‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 22 sur 52 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

BBB 6UITES QUE PEUT ATOIR UNE DiCLAlATlON

d'amour.

Paul Vemier avait quitté M"' Mongis le cœur bien gros. Pour la première fois, il voyait se dresser devant son amour des obstacles presque insurmontables , et cette découverte lui était d'autant plus sensible que, jusqu'à cette dernière entrevue, la mère de Marthe l'avait toujours accueilli avec une extrême bienveillance.

A vingt ans, les espérances vont vite; et, des bontés qu'on lui témoignait rue Pérou, il avait conclu un peu légèrement qu'on encourageait ses prétentions. Elles n'avaient, du reste, rien que d'avouable, et, plus d'une fois déjà, il s'était promis d'écrire à sa mère toute rhistoire de cette passion aussi vive que sincère ; car, avec la confiance que donne la jeunesse, il ne doutait pas d'obtenir son consentement. La tendresse avec laquelle il avait été élevé l'avait habitué à compter sur le dévouement absolu de M"« Vernier, et il savait bien qu'elle ne mettrait pas un instant en balance le bonheur de son cher Paul et les considérations de fortune.

Un scrupule l'avait retenu. Pour expliquer à sa mère Forigine de ses relations avec M"' Mongis et sa fille, il eût été obligé de lui raconter l'histoire de cette terri^

ble nuit où il avait cédé à un entraînement fatal.

Avec le dernier baiser de celle qui Tavait nourri de son lait, Paul avait reçu en quittant sa \ille natale une recommandation suprôme : « Ne joue jamais, mon fils, » lui avait dit M"'' Vemier en le serrant dans ses bras, et il croyait encore sentir sur sa joue les larmes que de tristes souvenirs avaient fait couler des yeux de sa mère. Le jeu, qui avait fait entrer dans la maison la ruine et le deuil, effrayait encore ce cœur brisé, et, depuis leur séparation, la pauvre femme ne manquait pas, chaque fois qu'elle écrivait à son cher enfant, de lui prêcher Thorreur du vice auquel elle devait d*ôtre veuve.

Paul n'avait jamais trouvé le courage do lui avouer que ses craintes n'étaient que trop fondées, et que déjà il avait mis le pied sur cette pente terrible qui mène au déshonneur et à la mort. Que de lettres il avait commencées sans avoir la force de les achever I Surtout depuis qu'il se croyait à l'abri d'une rechute, son silence lui pesait comme un remords, car la malheureuse passion qu'il avait héritée de son père n'avait pas encore altéré sa droiture native et il n'était pas descendu jusqu'à mentir. A force d'attermoyer, il avait fini par faire un compromis «ive(*- sa conscience et il s'était juré de tout dire à sa mère, le jour où il aurait déclaré ses intentions àM'^^Mongis. Il voulait en raùme temps lui annoncer sa guérison et lui confier l'amour qui avait fait ce miracle.

Ce jour était venu et n'avait pas mis un terme à ses hésitations. Comment écrire qu'on lui avait opposé un refus poli dont il entrevoyait la cause, quand cette cause était précisément le \ice que redoutait tant M»* Vemier?

Marthe Taimait, il n'en doutait plus après cet entretien où la jeune iille venait de laisser échapper son secret. M"* Mongis ne pouvait pas ignorer des sentiments que les mères devinent toujours, et elle n'était certes pas femme à contrarier l'inclination de sa fille, à moins de motifs très graves. Si elle avait renvoyé sa réponse définitive à un terme éloigné, c'est qu'elle se défiait de la sagesse du jeune amoureux et qu'elle voulait observer sa conduite avant de lui accorder la main de Marthe.

— Elle aussi me croit capable de retomber dans cette faute dont je rougis encore, se disait tristement Paul en roulant vers le boulevard Bonne-Nouvelle dans le fiacre qui lui avait servi à ramener Baïa. Et il pensait que le séjour dans le Midi allait durer six mois, — une éternité quand on aime, — et que Marthe pourrait l'oublier.

— Comment lui prouver qu'elle se trompe? pensait-il en se frappant le front avec désespoir ; comment lui prouver que je tiendrai le serment fait à monsieur Gambremer après cette affreuse nuit?

Tout à coup, il lui vint à l'esprit que M"' Mongis, en le chargeant de porter de l'argent à M. Bousenna, avait voulu mettre ses bonnes résolutions à l'épreuve.

Les rouleaux d'or étaient là dans sa poche, et la somme était assez considérable pour tenter un joueur. Il ne l'avait môme acceptée qu'avec une certaine répugnance ; car, quoique son amour fût un puissant préservatif contre la \ile passion du gain, Paul redoutait instinctivement le contact de l'or, comme un homme qui craint de s'enivrer redoute jusqu'à la vue d'un flacon de vin. Cependant, il n'avait pas voulu avoir l'air de reculer devant une séduction à laquelle il se croyait I. 20

assez fort pour résister, et il faut lui rendre cette justice que, depuis le moment où M°^* Mongis lui avait confié ce dépôt, la pensée d'en mésuser n'avait pas même effleuré son cerveau.

Plus il y réfléchissait et plus il se persuadait que la mère de Marthe avait voulu le soumettre à une expérience décisive. Il savait qu'elle ne devait quitter Paris que le surlendemain. Elle avait donc toute une journée pour aller porter elle-même ses fonds chez M. Bousenna, et la raison qu'elle avait donnée pour s'abstenir de ce déplacement n'était pas sérieuse. Baïa, qu'elle disait ne pas vouloir laisser seule, avait pour gardiens Marthe et le fidèle Cassonade, sans parler du chevalier Gasse-Gou qu'on attendait encore, il est vrai, mais qui ne pouvait pas manquer de rentrer dans la soirée. Ainsi tout indiquait que cette mission était simplement un prétexte pour s'assurer que le joueur était décidément corrigé.

On croit aisément ce qu'on désire, et Paul en vint bientôt à espérer que cette épreuve serait la dernière et que, s'il en sortait à son honneur, M"^' Mongis reviendrait sur sa décision et même différerait son départ.

— Je ne pouvais rien désirer de mieux, murmura-t-il tout joyeux de l'idée de revenir avec le reçu qui attesterait son triomphe sur les entraînements du jeu.

pinq heures n'étaient pas encore sonnées et M. Boa-» senna ne pouvait pas avoir quitté son bureau au moment de l'expédition du courrier. Le banquier avait envoyé Paul porter une lettre chez un client, en l'autorisant par exception à ne pas revenir de la journée; mais c'était une raison de plus pour qu'il se trouvât dans son cabinet^ puisque s<» secrétaire lui manqaait.

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