‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 14 sur 52 · LB GHBTALIBR ÇA8SB-(30U · texte numérisé non relu

LB GHBTALIBR ÇA8SB-(30U

— C'est un brave jeune homme, dit-elle quand elle se retrouva seule avec sa ûlle.

— Oui, certes, et je me reproche presque d'avoir eu cette idée. S'il allait lui arriver malheurt

«— Dieu ne voudra pas infliger une nouvelle douleur à sa pauvre mère.

«-«^ Je ne la connais pas et il me semble que je l'aime; c'est peut-être parce que, comme vous, elle a beaucoup souffert.

M"^* Mongis ne put s'empôcher de sourire en entendant sa fille attribuer à ce sentiment l'intérêt qu'elle portait à la mère de Paul Yemier. Depuis qu'elle avait l'espoir de recevoir bientôt des nouvelles de son cher voisin, la digne veuve était un peu plus calme. Pour tromper son impatience, elle se mit à vaquer aux préparatifs du repas du soir, car sa modeste fortune ne lui permettait pas le luxe d'une servante, et si, depuis quelques jours, Cassonade s'était mis à ses ordres, elle n'usait qu'avec discrétion de ses services.

Ce soir -là, le souper fut plus sommaire encore que de coutume, et on se mit à table fort tristement. Une heure s'était écoulée déjà et Paul Vernier n'avait point encore reparu. A chaque roulement de voiture Marthe prêtait Toreille, mais le bruit passait bien vite et se perdait dans le lointain de la rue de Yaugirard.

— Ce n'est pas encore lui, murmurait-elle en reposant sa fourchette dont elle ne se servait guère.

Baïa suivait tous ses mouvements avec une attention extraordinaire, et il était visible qu'il se faisait dans cette tête enfantine un grand travail pour comprendre la cause de tant d'inquiétude.

'^Francis! prononça tout à coup la petite fille en

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montrant la place où Cambremer s'asseyait quand il venait partager le repas de ses voisines.

— Elle a retenu son nom et elle sait que c'est son absence qui nous tourmente, dit M"** Mongis avec attendrissement.

— Oh ! mère, si on allait nous la prendre, s'écria Marthe; je ne sais pourquoi, mais il me semble qu'il y a un malheur qui nous menace... je ne suis pas superstitieuse et pourtant... j*ai peur...

— Je n'ai de craintes que pour M. Cambremer et pour le pauvre garçon si dévoué qui l'a suivi.

— Pour eux... et pour M. Paul, reprit la jeune fille en baissant la voix, car le temps s'écoiile et...

— 11 est l'heure de coucher cette enfant, dit M"* Mongis pour faire diversion.

Marthe se leva de table avec empressement ; elle n'y prenait jamais grand plaisir et, ce soir-là, le souper lui semblait un véritable supplice. Elle éprouvait d'ailleurs ce besoin de mouvement qui naît de l'inquiétude, et elle s'occupa avec une ardeur fébrile des apprêts de nuit de sa chère petite sœur.

Bala paraissait fatiguée, comme si elle eût pris sa part des émotions de la journée. Elle se laissa mettre au lit sans pleurer, et M*^* Mongis, après avoir veillé une demi-heure auprès de son chevet, vit qu'elle dormait du sommeil le plus calme. Elle revint dans la salle oil se tenait sa mère, épiant toujours l'approche d'une voiture, mais aucun bruit de roues ne résonnait sur le pavé désert de la paisible rue Pérou.

— Hère, les deux heures sont passées, dit-elle d'une voix faible, et mes pressentiments...

La sonnette de l'appartement tinta avec une violence qui coupa la parole à la pauvre MarttiÇi

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— C'est lui!

Ce cri lui échappa pendant que sa mère ouvrait la porte. Mais l'individu qui se montra sur le seuil ne ressemblait guère à Paul Yernier.

— Pardon, excuse, dit-il avec cet organe enroué qui distingue les rôdeurs de barrière, c est-il pas ici que reste rrCame Mongis?

La veuve regardait avec défiance cet étrange visiteur coiffé d'une casquette sordide et vêtu d'une blouse en lambeaux.

— C'est moi. Que me voulez-vous? demanda-t-elle d'un ton ferme.

— Je viens de la part d'un monsieur qua nom Paul Vemier...

— Que lui est-il arrivé, mon Dieu? s'écria la jeune fille.

— Ohl ça ne sera rien, la petite mère, une jambe cassée, ce n'est pas une affaire, et en deux mois, deux mois et demi...

— Où est-il? Je veux le voir...

— Lui aussi voudrait vous voir, ricana l'affreux drôle, môme qu'il m'envoie pour vous conduire là ous yt/'on l'a porté...

. — Partons, ma mère, dit Marthe d'une voix saccadée.

— Nous allons vous suivre, monsieur, répondit M"* Mongis, très émue. Veuillez nous attendre une minute.

— Veus gênez pas! j' suis pas pressé, grommela l'homme en s'introduisant dans la salle à manger.

Pendant qu'il regardait sournoisement autour de lui, les dames achevaient avec précipitation dans la pièce voisine leurs préparatifs de départ. Baïa dormait toujours. M"* Mongis et Marthe éperdues sortirent sans

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prendre le temps de l'embrasser et suiTirent dans la me l'inquiétant messager qui s'était présenté au nom de Paul Vemier.

La nuit était noire, et l'éclairage de la rue Pérou n'avait rien de commun avec les illuminations du Palais- Royal. Le gaz n'existait alors dans Paris qu'à l'état d'exception, et la municipalité s'en tenait encore presque partout au vieux réverbère du siècle précédent. En mettant le pied sur les pavés boueux de cette venelle sombre, où les passants devenaient rares après le coucher du soleil, les deux femmes éprouvèrent une certaine impression de frayeur. Marthe ne sortait jamais le soir, et, quand sa mère s'attardait à l'église, elle avait souvent la précaution de se faire accompagner jusqu'à sa porte par un vieux commissionnaire qui stationnait au coin de la place Saint-Sulpice. Aussi, se repentirent-elles un instant de s'être aventurées dehors, sur la foi et sous la conduite d'un inconnu, mais le sentiment qui les avait entraînées à le suivre reprit bientôt le dessus.

— Où nous menez-vous ? où est M. Paul Vemier? demanda M"* Mongis.

— Dans la boutique d'un pharmacien, répondit l'équivoque messager; même que l'apothicaire l'a déjà pansé et qu'il lui a fait respirer un tas de fioles. Ah I il n'est pas à plaindre, votre jeune homme.

— Mais est-ce loin d'ici que l'accident est arrivé?

— Pas trop loin, pas trop près non plus. C'est par làbas du côté de la barrière d'Enfer. Je sais pas le nom de la rue, mais je reconnaîtrai bien la maison.

— Et comment a-t-il eu le malheur de se blesser ?

— Parbleu 1 c'est pas malin ! en sautant de son cabriolet, il a glissé et il s'a cassé la patte net.

^ Ah I mon Dieu I hâtons-nous, dit la veuve.

