‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 15 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

▲ QUOI SBMYMITT LBS WEKÈTMES QUI DOITIIBIIT SUE DBS TEUÀUfS TAGUBS.

Paul Yemier, dans la chambre où on Tavait confiné, avait eu tout le temps de se morfondre, quand il entendit sonner minuit. Ce n'étaient pas tant le froid et Tobscurité qui le faisaient souffrir que l'idée de l'anxiété où son absence prolongée devait jeter M"^* Mongis et sa fille. II ne comprenait absolument rien à ce qui lui arrivait et il se croyait victime de quelque erreur administrative.

Cependant la disparition si étrange de Cambremer et de Cassonade lui donnait fort à penser. Bien entendu, il n'admettait pas que l'accusation portée contre eux eût le moindre fondement, mais il ne pouvait se dissimuler que la maison Biroulas était un coupe-gorge et que ses deux amis avaient dû tomber dans un guetapens.

Il y avait surtout une circonstance qui redoublait ses inquiétudes. La présence de la femme de Frascati dans ces parages écartés était significative, et le récit du cocher Morillon ne laissait guère de doute sur la participation de cette affreuse créature à l'attentat si perfidement organisé. Dans cette situation d'esprit, la ridicule I *2

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captivité à laquelle il se trouyait condamné devenait un supplice intolérable. Chacune des heures qui s'écoulaient lui apportait %on contingent d'exaspération, et il retournait sans ces«e dws son cerveau les événements de la soirée, sans pouvoir dégager un sens raisonnable de tous ces faits contradictoires. Arpentant sa cellule comme un ours qui se promène dans sa cage, Paul allait de la porte à la fenêtre et de la fenêtre à la porte, en maudissant l'idée qu'il avait eue de consulter les douaniers. Il vouait surtout à tous les dieux infernaux le trop zélé fonctionnaire qui avait cru devoir le séquestrer ainsi.

Les suites de l'aventure ne l'inquiétaient pas beaucoup, car il était bien sûr que le lendemain la lumière se ferait sur cette ténébreuse histoire et qu'on lui rendrait la liberté. Mais la nuit, cette longue nuit de février, allait donner le temps aux ennemis de Gambremer d'achever leur œuvre d'iniquité, et cette seule pensée l'exaspérait au dernier point.

Paul Vemier avait pour le chevalier Gasse-Cou une affection mêlée de respect et, de plus, Marthe lui avait inspiré un amour sincère. Dans ce cœur de vingt ans, les impressions étaient vives, et il apportait, à défendre ceux qu'il aimait^ la même ardeur qu'à satisfaire sa malheureuse passion pour le jeu. Depuis que Cambremer l'avait sauvé du désespoir, la vertu avait pris le dessuS; et c'était à peine si deux ou trois fois il avait éprouvé des velléités de retomber dans l'horrible vice qu'il avait hérité de son père. Au fond cependant, il n'était pas guéri et il sentait bien qu'il ne résisterait pas à une occasion*

Cet aveu qu'il se faisait à lui-même contribuait à le pousser dans la voie salutaire où il venait d'entrer en

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s'associant aux desseins de ses amis. II recherchait le mouvement et le danger pour chasser les mauvaises pensées.

— Non, s'écria-i-il tout à coup en frappant du pied, non, il ne sera pas dit que je resterai ici à attendre le jour, pendant que M"^* Mongis et sa fille se meurent d'inquiétude et de chagrin.

Et il se mit à examiner avec plus d'attention le local où on rayait renfermé.

C'était un cabinet, plutôt qu'une chambre, et, en fait de meubles, on n'y voyait que des planches étagées qui supportaient une volumineuse collection de régis* très reliés. La destination de cette pièce, consacrée à recevoir les archives de l'octroi, ne [comportait pas des précautions bien raffinées. En effet, la porte se fermait par une simple serrure, sans aucune addition des verrous en usage dans les salles de police. Mais de ce côté toute évasion était impossible, car, en supposant qu'il pût venir à bout de forcer cette clôture primitive, Paul serait allé par ce chemin se jeter, comme on dit vulgairement, datts la gueule du loup. Il se rappelait très bien qae le cabinet donnait dans un long corridor terminé par on escalier, lequel aboutissait tout droit an poste des employés. Il tourna donc ses vues vers Tunique fenêtre du local.

