YI. — LES RACES FRANÇAISES
Historiqae. — Nous avons déjà dit qu'aux âges préhistoriques, après la période glaciaire, le territoire, qui fut plus tard appelé la Gaule, était habité par une multitude de chevaux sauvages qui formaient, avec les rennes, le principal aliment des populations de l'âge de pierre, et que, dans la station préhistorique de Solutré (Saône-et-Loire), l'emplacement
occupé par les foyers d'haLilalioQS est coaiiHie encadré par une large et épaisse bocdure d'ossements de chevaux, dont ramoncellement, estimé à plus de quarante mille individus, — d'autres disent cent mille—, ne s'explique que par le rejet de ces os à la suite de repas pendant une longue série d'anaées
Les cités lacustres, postérieures à l'époque du renixe, en Suisse et dans les Pyrénées, ont aussi rendu les restes de chevaua; d'une race plus petite que ceux de Solutré (Lehon).
Jusqu'au xvi» siècle de notre ère, les chevaux sauvages ont existé dans notre pays et sont signalés par les divers bistoriena qui se sont succédé depuis l'antiquité jusqu'à cette époque (1),
Polybe signale la présence de chevaux sauvages dans les Alpes centrales, mais ils paraissent avoir cessé d'exister dans la plus gyande partie des Gaules du temps de Cçsar qui n'en fait aucune mention.
Un siècle environ après Gésar, Pliuo nous montre des troupeaux de chevaux sauvages errant en compagnie des urus et des bisons dans les forêts de l'Europe septentrionale (2).
Dans un tableau synoptique fort curieux
{\) Nous empruntons ce qui va suivre sur les chevaux sauvages dans notre pays à l'intéressant travail de M, de Noirmont sur Les Animaux de l'Ancienne Gaule^ paru dans la Revue Britannique, en 1889.
(2) Septentno fart er equorum groges ferarum (Bist ani.y lib. VUI, cap. xvi).
des races de chevaux, R. Froriep en signale deux comme ayant existé à l'état sauvage dans le nord de TEurope :
!• Le cheval noir à poil crépu qui aurait habité les Alpes, le Jura, les Ardennes, les Vosges, les grandes forêts de la Germanie, les bords du Rhin, de TEscaut, de la Meuse, les contrées Scandinaves jusqu'en Tartarie où il existerait encore chez les Baskirs. De ces chevaux, à la suite des temps, seraient descendus, en se modifiant beaucoup, les lourds chevaux noirs des Flandres, de la Frise et les races améliorées de Normandie, de Glydesdale, du Holstein, de Suisse et de Styrie. Froriep attribue à ce éheval sauvage les caractères suivants : noir mal teint, nez de renard, poil légèrement crépu, grosse tête, encolure épaisse, épaules chargées, garrot bas, rein plongé, flanc étroit, crins abondants, jambes fermes.
2* Le cheval bai à raie de mulet, plus petit que le précédent, qui existerait encore à l'état sauvage en Asie et dans le nord et Test de l'Europe. Les descendants de cette race seraient les petits poneys des Kalmouks et des Cosaques qui auraient peu changé même au point de vue de la taille, les chevaux de rUkraine, de Podolie, de Lithuanie, de Pologne, de Prusse, de Transylvanie, de Hongrie, de Dalmatie, de Norvège, d'Irlande, d'Ecosse, des Schetlands et ceux de la race perfectionnée des trotteurs russes et des Galloways. Froriep attribue pour caractères
à ces chevaux sauvages, gui parcouraient aux siècles passés les forêts des Vosges et des Ardeones, d'avoir uue tête petite et carrée à expression sauvage, une longue crinière noire et des jambes noires avec un fond fauve. M. Gérard croit avoir trouvé la preuve de Texistence du cheval sauvage en Austrasie dans un vers de Fortunat :
Nec mortem differt ursus, onager aper.
Cet onagre, animal qui n'existe qu'en Asie et en Afrique, est pour lui un cheval sauvage :
« Quand Fortunat, qui avait visité les rois mérovingiens dans TAustrasie et assisté aux chasses qu'ils faisaient dans leurs domaines, parle de l'onagre, on voit clairement que ses yeux ont été frappés par la présence d'un grand animal sauvage appartenant au genre cheval < t qui se laissait poursuivre dans les chasses princières comme tous les autres animaux farouches connus dans les Vosges.
« Ce solipède inculte, à poil crépu, à l'humeur sauvage, à la taille réduite, à la crinière épaisse, touffue et désordonnée, ne s'est point peint à son imagination avec le caractère du cheval cultivé par la domesticité, mais a glissé à travers les exagérations de la rhétorique et les libertés de la poésie jusqu'à limage de l'onagre (1).
Cette ingénieuse conjecture a d'autant plus
(1) Faune historique de V Alsace^ page 281.
de vraisemblance que le cheval sauvage de la plus petite espèce, décrit par Froriep, fait penser au Dschiggetai {Equus hemionus) et à la race primitive observée par Prjevalski, qui s'est maintenue jusqu'à nos jours à Tétat libre dans les déserts de la Dzoungarie, comme nous Tavons vu au commencement de ce travail, et qui semble, au dire de ce voyageur, former la transition entre Tâne et le cheval domestique. C'est sans doute le prototype de ce dernier, si profondément modifié par les soins prolongés que l'homme lui a prodigués (de Noirmont).
Ce qui est certain, c'est que, dans son livre des Bénédictions, écrit au commencement du XI* siècle, Eckart cite la chair du cheval sauvage comme un aliment agréable :
a Sit feralis equi caro dulin in cruce Christ. »
M. Gérard, après avoir assimilé l'onagre de Fortunat à un petit cheval indépendant et sauvage, ajoute que ce derriier animal s'est maintenu, jusqu'au xvi« siècle, dans les déserts forestiers du bas Wosgan (les basses Vosges) et que la remarque d'Albert-le-Grand, sur le pelage gris avec raie de mulet des chevaux sauvages des Alpes, était un trait de plus qui pouvait les faire passer pour des onagres aux yeux d'un naturaliste aussi complaisant que Fortunat.
A l'appui de cette assertion, M. Gérard cite un passage curieux d'un traité publié en 1593, par Elisée Rœnlin, médecin-physicien de la
ville libre de Hagueuau, qui allesie lormellement ce fait singulier :
« Parmi les animaux qui se rencontrent dans les Vosges, il faut aussi remarquer, ce qui serait une merveille dans beaucoup de pays, les chevaux sauvages; ils se tiennent dans les forêts et les montagnes, pourvoyent eux-mêmes à leur entretien et se reproduisent par toutes les saisons. En hiver ils cherchent un abri dans les rochers, se nourrissent comme le gros gibier, de genêt, de bruyères, de branches d'arbres. Ils sont plus farouches et plus sauvages que ne le sont les cerfs en bien des contrées et ils sont aussi difficiles à prendre que ceux-ci. On s'en rend maîtres comme des cerfs au moyen de lacets. Quand on parvient à les apprivoiser et à les dompter, ce quifest un travail long et difficile, on obtient des chevaux de la meilleure qualité, semblables aux chevaux espagnols et turcs ; sous plusieurs points de vue, ils leur sont supérieurs, par la vigueur du tempéramment, la dureté des mœurs et la frugalité. »
L'origine de la domestication du cheval en France se perd dans la nuit des temps. Cependant, elle paraît postérieure à celle de nos ruminants En effet, les fouilles des habitations lacustres de Tâge de pierre, qui prouvent, d'après Rutimeyer, que quelques espèces animales étaient déjà domestiquées, ou, dans tous les cas réunies en parcs d'approvisionnements, ne donnent encore aucun renseignement sur l'asservissement du Cheval; bien
mieux, on ne trouve plus ses os dans les restes de cuisine ce qui indique que sa chasse même était abandonnée, et que le Chien, le Bœuf, le Mouton et la Chèvre, devenus les hôtes de l'homme, étaient ses pourvoyeurs de viande fraîche : il ne s'exposait plus à chasser les grands pachydermes ou ruminants sauvages qui, auparavant, fournissaient les éléments de son alimentation.
Il faut arriver jusqu'à l'âge du bronze pour avoir des indices de la domestication du Cheval : à partir de cette époque, on trouve souvent le Cheval et son cavalier réunis dans le même tumulus.
On a l'habitude de dire que ce sont les émigrations aryennes qui, dix-huit siècles avant notre ère, seraient venues constituer la race celtique et nous apporter l'usage des métaux, qui nous auraient en même temps amené le Cheval tout domestiqué; mais comme ces émigrations sont maintenant fortement révoquées en doute, il s'ensuit que l'hypothèse de l'arrivage de Chevaux asiatiques domestiques, au commencement de notre histoire, n'a plus guère de valeur.
Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que Tavoine, ce pain du Cheval domestique des régions tempérées et septentrionales, ne s'est pas trouvée dans les fouilles des habitations lacustres de l'âge de pierre, qui pourtant ont fourni le froment, l'orge, le lin, aussi bien que les pommes, les poires et les prunes ; celte graine n'apparaît qu'avec les mélaux, en
compagnie du seigle et du chanvre ; on s'est autorisé de ce fait pour dire qu'elle nous a été apportée d'Orient par des hommes qui savaient dompter les chevaux ; mais s'ils ont pu amener avec eux du plateau central de TAsie leur pays d'origine, des Chevaux de cette contrée, ils ont certainement réduit à la domesticité les Chevaux sauvages indigènes, bien plus nombreux et avec lesquels ils remplaçaient leurs montures au fur et à mesure de leur extinction; rien n'empêche non plus d'admettre qu'ils aient pu croiser les uns avec les autres. Par conséquent, il ne resterait aucune trace de ces Chevaux asiatiques en question, même en admettant leur arrivée dans nos pays à cette époque reculée.
Les races de Chevaux qui existent actuellement en France ont néanmoins plusieurs origines : à côté de races certainement autochtones, et dont la taille et les formes ont été modifiées par les progrés de l'agriculture, s'en trouvent d'autres amenées à diverses époques par les envahisseurs qui se sont successivement rués sur notre pays ; mais l'influence du sol et du milieu, aussi bien que les croisements avec les races indigènes, les ont modifiées au point qu'il est tout à fait impossible de les reconnaître ; il n'y a que les races de Chevaux importées à une époque relativement récente et qui sont l'objet de soins continuels, qui ont conservé leurs caractères ; quant aux autres, elles ont subi l'influence des milieux, au point qu'elles ont acquis tous les caractères
des races du pays. Ainsi il n'est ])as possible, suivant nous, de faire remonter Torigine de telle ou telle race soit à l^invasion des Romains, des Francs, des Arabes, soit aux croisades ; un peu d'histoire va le démontrer.