Si vulgairement qu'eussent été formulées les réponses de l'homme à la voix enrouée, M"*' Mongis ne pouvait plus conserver de doutes sur Tauthenticité de la mission dont il se prétendait chargé. La mention de la voiture et de la barrière d'Enfer avait triomphé de ses dernières hésitations. Pour qui connaissait Paul et ses manières impétueuses, il n'était que trop probable qu'il se fût cassé un membre en descendant précipitamment d'un cabriolet haut perché. D'ailleurs, le guide n'avait pas pu inventer l'histoire de la présence du jeune homme dans ce quartier perdu. Il ne restait donc plus à ces dames qu'à le suivre.

Ce déplaisant personnage paraissait aussi pressé que les amies de Paul, car il marchait à grands pas, sans s'inquiéter le moins du monde de les fatiguer en leur imposant son allure accélérée. Il avait remonté la rue Férou et tourné à droite dans la rue de Vaugirard. Ce chemin était bien celui qui menait à la barrière et M*' Mongis ne conçut aucun soupçon. Tout au plus pensa-t-elle un instant à l'enfant qu'elle Jaissait à la maison.

— Avez-vous bien fermé la porte, Marthe? demanda-t-elle plutôt par acquit de conscience que pour exprimer une inquiétude.

— Soyez tranquille, mère, Baïa dort et elle est en sûreté; plût à Dieu que M. Paul ne courût pas plus de dangers que notre chère petite.

— Pauvre jeune homme ! isolé à Paris, sans parents, sans amis...

— Nous remplacerons sa famille absente, dit vivement la jeune fille.

^ Sans doute, mais il faudra écrire à sa mère.

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Marthe ne répondit pas ; sans se l'expliquer à elle même, elle sentait comme un mouvement de jalousie, à la pensée qu'elle ne serait pas seule à soigner Paul.

L'homme en blouse les précédait de quelques pas et ne semblait point entendre les phrases qu'elles échangeaient. Il avançait, les mains dans ses poches, la casquette en arrière et le nez au vent ; mais si les voisines de Cambremer avaient pu voir son visage, elles auraient certainement remarqué le mouvement de ses yeux. A chaque coin de rue, il sondait l'espace vide d'un seul regard et sans tourner la tête, comme s'il avait cherché dans l'ombre quelqu'un ou quelque chose.

La pluie tombait fine et drue, une de ces pluies de l'hiver parisien qui vous glacent jusque dans la moelle des os. Aussi les passants qu'on rencontrait rasaient-ils les maisons sans se retourner, en gens pressés de rentrer chez eux pour se mettre à l'abri.

— Nous ferions mieux de prendre une voiture pour aller plus vite, dit M°^* Mongis en arrivant à la hauteur delà rued'Assas.

— Ça c'est sûr! grommela le guide; mais dans ce satané quartier, et d'un temps pareil, les sapins ne sont pas communs. Allons toujours, nous en trouverons peutêtre au boulevard Mont-Pemase.

Ce nom qu'il estropiait si agréablement aurait pu rappeler à des femmes moins préoccupées qu'elles ne suivaient plus la direction de la barrière d'Enfer. Mais la mère et la fille étaient trop absorbées pour accorder leur attention au chemin qu'on leur faisait prendre.

On arriva sans autre incident au bout de la rue de Vaugirard, à l'endroit où elle se croisait avec une large chaussée plantée de vieux ormeaux. Le vent soufflait de rOuest et courbait les branches; l'eau julsselait sur

les pavés et, à la lueur douteuse d'une lanterne unique, on entrevoyait vaguement des fondrières au milieu de la contre-allée.

— Vous ne pouvez pas traverser ça à pied, mes petites mères, dit Thomme en s'éloignant un peu ; je connais une estation à deux pas d'ici ; attendez- moi seulement cinq minutes et je vous ramène un fiacre.

Avant que M"* Mongis eût le temps de répondre, il avait disparu dans l'ombre projetée par les grands arbres. Le bruit de ses gros souliers clapotant dans la boue se perdit bientôt au milieu des grondements de la bourrasque.

— S'il allait ne pas revenir, dit Marthe en se serrant contre sa mère.

— Quelle idée ! cet homme à tout intérêt à nous conduire pour être payé de sa course.

— C'est plus fort que moi, reprit la jeune fille ; je ne puis me défendre de croire qu'il avait de mauvaises intentions en nous amenant ici.

M"® Mongis essaya de la rassurer par toutes sortes de bonnes raisons; mais, au fond, ellen'était pas beaucoup moins inquiète que Marthe. Leurs craintes d'ailleurs ne manquaient pas de fondement, car les cinq minutes annoncées se passèrent sans que le drôle se montrât. Le lieu était absolument désert, la tempête redoublait et la position n'était pas tenable pour deux femmes.

— La fuite de ce commissionnaire est incompréhensible, murmura M°^® Mongis après un quart d'heure d'attente anxieuse, et je ne sais vraiment quel parti prendre.

— Nous ne pouvons pas abandonner M. Paul, dit Marthe qui oubliait sa frayeur pour ne se souvenir que des souffrances du blessé,

— Non sans doute ; mais ce n'est pas en nous ayenturant seules sur ce boulevard que nous pourrons le rejoindre. Je ne sais plus du tout où nous sommes, et le plus sage est de revenir sur nos pas et de demander notre chemin à la première personne que nous rencontrerons. Une fois arrivées à la barrière d'Enfer, nous trouverons peut-être des gens qui auront eu connaissance de l'accident et qui nous indiqueront la pharmacie où on a transporté M. Yernier.

— Oh ! oui, mère, je suis sûre qu'on nous y conduira, dît la jeune fille en lui prenant le bras pour l'entraîner vers la rue de Yaugirard.

On se couche de bonne heure dans ces régions lointaines. A peine si, de loin en loin, une fenêtre éclairée se détachait sur la façade d'une maison endormie. Les boutiques étaient hermétiquement fermées et le silence si profond qu'on se serait cru dans une de ces villes de province où la vie extérieure cesse avec le jour.

— Nous ne trouverons personne dehors par ce temps affreux, dit M"*" Mongis découragée.

— Mère, il me semble que je vois de la lumière, s'écria Marthe en hâtant le pas.

Une faible lueur s'échappait en effet d'une porte cochère ouverte sur la rue. Les deux femmes avancèrent, et, voyant que cette clarté venait du fond d'un hangar, elles se hâtèrent d'entrer sous une remise qui n'était autre que celle où Morillon abritait son fameux cabnolet jaune. Si elles avaient pu se douter que le hasard les amenait précisément au seul endroit où on pouvait leur donner des nouvelles de Paul Yernier, elles n'auraient pas regretté longtemps l'inexplicable fuite de leur conducteur.

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— Pierre, estrce toi? cria une voix émue.

Et la bonne Jacqueline so précipita au devant de celui qu'elle attendait depuis plus de trois heures dans des transes indicibles. La chandelle qu'elle tenait à la main éclairait ses traits bouleversés, et M"^" Mongis fut si frappée de leur expression qu'elle oublia un instant le but de sa visite pour lui demander la cause de son effroi.

— Ce n'est rien, madame, balbutia la ménagère; mon homme... qui est cocher, et que j'attends... je croyais môme que c'était lui qui rentrait.

— Nous cherchons précisément une voiture, et...

•<— Ohl bien, mes bonnes dames, entrez un peu vous chauffer et vous sécher en attendant que Pierre re«> vienne... Il ne peut pas tarder maintenant; la barrière d'Enfer n'est pas si loin...