Plusieurs fois déjà 11 s'en était approché, et il avait conjecturé qu'elle devait ôtre placée à une assez grande hauteur au-dessus du sol. Hais Tobscurité l'avait empêché d'en juger exactement.

Au moment où il venait de prendre la résolution définitive de s'évader, la lune sortait des nuages. Elle était à son dernier quartier, et son croissant éclairait tout juste assez pour permettre de mesurer la distance

à franchir. A vue d'œil, il pouvait y avoir une vingtaine de pieds, et aucun grillage ne faisait obstacle à ce saut périlleux. La question était de savoir si la fenêtre n'était point condamnée car, s'il avait fallu briser un carreau, le bruit aurait pu attirer les gardiens. Mais en tâtant doucement, Paul rencontra sous ses doigts l'espagnolette et n'eut que la peine de la tourner. Il exécuta du reste cette opération avec des précautions infinies et il réussit à éviter les craquements indiscrets.

Latude n'aurait pas mieux manœuvré, et Tamoureux de Marthe se trouvait du premier coup passé maître dans la science des évasions.

Après avoir attendu un instant, pour s'assurer que rien ne bougeait aux environs, il avança la tète et regarda au-dessous de lui. Le résultat de l'examen ne fut pas très rassurant.

C'était à peu près l'élévation d'un premier étage, et la terre, quoique détrempée par la pluie, ne paraissait pas offrir une couche bien molle à l'homme assez hardi pour risquer la culbute. En observant avec plus de soin, Paul crut cependant distinguer un tas de sable qui pouvait amortir un peu la chute.

Il n'avait pas le choix des moyens et il n'hésita plus. Il grimpa sur l'appui de la fenêtre, calcula une dernière fois la distance et, non sans avoir donné à Marthe une dernière pensée, il s'élança suivant les meilleurs principes de gymnastique, c'est-à-dire le corps bien droit et les genoux légèrement plies.

Le choc fut rude en touchant le sol, mais la jeunesse a le privilège d'une élasticité dans les articulations qui préserva Paul de toute conséquence grave. Il en fut quitte pour des écorchures aux genoux et aux mains. Cependant la cabriole avait été si complète qu'il resta

on moment tout étourdi et qu'il ne se remit pas sur pied sans difficulté.

Le terrain où il était tombé faisait partie d'un enclos palissade qui entourait le pavillon de l'octroi. Par le temps qu'il faisait, ce lieu était désert et la surveillance des douaniers se concentrait d'ailleurs tout entière sur la façade qui regardait la barrière. Paul put donc traverser à pas de loup cet espace vide, sans rencontrer personne.

Quant à la palissade à franchir avant de se retrouver en pleine liberté, ce n'était qu'un jeu pour l'alerte sauteur. Paul Yemier l'enjamba sans grand effort et sans autre inconvénient que des accrocs à ses habits. Il n'en était plus à s'arrêter pour si peu de chose et, dès qu'il eut posé le pied sur le pavé commun à tous les habitants de la bonne ville de Paris, il se mit à courir tout droit devant lui. Le plus pressé était de fuir les sévérités administratives des gros personnages de l'octroi.

Après dix minutes de marche très accélérée, le jeune homme s'arrêta. 11 lui fallait maintenant prendre un parti, et le plus simple de tous consistait à regagner la rue Pérou. Là, on devait l'attendre avec impatience, et, s'il n'avait écouté que son désir, il aurait repris au plus vite le chemin qui conduisait chez M"^* Mongis. Mais ce chemin, encore fallait-il le connaître, et Paul, assez nouveau venu à Paris, n'avait guère fréquenté les quartiers excentriques de la rive gauche.

Le hasard de sa fuite l'avait amené sur un boulevard désert, planté de grands arbres et fort mal éclairé. Quoi qu'en puissent prétendre les amoureux, le cœur est une boussole insuffisante, et l'adorateur de Marthe se trouvait fort empêché de s'orienter vers le pôle du quartier Saint-Sulpice. D'ailleurs, il éprouvait comme

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iTti retnofds d'abandonncjf si tôt là partie, et Tldée de se présenter devant les voisines de Cambremcr, San» leur rapporter des nouvelles du brave chevalier, lui répugnait fort. Raconter à la jeune fllle l'odyssée qui venait de se terminer dans la prison peu poétique de l'octroi, revenir de son expédition avec des égratignures pour toute marque de son empressement & lui obéir, cette perspective ne le séduisait pas. Il aurait bien mieux aimé poursuivre ses recherches jusqu'à' cette maison Biroulas oâ ses amis avaient disparu, mais, sans le secours du cocher Morillon, l'entreprise devenait une pure chimère. Lui seul, en effet, aurait pu fournir des notions topographiques sur ces régions reculées, et, pour le moment, le mari de Jacqueline gémissait encore dans les cachots du fisc.