Aussi loin que Ton puisse remonter dans rhistoire écrite de notre pays, on voit que les chevaux sont extrêmement abondants en Gaule et que la cavalerie y fait la principale force des armées (Strabon, Géographie, lib. iv, cap. m) . Veut on savoir pour quelle proportion comptait l'élément cavalerie dans ces immenses armées de valeureux Gaulois devant qui tout pliait, Etrusques, Romains, Grecs, Macédoniens, Perses, etc.? L'armée celtique qui écrasa Sosthène et la phalange macédonienne, l'an 280 avant Jésus-Christ et qui pilla le temple de Delphes, se composait de cent cinquante mille fantassins et de soixante mille cavaliers sans compter les innombrables chariots qui transportaient les femmes, les enfants et les valétudinaires (H. Martin, Histoire de France, quatrième édit., II, p. 26) ; ainsi il y avait deux cavaliers pour cinq fantassins, c'est-à-dire trois fois plus que dans les armées actuelles. Pausanias (Phocide^ xix, 10, 11), parlant des anciens Gaulois qui avaient pénétré jusqu'à Delphes, dit : « Chacun de leurs cavaliers avait avec lui deux écuyers aussi à cheval; lorsque la cavalerie avait engagé le combat, ces écuyers se tenaient derrière le corps d'armée soit pour remplacer les cavaliers tués, soit pour donner leur cheval à
leur compagnon s'il perdait le sien, soit pour remplacer celui-ci dans le cas où il était blessé, tandis que l'autre écuyer remportait hors de la mêlée... Leurs armées traînaient après elles une multitude de chariots même dans les expéditions les moins importantes. »
La cavalerie gauloise avait tant de réputation que c'était à qui se l'adjoindrait : Annibal en avait à Cannes et à Trasiméne, et l'histoire a constaté que c'est aux troupes gallokymri ques qu'il dut la victoire. (D'Hallwin, Les Deux Yeux de VHistoire.) Dans la guerre de Jules César contre Arioviste « la cavalerie était composée presqu'en totalité d'auxiliaires gaulois. » (Jules Cjésar, Commentaires,) Et dans celle qui décida du sort de la Gaule, ce n'est qu'en appelant à son aide la cavalerie germaine qu'il pût vaincre ses anciens alliés; ce Sachant que l'ennemi tire sa principale force de la cavalerie, il mande un corps de cavaliers germains qu'il achève d'équiper avec les montures mêmes de ses officiers. » (César, De Bell, galL^ lib. vu, c. lxv.)
Ces faits prouvent que les chevaux étaient très rares dans les armées romaines du temps de Jules César, et, en effet, les légions étaient alors exclusivement composées de fantassins. Les chevaux étaient même devenus très rares en Gaule à la même époque, puisque dans l'armée de Vercingétorix, la dernière de la Gaule libre ek qui comptait quatre-vingt mille hommes, il n'y avait plus que quinze mille cavaliers, nombre bien réduit et qui atteste les
pertes énormes qu'avait faites la Gaule dans la guerre de Tindépendance.
Par suite de l'usage qu'avaient les cavaliers gaulois de se faire enterrer avec leurs armes et leur cheval de bataille, on a retrouvé, dans les nombreux tumuli celtiques que l'on a explorés, assez de squelettes pour se rendre compte de la conformation des chevaux de la période gauloise depuis les temps historiques les plus reculés jusqu'à la conquête romaine : pendant toute cette période, la taille des chevaux et leur conformation ont très peu varié; ils étaient de petite taille, la tète un peu forte, les membres minces mais solides et le pied petit; ils étaient en un mot tout à fait comparables aux chevaux cosaques ou tartares modernes, c'est-à-dire aux chevaux sauvages des Vosges et des Alpes, et rien n'indique qu'il y eût diverses races en Gaule; partout où les tombeaux gaulois ont rendu des squelettes de chevaux, partout on a retrouvé à peu près le même type. Le cheval germain ne différait pas du cheval gaulois et présentait exactement les mêmes caractères indiqués, surtout la même petitesse du pied, dont la mesure est donaée par les fers à cheval, authentiquement germains et gaulois, que l'on a trouvés souvent avec le squelette et les armes du guerrier inhumé; car nous pouvons dire, dès à présent, que les Gaulois et les Germains connaissaient la ferrure du cheval qui était ignorée des Romains.
Nous possédons une collection complète de
fers à cheval depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Jusqu'à la conquête des Gaules par Jules César tous ces fers se ressemblent et ont à peu près les mêmes dimensions, c'est-à-dire 9 à 9 centimètre et demi de long sur 8 à 8 centimètres et demi de large, et les fers germains, caractérisés par la rainure circulaire au fond de laquelle étaient percés les trous pour les clous, avaient les mêmes dimensions, ce qui prouve bien que les chevaux à cette époque étaient tous petits, et ce qui confirme l'assertion de Tacite et celle des archéologues modernes tels que l'abbé Cochet, Namur, rapporteur des fouilles de Dahleim, dans le Luxembourg, etc. (1).
Fio. 27. — Fcp à cheval celtique trouvé dans un tumulus d'Alézia, près Salins.
^ (1) Namur, rapporteur des fouilles de Dalheim (Luxembourg), dit ; « Il paraît établi que les chevaux gaulois des premiers siècles de l'ère chrétienne étaient de petits chevaux de selle, demi-sauvage, à petits sabots durs et étroits comme sont encore aujourd'hui ceux de l'Ukraine ou des steppes qui avoisinent la mer Caspienne.— (L'abbé Cochet, Le Tombeau de Childéric /«"r, Paris, 1862.)
Les squelettes des chevaux francs trouvés en Allemagne prouvent que la race en était petite aussi, ce qui est confirmé par Tacite ; Equi {corum) non forma conspicui.
su
Fia. 29. — Hipposandale celtique trouvée sur un chemin de hallage antique recouvert d'un mètre d'alluvion, près de Tours. Le commerce par eau était très actif en Gaule et les chevaux de hallage avaient les pieds protégés par des hipposandales en fer attachée avec des courroies, les fers à clous tenant difficilement à des pieds presque continuellement dans Teau.
SBS Fio. 30. — Fer à cheval|germain.
Les petits chevaux d'Algérie de nos jours ont à peu près les mêmes pieds comme le prouvent les fers arabes que nous possédons aussi. On peut donc dire que les chevaux gaulois avaient à peu près la taille des chevaux barbes de petite taille actuels.
Pendant la période gallo-romaine, époque ou l'agriculture prit un grand développement, le Cheval grandit un peu et s'étoffa, ce qui est encore constaté par les squelettes et surtout par les fers du temps trouvés dans le sol des grandes voies de communications, dont la surface du pays fut sillonnée.
Comme^ type de cheval commun de ce'te époque, nous donnons la figure 31, reproduction d'un bas-relief du ii* siècle trouvé à Vaison (Vaucluse) et représentant des prêtres païens se rendant en voiture à un lieu de sacrifice.
Il faut croire que pendant cette période on s'occupa beaucoup plus de la production et de la multiplication des animaux de trait lent, bœufs et mulets, que des Chevaux, car, à l'arrivée des Francs, le Cheval était d'une grande rareté en France, peu prisé, même par les nouveaux envahisseurs» et il faut arriver jusqu'à Charlemagne pour voir le Cheval de nouveau en honneur; ce qui prouve que les Gaulois avaient pris les goûts et les mœurs de leurs conquérants, les Romains, qui furent d'admirables fantassins, mais de mauvais cavaliers.
Il faut admettre aussi que les invasions suc-
cessives des barbares qui ravagèrent la Gaule pendant les iv* et v* siècles contribuèrent pour une grande part à l'arrêt de la production du Cheval. Toujours est-il que, pendant toute la période mérovingienne, le Cheval disparaît pour ainsi dire des armées franques qui, au dire de Sismondi « étaient constituées par une excellente infanterie, constante, inébranlable au combat, et cependant facile à manœuvrer. Aucun autre peuple ne pouvait mieux remplacer dans les armées de l'empire l'ancienne infanterie romaine qui avait dû aux mêmes qualités la conquête du monde » (Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 40).
Les chefs supérieurs seuls, dans Tarmée franque, étaient montés et, même chez les descendants de Clovis, leurs écuries étaient si peu fournies que c'était un grand luxe pour le roi d'avoir six Chevaux (Grégoire de Tours, lib. III, p. 24, 198).
« Appelé par Justinien, Théodebert, petitfils de Clovis, entra lui-même en Italie (539), avec une armée qu'on évaluait à cent mille combattants. Parmi ceux-ci, il n'y avait que quelques cavaliers, armés dé lances, qui formaient la garde du roi ; tout le reste combattaient à pied (Agathiae) » (Sismondi, loc, cit., t. I, p. 275.)
Une preuve encore que chez les Francs les Chevaux étaient rares, nous est fournie par l'historien que nous avons déjà cité, Grégoire de Tours : « Clovis ayant défait les Visigoths à Vouglé, va au tombeau de saint Martin remercier
Dieu de sa victoire; il offre en présent au monastère le Cheval sur lequel il était monté le jour de la bataille. Mais bientôt, tant un bon coursier est chose rarcy Clovis regrette son offrande ; il redemande son cheval au prix de 50 marcs d'argent. Les moines répondent que saint Martin tenait beaucoup au présent qui lui avait été fait. Clovis fut obligé de doubler la somme pour faire taire les scrupules du monastère. Ce fut alors que le rude Sicambre murmura, dit-on, dans sa barbe : « Saint Martin sert bien ses amis, mais il vend ses services un peu cher. »
Si les rois et les chefs supérieurs francs ont des Chevaux, ce sont pour eux de pures machines; aucune idée de noblesse n'est attachée à leur possession, comme cela arriva plus tard. Quand ils voyagent, c'est en basterne traînée par des bœufs, et ceci n'est pas particulier aux rois fainéants : les plus nobles dames du temps de Clovis ne voyagent pas autrement (H. Martin, Histoire de France, t. I, p. 416). Quand un prince fait son entrée solennelle dans une ville, c'est kpied, ainsi que toute sa suite, qu'il se présente (H. Martin, loc, cit., 1. 1. p. 406, note). Si les rois francs ont un tribut à imposer aux Saxons qu'ils ont vaincus, ce sont des Vaches qu'ils demandent. Pépin le Bref est le premier à changer ce tribut annuel de 500 Vaches contre un autre de 300 Chevaux (SisMONDi, loc, cit., t. II, p. 32, et Frédégaire, contin. cap. ci^vini, p. 1). Ce dernier regarde ce tribut comme extrêmement onéreux.