— La barrière d'Enfer ! répéta M"" Mongis très surprise; c'est justement là que nous voulons aller.

— Tiens I comme ça se trouve! il paraît que tout le monde a affaire de ce côté-là ce soir. Mon mari y a conduit un jeune homme, le fils à notre ancien maître, défunt m'sieu Vemier, que vous en avez p't être entendu parler, dit Jacqueline avec la naïveté des gens de la campagne qui s'imaginent toujours être en pays de connaissance.

— M. Vemier! Paul Vernier! s'écria Marthe stupéfaite.

i— Bien sûr qu'il s'appelle Paul, même que j'étais à son baptême...

-*Mais c'est lui que nous cherchons... Il lui est arrivé un accident... en descendant de la voiture de votre mari.

— Ah! mon Dieu! Seigneur! Et où est-il? Mais ça n'est pas possible que Pierre ne revienne pas me cher' çber pour 1q soigner, ce pauvre cher enfant,

Cette affirmation fut pour M"» Mongis un trait de lumière. Elle comprit qu'il valait mieux attendre le retour du cocher que de courir au hasard et elle se décida à entrer dans la chambre qui faisait suite à la remise. Marthe avait eu la même idée et bénissait la Providence qui les avait si bien adressées.

— Ahl que je suis contente de trouver des amies de cette pauvre madame Vernier... disait la bonne Jacqueline, en ravivant le feu dans la cheminée ; je parie que vous êtes de chez nous...

— Non, ma brave femme, non; mais nous aimons beaucoup M. Paul...

— Chauffez-vous, ma chère petite demoiselle, vous êtes toute trempée et vous pourriez attraper du mal.

De fait, Marthe tremblait de froid presque autant que d'émotion, et sa mère la fit asseoir devant le foyer. Tout-à-coup, Jacqueline qui s'était agenouillée pour tisonner se releva en disant d'une voix étranglée par la terreur :

— Entendez-vous?

M"* Mongis et sa fille se regardèrent étonnées, car elles n'avaient rien entendu du tout. Avec ses yeux hagards et ses traits contractés par la peur, Jacqueline avait un peu l'air d'une folle, et les dames se demandèrent un instant si elle n'avait pas perdu l'esprit. Cependant, en écoutant avec plus d'attention, elles finirent par distinguer un bruit sourd et prolongé. On aurait dit le roulement d'une voiture ou l'écho de l'explosion lointaine d'une mine.

— En effet, dit M** Mongis, je crois que j'entends dei sons dont je ne me rends pas bien compte; qu'y a-t-il donc là de si effrayant, ma brave femme?

— Ah l c'est que vous ne savez pas.. 4

— Mai? quoi ? Expliquez-vous, je vous en supplie, demanda la veuve avec impatience.

— Cette maison est ensorcelée, voyez-vous, et toutes les nuits, c'est la même chose.

— Enfin, que s'y passe-t-il? car j'avoue que je ne m'en doute pas encore.

En répétant sa question, M""^ Mongis n'avait pu s'em pécher de sourire.

— Quand je dis que cette maison est hantée, reprit Jacqueline en baissant la voix, ce n'est pas de noire malheureuse baraque que je veux parler...

— Je ne comprends plus.

— Vous n'avez donc pas vu que nous sommes ici dans la cour d'un hôtel qui est quasiment plus grand que la maison de ville de Saint-Omer.

— Il m'a bien semblé voir un bâtiment assez élevé et une large porte cochère à côté de la remise, mais...

— Eh bien I cette vieille bâtisse est close depuis des années ; le toit s'en va par morceaux, et les volets tombent en poussière ; jamais les portes ni les fenêtres ne s'ouvrent, personne n'y entre, et pourtant...

~ Achevez I

— Le sabbat s'y tient dès que le soleil est couché.

— Voyons, ma bonne femme, dit M"* Mongis, que s'y passe-t-il d'extraordinaire?

— Oh I toutes sortes de choses. Il y a des fois qu'on entend des coups comme si on tapait sur une enclume; d'autres nuits on jurerait qu'on traîne des chaînes.

— Êtes-vous bien sûre de ne pas vous tromper, et ces bruits ne viennent-ils pas de la rue ou de quelque atelier du voisinage?

— Non, non, je sais ce que je dis, ça sort de terre,

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et la preuve c'est que dans notre cave on entend bien mieux qu'ici.

— C'est étrange ! murmura M"^ Mongis qui se rappelait d'antiques histoires de fauxmonnayeurs; ne sommes-nous pas ici sur les catacombes?

— Pour ça, je ne pourrais pas vous dire; mais bien sAr que la terre doit être minée en dessous, car ça sonne le creux partout.

— Et à qui appartient cet hôtel?

— Vous m'en demandez plus long que je n'en sais. Pierre a loué le hangar et la remise à un homme d'affaires, et il va lui porter son terme tous les trois mois à Montrouge où il demeure; v'ià tout.

— Mais dans le quartier on doit conndtre le propriétaire?

— Pas plus que je ne connais le grand turc. Le boucher du coin, qui reste là depuis quinze ans, dit que rhôtel appartient à un mylord anglais, qui l'avait acheté dans le temps que les alliés sont venus, mais personne n'y a jamais vu entrer une âme vivante.

— Mère, le temps s'écoule, murmura Marthe qui, au milieu des récits de Jacqueline, n'avait pas cessé de penser au blessé.

— Votre mari tarde bien à revenir, dit M"' Mongis en s'adressant à la ménagère.

— Encore si je savais au juste où il est, s'écria la femme de Morillon, je serais capable d'aller le chercher, plutôt que de rester ici à mourir de peur.

Elle n'avait pas achevé qu'une nouvelle détonation souterraine éclata dans les profondeurs de la cave. Cette fois, Marthe elle-même avait entendu.

— C'est comme un coup de fusil, dit sa mère très émue.

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— Quand je vous le disais que nous avions le diable sous nos pieds, murmura Jacqueline en faisant le signe de la croix.

Un long silence succédaà cette étrange manifestation venue des régions inférieures. La bonne femme s'était instinctivement réfugiée du côté de la remise et tremblait de tous ses membres. Marthe commençait à être sérieusement effrayée et regardait sa mère pour la solliciter de partir, mais M™° Mongis avait réussi à dominer l'émotion du premier moment et, redevenue maîtresse d'elle-même, elle réfléchissait.

En sa qualité de veuve d'un officier, la voisine de Cambremer était peu accessible aux terreurs superstitieuses; elle avait depuis longtemps l'habitude d'aller au fond des choses et de ne pas reculer devant les situations difficiles. Elle se disait que ce vacarme inquiétant devait avoir une cause naturelle, et elle cherchait laquelle. Une idée naquit bientôt du rapprochement de diverses conjectures plus ou moins admissibles*

— Conduisez-moi dans votre cave, dit-elle tout & coup d'un ton ferme.

— Dans la cave 1 répéta Jacqueline en levant les bras au ciel, mais vous voulez donc nous faire périr toutes les trois!