Pendant que Paul Vernier délibérait ainsi , appuyé contre le tronc d'un vieil ormeau, il vit venir à lui une femme et une enfant qui traversaient la chaussée. Avant qu'il n'eût le temps de se porter à sa rencontre, ce couple atteignit la contre-allée et passa près de lui sans le voir.

La petite fllle parlait avec animation et la femme — sa mère probablement — lui répondait sur le môme ton. Toutes deux s'exprimaient dans une langue étrangère, et Paul eut la singulière intuition que les sons bizarres de cet idiome avalent déjà frappé ses oreilles.

— Si c'était Baîa I se dît-il sans prendre garde aux impossibilités d'une pareille supposition.

Et, avec la spontanéité de son caractère, il se mit à suivre les promeneuses nocturnes qui marchaient très rapidement. Sa première idée fut d'aborder la femme, mais il y renonça en la voyant se diriger vers une barrière dont il apercevait les réverbères, au bout

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d'une rue perpendiculaire au boulevard. Il se contenta de maintenir sa distance, franchit à une minute d'intervalle la grille que la mère et l'enfant venaient de passer et continua la poursuite à travers champs. Elles avaient pris à gauche, et, autant qu'il en pouvait juger, c'était la direction de la barrière d'Enfer, car elles longeaient extérieurement le mur d'octroi.

Ses soupçons prenaient un corps.

Le vent et la pluie faisaient fage et étouffaient le bruit de ses pas. Après un quart d'heure de marche précipitée, il vit le couple traverser une grande route et se diriger vers une maison isolée. Cinq minutes plus tard, les ombres qui fuyaient devant lui avaient disparu. Il se mit à courir et arriva tout essoufflé devant une porte cochère qui venait de se refermer. Derrière cette clôture on parlait; et, cette foi^, en français.

— Enfin, je vais savoir à quoi m'en tenir, se dit Paul Vemier.

— Es-tu sûre qu'elle ne nous comprend pas? disait une voix d'homme.

—Très sûre, répondit la femme ; c'est h peine si elle a eu le temps d'apprendre quelques mots de français, depuis que ces bourgeoises de la rue Pérou l'ont ramassée.

— Bon! maintenant, explique -moi au galop comment ça s'est passé là- bas.

— Tout a marché comme sur des roulettes. Les dindes ont coupé dans le pont et doivent encore patauger à l'heure qu'il est dans la crotte du boulevard Montparnasse. J'avais une fausse clef de la porte de l'allée et un rossignol ^ouT crocheter la serrure de l'appartement. En moins de trois minutes le tour a été joué.

— Et la petite sotte n'a pas trop crié quand elle t'a reconnue?

— Je ne lui en ai pas laissé le temps. J'ai lâché tout de suite mon histoire; sa mère qui la cherchait partout depuis quinze jours et qui m'envoyait pour la ramener bien vite. Elle a avalé tous ces mensonges-là comme du miel et elle a sauté en bas du lit en demandant à partir.

Paul, embusqué derrière la porte, ne perdait pas une syllabe de ce dialogue édifiant et il en avait déjà assez entendu pour être sûr qu'il ne s'était pas trompé. S'il avait pu conserver l'ombre d'un doute, la voix enfantine qui se mêla à la conversation l'aurait amplement renseigné.

Il reconnut sur-le-champ l'organe et le langage de Baïa.La petite fille parlait dans cet idiome inconnu qui avait si souvent frappé les oreilles de ses protecteurs, et, à son accent suppliant, il était facile de deviner qu'elle demandait à revoir sa mère. L'homme lui répondit quelques mots d'un ton brusque et reprit aussitôt l'entretien en français avec sa digne compagne.

— Alors, demanda-t-il, tu crois que personne ne vous a suivies?

— Personne. Il fait un temps de chien et les rues sont désertes.

— C'est égal. Il faut se dépêcher d'en finir.

