficile de constater les causes du mal; sans les énumérer, une entre autres méritait leur sérieuse intention. Le manque d'encouragement accordé aux éleveurs de pur-sang, réduit depuis longtemps cette industrie à l'inaction et à la stérilité ; et cependant, rien n'importait plus que de la
secourir et de lui donner tous les développements imaginables, car elle seule peut parvenir à doter la France et à l'affranchir enfin un jour du tribut annuel qu'elle paye aux étrangers. C'est donc à la propagation des races pures sur le sol français qu'ont dû tendre particulièrement les efforts des soussignés.
« Depuis longtemps des théories arbitraires servaient de guide à nos éleveurs; on avait procédé sans succès à des essais de toute nature, à des combinaisons, à des croisements de tout genre pour améliorer nos races, et le Gouvernement n'avait pas été plus heureux que les particuliers dans ses recherches.
a Cependant la paix, en rendant plus fréquentes nos relations avec l'Angleterre, nous permit d'étudier plus attentivement les principes qui la dirigent dans l'art de produire et d'élever les chevaux; quelques esprits^ observateurs que n'arrêtaient pas des routines insensées, ou d'étroites considérations, n'ont pas tardé à acquérir la conviction que les succès de l'immense majorité de nos voisins d'outre mer, dans celte branche d'industrie, devaient s'attribuer surtout à llnfluence des courses, qui, alimentées par des chevaux de race, faisaient refluer continuellement le sang pur dans la circulation et amélioraient de cette manière, de plus en plus, chaque année, la population chevaline, par l'intervention de ces croisements salutaires.
« Il était tout simple alors, profitant des
observations recueillies en Angleterre depuis longues années de s'approprier une expérience acquise, en important chez soi des méthodes éprouvées, sans perdre de temps à chercher à faire mieux, car on ne pourrait raisonnablement espérer les surpasser.
a II y a néanmoins, il faut le croire, bien delà difficulté à déraciner en' France certains préjugés, puisque nous sommes forcés de reconnaître que toutes les vieilles préventions contre les procédés anglais, et en particulier contre les courses de chevaux, ne sont pas encore évanouies.
« Il est facile de voir, en effet, à la modicité des prix de courses fondées par le Gouvernement, combien peu Tadministration des haras semble accorder d'importance à ces épreuves, et pourtant, il est impossible de le nier, l'opinion publique paraît en progrès sous ce rapport. Il existe un besoin général de donner aux courses une plus grande impulsion ; ce besoin se fait sentir tous les jours davantage et la Société n'est ici que l'organe de toutes les personnes éclairée?, en déclarant qu'elle regarde les courses comme le moyen d'amélioration le plus capital qu'on puisse employer. »
Ont signé ce manifeste les membres fondateurs : MM. Caccia, comte de Gambis, Delamarre, comte Demidoff, Fasquel, Gh. Laffitte, Ernest Leroy, chevalier Machado, prince de la Moskowa, de Normandie, de Rieussec, Lord Seymour.
Les moyens qu'employa le Jockey-Club
pour atteindre son but furent de rendre les courses fréquentes, d'y intéresser, d'y appeler le public, d'engager le Gouvernement à augmenter la valeur et le nombre des prix, enfin de fonder elle-même les plus importants. Elle partagea d'abord avec l'Administration des haras le droit de donner les courses sur les hippodromes de Paris, de Versailles et de Chantilly; plus tard cette administration y renonça complètement et les commissaires de la Société d'encouragement dirigaient seuls toutes les courses de la capitale et des succursales; ils distribuaient tous les prix^ même ceux que fournit l'Etat. Comme on voit, le Jockey-Club était devenu une puissance officielle. A la suite d'une loi récente, le ministère de l'agriculture et l'administration des Haras ont été investis de nouveau du droit de contrôle sur les courses et sur les hippodromes qui ne peuvent être ouverts sans leur autorisation.
A l'imitation de la Société d'encouragement se sont fondées, en province, de nombreuses Sociétés de courses dont quelques-unes, celle de Bordeaux, par exemple, sont devenues très célèbres, et enfin, à Paris même et à ses côtés se sont fondées successivement celle des steeple-chases, celle pour l'encouragement du cheval de demi-sang, la Société du sport de France et tout récemment le Trotting-Club de Paris, qui a pour but de favoriser et de développer l'emploi et l'élevage du demi-sang trotteur en France.