— Si je croyais à un danger réel, ma brave fezzujie, Je ne voudrais pas y exposer ma ûlle. Faites ce que je vous dis et vous verrez que nous allons savoir à quoi nous en tenir, sans courir aucun risque^

— Y pensez-vous, mère? murmura la jeune fille surprise autant qu'effrayée d'une semblable résolution.

M""* Mongis lui serra silencieusement la main en lui lançant un coup d'œil expressif.

— Mais, M. Vernier qui nous attend... ne ferionsnous pas mieux d'aller à sa recherche?

— Pas ayant d'avoir yérifié si mes suppositions sont justes.

Cette phrase fut prononcée avec un accent qui n'admettait pas de réplique, et Marthe habituée à obéir à sa mère n'osa plus insister.

— Vous me feriez cadeau de cette baraque et de rhôtel du mylord par dessus le marché, que je n'irais pas me fourrer dans ces sorcelleries-là, s'écria Jacqueline.

— Soit! donnez-moi ce flambeau et montrez-moi l'ouyerture de la cave; j'y descendrai seule.

Le courage est aussi contagieux que la peur, et la femme de Pierre Morillon se sentit toute honteuse en Yoyant une dame dont elle aurait pu être la servante se dévouer à sa place.

—Mon Dieu! balbutia-t-elle avec embarras, si vous croyez qu'il n'y a pas de danger...

— Pas le moindre, je vous l'affirme, et, de plus, je vous promets que demain vous serez délivrée de ce vilain voisinage, car j'irai moi-même déclarer à l'autorité ce que j'aurai entendu.

— Ah! ce n'est pas là-dessus que je compte, allez! j'y ai été deux fois chez le commissaire, et il m'a ri au nez en me disant que j'étais folle. Mais c'est égal, il ne sera pas dit que j'aurai laissé une amie du fils à M** Vernier se risquer pour me tirer de peine.

Et Jacqueline, s'emparant du chandelier, montra le chemin à M*^* Mongis. Dans un coin de la chambre à coucher des époux Morillon, la cave s'ouvrait par une trappe que la robuste main de la paysanne leva sans peine. On y descendait par un escalier de bois qui n'a-

vait pas plus d'une dizaine de marches, et les trois exploratrices arrivèrent bientôt en bas.

Le lieu où elles se trouvèrent n'avait rien de diabolique, ni môme d'effrayant. C'était plutôt un cellier qu'un souterrain. Le plancher de la chambre y tenait lieu de voûte, le sol n'y était point pavé pas plus que les parois n'étaient maçonnées. A côté d'un tas de bouteilles assez respectable, gisaient des harnais, des jantes, des essieux et autres objets à l'usage des cochers. Dans un angle se dressait un énorme cuvier vide qui avait dû servir à couler une colossale lessive.

M"^* Mongis était occupée à se rendre compte de la disposition du local, quand une nouvelle détonation éclata presque sous ses pieds. Jacqueline faillit en tomber à la renverse et Marthe effrayée saisit le bras de sa mère, mais la courageuse directrice de l'expédition ne bougea point. L'oreille tendue, l'œil fixe, elle cherchait à préciser le point exact d'où était partie l'explosion.

Le bruit roulait toujours, diminuant peu à peu, comme s'il s'était perdu graduellement dans de vastes galeries. Il était évident que le sol n'avait pas une grande épaisseur, car la terre assourdit beaucoup les sons et cependant le fracas ébranlait toute la cave.

Après un assez court silence, l'ouïe la moins exercée aurait pu percevoir des coups frappés à intervalles égaux. Cette fois, il n'y avait pas à s'y tromper, ce travail inexplicable s'exécutait sous la grande cuve. M"* Mongis s'en approcha en marchant avec précaution pour ne pas trahir la présence d'êtres vivants, au cas où les mystérieux habitants de ces profondeurs auraient écouté de leur côté ce qui se passait au-dessus de leurs têtes. La tonne ouverte ne présentait à

rinlérieur rien de particulier. Seulement, le fond de bois tremblait visiblement à chaque choc souterrain.

— C'est la première fois que j'entends cogner si près, souffla Jacqueline. Les autres nuits, le tapage se faisait au moins à trente pieds plus bas.

— On dirait qu'on essaie de percer la voûte, dit Marthe à l'oreille de sa mère.

— Au nom du ciel! allons-nous-en, madame, supplia la campagnarde.

— Restons, au contraire. Ne comprenez-vous pas que si ce sont des gens mal intentionnés qui se cachent dans ce souterrain, ils ne se risqueront pas à sortir par la caye d'une maison habitée?

— Hélas ! mon Dieu! qu'en savez- vous? dit Jacqueline en se lamentant tout haut, sans aucun souci d'être entendue dans les entrailles de la terre ; ces brigandslà sont capables de tout.

La ménagère ne pensait déjà plus à accuser le diable, mais sa frayeur n'en était que plus vive en perspective d'une rencontre avec des êtres de chair et d'os.

— Et si c'était un malheureux égaré dans les catacombes qui cherche une issue !

— Mais, madame, il aurait eu cent fois le temps de périr, puisque je vous dis que le vacarme dure depuis des mois et des mois.

L'argument avait bien sa valeur ^t il frappa M"*** Mongis. Elle allait peut-être se décider à se retirer, quand des sons d'une toute autre nature percèrent le sol.

— C'est un cri de détresse, dit la courageuse voisine de Gambremer.

Cette fois on ne pouvait plus s'y méprendre. C'était bien une voix humaine qui venait de jeter des profondeurs de Tablme un appel désespéré.

— Je le savais bien, s'écria M"'*' Mougis ; un homme est là, sous nos pieds, perdu, abandonné. «. il va mourir^ et il demande du secours.

— C'est que ça se pourrait tout de même, murmura Jacqueline à moitié convertie.

— Ohl mère, comment le sauver? dit Marthe enjoignant les mains.

Le problème que la jeune fille venait de poser ne paraissait pas facile à résoudre. Le cri d'angoisse, comme le» bruits qui l'avaient précédé, était parti juste au-dessous du cuvier placé dans l'angle de la cave. A quelle profondeur était enseveli le malheureux^ et quels obstacles le séparaient de celles qui voulaient tenter de l'arracher à la mort? Pour le savoir, il fallait d'abord déplacer la cuve qui le scellait dans son tombeau tout aussi sûrement qu'un marbre sépulcral.

— Aidez-moi, cria M"'® Mongis, qui ne modérait plus sa voix.

L'appel fut entendu, et les robustes mains de la paysanne se cramponnèrent aux bords arrondis du envier. Mais, soit qu'il fût trop lourd, soit qu'il eût été fixé au sol par des crochets, le bois massif ne bougea pas.

— C'est pas Dieu possible! grommela Jacqueline qui avait pleine confiance dans la vigueur de ses muscles, il faut qu'il y ait quelque manigance là-dessous.

— Est-ce vous qui l'avez placé là? demanda vivement M""^ Mongis qui n'avait pas non plus épargné ses efl*orts.

Marthe elle-même avait apporté à l'opération le faible concours de ses poignets délicats.

— Moi? répondit l'épouse de Morillon, et qu'est-ce

que j'aurais fait d'un baquet pareil ? Quand nous avons loué, nous l'avons trouvé à la place où il est.

— Alors, c'est là qu'il faut chercher le secret de l'entrée, dit M"' Mongis d'un ton assuré.

