CHAPITRE II. — ENSEMBLE DU CHEVAL
§ 3. — Robes et signalements.
La peau du cheval peut être considérée : 1<> dans son tissu, comme organe tégumentaire desliné à revêtir le corps, à le protéger contre l'action des agents extérieurs, et à fournir une issue à la transpiration; 2° comme siège du tact et moyen de transmission des impressions extérieures; 3° en raison de la couleur et de la nature du poil qui le recouvre, comme un caractère distinclif de l'individu ou de la race. La peau, organe d'une absorption et d'une sécrétion très-active, joue un grand rôle dans la santé de l'animal ; la suppression brusque de la transpiration ou l'excès de cetle sécrétion, l'absorption du froid, de la chaleur, de l'humidité, apportent dans l'organisme des perturbations qu'on essaie de prévenir par des soins d'hygiène, tels que le pansage à l'étrille, à la brosse, au bouchon de paille, par des couvertures. La peau est plus fine et plus dense dans les races distinguées et les chevaux du Midi, plus épaisse et plus spongieuse chez les animaux du Nord, si surtout ils vivent au pâturage; la peau est plus forte et plus adhérente sur la croupe, les reins, aux extrémités des membres, plus mince et plus sensible sous le ventre, entre les cuisses.
lie poil change deux fois par an chez le cheval, dans les Climats à hiver froid du moins, car en Arabie, cette espèce de mue n'a pas lieu. A l'automne, un poil plus long et plus rude succède au poil ras et doux que le cheval a pris au printemps ; la pousse du poil d'hiver qui surexcite l'action de la peau, l'abondance du poil même qui provoque la sueur et ne permet pas cependant qu'elle sèche aussi facilement, ne sont pas sans quelque influence sur la santé et l'activité du cheval. Elle parait le débiliter un peu; elle l'expose davantage à des arrêts de transpiration; c'est ce qui a fait introduire le tondage des chevaux.
Tondage. — Dans quelques parties du midi de la France, les chevaux sont tondus dans la partie supérieure du tronc, soit pour raison d'hygiène, soit afin qu'ils sentent mieux le fouet. Dans le Nord, les chevaux de luxe sont exclusivement soumis au tondage complet; cependant, il est question d'introduire dans la cavalerie de l'armée cette méthode, dont on a reconnu les bons effets. Le tondage se fait soit à l'aide de petites forces, soit avec des ciseaux courbes à grands anneaux; on s'aide, dans ce dernier cas, d'un peigne pour relever le poil. On termine le travail en flambant et brûlant les poils qui ont échappé aux ciseaux. M. de Nabat a inventé un appareil ingénieux pour effectuer cette opération. Le rasement du poil a lieu rapidement, à l'aide presque exclusivement de Yétrille à esprit de vin ou à gaz, fig. 69. Un tube transversal bb,
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percé de 4 ou 6 trous, est vissé sur un petit récipient a rempli d'esprit de vin, et dans lequel aboutissent des mèches qui vont sortir par les trous du tube. On allume les mèches, et l'opérateur, tenant une brosse d'une main, promène ■ „ de l'autre la flamme successivement sur toutes les pi * parties du corps et brûle le poil. Bien faite, celte / a\ opération ne paraît pas faire éprouver à l'animal une w sensation douloureuse. Quand on a le gaz à sa dis- Fiç. 69. position, on l'amène à l'intérieur de l'outil par un tube en caoutchouc, qui se visse à la base de la poignée. Un tondage aux ciseaux exige deux jours de travail, au feu un jour.
Les crins, sécrétion pileuse, diffèrent du poil lui-même. Ils ne sont pas exposés à la mue; arrivés à leur développement, leur croissance, même quaud on les coupe, est peu sensible. Les crins sont plus abondants chez le cheval entier, plus fins à la crinière qu'à la queue. Les longs poils, espèce de crins qui garnissent les extrémités de certains chevaux, sont un caractère de races communes.
La direction des poils, à peu près uniforme de haut en bas, offre cependant quelques accidents, qu'on nomme épis, écussons, auxquels les Arabes rattachent des idées de beauté ou de vigueur pour l'animal, et même de bonheur ou de malheur pour le cavalier. On a essayé, mais sans beaucoup de succès, de trouver, chez la jument comme chez la vache, des rapports entre les épis et les qualités laitières.
Robes. — La couleur des poils constitue ce qu'on appelle la robe. La connaissance des robes fait la base de la science des signalements, plus utiles aux vétérinaires de l'armée qu'au cultivateur, et que nous réduisons, pour ce motif, à quelques généralités essentielles. On divise les robes en deux grandes classes : i° robes d'une seule couleur (unicolores); 2<> robes de plusieurs couleurs (multicolores). (F, notre Atlas colorié des animaux domestiques.)
Les robes unicolores se partagent en deux catégories : la première, à couleur uniforme, les extrémités et les crins compris; cette catégorie renferme les chevaux noirs, blancs et les alezans. La deuxième, qui diffère seulement par la couleur noire des extrémités et des crins, renferme également trois subdivisions: les chevaux bai, isabelle et souris. Les isabelle et les souris ont, en outre, sur le dos, une raie noire appelée raie de mulet.
On peut, dans la classe des chevaux multicolores, faire également deux grandes catégories : la première, où les couleurs sont en quelque sorte fondues ensemble, au moyen du mélange des poils de diverses couleurs ; cette catégorie renferme les robes à poils de deux