Le goût du Cheval reparut en France à Tavènement des Carlovingiens, et cela pour plusieurs raisons : Avec saint Colomban, ce druide christianisé, avec les savants qu'il amena à sa suite de la verte Erin « oasis de lumière où s'unit la charité chrétienne à la science druidique » on vit les légendes celtiques renaître de toute part. Or, ces légendes celtiques étaient trop pleines des hauts faits des « colliers d'or » des chevaliers gaulois, pour que les Francs, qui avaient fini par aimer la fixité, la propriété et la vie fastueuse, ne cherchassent pas à les imiter; pour marcher sur les traces des Chevaliers de la Table-Ronde, il fallait d'abord des Chevaux : voilà pourquoi nous les voyons les rechercher et se les procurer même par la conquête, sous Pépin.
Et puis, les guerres avec les Maures commencées avec Charles-Martel, se continuant ensuite des siècles durant, mirent en évidence Futilité du Cheval de guerre, ce précieux auxiliaire des peuples orientaux. Charles- Martel put les vaincre à Poitiers, grâce à la solidité de son infanterie, mais s'il eût eu de la cavalerie, sa victoire eût été complète et les débris de l'armée musulmane ne lui eussent pas échappé avec leur armes et leurs chevaux, « Le lendemain, quand les Francs voulurent recommencer la lutte, ils constatèrent que le camp des musulmans était vide. Les débris harassés de Tarmée d'Abd-er-Rhaman étaient partis en âilence à la faveur des ténèbres.
abandonnant tout, hormis leurs Chevaux et leurs armes. » (H. Martin, loc. cit., t. IL p. 203.) — Les auteurs hippiques qui ont avancé que la race limousine descendait des Chevaux des Sarrasins abandonnés après la bataille de Poitiers, ne connaissent pas le fait historique que nous venons de rapporter, car il prouve la fausseté de leur opinion.
Charlemagne comprit si bien l'utilité de la cavalerie qu'il s'attacha pendant tout son règne à s'en créer une formidable, à en assurer le recrutement et à en réglementer les moindres détails (voyez les Règlements militaires dans ses Capitulaires) : aussi lui doit-il la plupart de ses succès (Eginhard, Annales p. 206 et suiv.), et il lui accordait une telle confiance qu'après qu'une épizootie meurtrière la lui eut moissonnée en Pannonie (Eginhard, Annales y p. 210), il préféra rester dans l'inaction pendant trois longues années, malgré les provocations qu'il recevait, et ne reprit 1 offensive que quand, grâce aux nombreux chevaux d'Espagne que ses lieutenants lui envoyaient comme sa part de leurs conquêtes sur les Maures, sa cavalerie fut enfin reconstituée. Cette source fut dans la suite assez abondante pour lui permettre d'envoyer en cadeau au roi de Perse, des chevaux et des mulets d'Es' pagne (Le Moine de Saint-Gall, Histoire des Gaules).
La faveur croissante dont les choses équestres devinrent l'objet sous Charlemagne et ses successeurs s'étendit bientôt à tout ce qui s'y
rattachait; aussi voyons-nous les fonctions serviles du comte de Tétable {cornes slabuli) devenir une distinction honorifique [le connétable), donnant droit au commandement des armées. Le maréchal (mar, cheval schalk serviteur, valet chargé de ferrer et de donner ses soins à douze chevaux, d'après les lois allemandes), qui était sous les ordres du comte de Tétable, bénéficia naturellement de l'élévation de son supérieur, car moins d'un siècle après, c'est-à-dire lorsque la chevalerie est définitivement constituée, nous le retrouvons réunissant à ses anciennes fonctions celles qu'à abandonnées le connétable, c'est-à-dire le gouvernement de l'écurie et des haras, et portant le titre d'écuyer, ou d'officier du seigneur féodal auquel il est attaché : « A la suite d'un noble de grande maison, il y avait un écuyer de corps, c'était le plus élevé en grade, un écuyer de chambre ou chambellan, un écuyer de table ou tranchant, un écuyer d'écurie ou maréchal, un écuyer d'échansonnerie, de fauconnerie, etc. Servait-on un pauvre chevalier, il fallait lui tenir lieu de quatre ou cinq écuyers. Ce n'était pas assez de se connaître en oiseaux, en chiens, en chevaux, de savoir manier avec adresse la lance, la hache et l'épée, franchir une haie ou un fossé, grimper à l'assaut, parler avec politesse aux dames et aux princes, habiller son maître et le déshabiller, le servir à table, parer les coups qu'on lui portait dans la mêlée; on devait en outre s'entendre en méde riue.afiîi lV [)r>nvoiî' ;r.i bosoin posor lopi-emicr
appareil sur la blessure ; on devait être en état de ferrer un cheval^ de réparer avec un marteau •une armure faussée et. avec l'aiguille, un manteau troué ; — ces connaissances variées acquises formaient Técuyer accompli, et on pouvait aspirer après aux honneurs de la chevalerie et se flatter d'en être digne. » (A. Callet, Dictionnaire historique; art, Ecuyer),
Ainsi Tépoque où le Cheval eut le plus d'importance, puisque sa possession constituait un titre de noblesse, et le droit de s'en servir à la guerre un privilège réservé à l'aristocratie, ce sont les siècles qui suivirent celui de Charlemagne et où la féodalité prit naissance. C'est delà que date réellement la production du Cheval en France. A cette époque, tous les seigneurs eurent leurs haras dont les soins et la surveillance étaient leur principale occupation. Les plus en réputation étaient ceux des ducs de Normandie, qui se trouvaient spécialement aux environs de Rouen et de Caen; ces princes avaient, pour présider aux soins de leurs Chevaux et à la récolte des foins que fournissaient leurs immenses prairies, un officier noble qui portait le titre de maréchal et qui, en raison de cet office, possédait le fief de Venoix, aussi était-il appelé maréchal de Yenoix ou maréchal de la Prairie,
C'est pendant cette période, et sous l'influence des diverses qualités du sol et des prairies où l'on élevait les Chevaux en France, que se produisirent les diverses races de chevaux dans notre pays; avant Charle-
magne, nous le répétons, les races de Cheyaux n'étaient pas distinctes puisque cet animal était une rareté et presque un mythe.
On a l'habitude de dire, et Ton croit généralement, que les chevaliers du moyen-âge, bardés de fer ainsi que leurs destriers, montaient des chevaux d'un volume extraordinaire, comparables aux chevaux flamands actuels* Cela était nécessaire, dit-on, pour pouvoir résister au poids considérable qu'on mettait sur leur dos. Eh bien, c'est là une erreur. Certainement ils avaient besoin de chevaux forts et solides et ils choisissaient ce qu'il y avait de mieux en ce genre parmi les chevaux existant alors. Mais quelle était la conformation de ces derniers? Il résulte des recherches que nous avons faites parmi les documents qui pouvaient éclairer cette question, que les chevaux des chevaliers, jusqu'au XV* et au XVI® siècle, étaient en tout comparables à nos chevaux bretons de trait actuels. Nous donnons ci-contre (fig. 31) la reproduction exacte d'un chevalier du xv* siècle, armé en guerre; et, si nous comparons la taille du cavalier avec celle de sa monture, nous voyons que cette dernière rentre tout à fait dans les proportions que nous venons d'indiquer, à savoir, celle d'un cheval breton. Ce cheval a des membres larges, solides, une forte encolure, des reins puissants; mais enfin il ne mesure au plus que les cinq sixièmes de la taille de l'homme, et si nous donnons à celui-ci une des plus grandes tailles hu-
Fia. 33.
Extraite de Horse-shoes and Horse-snhoeing, de Fleming.
maines, 1"80 par exemple, son cheval n'aura que 1"50, ce qui est loin de la taille des flamands et mêmes des gros percherons.
Il paraît du reste, d'après un document que nous trouvons dans l'ouvrage de Fleming, déjà cité, que les meilleurs chevaux pour l'usage de la chevalerie se tiraient de la Lombardie (1); or, la Lombardie n'a jamais passé pour produire de gros chevaux, comparables aux Belges ou aux Hollandais actuels.
Du reste, M. Gérard, professeur émérite à l'école vétérinaire de Bruxelles, dans son excellent ouvrage intitulé « Nos chevaux » (2) a démontré péremptoirement que le cheval flamand, et ses dérivés, les Clydesdale, les Shire-horse, les chevaux de brasseurs, etc., sont de création relativement moderne. Nous lisons dans ce livre, page 57 et suivantes :
« Mais, ici, qu'on me comprenne bien : ce
(1) Horse-shoes and Hoi'se-shoeing, Londres 1869, p. 430.
Document donnant la description d'un bon cheval de chevalier :
Great was the press that swarmèd to and fro, To gazen on this horse that standeth so ; For it 80 high was, and so broad and long, So well proportionned for to be strong, Right as it were a steed of Lombardy; — Therewith so hoarsely and so quick of eye As it gentle Polish courser were; For certes from his tail unto his ear Nature nor Art could him not amend In no degree, as ail the people ween'd.
Chancer « Squir's Taie ».
(2) Bruxelles, librairie européenne, C. Muquardt, 189 i.
n'est qu'après des siècles de labeurs constants et alors que les immenses marais tourbeux de notre antique Ménapie ont été drainés; que les innombrables flaques d'eau stagnantes en ont été desséchées, les criques envasées; que les eaux de la mer n'ont plus dépassé les dunes; que celles des grands fleuves et rivières ont été maintenues dans les bornes qu'elles ne peuvent plus franchir qu'exceptionnellement; que les forêts vierges ont été converties en terres arables d'une remarquable fertilité ; que les prés salés et les autres situés loin de l'efilorescence saline de la mer sont devenus des prés d'embouche fournissant une pâture des plus engraissantes; que les prairies artificielles ont donné, à leur tour, des fourrages de toute nature et de première qualité ; que le climat s'y est amélioré du tout au tout; ce n'est, dis-je, qu^après toutes ces améliorations, que le cheval et tous les autres herbivores domestiques y ^ ont pu pousser au gros, au gras et au fort et que les dérivés de ces petits et légers cheveaux de nos Germains- Belges occupant le pays, ont pu, à la longue, doubler largement leur taille, leur volume et leur poids.
a Et en effet, qui de nous ne sait que le pays « de Waes — pagus Waslœ — aujourd'hui surnommé le jardin de plaisance de la Flandre » ne fut desséché qu'au Moyen-Age et que jusqu'au XII* siècle la mer vint baigner les remparts de Bruges, alors qu'au vu* siècle, la plus belle partie de la Flandre — la Taxandrie^
ainsi que les bords de TEscaut et du Demer, étaient encore couverts de broussailles et de bruyères ?