— Et que vas- tu faire de cette drôlesse?

— Tu me le demandes?

— Ma foi ! oui, car depuis quinze jours je ne te reconnais plus. Je voudrais bien savoir par exemple pour- . quoi, le soir où tu t'es débarrassé de sa mère, tu ne lui as pas tordu le cou.

— J'avais mes raisons, mais, sois tranquille, elle ne perdra rien pour avoir attendu.

— Ah! très bien I tu vas te mettre sur le dos un bel et bon crime en la tuant ici, et puis, on trouvera le

corps^ et puis la police, l'instruction, tout ce qui s'en sait, et, comme mon signalement est donné, je serai compromise pendant que personne ne pensera à soupçonner ce bon monsieur...

— Tais-toi! dit l'homme d'une voix sourde.

En entendant développer cet affreux projet, Paul avait fait un mouvement pour pousser la porte qui le séparait des assassins. Mais il eut la force de se contenir, non qu'il hésitât à risquer sa vie pour sauver Baia, mais parce qu'il espérait encore en apprendre davantage sur leur mystérieuse personnalité.

— Me crois-tu donc assez bête, reprit l'homme, pour aller m'embarrasser d'un cadavre inutile?

— Et que vas-tu en faire alors?

— La trappe n'est pas faite pour les chiens.

— Cîomment! tu veux la jeter aussi dans le souterrain!

— Mais il me semble que le moyen ne nous a pas mal réussi ce matin.

— Et ces deux imbéciles qui sont déjà dans le trou ?

— Eh bien, après? Elle leur tiendra compagnie, voilà tout.

Un silence suivit cet épouvantable colloque. Probablement, l'infâme complice de l'assassin réfléchissait aux chances d'impunité que pouvait offrir le moyen proposé. Quant à Paul Yemier, ses cheveux se dressaient sur sa tète et il n'attendait plus que le moment de se jeter sur les scélérats qui délibéraient froidement à côté de leur victime; mais il avait conservé assez de sang-froid pour comprendre qu'un mouvement inopportun, un cri prématuré pouvaient compromettre le salut de Ba!a. L'homme devait être armé et. il lui était facile de poignarder l'enfant à la première alerte.

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— Tu sais, reprit son odiéftise cotnpàgiie, que je n'ai pas nne confiance absolne dans le souterrain.

— TrouYe-moi donc mieux que c^lte petite invention-là; vingt-cinq pieds de profondeur, une demi^^ lieue de long et une pierre énorme en guise de porte à l'autre bout.

— Oui, oui, c'est parfait; mais tu sais que les gens Ô0 l'octroi nous guettent. Ils sont venus deux fois ce matin rôder autour de la maison et, après avoir fait le coup, je n'ai eu que tout juste le temps de filer.

— Raison de plus pour qu'ils ne reviennent pas ce soir.

— Dans tous les cas^ nous ferons bien de ne pas perdre de temps.

La voix de Baïa s'éleva tremblante et timide. Évidemment elle suppliait, et Paul distingua clairement dans ce langage inintelligible pour lui un mot qu'il avait retenu pour l'avoir entendu prononcer à l'enfant chez M"* Mongis.

— Immaf tmmal répétait l'orpheline.

La femme lui répondait avec une douceur affectée, et l'insistance de la petite influa sans doute sur sa résolution, car elle dit d'un ton bref :

— Comment allons-nous nous y prendre?

— Tu as refermé la trappe ce matin?

— Oui, j'ai même failli me faire pincer par un animal de douanier qui avait suivi les autres, et je ne sais pas trop s'il n'a pas fait le saut à son tour pendant que j'étais cachée là-bas derrière la maison.

— Ça, je m'en moque, et voilà ce que nous allons faire. Je vais passer devant et ouvrir le ressort. Pendant que je préparerai la chose là-bas tu amuseras la petite en lui racontant que je suis allé prévenir sa ma*

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man; dès que le traqueaard.sera ieodu, je t'appellerai^ et tu arriyeras au pas accélérer

— C'est convenu. Je fais passer mademoiselle la pre* mière dans lé corridor, tu lui cries que madame l'ait^d, elle court pour l'embrasser plus vite et.*, crac ! elle disparait dans le troisième dessous comme le diable dans la pièce de M. Fontan,

