‹ Le cheval, l'âne et le mulet: extérieur, race, élevage, entretien, utilisation, équitation, etcChapitre 26 sur 103 · CHAPITRE II. — ENSEMBLE DU CHEVAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — ENSEMBLE DU CHEVAL

dans la Zoologie agricole, les caractères d'une bonne constitution; on n'oubliera pas toutefois que les signes extérieurs ne sont pas toujours infaillibles ; si, par exemple, une large poitrine fait supposer l'amplitude dans l'action des organes respiratoires, un cœur peu volumineux, d'une contractilité faible, un sang pauvre, peuvent annihiler en partie cet avantage; la densité des os, la contractilité de la fibre musculaire, l'influx nerveux, jouent dans la locomotion un rôle important, quoique ces qualités ne se traduisent pas toujours par des signes extérieurs ; toutefois, on se trompera rarement sur le cheval qui réunira l'ensemble des conditions que nous avons résumées.

L'embonpoint du cheval, s'il n'est pas excessif et ne provient pas d'un engraissement fait pour la vente, ou d'un tempérament trop lymphatique, est une condition favorable : il indique un cheval qui se nourrit bien, ou a été convenablement traité. L'embonpoint devra s'allier au développement et à la fermeté des tissus musculaires et tendineux sous le palpe de la main.

État de santé. — On se défiera de l'animal au poil piqué, à la peau adhérente aux côtes, qui unira à la maigreur la flaccidité des tissus. L'air morne, abattu ou inquiet, le flanc retroussé, le battement irrégulier du flanc, les extrémités froides ou trop chaudes, les membranes injectées ou très-pàles, sont des signes qui feront mal augurer de la santé d'un animal (V. Zootechnie).

Le tempérament, dont nous avons également donné les principaux caractères dans la Zootechnie générale, se modifiera un peu suivant les types. Le tempérament musculaire, un peu lymphatique et sanguin, convient au cheval de gros trait dont l'effort doit être puissant et soutenu ; ce tempérament se modifiera de manière à devenir plus sanguin et plus nerveux dans le cheval de trait léger. Le tempérament sanguin nerveux prédominera dans le cheval de vitesse ; cependant, si on exige en même temps du fond et de la force, le tempérament musculaire, mais dégagé de l'excès de lymphe et de graisse, viendra s'harmoniser avec le système nerveux et sanguin. L'art de l'éleveur modifie les tempéraments et, jusqu'à un certain point, la constitution ; il peut, comme nous le verrons plus tard, par un choix raisonné de la nourriture et du régime, donner du gros, du sang, du nerf (ou plutôt de l'excitabilité nerveuse).

Caractère, aptitudes. Quoique le cerveau, siège de l'intelligence, soit peu développé chez le cheval, cependant on trouve chez lui toutes les qualités ou les défauts qui procèdent de l'intelligence, la volonté et les passions affectives ; il a une grande mémoire des lieux : tel cheval reconnaît après dix ans le chemin qu'il a parcouru une fois, le lieu où il s'est arrêté, où il a éprouvé de

bons ou mauvais traitements. Le cheval peut être dressé à une foule d'exercices qui indiquent un raisonnement: on raconte qu'un cavalier «tant tombé de son cheval et resté évanoui, l'animal retourna à la maison d'où sortait son maître, frappa à la porte avec son sabot, et, après qu'on lui eut ouvert, reprit le chemin du lieu où gisait son maître, indiquant ainsi aux personnes qu'elles eussent à le suivre. On cite beaucoup de traits de ce genre. Le cheval est accessible à la plupart des passions bonnes ou mauvaises : il s'attache soit à l'homme, soit aux autres animaux ; il est aimant, franc, généreux ou méchant, haineux, sournois, vindicatif; le cheval apprécie très-bien son conducteur, et mesure à l'habileté ou à l'énergie de celui-ci le degré de docilité. Il y a des chevaux doux, dociles, sans volonté, d'un caractère entièrement passif ; d'autres chatouilleux, ombrageux, difficiles, entêtés, rétifs, indomptables; les uns actifs, hardis, courageux ; d'autres paresseux, timides, poltrons. Le cheval est susceptible d'une grande émulation. Du reste, ces défauts, ces qualités, ces instincts peuvent se modifier sous l'influence de l'élevage et du dressage, ce qui constitue l'éducabilité ; on parlera des divers défauts du cheval à l'occasion du dressage et de l'utilisation.

Les sexes et l'âge apportent encore dans l'extérieur du cheval des différences dont il faut tenir compte. Le cheval entier est le cheval mâle qui n'a pas subi la castration. Le cheval hongre est le cheval castré. La castration ralentit l'accroissement des parties antérieures au profit des parties postérieures. Le cheval castré a l'encolure plus mince, la croupe plus développée, il a plus de prédisposition à la graisse, il a également le caractère plus souple et plus doux; mais le cheval entier a plus de vigueur, plus de rigidité peut-être dans la fibre musculaire, il est capable d'un effort plus énergique; il est aussi plus intraitable ; il est souvent méchant pour ses voisins d'écurie, dangereux parfois pour l'homme. On ne peut que difficilement l'associer aux juments dans le travail; il est également plus sujet aux maladies inflammatoires; cependant, malgré ces inconvénients, le service des postes, des diligences, les emploie de préférence, et l'agriculture, qui les revend à ces services, doit souvent les introduire dans la ferme.

La jument possède la plupart des avantages du cheval hongre; sa conformation pèche cependant par un cou mince, une poitrine plus étroite, tandis que le bassin, le ventre, le flanc, prennent plus de développement ; elle n'est pas capable d'un effort aussi énergique ; elle est quelquefois chatouilleuse à l'époque des chaleurs; elle consomme peut-être davantage que le cheval hongre. L'adoption, dans une ferme, de chevaux hongres, entiers ou de juments, se lie nécessairement à des considérations d'élevage.

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