‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 28 sur 52 · XJ5 CBEYAU» CASSE-COU · texte numérisé non relu

XJ5 CBEYAU» CASSE-COU

li allait a*arrèler pour leur conldr son cas, quand il s'aperçut qu'il aUail avoir affaire à des irrognes, des \rai$» qui rentraient obes eux en chantant à tue-tôte et eu ballant les murailles. C'était là assurément un piètre renfort, en supposant môme que ces promeneurs ayinéa fusàeal en état de comprendre ce dont il s*agissait« Morillon eut bientôt fait ce raisonnement, et fouetta de plus belle pour gagner le quai SaiatrMiohel QÙ U espérait irQUYeir«mieux.

Le Pari^ de 1831 ne ressemblait gnèro au Paris actnel> et dans ces parages où aujourd'hui la circulation ne cesse, pour ainsi diro jamais, on ne rencontrait alors vers minuit que de bien rares passants. Aussi, ce fut seulement à l'entrée de la rue Saint-Jacques que l'eix^oober du cabriolet jaune aperçut de loin des ooupled d'étudiants et d'étudiantes remontant vers les hauteurs du quartier Latin.

A la place où s^élève maintenant le Tribunal de commerce, il y avait alors un bal qui s'intitulait le Prado et recevait l'hiver les joyeux habitués de la Grande^ Chtmwiièrt^ Tout ce monde sortait de cet établissement consacré amc danses de fantaisie et ne paraissait guère en train de se môler d'affaires sérieuses. D'ailleurs, Morillon commençait à se dire que, depuis le temps qu*il roulait, Cassonade devait être sorti, d'une façon quelconque, de la fausse position où il l'avait laissé. Soit qu'ils reussent laissé tranquille, soit qu'ils lui eussent fait un mauvais parti, les bandits ne s'étaient certainement point amusés à attendre au bout du pont Rouge qu'on Tint les arrêter. Un voyage de retour devenait donc tout à fait inutile pour le moment, et mieux valait meuer tout droit la vc^îture et scm chargemMt à la remisa de la rue de Yaugit ud*

Le pauvre diable que le véhicule renfermait dans ses flancs devait ôtre fort mal à son aise, et Morillon avait hâte de l'en tirer. Il aurait pu, il est vrai, abréger son supplice en s'arrètant devant le poste qui faisait le coin de la rue de la Harpe pour remettre ce malheureux entre les mains des agents de la force publique. Mais Morillon, comme tous les gens de son métier, avait une secrète répugnance pour l'autorité, qui ne ménage pas les cochers en contravention, et, surtout depuis son aventure de la barrière d'Enfer, il fuyait les corps-de-garde comme la peste. Après tout, d'ailleurs, son propre domicile n'était pas bien loin, et il se décida sans peine à y rentrer par le plus court chemin.

Il passa, sans les interpeller, au milieu des étudiants en goguette, mais non sans éveiller dans leur troupe bruyante un concert de cris variés. Habitué de longue date aux mœurs du quartier, il ne fit pas grande attention à ce tapage et prit pour de mauvaises plaisanteries les avertissements de « taper derrière » qu'on lui lança sur tous les tons.

Cet épisode insignifiant fut le dernier qui troubla son voyage. Moins d'un quart d'heure après, le rapide attelage s'arrêtait devant la remise de la rue de Yaugirard. La voiture avait k peine cessé de rouler quo la porte s'entre-bàillait pour laisser apparaître la figure de Jacqueline. La ménagère tenait à la main une chandelle allumée et paraissait d'assez mauvaise humeur.

— Te v*là donc, à la fin, dit-elle d'une voix courroucée; s'il y a du bon sens de rentrer à des heures pareilles! Et d'où viens-tu ? Et où as-tu pris cette voiture et ces chevaux-là?

Ce déluge de questions n'aurait peut-être jamais pris fin, si Tattention de Jacqueline n'eût été détournée

par Tapparition d'an homme qui sauta brusquement sur le pavé et se mit à fuir à toutes jambes dans la direction du Luxembourg. La brave femme poussa un cri de frayeur et faillit laisser tomber son chandelier. Quant à son mari qui se levait sur son siège, au moment où Tespion déguerpissait, il lâcha un effroyable jurop et se hâta de descendre pour courir après le brigand qui avait eu l'impudence de voyager avec lui incognito. Mais Morillon n'eut pas plutôt touché terre qu'il reconnut rimpossibilité de rattraper le fuyard.

— J'aurais dû m'en douter, grommelait-il, et ça m'apprendra à ne pas écouter les passants.

— Mais, Seigneur Dieu I qu'est-ce que tu as, mon pauvre homme? soupirait Jacqueline, on dirait que tu es timbré, foi de Picarde I

— C'est pas tout ça, femme, dit Morillon d'un ton bref; le gueux a ûié; qu'il aille se faire pendre ailleurs. Aide-moi maintenant à tirer celui qui est dans la voiture. '

— n y a donc un chrétien là-dedans? murmura Jacqueline d'un air assez effrayé.

— Oui, et, s'il n'est pas mort, ce sera encore heu* reux.

— Ahl mon Dieu! un mort! Pierre, est-ce que tu aurais fait un mauvais coup?

— Cause donc pas tant et donne-moi un coup de main, dit brusquement Morillon en ouvrant la portière.

Mais Jacqueline semblait changée en statue et ne quittait pas le seuil de la porte. Son mari impatienté grimpa sur le marche-pied et aperçut vaguement un homme étendu sur la banquette. Il ne s'amusa point à l'appeler pour le réveiller du sommeil où il paraissait

Page 1