« Notre cheval limonier des Flandres n'est donc pas né tel que nous le connaissons actuellement, et ce n'est que sous l'influence multiséculaire d'une riche, abondante et succulente alimentation, d'un ciel doux et vaporeux favorisant, comme on le sait, l'extension, le développement du système squelettaire musculaire, cellulaire et adipeux, ainsi que par des soins hygiéniques des mieux entendus que les éleveurs modernes lui ont prodigué dans son élevage, qu'il est devenu le mastodonte du genre, comme on en voit des spécimens au port d'Anvers — les chevaux des nations — dont un seul limonier traîne avec aisance, mais au pas lent, une charge nette de 3,000 à 5,000 kilogrammes.
« Voici au surplus comment un poète flamand — un peu trop loustic et égrillard peutêtre — décrivait le cheval dans le dialecte du temps et que nous traduisons. L'œuvre est du XV* siècle.
Caractères propres des chevaux :
Belle poitrine ]
Bien râblé du dos et des reins \ Gomme la femme. Doux à être monté )
Rapide à la course ..... J ^ , ...
ri , ^ u- } Gomme le lièvre.
Sautant bien )
Tête petite \
Beau poil \ Comme le renard.
Queue longue )
Sabots de bonne corne . . .
Dos solide J Comme l'âne.
Se nourrissant bien
Ouïe fine ....'....,
Leste des jambes ^ , ,
T^. , ) Comme le loup.
Bien corse ' ^
Doux au trot
[ Encolure.
Parties longues | Jambe.
( Queue.
i Dos.
Parties larges, ouvertes . . . ] Bouche.
f Naéeaux.
( Minois.
Parties courtes | Dos.
( Poil.
« Comme on vient de le voir, on ne trouve pas dans ce portrait de haute fantaisie la moindre trace du gros, gras et lourd limonier flamand de nos jours et c'est tout ce que je cherchais à démontrer dans la reproduction de ce poème si original et dont l'orthographe prouve au moins l'ancienneté de la langue mère. »
Au XVI® siècle le goût du cheval n'était pas, en France, ce qu'il est aujourd'hui, si nous en jugeons par les documents du temps : on aimait beaucoup le cheval conformé comme l'aiment encore les paysans de nos provinces reculées, c'est-à-dire le cheval épais, osseux, à croupe double et à fanons bien fournis en crins.
Dans l 'Agriculture et Maison rustique de
maistres Charles-Estienne et Jean Liebault, docteurs eri médecine, un des plus anciens ouvrages imprimés (nous possédons une édition revue et augmentée, publiée à Paris en 1578) où il soit question du cheval et des qualités qu'on lui doit rechercher, nous trouvons, non seulement une bonne gravure donnant le type du beau cheval comme on le comprenait du temps de Henri II, mais encore une description de ce type. Nous donnons ci-dessous un décalque de la première et nous transcrivons ci-après la seconde en respectant le style et Torthographe du temps : « Signes d'un bon poulain et aussi du cheval : L'on donnera bon jugement du poulain, comme aussi du cheval étalon qui est grand, de gros ossements, et de bonne disposition, la tête petite et si sèche qu'il n'y ait que la peau et les os ; petite oreille aiguë et estroite, ensemble les yeux grands poussez dehors, noirs et nets ; les nazeaux fort ouverts, enflez et grands, les maschoueres petites, subtiles et sèches; la gueule fendue également des deux costez ; le col un peu long et fait en voûte, étant subtil près de la tête, le dos court, large, uni et avallé, les crins crespelus, espez et longs, et pendans du côté droict, poictrine large, ouverte, «'avançant dehors, et fort musculeuse, les épaules grandes et droictes, les costez rondes, Teschine double; le ventre serré; les c... (testicules) pareils et petits ; les reins larges et avaliez; la queue longue, touffue de poils, grosse et crespue; les jambes égales, grosses
d'ossements mais déchargées et seiches de chair, hautes et droictes ; le genoil rond et petit et non tourné en dedans; les fesses rondes, les cuisses grosses, longues, musculeuses, nerveuses et fortes ; la corne noire dure et haute, creuse, ronde, bien ouverte et duëment relevée vers les paturons et la couronne bien petite par-dessus. Qui est joyeui, soudain, doux et nullement vitieux ni maladif; car ceux de telle nature obéissent facilement et endurent patiemment labeur ; qui ne soit aussi lunatique, paoureux, restif, sciatique, lasche mangeur, qui se vide trop, ou qui se couche et jette volontiers dans les eaux et rivières. Et encore qu'il ait perdu un œil, ou soit blessé es combats en quelque partie de son corps, pour cela n'est à mesprisé, pourvu qu'au reste il soit bon. L'on doit priser aussi pour faire estalon,celui qui a suivi les guerres à cause qu'il engendrera des poulains généreux et hardis et qui seront forts en haleine en tous hazards et difficiles et longues entreprises. Outre ce qui est bay, chastain ou roué, pommelé ou chauve, qui est un signe certain d'un cheval vigoureux et hardi. Et pour parler en sommaire de la beauté et bonté du cheval : faut qu'il aye les yeux et jointures du bœuf, la force du mulet et le pied d'iceluy, les ongles et cuisses de l'asne; gorge et col de loup, oreille et queue de regnard, poictrine et crins . de la femme, hardiesse d'un lion, la vue et contournement agiles d'un serpent, pas de chat, légèreté et agilité d'un lièvre, le pas
Si
haut, le trot à déliure, le galop gaillard, la course légère, le saut bondissant et soudain, léger à la main. »
A cette époque on ne faisait encore pas de distinction de races, bien que certainement elles dussent déjà exister, et on ne distinguait pas non plus de conformations différentes suivant les différents services. Les voitures étaient très rares — du temps d'Henri IV il y en avait quatre à Paris — et tout le monde allait à cheval.
Au XVII» siècle les idées sur la beauté du cheval ne paraissent pas avoir changé beaucoup ; elles sont restées à peu près les mêmes qu'au siècle précédent, bien que, cependant, commence à apparaître le goût des têtes busquées, comme le prouve la description qu'en donne Saleysel (1) dans son chapitre II intitulé : Comme les parties du cheval doivent être formées pour être belles. Ce chapitre de vingt pages, nous ne pouvons pas le reproduire textuellement, mais nous allons en extraire les points saillants, en passant sous silence les développements que l'auteur consacre à ces points :
« La tête du cheval doit être menue, estroite, décharnée et sèche... Pour être belle, la tête du cheval doit être courte...
« Les oreilles doivent être petites, étroites,
(1) Le véritable parfait maréchal* qui enseigne à connaisire la beauté^ la bonté et les défauts des chevaux^ la
manière de les conserver à Trévoux MDCLXXV, avec
permission.
droites, hardies, déliées et de peu d'épaisseur ..
« Le front doit être médiocrement large (!) quelques-uns le veulent avancé et croient qu'un cheval en a plus de fierté, cette partie les faisant ressembler aux béliers; les chevaux du haras d'Orange, en Hollande, ont tous le front avancé et sont très heaux. J'estime pourtant que le front égal est le plus beau; les chevaux qu'on appelle* camus ont le front plus bas et enfoncé environ depuis les yeux en bas, où porte la muserolle de la bride et ces chevauxlà sont ordinairement travailleurs, mais assez fiers et malins.
« Le devant de la tête, c'est-à-dire le front, doit être étroit, tout au contraire des hommes ; s'il était large, ce serait une difformité (!)
« Les salières, plus elles sont enfoncées, plus elles feront paraître un cheval vieux.
« Les yeux clairs, vifs, pleins de feu et médiocrement gros sont les plus estimés.
« L'os de la ganasse (mâchoire inférieure) doit être petit et maigre; la ganasse doit êtra ouverte, bien vuidée et creuse, depuis le gozier jusqu'au menton ou barbe, afin que le cheval puisse bien placer la tête.
« Depuis l'endroit où porte la muserolle de la bride qui est un peu plus bas que le lieu où la ganasse s'étrécit, tout le nez du cheval doit être peu charnu, par conséquent le plus menu qu'il se pourra, et pour pouvoir faire entendre comme cette partie doit être menue, on dit qu'un cheval boirait dans un verre.
« Les naseaux doivent cire bien fendus et ouverts.
a La bouche doit être médiocrement fendue, La langue doit être menue et bien logée dans le canal... Il faut que le cheval ait les barres tranchantes et décharnées.
a Les lèvres menues contribuent à la bonté de la bouche d'un cheval. Au contraire, si elles sont grosses...
'< L'encolure doit être déchargée de chair, laquelle sortant du garrot doit monter droit en haut et aller en diminuant jusqu'à la tête, prenant à peu près le tour que prend un col de cygne ; elle doit être longue, relevée, maigre et tranchante près de la crinière Néanmoins que toute l'encolure considérée ne soit ni trop molle ni trop tournée...
« Les Barbes et les chevaux d'Espagne qui ont l'encolure épaisse et un peu charîaue en sont meilleurs, car ils ont la bouche plus assurée, l'appui meilleur, et ne sont pas si sujets de battre à la main...
« Le crin délié, long, épais, s'il est frisé, c'est le meilleur...
« Au bas de l'encolure, c'est-à-dire au bout de la crinière, est le garrot qui doit être élevé et assez long, ce qui est une marque de force et de bon cheval; mais de plus, ce garrot élevé tient la selle en sa place et l'empêche de venir sur les épaules et sur le col, ce qui ruine d'abord un cheval et si on le veut empêcher la. croupière ne manquera jamais de le blesser.
« La poitrine large et ouverte aux chevaux
de légère taille est toujours estimée; mais aux Roussins et gros chevaux de Frize, elle est presque toujours trop large, ce qui les rend pesants et lourds, ce n'est pas que pour les chevaux destinés au tirage les épaules grosses ne soient très bonnes. .