Les chevaux de pur-sang français ont leur Slud-Book depuis 1832, qui est rédigé sous la surveillance d'une commission présidée par le Ministre de l'Agriculture. Grâce à eux, nos races légères de Normandie, de Bretagne, de TAnjou et de la Vendée, ont été reconstituées et très améliorées, et elles fournissent maintenant de remarquables sujets aux équipages de luxe et à notre cavalerie de ligne.
Les principaux établissements d'élevage de chevaux de pur sang en France sont :
Le haras de Dangu prés de Gisors, fondé par le comte de Lagrange ; le haras de Victol, en pleine vallée d'Auge, fondé par Alexandre Aumont; le haras de Martinvast, prés de Cherbourg, à M. le baron de Schicicler; les haras de Viroflay et de Vaucresson, dans la banlieue de Paris, qui appartiennent maintenant à M. Lupin; le haras de Gheffreville, près de Fervacques, à 15 kilomètres de Lisieux, à M. le comte de Berteux ; le haras de Chamant, près de Chantilly, à M. Lefèvre ; le haras de Bois-Roussel, à quelques lieues d'Alençon, au comte Rœderer; le haras de Villebon, près Palaiseau, succursale de celui de la Celle- Saint Cloud, entre Vaucresson et Versailles, à M. Edmond Blanc j le haras de Lonray, près d'Alençon, récemment encore à M. Pierre Donon ; le haras de Meautry, entre Pont TÉvêque et Trouville, à M. de Rothschild.
Outre les grands éleveurs dont nous donnons les noms ci-dessus, les propriétaires de
chevaux de courses qui font courir en France sont au nombre de plus de deux cents.
Les chevaux de course célèbres sortis depuis cinquante ans des diQérents établissements dont nous avons parlé sont si nombreux que nous nous contenterons de citer Fille-del'Air, Vermout et Gladiateur, et quelques noms des plus modernes : Plaisanterie, Saxifrage, Atlantic, Xaintrailles, Jouvence, Upas, Tristan, Vigilant, Nubienne, Energy, Le Destrier, Strachino, Le. Sancy, Le Torpilleur, Glover, Vasistas, Stuart, Ténébreuse, Alicante Bayadère, etc., etc.
Nous allons terminer cet article, par quelques renseignements très succincts sur la pratique des courses et sur les champs où elles ont lieu aux environs de Paris.
D'abord il y a quatre genres de courses :
La course plate qui a pour champ un terrain parfaitement plat, nivelé et gazonné (turf est un mot anglais qui signifie gazon). Les chevaux y suivent une piste qui est indiquée par des poteaux reliés par une corde. Le parcours n'est pas inférieur à 1,500 mètres et ne dépasse pas 6,200 mètres.
La course de haies ne diffère de la course plate que parce que la piste est entrecoupée de haies mobiles de 100 à 120 centimètres de hauteur, qui doivent être franchies par les chevaux sans ralentir leur train
Le steeple-chase a une piste entrecoupée no/fx seulement de haies, mais de murs, de barrières, de fossés, avec ou sans eau, bordés ou
PiG. 21. — Vermout (d'après une photographie).
iqueur du Graod-Prix de Paris en 1864; grand -père de Vasistas, vainqueur du Grand-Prix de Paris en 1 qui lui ressemble trait pour trait.
non de haies d'un côté, enfin de monticules rapproctiés de manière à constituer ce qu'on appelle la banquette irlandaise.
Enfin la course au trot dans laquelle les chevaux doivent conserver cette allure, soit montés, soit attelés.
Les courses peuvent être simples ou en parties liées.
On distingue encore les courses suivantes :
Courses ordinaires auxquelles, d'après l'article 13 du règlement du 30 janvier 1862, ne peuvent prendre part « sauf, conventions contraires, que les chevaux entiers et juments, nés et élevés en France jusqu'à l'âge de deux ans, dont la généalogie est inscrite au Stud^ Book, soit français, soit anglais, ou qui ne sont issus que d'ancêtres dont les noms s'y trouvent insérés. »
Courses d'épreuves^ pour les jeunes étalons de pur sang de deux, trois et quatre ans (courses plates) ; pour les jeunes étalons de demi-sang de trois et quatre ans (courses d'obstacles) ; pour les jeunes étalons demi-sang carrossiers (courses au trot, montés ou attelés) ; pour les pouliches primées de trois ans (courses au trot) ; pour chevaux hongres ou juments de quatre à cinq ans (courses au trot seuls ou attelés.)
