CHAPITRE m. — ÉLEVAGE
peu de temps dehors, et on surveille; après quelques jours, les sorties seront plus longues, et on laissera la mère et le jeune poulain seuls. Dans l'-élevage mixte, on les abandonne ensemble au pâturage, pendant le jour seulement; ce pâturage devra toujours être sec et élevé. En principe, on ne doit pas, à l'écurie, attacher la jument, parce que le poulain pourrait se prendre dans la longe de sa mère. On doit donner la nourriture à 1 écurie ou dans les cours, faire une litière épaisse et souvent renouvelée, laisser quelquefois cependant le poulain sur le pavé pour durcir la corne, tenir la mère déferrée si elle ne travaille pas. Si la jument travaille dans les champs, on pourra laisser le poulain suivre sa mère, qu'il telle de temps en temps; il s'habitue ainsi mieux à l'homme. Après que celle-ci a fait* un travail long et fatigant, on fait quelquefois couler le premier lait, qui pourrait être échauffé.
A deux mois, et même plus tôt, le poulain commence à manger; on lui présente alors quelques aliments d'une mastication facile, un peu d'orge et d'avoine concassées et légèrement humectées. Plus tard, quand la nourriture lui devient nécessaire, sa mère mangeant plus vite que lui, on lui donne à manger à part, en l'absence de celle-ci, ou après l'avoir attachée.
Le sevrage du poulain a lieu à six mois, et môme deux mois plus tôt, si la mère est fatiguée ou si elle porte de nouveau. On sépare le poulain de la jument; on le laisse téter d'abord trois fois, puis deux, puis une; enfin on le sèvre tout à fait; on lui donne alors pour boisson de l'eau blanche, on diminue progressivement la nourriture de la jument. Si les mamelles s'engorgeaient, on ferait couler le lait, et on laverait le pis avec de l'eau de guimauve et de graine de lin.
§ 8. — Deuxième âge, régime, castration, croissance.
Après le sevrage, le poulain est mis sans être attaché dans une écurie ou une boxe; plusieurs peuvent être réunis, s'ils sont du même âge et de la même force, en les surveillant pour s'assurer qu'aucun d'eux n'est molesté ou privé par les autres de sa nourriture. Les mâles seront séparés des femelles à six mois, ou aussitôt qu'on s'apercevra que le poulain commence à sentir son sexe.
L'écurie ou la boxe sera garnie, dans tout son pourtour, de râteliers et de mangeoires; la litière ne doit pas être trop abondante, mais assez fréquemment renouvelée. La nourriture varie nécessairement suivant les conditions d'élevage : pour les races communes, elle a lieu d'ordinaire à la pâture ou au fourrage vert en été ; pour les races distinguées, elle se fait presque exclusivement à l'écurie; le pâturage daus les parcs est considéré plutôt comme un exercice.
Sans prétendre substituer partout la nourriture à l'écurie au pâturage, on doit faire remarquer cependant que, dans ce dernier système, le poulain gâte souvent plus d'herbe qu'il n'en consomme; que l'herbe d'un pâturage fauchée et donnée à l'écurie est plus profitable; qu'il est beaucoup plus difficile de régler et de diriger l'alimentation et le régime du poulain, de juger de son état et de son accroissement ; que beaucoup de pâturages ne conviennent pas à l'élevage; que les pluies, les gelées blanches, la chaleur, le froid, entraînent, dans ce système, des inconvénients assez graves; qu'en hiver, d'ailleurs, il faut toujours en revenir à la nourriture à Técurie.
La nourriture du poulain consistera, en été, en herbe de prairie naturelle ou artificielle, avec un peu d'avoine et de paille; il recevra en hiver, outre ces deux derniers aliments, un peu de foin, auquel on ajoute des carottes, des panais ou des topinambours, et même des rutabagas et des pommes de terre; mais la carotte est de beaucoup préférable. On donne trois repas, qui ont lieu, suivant la saison, le matin à quatre ou cinq heures, à onze heures ou midi, et le soir de cinq heures à huit heures.
Voici le régime indiqué par M. de Mornay pour le poulain distingué, qu'on peut modifier pour d'autres races : en hiver, le matin, carottes coupées mêlées d'avoine ou féveroles broyées et paille hachée; ce mélange est nommé par les Anglais mash. Quand le poulain a mangé le quart de sa ration, on le fait boire. A midi, foin et paille hachée humectés, puis un peu d'eau blanche. Le repas du soir comme celui du matin. Quand le poulain ne sort pas, on jette dans le râtelier une botte de paille, dont le reste servira à faire sa litière. En été, on donne, à chaque repas, d'abord un peu d'avoine ou de féveroles broyées, mêlées de paille hachée, puis herbe de pré, trèfle, luzerne, etc., mêlés d'un tiers de grande paille. Les repas peuvent être donnés dans les enclos ; les animaux auront toujours quelques auges ou réservoirs remplis d'eau à leur disposition. Les poulains sont lâchés dans les parcs ou enclos aussi longtemps que possible.
Les habitudes commerciales et les transmigrations du poulain dans des contrées différentes s'opposent souvent à celte régularité dans le régime. Quelquefois, le poulain est engraissé à un an pour être vendu, puis engraissé de nouveau à deux ans pour une vente nouvelle; enfin, vers cinq ans, un dernier engraissement le prépare à passer entre les mains des maîtres de poste ou du roulage. Ces engraissements se font dans des écuries étroites et sombres, à l'aide d'aliments délayants et nourrissants à la fois. Ce régime excessif, ces passages brusques d'une alimentation à une autre, agissent d'une manière fâcheuse sur le tempérament des jeunes animaux ; à