« Les épaules doivent être médiocres, plates et déchargées de chair, la jointe qui est au poitrail petite, et toute Tépaule mouvante. . . Un cheval peut être serré d'épaules, ce qui est un notable défaut ; il faut qu'un cheval de taille ordinaire aye environ un petit demy-pied ou cinq pouces de distance d'un bras à Tautre. . . et qu'il y aye moins de distance d'un pied à l'autre qu'il n'y a au haut prés des épaules... ceux qui cherchent des chevaux plus ouverts du devant se trompent très fort...
... « Un cheval doit avoir les reins doubles et passant la main le long de
l'échiné qu'on la trouve large, bien fournie et double par le canal qui s'y fait. . . et point ensellé.
« Le tour des côtes doit être ample et rond... que le ventre soit médiocre aux chevaux de légère taille, mais à ceux de carosse le plus grand est le meilleur, pourvu qu'il ne soit point avallé comme celui d'une cavalle pleine ou d'une vache.. .
« Les flancs doivent être pleins.
« La crouppe doit être large et ronde, les hanches bien tournées, en sorte que les deux os ne se puissent voir par le haut... La
crouDDe ne doit être avallée ni couppée ; elle doit accompagner la rondeur jusqu'au haut de la queue et être séparée en deux par un canal au long d'icelle.. .
« Il faut que la queue soit ferme, forte et sans mouvement, garnie de poils, le tronçon doit être gros et ferme ; il faut que la queue soit placée haute, mais non à l'excès... Les chevaux qui ont peu de poils à la queue sont appelés queues de rats et sont presque toujours bons. ..
a Aux jambes de devant le bras doit être large, nerveux et charnu. . . il faut qu'il soit long, les chevaux se lassent moins. . . pour les chevaux de manège le plus court est le meilleur.
« La jambe du cheval la plus plate est la meilleure, on connaîtra cela lors que le nerf est fort détaché et éloigné de Tos. . .
« Le genoûil doit être plat et large sans aucune grosseur ni rondeur au dessus, le canon plat, court et large et où l'on voit la séparation du gros os et du nerf. . .
« Le boulet gros pour sa taille, plat et large sans enflure, couronne, ni grosseur ayant un toupet de poil derrière.
« Le paturon court, surtout aux chevaux de légère taille, les paturons trop longs sont faibles; on les appelle longs jointes et ne résistent pas au travail.
« La couronne ne doit pas paraître plus haut que le sabot ny faire comme un rebord élevé tout autour...
riai^rafcin
« Le sabot doit avoir la corne luisante, haute et unie, la blanche est ordinairement cassante ; elle doit être de la couleur de celle du bouc pour être excellente... Les talons hauts et larges et de même hauteur... La fourchette maigre et menue; — elle Test trop aux chevaux encastelez... La solle forte et épaisse et tout le pied creux.
a II faut, de plus, qu'un cheval se plante bien sur ses membres.
« Les cuisses doivent être longues et charnues... Les jarrets grands et amples, point pliez, secs, larges, décharnez, nerveux et souples...
« La jambe large et plate doit descendre à plomb sur le boulet...
a Quand un cheval a les pieds de devant bons, ceux de derrière le sont toujours.
a Les chevaux qui ont les jambes plus hautes qu'ils ne les doivent avoir pour leur taille cela diminue beaucoup de leur beauté et les rends moins capable de bons services. Les anciens nous ont déterminé une mesure pour cela... On peut prendre une ficelle et mesurer depuis le garrot jusqu'au coude, il doit y avoir la même distance depuis le coude jusqu'en bas du talon. »
Nous arrêtons-là nos citations qui suffiront à montrer les idées que l'on avait sur la conformation du cheval au xvii'^ siècle.
Du temps de Soleysel, pas plus qu'au siècle précédent, il n'était encore question des diff'érentes races de chevaux français, bien que,
très probablement, elles fussent déjà très distinctes. Cet auteur parle des différents emplois pour lesquels on recherchait les chevaux de certaines provenances étrangères de certaine taille, conformation ou aptitudes.
Ainsi, les carrosses s'étant multipliés, on recherchait pour ce service les grands chevaux de la Hollande et de la Frise. Comme chevaux de manège, on recherchait les chevaux turcs, barbes ou d'Espagne. Pour chevaux de voyage, les chevaux de caractère calme et bons marcheurs (1), car il ne faut pas oublier qu'à cette époque on ne voyageait qu'à cheval ou à pied.
Les chevaux de la dernière catégorie étaient appelés mazettes ou chevaux de valets, et Soleysel constate que de son temps, les personnes susceptibles de distinguer les mazettes des bons chevaux étaient très rares.
L'ouvrage de Soleysel fut écrit à une époque où, à l'instigation de Colbert, le roi Louis XIV s'occupa très sérieusement de la reconstitution des Haras du royaume. Cet ou-
(1) « Pour cheval de voyage il faut un cheval qui allât au pas comme une mulle, qui eût quelque gaîté, mais qui ne fût point trop fringant comme les grands chevaux qu'on appelle Bayards, c.ir il faut d'autres qualités à un cheval de pas qu'à celui qu'on destine pour courre à la chasse; les qualités du cheval de manège sont différentes de celles d'un cheval de voyage; il est donc de la prudence (outre les défauts particuliers à chaque cheval) de considérer s'il est propre à l'usage que vous le destinez » Soleysel loco citato p. 26.
vrage servit de guide aux nobles et à tous ceux qui, pourplaire à SaMajesté, s'occupèrent de la production du cheval.
C'est en juin 1663 ^e Colbert donna les premiers ordres pour le rétablissement des Haras royaux, et, jusqu'en 1678, il ne cessa de stimuler les gouverneurs et les intendants des provinces où cette institution hippique avait été rétablie, soit directement, soit par rintermédiaire d'un écuyer de la grande écurie du roi, de Garsault, qu'il en avait nommé inspecteur.
Voici la première lettre qu'il écrivit le 4 juin 1663 à M. Dargouges, un intendant de Bretagne :
« Monsieur,
a Le roi ayant estimé que le rétablissement des « Haras dans les proviaces de son royaume est fort « important à son service et avantageux à ses « sujets, tant pour avoir en temps de guerre le « nombre de chevaux nécessaire pour monter sa t cavalerie, que pour n'être pas nécessité de trans- « porter tous les aas des sommes considérables « daas les pays étrangers pour en acheter, a résolu « d'y appliquer une partie des soias que Sa Majesté « donne à la conduite de son Ëtat, et à tout ce qui « peut le rendre florissant; et pour cet effet elle a « fait choix du sieur de Garsault, l'un des Ecuyers « de sa grande Ecurie, pour aller dans toutes les a provinces du Royaume, reconnaître l'état où sont a les dits Haras, les moyens qu'il y a d'en établir « de nouveaux, et pour y exciter la Noblesse; et « comme le dit sieur de Garsault a un ordre parti- « culier de visiter exactement la Bretagne où ils
a étaient autrefois les plus abondants, je vous con-
« jure, Monsieur, de lui donner toute l'assistance
« qui peut dépendre de l'autorité qui vous est com-
« mise, etc. »
Une lettre du roi lui-même fut écrite au marquis de Boision, gouverneur de Morlais, en Baase-Bretagne, dans le même but, ainsi qu'au marquis de Montausier, relativement aux Haras de Normandie. Et deux ans après, la circulaire royale suivante fut adressée aux Principaux des provinces d'élevage : la Bretagne, la Normandie, le pays d'Aunis et le Limousin :
« Monsieur,
« Ayant été informé par le sieur de Garsault, un a de mes Ecuyers ordinaires de ma grande Ecurie, « des diligences que vous avez faites pour avoir « nombre de bonnes cavales pour l'établissement « d'un haras dans vos terres, et pour exciter tous « les Gentilshommes de votre Province à suivre « votre exemple, j'ai bien voulu témoigner par « cette lettre, le gré que je vous en sçai, et le désir « qiie j'ai que vous continuiez et que vous vous « appliquiez au rétablissement de mes haras, « comme une des choses que j'ai fort à cœur et qui c me sera fort agréable : ce que me promettant de € votre affection à mon service, je ne vous ferai la « présente plus presse, et prie Dieu qu'il vous ait.
Monsieur, en sa sainte garde.
« Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, 30 mai 1665.
« Louis. »
On se rappelle que, d'après Soleysel, c'était les chevaux hollandais à tête busquée qui
étaient affectés au service des caresses (fig. 36), bien qu'il les aimâl moins que les chevaux à lùles droites et même à têtes camuses. Relati-
Fio. 36.
vemcnt à cette race, voici une lettre que Gulbert écrivait à M. de Garsault, le 14 août 1668 :
« ... Quoique je désirasse vous revoir bientôt, je « vous avoue que ces établissements sont d'une si « grande conséquence que vous ne soauriez donner « trop de temps et de loisir pour les bien faire et « ttlcher de les faire réussir à la satisfaction du Roi, « et de ceux qui y auront contribué sous les ordres « de Sa Majesté. Observez encore s'il y avait lieu
« d'établir des haras de grands chevaux pour servir
a au Carosse : parce que si nous y pouvions une
« fois parvenir, nous retiendrions beaucoup d'argent
« au dedans du Royaume et priverions les Hollan-
« dais de celui qu'ils en tirent annuellement pour
« ces sortes de chevaux. »
Ainsi c'est à partir de 1668 seulement qu'on s'occupa, en France, de produire les grands chevaux à tête busquée, caractère qu'on a cru pendant longtemps être le propre de la race normande et datant des Nortmans de Rollon (1). C'est une erreur que nous avons combattue pendant vingt ans et que nous avons fini par détruire.
Au XVIII® siècle, les documents sur les races de chevaux ont commencé à se produire ; nous les trouvons principalement dans les ouvrages de Garsault et de La Guérinière.
A. de Garsault, capitaine en survivance du haras du roi (Louis XV), petit-fils du de Garsault, écuyer ordinaire de Louis XIV, dont nous avons parlé précédemment, comme ayant été chargé par Colbert de la restauration des haras royaux, est l'auteur d'un ouvrage intituté : Le nouveau parfait maréchal, ou la connaissance* générale et universelle du cheval, ' qui montre que la science hippique et Thippriâtrie n'étaient pas si inconnues en France qu'on pourrait le croire, avant la fondation des
(1) [is n'étaient mie cavaliers nil ne savaient chevalchier a dit des Compagnons de Rollon, un chroniqueur du temps.