— Ah! s'il y en a un, je le trouverai bien, affirma la ménagère, en se penchant sur la cuve pour en explorer le fond avec ses doigts.

Le cri ne s'était pas répété et aucun bruit ne montait plus des régions souterraines.

— Nous arriverons trop tard, murmurait la courageuse veuve.

— Je le tiens! annonça triomphalement Jacqueline; j'ai trouvé le ressort.

Et se relevant prestement, elle fit voir à H"^^ Mongis que les planches du fond pouvaient être amenées au niveau des bords en tirant sur une sorte d'anse en fer qui se trouvait au centre. La lumière du chandelier que Marthe tenait fut dirigée sur cet appareil bizarre, et, en un clin d'œil, la rustique travailleuse eut saisi la poignée et enlevé ce bouchon d'un nouveau genre. Le sol que découvrit l'opération si dextrement exécutée ne semblait pas avoir été remué depuis longtemps, car il ne différait en rien de celui sur lequel on marchait partout dans la cave. Mais si les chercheuses avaient pu conserver des doutes sur l'importance de leur découverte, elles auraient été rassurées par la voix qui vint frapper leurs oreilles comme un appel suprême*

— A moi! au secours I criait le pauvre enseveli.

Le point difficUe était d'arriver jusqu'à lui. On ne creuse pas avec les ongles une couche de terre battue, si peu épaisse qu'elle soit, et il fallait pourtant la percer au plus vite. Jacqueline ne fit qu'un bond à l'autre

bout de la cave et revint rapportant une barre de fer qui avait dû constituer jadis un des ressorts peu compliqués du cabriolet jaune.

— Laissez-moi faire, dit-elle en crachant dans ses mains, pour mieux saisir l'instrument; vous allez voir comme on travaille la terre chez nous.

La brave campagnarde ne se vantait point, car elle se mit à l'œuvre avec une vigueur et une adresse à faire envie au pionnier le plus consommé. Le fer pointu manœuvré perpendiculairement perforait le sol durci, malgré la résistance qu'il opposait, et la terre volait comme du sable sous les coups de l'intrépide Jacqueline. La mère et la fille suivaient les progrès de ce travail avec une anxiété bien naturelle.

L'émotion de la découverte pressentie par M"** Mongis leur avait fait oublier les amis dont le sort les inquiétait si vivement tout à l'heure. L'image de Cambremer disparu et môme celle de Paul Vernier blessé s'étaient effacées pour un instant en présence de la poignante réalité de cet homme enterré tout vivant, qu'un miracle allait peut-être sauver.

On n'entendait plus rien. Tout à coup résonna le bruit sec et clair du fer heurté contre la pierre. C'était le signe incontestable d'un premier résultat obtenu par les efforts de Jacqueline, mais il restait à savoir ce que cachait ce nouvel obstacle.

— Courage! nous approchons, s'écria M"' Mon gis. Trois ou quatre coups de barre de fer mirent entièrement à découvert une assez large dalle.

— Éclairez-moi, que je tâche de trouver une jointure, dit la paysanne.

Marthe s'empressa de lui tendre le chandelier, et sa mère, penchée sur le fond du cuvier, signala presque

aussitôt une sorte de mortaise pratiquée de longue date dans la pierre.

— 11 n'y a plus qu'à la soulever, dit-elle avec une émotion indicible.

— Et ça ne va pas être long, cria Jacqueline en faisant le levier avec le fer pointu.

Aucune des trois femmes qui s'étaient si bravement dévouées à cette tâche ardue ne songeait au danger. C'était la crainte de porter secours trop tard à l'homme enfoui dans ce tombeau) qui seule faisait battre leur cœur*

— Ça vient I disait l'énergique paysanne.

En effet, la dalle était assez mince et elle avait cédé sans trop de peine à la pesée. Elle se levait lentement, et, dès qu'elle fut à peu près droite, Jacqueline, jetant son instrument, la saisit à deux mains et la renversa. Un trou béant et noir apparut, en même temps que se dégageait une bouffée d'air humide qui faillit éteindre la lumière. Le silence était profond, car l'homme qui appelait tout à l'heure ne criait plus et ses libératrices étaient bien trop troublées pour parler. Elles retenaient leur respiration dans la crainte de perdre le plus petit indice de l'existence d'une créature humaine. Mais on n'entendait pas même un faible souffle.

Il y avait bien un moyen d'en finir avec cette incertitude. C'était de porter la lumière dans le trou, d'en explorer la profondeur et même d'y descendre si l'opération semblait praticable. Mais l'obscurité a ses terreurs, et les femmes courageuses qui venaient de braver le danger sérieux de se trouver face à face avec quelque bandit, hésitaient maintenant devant les mystères de cette fosse ouverte.

Jacqueline, qui se trouvait debout au fond du cuvier,

190 LE CHEYAtlBR CASSE- COU

représentait Tatant-garde de l'expédition, et l'effrayant honneur d'éclairer la route allait lui échoir. Elle ne se pressait pas, il faut l'avouer, de tenter l'aventure. Le chandelier qu'elle avait posé à terre, pour travailler plus à l'aise, ne projetait pas bien loin sa faible clarté. M"' Mongis, malgré toute son énergie, n'osait pas prendre sur elle d'exciter la paysanne A passer outre. Marthe, pâle et tremblante, avait reculé de trois pas quand la pierre de ce tombeau avait été levée. L'épouse de Morillon se décida à imiter le dévouement de Curtius, ce Romain qui se précipita volontairement dans un gouffre pour sauver la patrie. Les voisines de Gambremer la virent donc se baisser, prendre doucement le flambeau, s'agenouiller et avancer la tête avec précaution.

Au moment où elle étendait au-dessus du puits le bras qui tenait la lumière, un homme surgit tout à coup, un pistolet dans chaque main.

Jacqueline recula en poussant un cri effroyable, et il y avait bien de quoi tomber à la renverse.

L'homme avait fait son apparition à la façon de ces diables à ressort, qui se dressent brusquement quand on ouvre la boite en carton où le marchand de joujoux les a renfermés. On ne le voyait qu'à mi-corps, car toute la partie inférieure de son individu restait cachée dans le trou, mais il montrait une face noire comme du charbon et dirigeait sur les pauvres femmes la gueule menaçante de ses pistolets. La première phrase qui sortit de sa bouche satanique n'avait rien de rassurant.

'—Ne bougez pas, ou je vous brûle la cervelle, hurla ce farouche personnage.

La paysanne terrifiée restait prosternée à ses pieds et

LB CBEYALIBII GilSSB-COU IM

poussait des gémissements lamentables, sans même oser lever les yeux. Par un de ces mouvements instinctifs qui sont communs à toutes les mères, M*"*" Mongis s'était jetée au-devant de Marthe pour la couvrir de son corps. Dans le premier instant de surprise et d'effroi, elle ne comprenait pas à qui elle avait affaire, mais elle s'attendait à recevoir une balle, et, résignée à mourir, elle pensait à sauver sa fille.

La scène changea avec la rapidité de ces enlèvements de décor qui s'exécutent en une seconde, au coup de sifflet du machiniste. Par bonheur, le flambeau n'avait point échappé aux mains de Jacqueline, et le fantôme put distinguer les traits des deux femmes serrées l'une contre l'autre. Elles le virent tout à coup abaisser ses pistolets et bondir hors de son trou, en criant :

— Nos voisines!

