CHAPITRE III. — ÉLEVAGE
On laissera aux charretiers ignorants ces éclats de voix, ces claquements de fouet qui effraient, irritent l'animal, et émoussent cette sensibilité exquise de l'ouïe que la nature lui a donnée. On évitera de jouer avec le poulain, de l'exciter, de se laisser mordre. On emploiera surtout la puissance du regard, dont l'influence est si grande chez l'animal : quand on lui parlera, on le regardera bien en face, dans les yeux, en donnant au regard la douceur, l'énergie ou la sévérité qu'exigeront les circonstances. Sans prétendre à un dressage complet à la longe et au caveçon, il sera utile, cependant, pour l'éleveur, de posséder ce dernier appareil de contrainte, utile d'ailleurs dans beaucoup d'autres circonstances.
L'emploi du bridon suppose, du reste, qu'on a déjà habitué le poulain à recevoir le mors. Ce sera, en eiîet, une des premières opérations du dressage; la simple bride de la charrue avec canon en bois sera d'abord appliquée. Dans le dressage du cheval fin, on emploie un surfaix d'entraînement: ce n'est autre chose qu'un surfaix ordinaire, espèce de large sangle, dont on ceint le corps de l'animal pour assujettir la couverture ou la selle même. Le surfaix d'entraînement porte sur chaque côté une boucle, à laquelle on fixe l'extrémité d'une rône, qu'on tend successivement jusqu'à donner un peu d'appui, à la bouche sur le mors.
L'emploi de la bride sera déjà une préparation à l'application du harnais de trait. On débutera d'abord, soit par la bricole, qui effraiera moins le jeune animal, soit par le simple harnais de charrue, collier, couverture, traits, etc. On présentera le harnais à l'animal, on le flattera en le lui posant sur le dos, on évitera de le surprendre. Quand on aura plusieurs fois, à divers intervalles, mis et ôté le harnais, on procédera au tirage. On prolongera les traits au moyen de longes ou cordes, qu'on fera tenir par un homme, puis par deux ou trois, suivant que l'animal mettra plus d'énergie à tirer; on pourra, au bout de quelques jours, l'atteler à un traîneau ou à tout autre corps un peu lourd qui puisse glisser ou rouler sur le sol.
Enfin, on attellera le poulain au charriot ou à la voiture, mais on ne l'y mettra pas seul. Si c'est à la voiture, on le mettra en cheville entre deux chevaux habitués au trait; au charriot, on l'accouplera à un autre cheval bien dressé, fort, calme et intelligent, qui fera le? fonctions de maître d'école et dressera son camarade à aller à toute* mains sans défense et sans hésitation, lui fera comprendre ce que le conducteur exige, soit par le commandement, soit par l'action des guides.
C'est évidemment là le dressage principal pour le cheval de trait. Cependant, avec un éleveur soigneux, il pourra s'étendre plus loin! On apprendra au jeune poulain à marcher au pas allongé, à trotter,
à carleyer, à reculer, etc.; on redressera ses habitudes vicieuses. Vallonnement du pas est sunout important, soit que l'animal reste affecté au trait, soit qu'on le destine plus tard à la remonte. On ob:ient ce résultai par des promenades à la longe, et, dans le travail ordinaire même, en attelant le poulain avec un cheval qui ait un grand pas, et non, comme on le. fait quelquefois, avec un cheval lent ou un bœuf. On ne le soumettra pas à un tirage trop fort en montant. Ce sera un avantage pour l'éleveur de posséder parmi ses gens un homme qui sache trotter un cheval et possède même quelques principes d'équilation, ce qui se rencontre souvent, du reste, dans des domestiques qui ont lait quelques années de service militaire. Pour trotter un cheval, le palefrenier saisit à leur extrémité les rênes du bridon de la main gauche, et de la droite prend à pleine main les mêmes rênes à trente centimètres de la bouche de son cheval, afin de laisser, autant que possible, de la liberté à la tête, qui ne devra recevoir, pendant le trot, aucune inclinaison; il devra courir assez vite pour que le cheval puisse se mouvoir sans contrainte et cependant être r?tenu à propos s'il essaie de prendre le galop ou de bondir. On habituera également le jeune cheval à rester calme et à prendre l'attitude de la station régulière pour qu'on l'examine.
Sans entrer dans tous les détails de l'assouplissement de l'encolure que M. Baucher donne en quelque sorte pour base à son nouveau système de dressage, on fera bien cependant d'essayer de diminuer la roi leur de certaines encolures ; ce travail pourra se faire partout, à l'écurie même. Pour l'assouplissement vertical, on se place en face du poulain, et, saisissant le bridon à droite et à gauche, on élève la tète et l'encolure du jeune cheval aussi haut que les bras peuvent s'étendre, puis on replace la tête à l'état régulier perpendiculaire au sol, l'encolure suffisamment élevée. Quand ces mouvements auront été suffisamment répétés, on exercera l'encolure à s'abaisser : à cet effet, on se placera près de l'épaule gauche du cheval, on croisera les rênes du bridon sous la barbe, de façon que la rêne gauche soit dans la main droite et la rêne droite dans la main gauche; les mains ainsi placées exercent graduellement une traction en sens inverse, dont le résultat sera de faire abaisser la tête autant qu'on voudra l'exiger. On fera exécuter plus tard ce mouvement aii cheval par l'action ordinaire de la bride.
V assouplissement latéral, soit à droite, soit à gauche, peut se faire de la manière suivante, indiquée par M. de Montigny : « Après avoir relevé les rênes du bridon sur l'encolure, on se placera à l'épaule gauche du cheval, et, saisissant la rêne droite sur le cou du cheval avec la main droite, on prendra de la main gauche la rêne gauche à un décimètre environ de l'anneau du bridon; alors