On appelle omnium les courses où sont admis tous les chevaux au-dessus de trois ans, quel que soit leur âge.
On appelle handicap la course où sont admis des chevaux de tout âge et de toute
qualité, à charge d'accepter un poids que leur impose un commissaire handicap^ur dan.s le but de rendre les chggicçs parfaitemTOt égales,
La poule d'essai et la poule des produits sout des courses dont le prix est augmenté des entrées payées par chaque cheval inscrit pour courir.
Ge3 prix sont disputée par des poulaioj» de trois ans qui sont engagés avant leur aaissaace. Les distances sont de 1,600 à 2,000 mètres.
Voici maintenant l'énumération des hippodromes parisiens et suburbaine et les noms des Sociétés qui les exploitent :
Les hippodromes de Longchamp?, de Chantilly et de Fontainebleau, sont à la Société d'encouragement, ou Jockey-Club, qui y donne exclusivement des courses plates; les hippodromes d'Auteuil et de la Çroix-de-Berny, à la Société des Steeple-Chases (course d'obstacles) ; l'hippodrome de Vincennes à la Société pour V amélioration du demi-sang (courses plates d'obstacles ou au trot) ; les hippodromes de Saint-Ouen, Maisons-Laflue, La. Marohe, Bnghien, le Vésinet, à la Société sportive d'encouragement \ l'hippodrome de ColombeSi à la Société des courses de Colombes ; l'hippodrome d'Achères, à la Société de Saint-Germain; l'hippodrome de Compiègne, à la Société de Çompiègne.
La Société du Sport de France n'a pas d'hippodrome particulier et fait courir, tantôt à Vincennesy tantôt 9^ Saint-Germain.
Enfin chacun de nos départements a au moins un champ de courses puisque le nombre des hippodromes qui sont fréquentés par des chevaux français s^élève au chiffre de plus de deux ceat soixante, au nombre desquels il y en a une diiaine d'étrangers, belges ou anglais
Nous allons compléter les rénfteig&emènts que nous venons de donner sur Pélevage du pur-sang en France en signalant quelquesuns de ses plus beaux produits et en montrant Tétat actuel de cet élevage.
Peu de chevaux ont eu une carrière aussi longue et âusâi heureuse que Le Sancy ; bien peu fùi^iit aussi populaires. Dès le jour de ses débuts àDeauville en 1086, tout attirait sur lui l'attention : sa belle apparence, la confiance de son écurie, sa parenté avec Escarboucle, enfin cette robe grise, héritage de Strathconan dont on a parlé dans le monde entier. Aussi le prenait-on couramment à 2/1 le jour de ses débuts dans le Prix de Yillers, bien qu'il n'y eût pas moins de treize partants. Cette confiance ne fût pas justifiée, Le Sancy arriva seulement troisième derrière Frapotel et Saint-'Luc^ après avoir fait preuve dans la lutte finale d'une mollesse qui trahissait, ou bien un regrettable défaut d'énergie, ou une préparation insuffisante; aussi* lorsqu'il vint le surlendemain disputer le Prix de Deux Ans, ne songeait-on plus guère au brillant favori de Tavant-veille. Il partit fort délaissé à 14/1, parut un ins-
tant très menaçant, puis ^'éclipsa tout d'un coup.
Il est à noter que Le Sancy a bien vengé, sur le même hippodrome, les deux échecs qui marquèrent ses débuts sur le turf.
Il n'y est pas revenu en 1887, mais pendant les trois autres années de sa carrière (1888 à 1890), il y a gagné :
Trois fois le Prix Guillaume-le-Gonquérant ;
Une fois le Prix des Dunes ;
Deux fois le grand Prix où il est, de plus, arrivé second en 1888 à une encolure de Galaor.
La carrière du Sancy peut se résumer ainsi :
Ea 1886
4 courses
1 prix