Le son de cette voix d'outre-tombe frappa M"' Mongis, qui eut le courage de faire un pas en avant pour examiner le revenant de plus près.

— C'est moi! vous ne me reconnaissez donc pas?

— Qui, vous? balbutia la veuve qui croyait rêver.

— Courapied, parbleu! Cassonade, si vous aimez mieux.

— Est-ce possible?

— C'est sûr et vous avez eu une fière idée de venir ici, quoique je ne devine pas comment vous vous y trouvez.

— C'est la Providence qui nous y a conduites ; mais vous! quelle horrible aventure vous a jeté dans ce souterrain?

— Je vous conterai ça. Pour le moment, le plus press6, c'est de tirer mon maître de cet infernal caveau.

— M. Cambremer! il est là! il est vivant !

— Pour vivant, oui, mais blessé... presque mourant. .. Ah! madame Mongis, que je suis content de vous rencontrer!

Jacqueline avait pris peu à peu le courage de se relever, mais elle écoutait ce dialogue avec une mine ahurie. On aurait parlé hébreu devant elle qu'elle y aurait entendu tout autant qu'à cette étrange reconnaissance entre les dames et l'homme du souterrain.

— Enfln, mon rat va donc me servir, s'écria joyeusement Cassonade en tirant de sa poche son rouleau de cire qu'il s'empressa d'allumer à la chandelle de la ménagère.

— Tenez-vous sur le bord du trou, ma brave femme, et éclairez-moi pendant que je vais descendre là-dedans pour aller chercher mon monde.

— Revoir M. Gambremer! murmura M"* Mongis; ah I je ne l'espérais plus !

— Il n'y a que M. Paul que nous ne retrouvons pas, dit tout bas la jeune fille.

Le fidèle écuyer avait disparu dans le puits, et, grâce à Jacqueline qui exécutait sa consigne en y portant la lumière, on pouvait apercevoir à trois pieds au-dessous de l'ouverture la plus haute marche d'un escalier.

Après trois minutes d'attente et d'émotion^ les femmes virent poindre la tête de Cassonade. Le chevalier montait péniblement derrière lui, et il eut besoin, pour sortir, des mains que lui tendirent ses deux amies. Elles pleuraient de joie, et Marthe ne put se tenir de sauter au cou de Cambremer, qui laissa échapper un cri de douleur.

— Vous ôtes blessé? demanda la jeune fille.

LE CHBYAUE& CASSB-COU 193

— Oui, à répaule, dit le chevalier d'une voix altérée; mais peu importe, puisque je vous retrouve.

— Cest un miracle, et je bénis Dieu de l'avoir fait, murmura M"^* Mongis.

Gambremer la regardait avec des yeux où brillait le feu de la fièvre, et les questions se pressaient sur ses lèvres.

— Et Baïa?

Q prononça le nom de la petite fille avec une hésitation marquée, comme s'il avait eu peur de s'informer et d'apprendre de tristes nouvelles.

— Notre chère enfant se porte bien, grâce à Dieu, répondit vivement la veuve, qui avait deviné les inquiétudes du chevalier.

— Je l'ai embrassée avant de partir, ajouta Marthe ; elle dormait, et sans doute elle vous voyait en rêve, car elle TOUS appelait.

Gambremer respira. On devinait qu'il se sentait soulagé d'un grand poids.

— Monsieur, dit Cassonade, je ne sais pas où nous sommes ici, mais j'ai dans l'idée que s'il y avait moyen de casser une croûte et d'avaler un verre de vin, nous ne nous en trouverions pas plus mal. Savez -vous que nous n'avons rien mis sous la dent depuis... ma foil depuis hier, car du diable si je sais l'heure qu'il est?

— Ah I mes bons messieurs, je vas être trop contente de vous servir, s'écria Jacqueline, venez là- haut, il reste encore la moitié du souper de mon homme.

— Alors, mettez trois couverts, ma brave femme, car il y a encore là-dedans notre ami le gabelou qui est à moitié mort de faim et de soif, et je vais le chercher.

i94 LE GHEVAUER CASSE-COU

Sur cette annonce^ qui porta à son comble Tétonnement des daines, Tinfatigable Cassonade fil une seconde fois le plongeon dans le trou. Gambremer monta, appuyé sur le bras de M™' Mongis, l'escalier de bois qui conduisait dans les appartements de M"^ Morillon, laquelle venait de se munir de deux bouteilles couvertes d'une respectable poussière.

La table était encore mise, et le chevalier y prit place. Au moment où il achevait de boire le vin que Marthe venait de lui verser, Cassonade émergea à son tour de la trappe, ramenant ou plutôt portant le douanier, car le pauvre diable d'employé se soutenait à peine. La vue des rasades préparées par les soins de Jacqueline ranima le visage défait des deux ressuscites, et Cassonade ne fut pas le dernier à fêter le bourgogne du cocher.

— Ma foil je croyais bien que je ne boirais plus Jamais, dit-il en poussant un soupir de satisfaction ; il n'y avait que de l'eau-de-vie dans les barils que nous avons trouvés dans ce satané souterrain... Ce n'est pas l'embarras, j'ai bien pensé un instant à en avaler pour m'étourdir, car je croyais que nous étions enterrés pour toujours.

— Sans toi, mon ami, dit Cambremer, sans toi, nous serions morts misérablement dans le tombeau où ce scélérat de Biroulas nous avait précipités.

— Ah I mes pressentiments ne me trompaient donc pas, quand je redoutais cette fatale expédition, murmura M*" Mongis.

— Ça, c'est vrai que j'ai eu raison de ne pas vouloir m'éloigner de l'escalier, reprit Cassonade. Et mon idée de tirer de temps en temps des coups de pistolet! Je parie que c'est le bruit de mes décharges que vous

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ayez entendu d'ici, ajouta-t-il en s'adreasant aux trois femmes.

— C'est ce qui a d'abord attiré notre attention, dit Marthe; puis il nous a semblé qu'on frappait contre la Toute...

— Parbleu! ave^. la crosse de mon pistolet. —Et enfin, nous ayons entendu tos plaintes...

-^ Moi je TOUS entendais trayailler à me déliyrer, et je Tonlais tous encourager à continuer.

~~ Pais, plus rien, et ce silence nous glaçait le sang...

— Si j'ayais su que c'était tous, allez! je n'aurais pas fait le mort; mais je m'étais dit : C'est peut-être la bande à Biroulas qui Tient nous achoTer; en me taisant et en me cachant au pied de l'escalier, j'ai encore la chance d'assommer ces gueux-là un à un. Après, quand tous aTez leTé la pierre, et que j'ai tu que personne n'entrait, j'ai pensé qu'il Talait mieux risquer une sortie...

— Et TOUS nous aTez fait grand'peur, dit M** Mongis.

— Mais, mon bon monsieur, demanda Jacqueline, Comment donc que tous aTez pu Tiyre, depuis six mois et plus que je tous entends faire Totre sabbat dans ce Tilain trou?...

~8ix mois! comme tous y allez! nous y sommes tombés ce matin et nous en avions déjà assez, je vous en réponds.

