CHAPITRE II. — DU CHEVAL EN ACTION
antérieurs : angle de l'épaule et de l'humérus, de l'humérus prolongé et du paturon. Or, si dans le squelette d'un cheval bien conformé on compare les angles articulaires, on les trouve semblables et de 90°; il s'ensuit une direction parallèle entre certains rayons. Ainsi, la tôle, l'épaule, l'os de la cuisse, les paturons, sont dans la même direction; d'un autre côté, l'encolure, le bras, Tos de la hanche, celui de la jambe, affectent également une direction semblable, mais inverse. C'est ce parallélisme entre les rayons ou leviers concourant à la locomotion qui produit, dans le résultat de leur action, une direction uniforme et rectiligne. Si ce tt€T harmonie des angles articulaires vient à être dérangée, si une épaule, droite, par exemple, était accompagnée d'un jarret trop coudé, il en résulterait dans l'ensemble et 1a direction des forces une inégalité qui en annihilerait une partie.
g 2. — Des mouvements.
Dans la locomotion, les os jouent en général le rôle de leviers, sur lesquels agit la puissance contractile des muscles pour déplacer et faire mouvoir le corps ou ses différentes parties. Nous parlons des leviers dans la Mécanique agricole; ici, nous rappellerons seulement que le levier est du premier genre quand le point d'appui est entre la puissance et la résistance, du deuxième genre quand la résistance est entre la puissance et le point d'appui, enfin du troisième genre quand la puissance est entre le point d'appui et la résistance. Les deux premiers leviers sont les plus favorables à la force ; aussi les trouve-t-on employés dans le système locomoteur, lorsqu'il s'agit de produire un effort puissant ou violent. L'articulation du jarret nous offre un levier du premier genre; l'action des deux jumeaux de la jambe, dont le tendon s'insère à la pointe du calcanéum en a, fig. 83, est la puissance ; l'appui d est dans l'articulation, et la résistance est représentée par le reste de la partie inférieure du membre qui est projetée en ar- fy rière. Dans la marche, le tirage, le saut, qui exigent /( une certaine force, cette même articulation joue le rôle d'un levier de deuxième genre ; le point d'appui est \\\ le pied c, la puissance est toujours appliquée^ la pointe a du calcanéum; la résistance, représentée par le poids bfj* du corps, est en d, à l'extrémité inférieure du tibia, que Jl l'effort tend à soulever ou pousser en avant. On re- c£ trouve encors des leviers du premier et du deuxième p^, g3. genre dans l'action puissante des articulations du fémur, dans l'extension de F avant-bras; mais, dans beaucoup d'autres cas, le levier du troisième genre est employé. La même figure 83
nous en offre un exemple dans la flexion du canon sur la cuisse : dans ce mouvement, l'appui est dans l'articulation d; l'application de la puissance du muscle fléchisseur fixé d'un bout sur la tête du tibia s'applique de l'autre au canon 6, et le reste de l'extrémité forme la résistance. Le bras de la résistance est donc fort long, et cette disposition enlève beaucoup à la puissance; mais il faut remarquer que la vitesse y gagne d'autant, car le pied placé à l'extrémité de ce levier se porte plus loin et plus rapidement en avant; ce levier répond donc bien aux vues de la nature, qui veut, surtout dans la locomotion du cheval, produire de la vitesse.
Tantôt les mouvements ont lieu sur place ou dans des limites trèsbornées, comme dans le cabrer, la ruade, le saut, le reculer; tantôt ils ont pour but de porter le corps à certaine distance; alors c'est la marche qui, suivant sa vitesse, et surtout d'après l'ordre dans lequel se succèdent les membres pendant la progression, prend le nom d'allure.
Le cabrer. — Le cheval se cabre lorsqu'il se dresse sur ses pieds de derrière. Cette attitude ne dure qu'un moment très-court, parce qu'elle exige un très-grand effort; elle est surtout dangereuse dans le cheval de selle, qui peut se renverser sur le cavalier, si celui-ci ne sait pas maîtriser les mouvements de l'animal. On prévient le cabrer à l'aide de la martingale.
La ruade est le mouvement dans lequel l'arrière- train, subitement élevé-, permet aux membres postérieurs d'effectuer une détente rapide ; c'est un des moyens de défense spécial au cheval, à l'àne et au mulet. L'animal se prépare ordinairement à ruer en portant un peu ses jambes antérieures en avant et en abaissant la tête, comme pour faire équilibre aux parties postérieures du corps. On prévient la ruade en relevant fortement la tête du cheval et la portant en arrière, et encore en mettant une plate-longe à l'animal.
Le saut est un mouvement rapide, opéré ordinairement en avant par la détente, soit des quatre membres, soit de deux seulement.
Le reculer, que nous plaçons ici parce que c'est un mouvement très-borné, est un exercice très-fatigant; il est cependant d'une grande importance pour le cheval de gros trait, le limonier surtout. Dans le reculer, le système de locomotion doit exécuter une opération analogue à celle de la progression, seulement en sens inverse; mais, dans l'animal, tout est disposé pour la progression : le centre de gravité porté en avant, la délente puissante des jarrets, l'action de l'arc de la colonne vertébrale qui s'unit à cette détente, tout favorise le mouvement ou le tirage en avant. Dans le reculer ou le tirage en arrière, ces avantages deviennent des obstacles; l'extension du genou ne remplace que bien imparfaitement la