Ecoles vétérinaires. Ce livre est divisé en sept traités : !• de la Construction du Cheval; 2° du Haras ; 3* de l'Ecuyer et du Harnais ; 4° du Médecin ou traité des maladies des Chevaux; 5" Du Chirurgien ou des Opérations; 6° du Maréchal-Ferrant ; ?• de TApoticaire ou des Remèdes. Beaucoup de ces traités seraient encore lus avec fruit, surtout les chapitres consacrés aux choix des chevaux. Nous en extrairons seulement ce qui a trait aux races.
Les chevaux de selle tiennent toujours la première place dans les préoccupations deshippologues; les chevaux d'attelage ne viennent qu'après, et même ceux de carosse, les plus nobles de ces derniers, n'occupent qu'un rang très inférieur comme nous le verrons en citant certains passages de La Guérinière.
a On se sert des chevaux de selle à différents usages, dit de Garsault (1) ; ces usages ont trois intentions générales, savoir : les voyages, la guerre et la chasse. Les voyages comprennent le cheval du Maître et celui du Domestique, autrement le cheval de suite, et le bidet de poste. La guerre comprend ce qu'on appelait autrefois les grands Chevaux, ou les chevaux de manège destinés à monter à la guerre les Rois, les Princes et les officiers principaux, le cheval de simple officier, le cheval d'appareil ou de revue, le cheval de troupe pour le simple
(1) Le Nouveau Parfait Maréchal, 3* édition, Paris 1755, p. 44.
Fio. 37. — Type du cheval de selle au xviii« siècle, d'après le portrait équestre du Grand Frédéric , par Chodowiecki.
cavalier, et le cheval de limbalier. La chasse, dont il est de deux espèces savoir : aux chiens courants et aux chiens couchants ou à tirer, comprend pour la première espèce, le cheval du Maître et le cheval du Piqueur; la deuxième espèce ne demande que le cheval d'arquebuse. Enfin il y a encore le cheval de promenade et le cheval de dame.
« Comme tous ces usages exigent différentes qualités aux chevaux, je vais les détailler ; après avoir parlé de la façon dont on doit essayer un Cheval de selle qu'on veut acheter et qu'on monte pour la première fois. » — Nous regrettons de ne pouvoir reproduire tous les passages qui suivent cette phrase et qui montrent chez l'auteur une profonde connaissance du cheval.
a J'appelle cheval de tirage, — continue Garsault, après avoir énuméré les différentes qualités que doivent réunir les différentes espèces de chevaux de selle (1), — ceux qu'on a attelés à une voiture pour la tirer; tels que les. chevaux de carosse, de chaise, coche, fiacre, canpn, etc. Les chevaux qui portent sont les chevaux de bât, de messager, etc. Les plus nobles de tous ces chevaux, et ceux de qui on exige le plus de qualités sont les chevaux de carosse, c'est aussi par eux que je vais commencer. » Suit l'énumération des qualités que doivent posséder les chevaux de ces différentes catégories. Puis vient un court chapitre intitulé :
(1) Loco citalo, p. 50.
Des chevaux des différents pays et de la durée des chevaux.
a Les plus beaux et les plus distingués des chevaux de selle étraugers, tant pour monter que pour tirer race, nous viennent de Barbarie, d'Espagne et d'Angleterre; nous tirons les chevaux étrangers pour le carosse, du Danemarck, d'Allemagne, d'Italie et de Hollande.
« Parmi les chevaux français, il s'en trouve de toute espèce, ceux de selle les plus estimés viennent du Limousin et de Normandie, quelques-uns du Poitou et d'Auvergne : les chevaux de carosse viennent de la Basse-Normandie, du Cotentin et de? Flandres, et les chevaux de tirage, du Boulenois et de la Franche-Comté.
« Il se trouve peu de bons chevaux d'Espagne, ceux de la Haute-Andalousie passent pour les meilleurs : les bons chevaux d'Espagne réussissent principalement au manège et à la guerre; les Barbes sont bons au manège et à la chasse, et les Anglais sont excellents chevaux de chasse.
« Il se trouve tant de variétés dans les chevaux d'un même pays, tant pour les qualités que pour la figure, qu'il est presque impossible d'en déduire toutes les circonstances; y ayant de bons, de médiocres et de mauvais chevaux , de beaux et de laids ; on peut dire que les chevaux d'Espagne ont les épaules plus libres et les mouvements plus souples que tous les chevaux fins étrangers : ensuite viennent les chevaux d'Italie. Parmi ceux qu'on appelle Barbes,
les chevaux arabes sont les plus vigoureux et de meilleure race ; parmi les Barbes, les chevaux du Maroc sont supérieurs; ensuite il y a les Barbes de montagne. Les chevaux turcs, persans, morisques et d'Arménie sont médiocres en général. Les Barbes sont froids, mais de grande vitesse; on rend ceux-ci souples mais les Espagnols le sont naturellement; il est rare de voir de grands chevaux de ces deux contrées; les chevaux anglais ne sont pas de race du pays, ils viennent de race de Barbes bien conservée et maintenue, ils sont communément légers et ont de l'haleine.
a Nous avons en France de beaux et bons chevaux de toutes espèces, ou de médiocres et de mauvais, à mesure qu'on a plus ou moins de soins d'envoyer dans les provinces du Royaume les étalons qui y conviennent.
<c Quant aux chevaux de carosse, les plus beaux, sans contredit, sont les chevaux d'Italie, ensuite les Danois et Allemands, puis les chevaux de Frise et du nord de la Hollande. En France, les plus estimés sont les chevaux normands ; les chevaux flamands sont les moindres de tous, à cause de leur grosse tête et de leurs pieds plats.
a Les Bidets français sont communément excellents.
« Les chevaux fins et de race acquièrent leurs forces plus tard que les chevaux communs : c'est pourquoi il faut les attendre jusqu'à sept ou huit ans, pendant que les communs sont en état de servir à quatre ou
cinq ans; mais aussi les chevaux fins durent jusqu'à vingt et trente ans, pendant que les autres sont vieux à quinze ans. »
Voici comment La Guérinière, écuyer du roi Louis XV, apprécie les chevaux de son temps (1) : dans son livre VEcole de Cavalerie^ au chapitre V intitulé : Remarques sxir les chevaux des différents pays :
« Tous les auteurs ont donné la préférence au cheval d'Espagne et Tout regardé comme le premier de tous les chevaux pour le manège, à cause de son agilité, de ses ressorts et de sa cadence naturelle ; pour la pompe et la parade, à cause de sa fierté, de sa grâce et de sa noblesse; pour la guerre, dans un jour d'affaire, pour son courage et sa docilité. Quelques-uns s'en servent pour la chasse et pour le carrosse ; mais c'est dommage de sacrifier à ce dernier usage un si noble animal (!j
a M. le duc de Newcastle, qui donne de grands éloges au cheval d'Espagne, ne lui trouve qu'un défaut, qui est d'avoir trop de mémoire, parce qu'il s'en sert pour manier de soi-même et pour prévenir la volonté du cavalier; mais ce défaut, si c'en est un, n'est que Teffct de sa gentillesse et de sa ressource, dont il est aisé de profiter eu suivant le principe de la vraie Ecole.
a C'est des haras d'Andalousie que sortent
(1) François Robichou de la Guérinière, écuyer du roi : Ecole de cavalerie, 2 vol. ia-8o, Paris 1769, !«' vol. p. i)3 et suiv. Le méaie ouvrage est eu édition de luxe in-folio.
FiG. 38. — Cheval de selle du xviii* siècle. Figare extraite de V École de cavalerie , de Laguérinière.
les meilleurs chevaux. La race en avait été bien abâtardie dans les derniers temps par Tavarice de ceux qui les gouvernaient, et qui préféraient les mulets aux che^raux, parcequ'ils en tiraient plus. de profits; mais depuis quelques années on a remédié à cet abus.
a Le cheval Barbe est plus froid et plus négligent dans son allure; mais lorsqu'il est recherché, on lui trouve beaucoup de nerf, de légèreté et d'haleine. Il réussit parfaitement aux airs relevés et dure longtemps dans une Ecole. En France on se sert plus volontiers de chevaux Barbes que de chevaux d'Espagne pour le haras. Ce sont d'excellents étalons pour tirer les chevaux de chasse ; les chevaux d'Espagne ne réussissent pas de même, parce qu'ils produisent des chevaux de plus petite taille que la leur, ce qui est le contraire du Barbe.
« Les Napolitains sont, pour la plupart indociles* et par conséquent difficiles à dresser. Leur figure ne prévient pas d'abord, parce qu'ils ont ordinairement la tête trop grosse et l'encolure trop épaisse, mais ils ne laissent pas, avec ces défauts, d'être fiers et d'avoir de beaux mouvements. Un attelage de chevaux napolitains bien choisis et bien dressés à cet usage, est fort estimé.
« Les chevaux Turcs ne sont pas si bien proportionnés que les Barbes et les chevaux d'Espagne. Ils ont, pour la plupart, l'encolure effilée, le dos trop relevé; ils sont trop longs de corps, et avec cela ont la bouche sèche, l'appui mal aisé, peu de
mémoire, sont colères, paresseux, et, quand ils sont recherchés, ils partent par élans, et à l'arrêt ils s'abandonnent sur l'appui et sur les épaules; ils ont encore les jambes très menues, mais très nerveuses, et quoique les paturons soient longs, ils ne sont pas trop flexibles. Ils sont grands travailleurs à la campagne avec peu de nourriture, de longue haleine, peu sujet aux maladies. Par ces qualités et par ses défauts, il est aisé déjuger que les chevaux turcs sont plus propres pour la course que pour le manège.
a Les haras d'Allemagne sont entretenus d'étalons Turcs, Barbes, Espagnols et Napolitains, c'est pourquoi il y a dans ce pays de parfaitement beaux chevaux, mais peu réussissent bien à la chasse, parce que ceux qui y sont nés n'ont pas ordinairement beaucoup d'haleine.
c( M. de la Broue dit que les chevaux allemands sont naturellement malicieux et remingues. Ce qu'on attribuait de son temps à leur mauvais naturel, provenait peut-être de l'imprudence de ceux qui, en les exerçant, les recherchaient d'abord avec trop de violence et de sujétion,
« Les chevaux Danois sont bien moulés et ont de beaux mouvements; on en fait de braves sauteurs. Ils sont excellents pour la guerre, et l'on tire de ce pays de superbes attelages.
a II y a deux provinces en France d'où Ton tire de beaux et bons chevaux : le Limousin et la Normandie. Les chevaux Limousins tien-
nent beaucoup du Barbe ; aussi, sont-ils excellents pour lâchasse. Le cheval normand est meilleur pour la guerre que pour la chasse. Il a plus de dessous, c'est-à-dire plus de jambes, et est plutôt en état de rendre service que le Limousin qui n'est dans sa force qu'à huit ans. Depuis qu'on a mis en Normandie des étalons de taille et étoffés, on en tire de parfaitement beaux chevaux de carrosse, qui ont plus de légèreté, plus de ressource et une aussi belle figure que les chevaux de Hollande.