-^ Le bruit qui tous a inquiétée, madame^ dit Gambremer, c'était le bruit que faisaient aTant notre chute les fraudeurs dont ce misérable est le chef : le souterrain doit aToir une autre issue qui nous a échappé dans l'obscurité où nous étions...

— Eh! oui, dans la vieille bicoque d'hôtel qui est là an fond de la cour, s'écria la paysanne.

— Et l'entrée que nous avons découverte si heureusement devait être condamnée depuis longtemps, fit observer M"' Mongis ; tout indique qu'elle a servi autrefois et qu'on a voulu la dissimuler sous cette cuve scellée dans le sol.

— Demain, je l'espère, dit Gambremer avec violence, demain nous irons forcer le repaire de ce scélérat...

— Demain, monsieur, dit doucement Cassonade, j'irai chercher le médecin pour vous remettre votre épaule, et ce soir... tenez! voilà que vous pâlissez...

C'était vrai ; les forces de Cambremer étaient à bout et lui-même sentait que son courage ne suffisait plus à le soutenir. M''* Mongis appuya l'avis de l'admirable écuyer qui, après tant d'aventures désastreuses, conservait sa gaîté et son bon sens.

— Venez revoir notre chère petite, dit-elle à Gambremer que le souvenir de sa protégée décida à aller chercher enfin rue Pérou un repos fort nécessaire.

— Mère, vous ne parlez pas de M. Paul, souffla Marthe à l'oreille de M"* Mongis.

Un coup d'œil maternel apprit à la jeune fille que son ami n'était pas oublié. L'excellente dame jugeait inutile d'ajouter un chagrin aux tourments physiques et moraux du chevalier, en lui racontant l'accident arrivé à M. Paul Vernier. Elle fit tout bas ses recommandations à Jacqueline en la priant d'envoyer son mari, dès qu'il serait de retour, leur donner des nouvelles du jeune homme.

Réconforté par le vin de Morillon, et tout heureux d'être encore en vie, le douanier prit congé de ses compagnons de périls et s'achemina vers son poste de la barrière d'Enfer, après avoir donné les indications nécessaires pour le retrouver le lendemain. Jacqueline

recondaisit jusque dans la rue les hôtes que d'étranges hasards lui avaient envoyés, leur fit les plus tendres adieux et rentra dans le'logis conjugal en pestant contre ceux qui retenaient si longtemps son époux. Le chevalier, son écuyer et ses deux voisines, regagnèrent ensemble la rue Pérou.

Le petit groupe d'amis, heureux de se revoir, mais navrés de l'insuccès du premier combat livré à Biroulas, arriva, sans autre aventure, devant le domicile commun. La porte de l'allée se trouvait ouverte, malgré l'heure avancée, et Cassonade se mit à déplorer la négligence des locataires qui avaient oublié de la fermer.

— Voulez-vous me permettre de monter chez vous pour embrasser Ba!a7 demanda Gambremer à H"^ Mongis.

Elle accueillit avec joie la proposition, et on franchit les deux étages aussi vite que le permettait l'état du chevalier.

— Ah! mon Dieu! s'écria Marthe en arrivant sur le palier, notre serrure a été forcée.

Ce fut comme un premier coup de cloche d'avertissement.

Quand un malheur est dans l'air, quand ceux qu'il peut frapper ont oublié un instant la catastrophe qui les'^menace, il sufflt du plus mince accident pour leur rappeler les dangers de la situation. La serrure du modeste appartement n'avait pas été forcée sans motifs, et M"^ Mongis pensa tout de suite au seul trésor qu'on pouvait lui voler.

— Baîa I s'écria-f^Ue en entrant dans la salle à manger, où brûlait encore une lumière que, dans la précipitation de son départ, elle avait oublié d'éteindre.

Cambremer, atteint au cœur par ce cri d'alarme, repoussa le fidèle Cassonade et se jeta sur les traces de la Teuve. Mais ils furent devancés dans la chambre à coucher par Marlhe, qui pouvait mettre au service de ses inquiétudes la vivacité de la jeunesse. En un clin d'œil, la fille du capitaine traversa les deux pièces qui la séparaient du lit de sa sœur d'adoption.

-^ Us nous l'ont prise I dil-elle d'une voix étranglée par l'émotion.

Ce n'était que trop vrai, et sa mère, arrivée presque aussitôt sur le théâtre de cet audacieux enlèvement, reconnut avec désespoir que l'enfant avait disparu.

— « C'est ma faute ! murmura-t-elle en se frappant le front.

Le flambeau qu'elle tenait à la main éclairait la chambre vide, mais rien n'annonçait qu'un crime venait de s'y accomplir. Le petit lit que ses soins maternels avaient préparé sur un canapé était à peine défait; les images avec lesquelles Baïa avait joué avant de s'endormir restaient éparses sur la couverture ; un verre d'eau placé sur un guéridon n'avait pas môme été renversé.

Cambremer ne pouvait en croire ses yeux, car il ignorait absolument tout ce qui s'était passé en son absence.

*— Mais il est impossible qu'elle soit sortie toute seule, s'écria-t-il ; c'est une frayeur d'enfant qui l'aura réveillée... elle aura appelé sa mère comme le soir où Cassonade l'avait couchée dans la chambre bleue . . • Ne trouvant personne autour d'elle, elle se sera levée, et...

— Ahl dit Marthe, si elle était ici, elle serait déjà venue se jeter à mon cou...

^ YoQs ne savez pas, monsieur Gambremer, vous ne savez pas ! répétait M"' Mongis avec désespoir.

Cette scène de propos interrompus aurait pu se prolonger indéfiniment, si Cassonade qui, dans ce petit cénacle, représentait la froide raison, n'avait jugé à propos d'intervenir*

— Je parie, dit-il, qu'on vous aura attirées dehors sous prétexte de courir après M. le chevalier qui ne revenait pas?

— Non; l'homme qui est venu nous a parlé de H. Paul Vemier..« il nous a dit qu'il s'était cassé la jambe et qu'il nous demandait...

— L'homme I quel homme?

— Un individu de mauvaise mine... vêtu de haillons...

— Et vous l'avez suivi?

— Fallait-il donc laisser M. Paul blessé, mourant peut-être... l'abandonner aux soins des indifférents qui l'ont ramassé dans la rue?... dit vivement la jeune fille.

-^Mais^ mademoiselle, s'écria le judicieux Cassonade, comment avez-vous pu croire que ce jeune homme, qui a l'air si bien élevé, avait choisi un gueusard pareil pour faire ses commissions?

— Après un accident si grave... dans un quartier où il ne connaissait personne... il aura pris le premier venu, balbutia la pauvre Marthe qui commençait à se repentir amèrement de sa crédulité.

— Il vous aurait au moins écrit un mot. Tenez 1 gageons que M. Yernier se porte aussi bien que nous...

— Il serait revenu, murmura M""*^ Mongis.

— Et il ne reviendra pas , dit le chevalier s'exaltant à mesure qu'il entrevoyait la noire trame ourdie contre tous les protecteurs de Baïa ; il ne reviendra pas,

car ils l'ont tué comme ils ont voulu me tuer, moi» et..

