CHAPITRE V. — EMPLOI DU CHEVAL DE TRAIT. U
dra au contraire sa gauche, s'il veut dépasser une autre voiture marchant dans la même direction que lui.
Dans la montée, on ne négligera pas de prendre un cheval de renfort s'il est nécessaire, ou de biller si deux voitures montent de compagnie (on appelle biller mettre successivement les chevaux de l'une à l'autre). On rendra la montée moins pénible en la faisant gravir obliquement; on calera les roues quand on fera un temps d'arrêt. On a inventé divers appareils de calement pour soulager le cheval dans les montées. M. Mignard a imaginé d'armer le moyeu d'une roue à rochet accompagnée d'un taquet qui, à mesure que la roue avance, l'empêche de retourner en arrière. On doit au même constrûcteur le tuteur du limonier, représenté par la figure 129. L'appareil consiste en une chambrière A, assemblée à tenon et mortaise, avec une traverse mobile à la manière d'un moulinet, dans deux anneaux fixés sous l'avant de la charrette ; le crochet B est destiné à soutenir cette chambrière quand elle est relevée. On laissera souffler un instant les chevaux après une rude montée, sans toutefois les exposer à un air trop froid. Les descentes exigeront des précautions d'autant plus grandes qu'elles seront plus rapides. On mettra le sabot, on serrera la mécanique, on placera les chevaux de retraite s'il est nécessaire. Si l'on n'a pas de mécanique, on embarre quelquefois les roues en plaçant une perche qui les traverse entre les rais et fait un point d'arrêt sur la cage, ou encore en faisant traîner sur le sol deux perches engagées d'un bout sur l'essieu. On placera la voilure sur la partie la moins roulante ' du chemin. On évitera les détours trop brusques, si surtout la voiture est lancée sur un terrain en pente; en ce cas, on tournera toujours par le côté le plus extérieur de la courbe ou du lacet.
C'est par l'action du cordeau et par le commandement que le conducteur détermine l'attelage à prendre du terrain ou à tourner à droite ou à gauche. La manœuvre du cordeau est à peu près la même pour la charrette ou le charriot, à cette différence près que, dans l'attelage du charriot, les chevaux accouplés sont réunis, soit par une longe ou courroie, soit par un bâton qui s'attache au collier du cheval de main et à la bride du cheval .hors de main, de manière que quand on veut faire marcher le premier à droite ou à gauche, il pousse ou tire son compagnon. Le conducteur n'a pas toujours le cordeau à la main; il le prend quand il veut donner une direction particulière à l'attelage.
Avec le cordeau français, si le conducteur veut tourner ou prendre du terrain à gauche, il tire à lui en prononçant le mot dia; pour diriger l'attelage à droite, il secoue simplement le cordeau en prononçant le mot hue! ou hue iau!... Dans le système flamand, à peu près semblable à la méthode allemande ou anglaise, on se
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contente de tirer ou de secouer le cordeau sans appel de langue, en prononçant seulement le mot itch. On pourrait, du reste, agir de même avec le cordeau français ; cependant, il y a avantage à pouvoir faire marcher les chevaux au simple commandement de dia ou de hue. Quel que soit le cordeau adopté, le conducteur devra le manier avec légèreté, ne pas le tirer brusquement et par saccades.
Ménage de la charrette. — Le chargement de la charrette peut exercer sur le ménage de ce véhicule une action toute particulière : 1° parce que la charrette, portée sur deux roues élevées, est plus versante que le charriot; 2». parce qu'une partie de la charge peut, suivant le niveau de la route, appuyer plus ou moins sur le limonier. Le chargement sera, autant que possible, sur l'essieu. 11 sera proportionnellement moins élevé que dans le charriot; il le sera moins sur une route inégale et mauvaise que sur un bon chemin. Il sera toujours bien équilibré, de manière que dans la descente il n'écrase pas le limonier et ne l'enlève pas dans les montées; iputile de dire que son poids sera calculé suivant la force des animaux et les difficultés, même accidentelles, du chemin.
La charrette, en raison de ses roues plus élevées et du déplacement de son centre de gravité, est plus difficile à retenir en montant et chasse davantage en descendant. Dans le passage accidentel des pentes, il est donc quelquefois nécessaire de rétablir l'équilibre, en relevant ou relâchant la sous-ventrière et la dossière, en ramenant en avant ou reportant en arrière une petite portion du chargement; en effet, dans une charrette qui aurait 7 mètres de chargement, 10 kilog. portés d'une extrémité à l'autre établissent une différence de 70 kilog. Toutes les fois qu'il y aura un arrêt, on lâchera les chambrières pour soulager le limonier.
L'attelage de la charrette doit réunir des conditions spéciales. Le limonier sera un cheval de grande taille, dont on a déjà tracé le portrait; le chevillier, moins élevé, sera vigoureux et ardent; le cheval de devant peut être encore plus petit, mais vif et intelligent.
La marche directe de la charrette n'exige d'autres soins que ceux déjà indiqués. La marche oblique ou courbe, les tournées, les conversions, s'exécutent plus facilement avec la charrette qu'avec tout autre véhicule. Les conversions qu'on fait exécuter à la charrette sont entières ou partielles : la conversion est entière quand le véhicule fait un tour complet, et que le cheval est replacé absolument comme il l'était avant la conversion; on nomme demi-conversion celle qui, étant effectuée, place le cheval et le véhicule dans une direction diamétralement opposée; dans le quart de conversion, le véhicule tourne seulement d'un quart de cercle, ou à angle droit sur sa première direction; enfin, dans les obliques ou