« Les chevaux Anglais sont les plus recherchés pour la course et pour la chasse, par leur haleine, leur force, leur hardiesse et la légèreté avec laquelle ils franchissent les haies et les fossés. S'ils étaient assouplis par les règles de l'art avant de les faire courre (ce que l'on pratique peu), les ressorts en seraient plus liants, se conserveraient plus longtemps et le cavalier serait plus commodément ; ils auraient la bouche plus assurée, et il ne seraient pas si sujets, comme le dit M. le duc deNewcastle, à rompre le col à leur homme, quand ils cessent de galoper sur le tapis, c'est-à-dire sur le terrain uni. Les meilleurs sont de la province de Yorkshire.
a On se sert communément en France des chevaux de Hollande pour le carrosse. Ceux de la Nort-Hollande ou de la Frise sont les meilleurs.
« Il y a beaucoup de chevaux flamands qu'on veut faire passer pour chevaux de Hollande,
inais presque tous pèchent pour avoir les pieds plats, ce qui est un des plus grands défauts qu'un cheval de carrosse puisse avoir. »
Au moment de la Révolution, dit Ephrem Houel (1), la France était le pays le plus riche du monde, eu égard à sa population en belles et bonnes races et en éleveurs zélés et intelligents. Chaque province avait des haras entretenus, soit par l'Etat, soit par les étals des provinces, soit par les seigneurs, les abbayes ou les particuliers.
Le nombre des étalons que possédait ou subventionnait l'administration des haras était de plus de trois mille chevaux. Outre les harns principaux, qui étaient établis au Pin, à Pompadour et à Asnières près Paris, il y avait des établissements à Fontenay-leComte, à Tarbes,* à Apath, à Rodez, à Pérjgueux, à Rienfort, à Perpignan, à Rozières, à Jeben, à Besançon, à Dienay, à Annoncel, à Strasbourg, à Niort. Louis XV avait établi un haras dans l'île de la Camargue ; c'est de là que vient la réputation des chevaux de ce pays. Mais, le nombre de ceux entretenus par les particuliers était au moins aussi considérable.
Parmi ces derniers établissements, on remarquait ceux des Rohan, à Guemenée ; du comte Esterhazy, près Rocroy ; de MM, d'Escars, de Jumillac, de Caux, Mailhard, en Limousin ; de Rouget, Boucher-Lagetière en
(1) Histoire du cheval chez toits les peuples de la terre, Paris 1848, 2o vol., p. 316 et suiv.
Poitou ; de Matignon, prince de Monaco, à Torigny, Le maréchal de Saxe avait fondé un haras à Ghambord, qui fut vendu à la mort de ce prince, mais il fut rétabli par M. de Polignac. Les chevaux qui y furent placés venaient du haras de Torigny. Mais ce n'est pas tout, remploi des chevaux anglais pour les chasses ayant fait reconnaître l'avantage des méthodes de ce pays pour le croisement et Télevage des chevaux, on commença à adopter les institutions qui réussissaient si bien chez nos voisins.
Des courses anglaises eurent lieu pour la première fois en France en 1776. Le comte d'Artois, le duc de Chartres, le marquis de Gonflans, le prince de Nasseau, le prince de Rohan-Guémenée, et quelques Anglais distingués qui se trouvaient alors en France, firent courir dans la plaine des Sablons des chevaux venus d'Angleterre... Les courses continuèrent les années suivantes, tant aux Sablons qu'à Fontainebleau et à Vincennes.
Pendant Tère républicaine, les courses cessèrent et les réquisitions portèrent un coup funeste à Tamélioration des races françaises. On enleva les étalons et les poulinières ; on détela non seulement le carosse du seigneur, mais la charrue du laboureur. Les choses en vinrent au point que l'on craignait d'élever un bon cheval qui pût tenter l'avide réquisition et qu'on recherchait de préférence les chevaux tarés et sans valeur.
Cependant un élément de vie restait encore
à relève du cheval : c'était le dôboucbô que venait offrir de toutes parts, la remonte de la cavalerie des armées de la République et de l'Empire. On avait conservé les plus beaux étalons de ceux qui existaient en si grands nombre dans les anciens haras; les pauvres éleveurs les dissimulaient comme ils pouvaient. Les chevaux se vendaient bien et il se fit à cette époque des fortunes en chevaux; car la frontière était fermée aux introductions étrangères, et la consommation était grande. C'est là le secret d'un problème que quelques auteurs ne se sont pas expliqué. On s'est demandé comment il se faisait que la France, après la dispersion des haras, l'abaissement et la disparition de l'aristocratie, au milieu des guerres continuelles qui la pressaient d'incessantes réquisitions, pût encore fournir des chevaux aux remontes des armées de l'Empire. C'est que, ainsi que nous Pavons dit, la plupart des précieux étalons des haras vivaient encore cachés dans les écuries des éleveurs et qu'un prix d'autant plus grand y était attaché. Et puis, en l'absence de la concurrence étrangère le commerce du cheval français avait pas un tel élan que les éleveurs mettaient tout en œuvre pour produire de bons et beaux chevaux.
La nation Française est, par sa position continentale, forcée de s'occuper du soin de sa cavalerie, en face des nations voisines et principalement de celles du Nord, qui fournissent une immense quantité de che-
vaux propres à cette arme. La Russie eu possède vingt-ciuq millions, PAutriche six millions et l'Allemagne quatre à cinq millions. La cavalerie est indispensable à la France; une armée sans cavalerie ne peut protéger le pays autour d'elle et ne peut prévenir les entreprises de l'ennemi. Dans la campagne de 1814, les armées alliées gagnèrent deux jours de marche sur l'armée française, ce qui causa sa perte. -
La grande pensée qui avait fait établir les haras royaux par Louis XIV engagea Napoléon à les rétablir; il avait compris que dans les pays de démocratie, le gouvernement devait prendre la place des grands propriétaires.
Nous continuons d'emprunter à Ephrem Houel, les lignes intéressantes suivantes sur l'histoire des chevaux français à la fin du premier Empire :
« Nous avons signalé un fait bizarre et presqu'inexplicable : c'est la richesse chevaline que possédait encore la France après l'effrayante consommation qui s'en était faite et le peu de ressources qu'avait la production ! Mais les chevaux se vendaient cher et les chevaux sortaient de dessous terre à la voix puissante de l'or. Aussi, voyons-nous les nations étrangères venir à cette époque chercher chez nous des types régénérateurs. Plusieurs étalons furent achetés à des prix fabuleux dans le Merlerault, pour l'Allemagne et l'Italie. Un assez grand nombre de juments cotenlines partirent pour TAnglctcrrc, tandis que huit
mille juments poulinières et dix mille chevaux passaient en Espagne. Cette terre de France est si féconde! Mais il faut lui demander poliment l'argent, ou le chapeau à la main C'est ce qui cessa d'être compris plus tard.
<t La Restauration, en ramenant la paix, supprima ces réquisitions volontaires ou forcées qui venaient sécher dans leur germe toutes les espérances hippiques du pays. Si, en même temps, les frontières fussent restées fermées au cheval étranger, la France eût atteint rapidement une prospérité hors ligne. Malheureusement, il n'eu fut pas ainsi; à peine la liberté commerciale fut-elle déclarée que l'on se jeta aveuglément sur les chevaux des nations voisines.
L'Angleterre fut la première à nous inonder de ses chevaux de chasse; l'Allemagne fut plus longtemps à nous offrir ses ressources et, la raison en est simple : c'est que l'Allemagne était encore plus épuisée que nous, et qu'il fallait attendre son-réveil à la prospérité hippique, réveil qui eut lieu promptement, grâce à nous; car, ainsi que le disait un éleveur allemand : a Les achats faits par les Français ont aidé « puissamment, après les désastres des guerres « de la fin de l'Empire, à la régénération de « nos races. »
« En vain les princes achetaient-ils la plupart de leurs chevaux dans les écuries des éleveurs de Normandie et du lAmousin ; en vain la remonte des compagnies des Gardes était-elle affectée spécialement au Merlerault;
en vain les haras payaient-ils à des prix élevés la plupart de leurs étalons ; le luxe de Paris, fort peu patriote, se plut à choisir de préférence le cheval anglais ou le cheval allemand. On s'aperçut bientôt, plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, des différences qui existaient pour l'espèce et le dressage, entre le cheval français resté stationnaire depuis trente ans, et celui des nations voisines. On demdnda a nos races indigènes plus de similitude avec les produits améliorés que nous faisait connaître l'Angleterre. Ce fut une des causes qui commencèrent à faire prendre aux courses les errements qui pouvaient les amener à rendre d'utiles services. »
Autant Ephrem Houel est intéressant quand il nous fait l'histoire du cheval dans les temps modernes, et cela grâce aux documents nombreux qu'il a eu entre les mains comme officier supérieur des haras, autant il est ....étonnant, quand il nous parle des races au point de vue zoologique, ou des rapports d'origine et de caractère qu'elles ont entre elles ; c'est du reste la pierre d'achoppement h laquelle se sont heurtés tous les zoolechniciens qui ont laissé libre carrière à leur imagination.
Ephrem Houel dit que la France — c'est en 1848 qu'il a publié son livre — compte huit chevaux par cent habitants ; les deux termes de la comparaison sont, pour les Etats européens : le Danemarck qui en compte quarante-cinq, l'Espagne un seulement et l'An-
gleterre est à peu près daus les mômes proportions que la France.
Cet auteur distingue deux grandes familles dans les chevaux français : la race armoricaine (!) et la race méridionale. La race armoricaine, à la haute encolure, aux formes massives, à la crinière abondante et aux formes athlétiques, fille d'un climat égal et tempéré, des contrées humides et plantureuses, couvre la ceinture maritime de la France ; elle prend sa source au pied des Alpes, sur les collines de la Franche-Comté, descend les bords du Rhin, occupe les provinces belges, le nord de la France, la Picardie, le pays de Caux, la Normandie, les côtes nord de la Bretagne et les marais du Poitou, jusqu'à l'embouchure de la Charente. Sa couleur primitive était le ncir; on la retrouve encore sous son ancien aspect dans quelques contrées de la France, de la Belgique et de l'Angleterre.
