CHAPITRE II. — DU CHEVAL EN ACTION
On commencera par faire partir l'animal au pas, en se plaçant de manière à le voir en arrière d'abord, puis en face au retour. On juge si les membres de derrière couvrent bien ceux de devant. Lorsque l'animal passe de proûl, on apprécie l'harmonie des mouvements de l'arrière et de l'avanl-main, si le pas est suffisamment allongé, si les jrenoux, si les jarrets se plient tacitement, si l'appui du pied est ferme et sûr, si l'animal ne boite ou ne feint pas, si en même temps qu'il lève follement le pied antérieur, les oreilles n'opèrent pas un mouvement fréquent, signe d'une vue mauvaise.
L'examen du cheval au trot demandera encore plus d'attention. Cette allure donne surtout le moyen d'apprécier la vivacité, l'étendue des mouvements, le ressort et la détente des membres. De profil, on verra *si l'animal ne boite pas ou ne bronche pas, s'il ne forge pas, s'il ne rase pas le tapis, si les épaules sont libres, si le derrière manque de chasse, si le devant seconde bien l'action de l'arrière-muin, si le cheval file bien. En arrière, on jugera si l'animal ne billarde pas, s'il ne se berce pas, s'il ne fauche pas, ne tricote pas, etc.
On a soin de faire tourner l'animal tantôt sur la droite, tantôt sur la gauche, afin d'éprouver alternativement la force de chaque bipède latéral. On s'assure également de la force des reins et des jarrets en faisant arrêter un peu court.
C'est après le trot qu'on essaiera de faire reculer l'animal, le cheval immobile exécutant plus difficilement ce mouvement après un peu d'exercice. On explore de nouveau le mouvement du flanc; l'accélération de la respiration après l'exercice se manifeste encore si l'animal est court d'haleine ou cornard.
On devra toujours s'armer d'une sage défiance contre les ruses multipliées de certains maquignons. Tous les moyens sont mis en œuvre pour dissimuler à l'acheteur les défauts de l'animal. Est-il petit ou bas de devant? on le place sur un sol élevé ou en pente, ou entre deux murs; on le munit de fers épais et à crampons. Est-il long? on lui met une couverture de couleurs tranchantes. A-t-il des lignes défectueuses, un garrot bas, des oreilles pendantes, prend-il le harnais difficilement? on le présente avec les harnais, des oreillettes, une bride à œillères. On placera du côté opposé à l'acheteur une partie défectueuse ; on essaiera de détourner l'attention de celui-ci quand elle se portera sur ce point ; on tiendra toujours en mouvement l'animal qui a quelque vice d'allure; on fera une blessure apparente et légère, à laquelle on attribuera une claudication,* résultat d'une affection incurable; une paille introduite dans l'œil déterminera une inflammation qui masquera la fluxion périodique. Nous ne parlerons pas d'une foule d'autres ruses plus ou moins grossières : des queues relevées par un énorme bouchon de paille
pour dissimuler une croupe avalée, ou môme une queue postiche, des robes teintes, des bouches refaites, des salières insufflées, de l'éponge placée dans le nez pour cacher un écoulement, etc. Le cheval a-t-il peu d'ardeur? on a eu soin de le harceler à l'écurie, de manière qu'il s'inquiète et s'agite à l'approche de l'homme; on lui introduit un peu de gingembre dans l'anus. Est-il ombrageux ou méchant? on 1 engourdit à l'aide de narcotiques, de spiritueux, de l'ivraie, du vin par exemple. Si le cheval boite à froid, on l'aura promené sur un terrain doux; s'il boite à chaud, un long repos aura calmé la douleur. Quelquefois, par un régime rafraîchissant, par la saignée, on fait disparaître la pousse pour quelques jours.
Il va sans dire que l'appréciation de l'animal qu'on achète sera toujours subordonnée au but auquel on le destine. Un cheval de trait, de selle, de coiuse, une jument ou un étalon qu'on veut exclusivement consacrer à la reproduction, devront avoir des qualités différentes, et les défauts qui les affecteront prendront plus ou moins d'importance, suivant la destination de l'animal.
L'examen des animaux qui doivent être appareillés exige qu'on les rapproche; on s'assure s'il y a similitude entre eux sous le rapport de la robe, de la taille, du volume, de l'âge. Il doit exister surtout, autant que possible, de la parité dans les allures, la force, l'énergie. On les attellera accouplés sur un terrain uni et accidenté.
Il serait à désirer que l'acheteur pût toujours joindre l'essai à l'examen, dût-il payer un peu plus cher. Tel cheval, conduit en main, a des allures brillantes, beaucoup d'action et de chasse, qui, chargé du cavalier, manifeste la faiblesse et la gène; un cheval sera brillant dans une course peu prolongée et manquera de fonds pour un travail continu. L'animal peut d'ailleurs être capricieux, indocile, ombrageux; il peut enfin être affecté de défauts de constitution qu'on n'apprécie qu'à l'usage. Il en est de même pour le cheval de trait qui résiste à l'enharnachement, se défend, refuse de tirer, rue en limon, ne recule pas.
§ 5. — Vices rédhibitoires.
Avec quelque soin qu'ait été fait. l'examen d'un animal, il est certains défauts cachés ou certaines prédispositions à des maladies qu'il est impossible à l'acheteur de reconnaître, vices qui rendent d'ailleurs l'animal impropre à l'usage auquel il est destiné. • Ces vices ont été spécifiés par la loi, qui accorde au vendeur le droit de résilier la vente, quand ils deviennent apparents dans un délai déterminé. On les nomme vices ou cas rédhibitoires. La loi qui a déterminé ces cas de résiliation est celle du 20 mai 1838. On en reproduit ici les termes :