I.K CIIKN ALIKM 15 K A l - 1' KM l'S
Veux-tu que je te dise? Eh bien ! tu as peur de l'amour que j'ai pour toi; tu le sens trop vivace pour finir à heure fixe, et tu voudrais bien ne pas avoir été si avant. Tu m'aimes encore, muis ils s'appliquent à l'effrayer, ces gens qui ne \ oient dans l'amour qu'un passe-temps ou un commerce.
Avons-nous raison de souiller notre bel amuur, et ne devons- nous pas le tuer, pour qu'il ne finisse pas en lâche ? Une telle passion doit-elle avoir une fin banale? Que de fois je me suis posé ces terribles questions! Et toujours je me suis répondu : — Si Marcelle m'aime comme je l'aime, si Marcelle m'aime comme elle m'a aimé, le drapeau doit fiotter encore. Tant qu'il me restera en main un tronçon de la hampe, je tiendrai bon. Mais si Marcelle ne m'aime plus, si de son cœur blessé l'amour tombe goutte à goutte, je me rends. Notre amour avait de larges ailes et pouvait voler, à Tabri de toute souillure, bien au delà des plus hauts nuage-. S'il se traîne terre à terre, si j'aime seid aujourd'hui, étouffons-le, de peur qu'il finisse dans la boue.
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Dans ce cas, je te demande une dernière entrevue. Je te presserai si fort dans mes bras, chère adorée du passé et de l'avenir, que mon cœur se brisera / peut être pour toujours dans cette étreinte. Mais, va, quoi qu'il arrive, je t'aimerai, et lu n'auras pas besoin d'appeler bien haut pour que mon cœur vole sur tes lèvres.
Olivier.
LE CHEVALIER I5EAL -T E.Ml'S 75
Englnen.
Viens ici dimanche, à deux heures.
Tu prends au tragique un tas de choses qui ne sont pas faites pour ça.
Marcelle.
C'est le DQoraent des glaïeuls. On peut aussi planter les rosiers remontants. Les « Gloire de Dijon, les Lord Raglan et les Madame Prévost » m'ont toujours réussi. Je voudrais aussi une petite collection de fuchsias. Il y en a un qu'on appelle le
LE (:iii:vALii:u beai-temps
u Victorien Sardou, )) qui est drôle comme tout. Tâche de me trouver ça , et aussi un sécateur et des étiquettes pour jardin. Tu demanderas ce que coûtent les sacs pour le raisin. Ça se vend par douzaines. Si tu m'envoies cela avant dimanche, tu seras bien mignon.
Je t'aime tout plein.
LE CIlLIVALIKll IJLAI -J t.Ml'S
XYIII
Chère aimée,
Si vous avez vos nerfs, si vous êtes triste, si vous avez à faire toilette, si vous êtes souffrante, si vous avez à travailler, si vous dînez en ville... ne lisez pas cette lettre ; déchirez-la sans pitié, et faites-en les morceaux bien petits.
Quelle drôle d'entrevue ! qu'aviez-vous aujourd'hui ? .Je me suis posé et reposé cette question cent et cent fois.
« Madame prie Monsieur d'attendre dans le salon. »
Monsieur s'assied, attendant Madame. La chère Madame arrive, annonce qu'il faut qu'elle coiffe son amie Lucile et qu'elle n'a que quelques instants à donner à Monsieur. A quoi Madame emploie-t-elle ces quelques instants? à chagriner le pauvre Monsieur. Puis, après l'avoir bien turlupiné, elle passe à sa toilette.
« C'est drùle, a dit Madame à Monsieur, tu ne me fais pas du tout l'effet d'être le même. Il me semble que je te vois pour la première fois. »
Et musette qui n'est plus elle, Ma dit que je n'étais plus moi.
Cette encourageante apostrophe est suivie d'une autre non moins tendre :
« Tu m'aimes trop ; je ne veux pas que tu m'aimes sérieusement comme cela. Notre amour n'a jamais eu de lendemain probable; tant mieux s'il en a, tant pis s'il n'en a pas. »
Oh ! le joli petit coup de canif dans le cœur de Monsieur ! Comme cela a été bien appliqué î Com-
Lt: (;iii:vai;ii:k ukai -tkmi's
meut pouvais-je être le même en présence de cette fansse Marcelle ? Ktait-ce la Marcelle de
l'avant-veille, celle du bois de Meudon, celle du théâtre, celle enfin de tous les jours qui ont précédé celui-ci? Non, non, non, ne calomnions pas la Marcelle des beaux jours.
Tu as depuis quelque temps une préoccupation constante ; ta parais te demander : « Quand cela devra finir, comment cela finira-t-il? S'il m'aime trop, ne va-t-il pas souffrir, le pauvre garçon ? ne
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va-t-il pas me poursuhre, etc., etc.? » Ces phrases
'-) d'aujourd'hui nen sont-elles pas la preuve? « Je
ne veux pas que tu m'aimes autant. Dis-toi bien
que notre amour ne doit pas avoir de lendemain. »
Pourquoi revenir sans cesse sur ces mêmes idées ?
Je fais cependant tout pour te rassurer. Qui a
^ jamais fait preuve d'une plus grande réserve? A
chaque instant je réprime les clans qui me poussent
vers toi, parce que ce n'est pas dans la consigne.
N"aie pas peur, mignonne ; un geste , un mot,
un froncement de sourcils, te débarrasseront de
moi.
Tu affectes de me dresser comme on dresse les chiens de chasse. Tu t'habilles, tu te fais pimpante, j'assiste à cette toilette. Il serait tout simple de me dire ce que tu dirais au premier venu : — (( Je vais dîner chez une amie. — Je vais au spectacle, » etc. — T'ai-je fait une question, une observation? Jamais. Tu m'aimes, je le crois; tu ne fais rien de mal, c'est convenu; mais, tiens, ce rôle que tu m'infliges n'est digne ni de toi, ni