Ainsi, pour Ephrem Houel, les chevaux francs-comtois, belges, flamands, boulonnais, cauchois, bretons et poitevins appartiennent à la même race, qui aurait pour origiue l'Avmorique, c'est-à-dire la Bretagne, pays d'Ephrem Houel!... Après tout, cette opinion est aussi soutenable — elle Test même plus — que celle qui fait venir les chevaux du Turkestan, de la Nubie.
La seconde famille d'Ephrem Houel, qu'il nomme méridionale, a pour caractère : une tête carrée, des naseaux frémissants, des sabots aristocratiques, un poil soyeux et la
jambe nerveuse;- elle est entrée dans les Gaules à, la fois par les Alpes et les Pyrénées et s'est répandue sur les côtes de Provence, dans la plaine de Tarbes et est venue planter sa tente jusque dans les guérets du Limousin. Sa couleur prédominante était le gris, qu'elle a conservé dans beaucoup de localités par suite de croisements fréquents avec le sang arabe.
Il dit ensuite quelques mots des principales variétés qui se sont établies dans ces deux vastes familles, dont le mélange, ajoute-t-il, a donné naissance, en y joignant la différence du sol et du climat, à toutes les espèces qui se rencontrent sur la surface de la France.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire sur Thistoire de nos races de chevaux français. Cette histoire était nécessaire pour montrer combien on a erré dans la question de leur origine qu'on a voulu faire remonter littéralement dans la nuit des temps, ou arriver, sans preuves, des parties du monde les plus éloignées. A part les races communes dont on ne s'est jamais occupé et qui dérivent tout droit du cheval celtique sauvage, modifié à la suite des siècles, suivant les progrès de l'agriculture, les races seigneuriales ou aristocratiques ont reçu tellement de sang étranger, particulièrement pendant les deux derniers siècles (1), qu'il est impossible de les considérer
(1) 500 millions ont été dépensés sous Louis XIV, malgré la création des Haras, pour achat de chevaux étrangers.
connue autre chose que des créations toutes iHodernes.
Au siècle dernier, tous les chevaux de selle étaient des espagnols, ou des barbes, ou des croi . sèment de ces races ; comme tous les chevaux de carosse étaient de race hollandaise ou danoise, ou demi-sang normand-danois oti hollandais. C'est sous le Premier Ëttipirô seuletnenk que nos races de luxe se sont constituées, mais elles ne sont pas resté longtemps avec leurâ caractères d'alors : dès la Restauration, ôt surtout dès la création du Jockey-Club, le sang aUglais a été employé à profusion : comme là muscade de Boileàu on en a mis J)artout, avec quelque peu de saûg arabe ; en soî*te que toutes nos races de luxe actuelles sont au moins des demi-sang anglais ou arabes.
Nous allons maintenant passer en revue nos raôéé et leur élevage dans l'état actuel.
BAGB6 FRANÇAISES ACTUELLES
Llôà Chevaux normands. ^ La Normandie est, dé temps immémorial, classée au premier i^âng de nos provînôés 'productives de chevaux.
Nous avons vu quelles modifications successives a subi le cheval normand suivant les temps et suivant la mode. Chaque siècle lui a imprimé un nouveau cachet^ et le cheval normand actuel ne ressemble en rien au cheval
normand du siècle dernier. Avant de Tétudier sous le rapport de la conformation et dans ses diverses variétés, nous allons passer en revue les diJBférents lieux de production où on Télève et qui se trouvent dans les quatre départe-* ments du Calvados, de TOrne, de la Seine-Inférieure et de la Manche.
§ I. — Le Calvados. — Au point de vue agri* cote le déparlement du Calvados se divise en contrées herbî\gères et contrées culturales : sur les 552,000 hectares de superficie que comprend le Calvados, 203,103 sont consacrés à la culture et aux prairies artificielles et 170,743 aux prairies naturelles ou herbages. Ces dernières seules nous intéressent, elles se trouvent dans trois régions opposées : à Test dans la Vallée A' Auge, à Touest dans le Btuin et le Bocage, et au centre dans la Plaine.
1° La Vallée d^Auge est dans Tarrondissement de Ponl-rEvôque. Son sol, très riche, est constitué par des alluvlons anciennes provenant des débordements des cours d'eau qui le sil* lonnent en divers sens. Cette vallée est très fertile, la végétation y est très active et com* posée de plantes extrèmemenl nutritives. Ces qualités sont mises à profil par les éleveurs de la région pour Tengraissement des animaux de la race bovine que nous admirons chaque année au concours général agricole du Palais de Tindustrie. L'élevage du cheval ne vient ici qu'en seconde ligne et est dix fois moins important, ce qui le prouve, c'e^t que, dans la locailôa de ces prairies, il est généralement stipulé que
rherbager ne pourra eulrelcnir qu'un sujet de l'espèce chevaline pour dix de Tespèce bovine (1). •
Les parlies les plus productives sont les cantons de Pont-l'Evôque, de Dozulé, de Croarn, de Mézidon et de Saint-Pierre-sur- Dives, c'est-à-dire les vallées de la Touques et de la Dives.
Dans ces régions, Télève du cheval se fait uniquement à la prairie. En général, les produits sont vendus à six mois. Les quelques sujets conservés et complètement élevés sur place sont des juments qu'on livre à l'étalon dès l'âge de trois ans, et on les conserve comme poulinières si elles se distinguent par la bonté de leurs produits et par les qualités requises pour cette destination ; dans le cas contraire elles sont vendues à la remonte après avoir fait un ou deux poulains ;
2' Le Bessin comprend une grande partie de l'arrondissement de Bayeux et même une petite partie du département de la Manche où se trouve Port-en-Bessin ; Formigny en est le point central.
Cette contrée, un peu tournientée, est à la fois herbagère et cultivée, mais, à l'inverse de ce que nous avons vu dans la Vallée d'Auge, on s'occupe ici beaucoup plus de production de chevaux que d'engraissement.
(1) Hornez. — Quelques mots sur les chevaux du Calvados {Journal de médecine vétérinaire militaire, !•' vol. 1863, p. 228.
Le Bcssiii produit uue grande quantité de poulains que l'on voit, dans les herbages des cantons dlsigny, de Trévières et de Bayeux, ainsi que dans les prés arrosés par les deux Aures et leurs affluents, gambader autour de nombreuses poulinières.
Le relevé des saillies faites par les étalons des Haras dans ces cantons et dans ceux de Lauraont et de Balleroy qui font aussi partie de Tarrondissement de Bayeux, porta à !,753 le nombre des juments présentées, sans compter celui des juments saillies par les étalons ap-» prouvés.
Les poulains nés dans le Be&siu sont géné^ ralement vendus à six mois ou à dix-^huit mois, et principalement à la foire qui se tient à Bayeux le 2 novembre, foira où se trouvant réunis deux ou trois mille poulains de ces âges, distingués en poulains de lait et au antçnnais.
Les juments reproductrices, dans la région du Bessin, n'ont pas seulement pour rôle de faire des poulains, elles sont encore utilisées aux travaux de la terre ; souvent, on les voit y être occupées, suivies de leurs poulains. Ce travail, peu fatigant, est salutaire à leur constitution et à leurs fonctions ; nourries en partie à l'écurie, en partie à la prairie, bien que moins fortes que celles de la Vallée d'Auge, ces ju* ments ont plus d'énergie que celles-ci et sont meilleures poulinières.
3** Le Bocage est cette partie du département assez accidentée qui est située au sud
du Bessin, entre les vallées de la Vire et du Noireau. Ici la production et l'élevage marchent à peu près de pair. Dans les cantons de Vire, de Beni-Bocage et de Condé-sur-Noireau on comptait, en 1890, 3,400 juments dont 1,231 ont été saillies par les étalons de TEtat.
4" La Plaine est ainsi appelée à cause du peu d'rrégularité qu'offre sa surface; elle s'étend de Falaise et d'Harcourt à la mer, et Caen en est à peu près le centre.
La production dans la Plaine de Caen est insignifiante, mais on y élève une nombreuse population chevaline qui y est importée à l'âge de six à dix-huit mois des régions limitrophes, des départements voisins de la Manche, de rOrne et de la Seine-Inférieure et même de la Bretagne et de la Vendée.
La nourriture consiste en fourrages artificiels consommés en vert pendant Tété et secs l'hiver, avec très peu ou point d'avoine, ce qui est un tort. Le sainfoin et Vhivernage, dit Bornez, constituent en tout temps la base de l'alimentation des animaux élevés dans les fermes de la Plaine, depuis leur arrivée jusqu'au moment où on se décide à les préparer pour la vente; pendant ce temps, ils participent aux travaux légers de la ferme, ce qui est très favorable à leur développement matériel et moral.
Les produits élevés dans la plaine de Caen sont en général des mâles entiers ; ils sont menés dans les foires dans ces conditions et s'ils ne sont pas conservés comme reproduc-
deurs, ou acquis par l'administration des haras, ils sont châtrés et livrés peu de temps après au commerce de luxe ou à laremonte de l'armée.
L'éleveur de la plaine voit dans cette manière de faire le moyen de conserver à ses chevaux, la rondeur des formes, le brillant et le lustre du poil, la vivacité du regard et Ténergie qui caractérise le cheval entier. Ces qualités plaisent à l'acheteur et c'est là la cause de la castration tardive pratiquée dans cette partie de la Normandie, castration qui a lieu généralement en octobre et novembre.
5* Les autres régions du département, c'està dire les cantons d'Orbec, de Livarot et une partie de celui de Lisieux, ont une production en chevaux très limitée, et celle de l'arrondissement de Falaise est tout à fait insignifiante.
Pour juger dans son ensemble la production chevaline du département du Calvados, nous établissons le tableau d'autre part qui donne par canton et par arrondissement le nombre de juments saillies dans les années 1889 et 1890:
CANTONS BT AIJBONDISSEMENTS
Bayeux
Trévières
I?igny
Çaumont
Balleroy
Vire
Beni-Bocfigft ....,.,.
Condé-sur-Noireau
Villers-Booage
Arrondissement de Ca^n
Pont-l'Evêque
Liaieux,..,.. , • . •
Falaise