CHAPITRE III. — ÉLEVAGE
quelquefois môme s'il est nécessaire, un touche-nez qu'on défait aussitôt que Pacte commence.
On amène ensuite l'étalon, qui porte, outre son bridon, un caveçon. Quelquefois, le bridon est simplement muni d'une chaîne plate attachée à l'un de ses anneaux et coulant dans l'autre; en tirant sur cetle chaîne, on opère une pression sur les barres. On approchera l'étalon, on lui 'fera flairer la jument; on ne le laissera s'enlever qu'au moment où on le verra bien disposé. A cet instant, celui qui tient le bridon relèvera la queue, et celui qui conduit l'étalon l'aide en introduisant la verge. L'acte s'opère d'autant plus vite que l'étalon est plus vigoureux. Aussitôt qu'on s'aperçoit, à l'état de prostration de l'étalon, que l'opération est terminée, on fait avancer la jument après avoir desserré les entraves. On ne doit pas laisser reculer le cheval, ce qui fatigue et use les jarrets.
Les cultivateurs emploient souvent moins de précautions. Dans la cour est une barrière de 1 mètre environ sur 2 mètres à 2«>50 de long; la jument et l'étalon sont amenés et placés chacun d'un des côtés de cette barrière. La jument est mise en rapport avec l'étalon, d'abord par la tête, ensuite par la croupe, et si la jument paraît disposée, la monte a lieu. Cette opération se fait quelquefois avant que les animaux n'aillent au travail ou au retour; il vaut mieux cependant laisser un peu de repos à la jument. Il est bon de faire saillir la même jument matin et soir ; la réussite est plus certaine. On représente ordinairement la jument au bout de neuf jours, et on laisse le cheval saillir, si elle semble y consentir; on recommence au bout de neuf autres jours, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la ju.nent refuse le mâle. La jument peut être saillie et porter tous les ans, à la condition cependant d'être bien nourrie, surtout quand* elle allaite.
Un étalon peut saillir deux fois par jour. Des étalons saillissent jusqu'à cent juments par saison.
§ 6. — - Conception, gestation et mise-bas.
Il n'existe pas de signes positifs de la conception; une jument peut prendre le mâle après avoir conçu, le refuser quoique non pleine. Toutefois, on doit éviter de faire saillir, et même de rapprocher des étalons les juments qu'on suppose pleines, parce qu'il en pourrait résulter l'avortement dans les premiers temps de la gestation.
On a calculé que sur 100 juments livrées aux étalons des haras, 25 p. 100 ne sont pas fécondées; et sur l'ensemble on obtient, par 100 juments saillies, de 45 à 50 naissances.
Le moyen le plus facile et le plus sûr de reconnaître la gestation
est le mouvement du poulain; mais il ne se laisse guère apercevoir qu'après le cinquième ou le sixième mois. Le moment le plus favorable est immédiatement après que ranimai a bu : soit que le froid du liquide ou la distension qu'il occasionne près de la matrice fasse éprouver au fœtus une impression pénible, celui-ci s'agite. Si l'œil ne peut percevoir le mouvement, on cherche à le sentir en appuyant la main contre la partie inférieure du ventre, au-dessous du flanc droit.
Le régime de là jument, pendant la gestation, subit peu de modifications. Si elle ne travaille pas habituellement, on doit lui donner de l'exercice, car l'excès du repos prédispose à l'avortement* on continue, dans le cas contraire, de la soumettre à son travail ordinaire, en évitant de la placer dans les brancards d'une voiture à deux roues, de l'exposer aux atteintes du timon, de lui faire exécuter des travaux qui la mettent en danger de glisser ou de faire des mouvements brusques et violents.
Enfin, on écartera, autant qu'il sera possible, toutes les causes d'avortement signalées dans la Zootechnie générale, causes auxquelles nous ajouterons la pâture sur les prés couverts de gelée blanche.
Dans les derniers temps de la gestation , le ventre s'élargit et baisse tout à coup, laissant le flanc se relever; la croupe elle-même paraît s'affaisser; les mamelles se gonflent; la bête devient lourde et embarrassée dans ses mouvements. On veille alors avec plus de soin sur l'animal ; on peut, sans inconvénient, rendre sa nourriture plus substantielle. Lorsque le part est très-proche, ces caractères deviennent plus apparents : les mamelles laissent échapper des gouttes d'un lait gluant, les jambes de derrière s'engorgent, la jument s'inquiète, s'agite, et sa queue se dresse et s'agite fréquemment ; enfin, la vulve laisse écouler une humeur séreuse et rougeâtre.
Quand on aperçoit ces signes avant -coureurs, on conduit la jument dans une écurie séparée, où on la laisse en liberté, avec une litière abondante préparée d'avance. A défaut d'écurie, on l'isole par quelques claies ou planches, de manière à lui ménager un espace de 3 mètres sur 4. Cette espèce de boxe servira jusqu'au sevrage du poulain.
La jument pouline ordinairement debout, quelquefois couchée. Dans le premier cas, le poulain ne se fait pas de mal en tombant; il est retenu en partie par les membranes dans lesquelles il est enveloppé et par le cordon ombilical. Il présente le bout du nez et les deux pieds de devant, comme l'indique la figure 12 (Zootechnie générale) ; les pieds de devant crèvent la membrane qui apparaît la première à l'orifice de la vulve et qui forme la poche ou bouteille.