Il s'arrêta en voyant la jeune fille pâlir affreusement et s'appuyer à un fauteuil pour ne pas tomber.

— Oh! que non! se hâta d'ajouter Cassonade, ils n'avaient pas besoin de ça, les gredins! Ce qu'ils voulaient, c'était tout bonnement éloigner ces dames pour faire leur coup...

— D'ailleurs, fit observer M"** Mongis, ils ne pouvaient pas savoir que oe jeune homme viendrait ici, que nous l'enverrions à la recherche de M. Cambremer.

— Mère, ils le savaient, puisqu'ils se sont servis de son nom, dit Marthe d'une voix tremblante.

Cassonade ne trouva rien à répondre à une objection dictée par cet instinct du cœur qui ne trompe jamais les femmes. Toutes ses facultés se concentraient sur l'étude des circonstances qui avaient accompagné le rapt de l'enfant. Pour avoir jusqu'à ce jour appliqué son esprit aux achats de mélasse et à la vente des pruneaux, l'ex-épicier n'en était pas moins doué d'une copieuse dose de bon sens et de sagacité. Son robuste tempérament était à l'épreuve des aventures les plus désagréables, et il était sorti de la cave deBiroulas en pleine possession de la lucidité dont la nature l'avait favorisé.

— C'est égal ! dit-il après un instant de réflexion, je suis sûr que nous reverrons M. Paul avant qu'il soit longtemps...

— Dieu vous entende ! soupira la jeune fille.

— Mais je suis sûr aussi que ce n'est pas ce coquin déguenillé qui a enlevé la petite...

— Il nous a quittées au boulevard Montparnasse, dit M"*' Mongis, et il a eu bien le temps de revenir ici pen-

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dani le temps que nous avons passé chez cette brave femme...

— Je ne dis pas non; mais, si c'est lui qui a démonté la serrure, chose dont je le crois bien capable, il n'a pas dû travailler tout seul une fois que la porte a été ouverte.

— Pourquoi? demanda Gambremer.

— Eh ! vous voyez bien qu'il n'y a rien de dérangé ici? Les meubles sont à leur place, les couvertures du lit n'ont pas été arrachées et le flambeau est resté allumé à l'endroit où vous l'aviez laissé.

— Eh bien?

— Eh bien I ne comprenez-vous pas que la petite, rien qu'en voyant la figure de ce brigand-là, aurait poussé des cris à attirer tous les locataires?

— C'est vrai, dit Marthe, elle ne connaissait que nous et les étrangers lui faisaient peur.

— Bon ! alors, si cet homme avait voulu la toucher, elle se serait débattue, n'est-ce pas? elle aurait couru dans l'appartement pour essayer de se sauver.

— Oui, mais la résistance delà pauvre enfant n'a pas dû être bien longue...

— Longue ou non, on en retrouverait les marques. Plus je regarde le local et plus je suis sûr de mon affaire...

— Conclus donci dit Gambremer avec impatience.

— Je conclus que la petite a dû suivre de bonne volonté quelqu'un qu'elle connaissait et qui ne lui faisait pas peur.

Cette idée si simple n'était encore venue à personne, mais elle frappa tout le monde comme un trait de lumière.

— Vous oubliez, dit M"** Mongis après un silence, que, pour décider Baîa à s'enfuir ainsi, il aurait fallu lui parler dans sa langue.

— Parbleul jele sais bien, et c'est justement ce qu'on a dû faire.

— Mais qui donc?

— J'ai mon opinion là-dessus,

— Pour Dieu I explique-toi, cria le chevalier.

— Un tour aussi bien joué, voyez-vous, ne peut venir que d'une femme.

— Une femme?

— Oui, celle qui rôde autour de nous tous, depuis le soir de l'Odéon, celle que mon msdtre a suivie jusqu'à Krascati habillée en homme, celle qui a repris ses jupes pour venir nous espionner le jour de l'enterrement, à l'église et au cimetière,

— Ce serait étrange...

— Possible, mais je ne vois pas d'autre explication. Vous avez constaté vous-même, le soir du crime, qu'elle connaissait l'homme barbu de la loge; donc, elle doit comprendre le charabia de la petite.

— Mais Baïa doit avoir horreur de cette abominable créature...

— Pourquoi ? L'enfant ne se doute pas qu*el!e est complice du scélérat qui a voulu nous enterrer tout vifs. Qui sait si cette coureuse ne lui aura pas fait ac^ croire qu'elle venait la chercher de la part de sa mère, car nous ne sommes même pas bien sûrs que la petite sache qu'on Ta tuée?

— C'est vrai, murmura M"" Mongis.

— Mais, s'écria Cambremer, puisque le misérable assassin delà loge a égaré volontairement Baïa^ comment peux-tu supposer qu'il cherche à la reprendre?

— Ah! monsieur! dit CSassonade, faut pas être bien malin pour deviner ses raisons. Quand il l'a emmenée avec lui en sortant du théâtre, il ne pensait pas que, pendant ce temps-là, vous couriez après la femme en homme, et il pensait encore moins que moi, Jacques Gourapied, je passerais dans la rue Pérou, tout juste à point pour recueillir la petite.

— Hais il devait bien supposer qu'elle serait rencontrée par quelqu'un!

— Il supposai^ d*abord qu'elle pourrait mourir de firoid, et ensuite que, si par hasard on la ramassait, on la mènerait tout droit au poste, et de là dans quelque dépôt de mendicité. Donc, il n'avait pas d'inquiétude sur les suites de sa eoquinerie.

Ce raisonnement était en effet plausible, et Gambremer le suivait avec la plus vive attention.

— Vous comprenez que maintenant tout est changé, reprit Cassonade. Il sait parfaitement que la petite est entre les mains d« personnes qui ne la remettront pas à la charité publique, et il sait surtout que vous avez juré de la venger. C'est pour cela qu'il a voulu vous la reprendre.

— Oui... oui, tout s'explique bien ainsi.

— Parbleu ! il nous croyait pris dans sa cave comme des rats dans une souricière, il savait que ces dames étaient dehors et Baîa seule dans l'appartement. Il a envoyé la donzelle, qui aura crocheté la porte et amadoué la petite.

— Et qu'en va-t-il faire maintenant? s'écria Marthe si émue qu'elle oubliait Paul Vernier.

Cassonade se taisait et on devinait qu'il n'osait pas dire le fond de sa pensée.

-— Tout est à craindre, murmura-t-il enfin*

204 LE CHBYAUBR GASSB-GOU

Ces mots firent frissonner les femmes et jetèrent le chevalier dans un violant accès de colère.

— Les misérables ! s'écria-t-il en montrant le poing à ses ennemis absents; je les retrouverai, il faut que je les retrouve, et j'y consacrerai ce qui me reste de forces...

Cambremer n'acheva pas; le mouvement qu'il venait de faire lui avait causé une douleur si aiguG qu'il pâlit et fut obligé de s'asseoir. Ses voisines et son fidèle écuyer s'empressèrent autour de lui.

— Conservez-vous pour elle, s'écria' M"** Mongis.

— £t pour lui, dit tout bas la jeune fille qui pensait à l'autre blessé.

— Mais qui donc a pu les renseigner, qui donc a pu *nous trahir ainsi? murmurait le chevalier.

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