Cet horrible propos fut ponctué d'un éclat de rire qui donna froid au cœur de Paul; mais, en même temps^ une idée surgit dans son esprit. 11 se dit que l'homme allait s'éloigner et que Baîa allait rester un instant sous la seule garde de la femme. C'était évidemment le moment d'agir et les chances de provoquer ]e meurtre immédiat de la pauvre enfant diminuaient si son défenseur profitait de la courte absence du scélérat pour l'enlever. Restait la cbance de le voir arriver au secours de la femme qui n'allait pas manipier d'appeler en se voyant attaquée subitement. U était vrai aussi que les cris et le bruit d'une lutte pouvaient attirer des passants, si tant était qu'il y en ei^t dans a» parages déserts. Paul Yemier pesait dans sa tête toutes ces éventualités et le cœur lui battait à lui rompre la poitrine.

— Allons, je file» dit l'homme. Ouvre r<»il pendant que tu seras toute seule et tiens*toi prête & venir dès que je donnerai le signal.

— N'aie pas peur, j'ai autant d'envie que toi d'en finir et je n^ me soucie pas de me faire empoigner.

Le bruit des pas du scélérat traversant la cour apprit à Paul que l'affreux dénouement approchait. U allait s'élancer quai>d il crut distinguer des voix dans le Lointain. U prMa l'oreille avec uo^e anxiété bien naturelle, ear l'arrivée d'un renfort quel quTil fût, sulfisait pour

assurer la délivrance de Baïa. La question était de savoir si les gens qui parlaient se dirigeaient du côté de la maison Biroulas et surtout s'ils y arriveraient avant que le sinistre appel partit du corridor.

En écoutant attentivement^ Paul reconnut qu'il de* vait y avoir plusieurs personnes et que ce groupe se rapprochait, lentement, il est vrai, mais enfin se rapprochait. Seulement, il était encore^assez éloigné pour que le meurtre eût dix fois le temps de s'accomplir. La perplexité de Paul avait atteint un paroxysme tel qu'il tremblait de tous ses membres, et ce n'était pas de peur.

La conversation venait de recommencer entre Ba!a et l'odieuse créature qui la gardait. Elle avait lieu, bien entendu, dans la langue inconnue, la seule que parlât l'enfant. Il était clair que cette femme exécutait les instructions de son complice en contant des mensonges à la pauvre petite fille. Au grand étonnement de Paul, celle-ci répondait avec une vivacité inaccoutumée .On aurait dit qu'elle opposait des objections aux discours'insinuants et perfides de son bourreau femelle.

— Si elle lui résiste, elle est perdue, car ce misérable reviendra la tuer, pensait le jeune homme.

Cependant les voix devenaient de plus en plus distinctes. C'était un espoir, mais c'était aussi peut-être le signal d'une catastrophe, car si les assassins entendaient le bruit, ils allaient se presser d'en finir. Mais en môme temps le dialogue s'animait de plus en plus de l'autre côté de la porte, et l'organe grêle de Baia s'élevait à un tel diapcison, qu'il couvrait probablement les sons plus sourds de la causerie lointaine.

Paul, frémissant d'impatience et d'inquiétude, se décida à attendre encore. Il aurait bien pu crier pour

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appeler à lui les inconnus qui s'avançaient, car ils étaient parfaitement à portée de l'entendre, mais c'eût été tout risquer.

— J'attendrai que ce monstre donne le signal, pensa-t-il, et je m'élancerai dès qu'il appellera.

Les secondes pour lui étaient devenues des heures, et la vie de la pauvre Baïa dépendait du plus ou moins de célérité que les arrivants allaient mettre à se rapprocher. Il devenait certain que la maison Biroulas était le but vers lequel ils marchaient; car, dans cette campagne déserte et au milieu de la nuit, leur présence ne pouvait s'expliquer autrement.

A ce moment suprême, une angoisse de plus vint tordre le cœur de Paul Vernier. Ces errants de nuit pouvaient être aussi bien des complices du fraudeur assassin que d'honnêtes gens disposés à prêter mainforte pour empêcher un crime.

— Et bien ! je mourrai avec elle, murmura Paul en serrant les poings.

Il n'avait pas une arme sur lui, pas même un bâton à la main, et, contre une troupe ennemie, toute résistance était impossible.

— Ça y est, cria tout à coup la voix de l'abominable gredin embusqué dans le corridor. Amène l'enfant, que je l'envpie coucher dans la cave.

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