CHAPITRE III. — ÉLEVAGE DU MULET
à encolure grêle, donnerait des produits dans lesquels domineraient les défauts du père. On conserve dans le Poitou des étalons dits mulassiers, destinés à reproduire la jument telle que l'exige l'industrie à laquelle on les desline.
Les baudets sont répartis en stations appelées ateliers, qui en réunissent i à 5 au plus. Le même propriétaire tient souvent 2 ou 3 chevaux étalons, dont un boute-en-train, et autant d'àncsses; dans d'autres localités, on a seulement 2 ou 3 baudets. L'installation d'un atelier est fort simple : elle consiste en une grange ou un simple bâtiment; on établit sur l'un des cotés à l'intérieur un rang de cellules en planches, de 3 mètres sur chaque face, non fermées par le haut, avec une porte ouvrant sur le reste de la grange, qui forme alors un vaste corridor où on peut déposer les fourrages. Une petite lucarne pratiquée dans la porte même ou à côté permet de voir dans l'intérieur. Le baudet est libre dans cette boxe garnie d'un petit râtelier; il porte seulement un licol de cuir auquel on fixe une longe; quand on veut le faire saillir, on y ajoute alors une bride pour mieux le maintenir. Le baudet reçoit peu de soins de pansage, on ne le ferre jamais, on rogne de temps en temps la corne des pieds, qu'on laisse toujours fort épaisse. On dispose ordinairement près de l'atelier une place pour la saillie; c'est un petit espace un peu en contrebas où on place les juments à taille trop élevée ; deux petites barrières parallèles, écartées de l m 50 environ, protègent deux côtés. On peut offrir à la saillie de chaque baudet de 50 à 80 juments, qui sont saillies plus de 3 fois pendant la saison, qui dure d'avril à juillet. Chaque baudet fait par jour 5 à 6 saillies, qu'on nomme bridées dans le Poitou; un baudet étalon peut durer jusqu'à 20 et 25 ans. Le prix par jument est de 10 à 15 fr., plus un pourboire de 60 centimes.
Lorsque la jument refuse l'approche du baudet, on laisse venir près d'elle un cheval boute-en-train qui ne saillit pas, mais qui sert à vérifier les dispositions de la femelle. On est quelquefois également forcé de présenter une ànesse au baudet pour le mettre en train; on la retire pour y substituer la jument; enfin, le service souvent forcé auquel on soumet le baudet exige qu'on l'excite par divers moyens : quelques caresses au-dessous du ventre, et principalement une espèce de chant particulier, ce qui s'appelle trelander. Le baudet reçoit 3 à 4 kilog. de foin, en multipliant les repas, afin d'éviter que l'animal ne souffle sur le fourrage et ne s'en dégoûte; pendant la monte, il reçoit en sus 2 à 3 litres d'avoine et un demi-litre à chaque saillie. La jument poulinière vit l'été à Therbage, elle est nourrie l'hiver au foin à l'écurie; le son, le pain, sont ajoutés quelquefois à sa nourriture au moment de la gestation.
La jument saillie par le mulet porte 1 1 mois environ ; les soins à
lui donner pendant la gestation et lors du part sont les mêmes que dans la production du cheval (page 99). Dans le premier âge, la initiasse (on nomme ainsi les produits de l'un ou l'autre sexe) tette jusqu'à 6 ou 7 mois et va au pâturage avec la mère. On commence déjà à faire travailler légèrement les jeunes animaux à 1 an pour les dresser; leur nourriture consiste exclusivement en foin, paille et balles; dans le sud, la paille y entre en plus grande partie. L'élevage de la mulasse se partage, comme celui du cheval, en plusieurs périodes. On vend beaucoup déjeunes mules vers 1 an sous le nom de jetons ou jetonnes (en Poitou) ; d'autres sont vendues à 2 ans sous le nom de doublons ou doublonnes ; les mulets sont ainsi l'objet de transactions assez nombreuses tant qu'ils sont mulets de marque, c'est-à-dire qu'on peut reconnaître l'âge aux dents. Les signes de l'âge par les dents, après 7 ans surtout, présentent chez Pàne et le mulet moins de régularité que chez le cheval, le cornet dentaire s'efface plus tard ; en général, les indications tirées de la biangularité ou de la triangularité des dents sont plus tardives, ce qui tient sans doute à une plus grande dureté du tissu dentaire. On castre ordinairement le mulet de 15 mois à 2 ans. La mulasse est en général assez mal nourrie et mal soignée; ce n'est qu'alors qu'on veut la préparer à la vente qu'on lui donne un peu de grains et de farineux. Quoique le mulet soit un animal robuste, un régime aussi négligé peut cependant être la cause de maladies inflammatoires qui l'atteignent quelquefois; la fluxion périodique est une maladie aussi commune chez la mulasse que chez le cheval ; il se manifeste assez souvent à la sole du mulet des fies ou poireaux; la paroi du pied présente aussi accidentellement des gerçures connues sous le nom de mal d'àne ; enfin, la loupe au coude, désignée sous le nom d'épongés, est assez fréquente chez le mulet.