I ■ . —I ^ I II II I ■ ■ ■ I
— Appelez-moi d'abord rhomme, dit rofflcier de paix à un des agents. Il vaut mieux l'interroger seul, pour qu'il ne s'entende pas avec sa bonne amie.
Ce plan tressage fut exécuté et l'agent ouvrit la porte du violon en criant :
— Allons! ici, le polichinelle I
A cet appel, l'inculpé se présenta dans la salle et Cambremer recula de surprise. Il avait devant les yeux une figure rougeaude etbourgeonnéequi n'avait pas la moindre ressemblance avec les traits durs et basanés de M.Bousenna.
— Qtwt quil y a encore? grommela ce personnage d'une voix avinée. Ça va-t-il recommencer la blague de tout à l'heure? Puisque je vous dis que je suis Balandier, Polydore, et que je reste à Montrouge.
Le chevalier était littéralement attéré et son visage déconfit exprimait si clairement la plus profonde consternation que l'officier de paix lui demanda ce qu'il avait.
— On s'est trompé, balbutia le pauvre Cambremer; ce n'est pas lui... et pourtant le signalement était exact... tenez, il porte encore la fleur rouge...
— De quoi? interrompit le drôle; c'est ce brinborionlà qui vous tracasse? Eh beni après? Puisque je suis jardinier de mon état, pourquoi donc que je ne mettrais pas un camélia à ma boutonnière. J'en ai même cueilli un autre pour ma particulière.
Le chevalier ne trouvait plus le courage d'insister. Il sentait bien que cet homme mentait et qu'il devait faire partie de la bande, mais Bousenna lui échappait et le coup était trop rude.
— Diable! dit à demi-voix l'officier de paix, l'erreur est fâcheuse. Voyons si on aura eu la main plus heureuse avec la femm^.
Sur un signe de son chef, l'agent aUa ouvrir une autre porte, celle du cachot consacré au beau sexe et il en tira la poissarde, qui s'avança d'un pas délibéré.
Cette fois, Gambremer éprouva deux sentiments contraires : d'abord, une déception tout aussi amère que la première, car la compagne du polichineUe n'avait rien de commun avec la complice de Bousenna ensuite, une vive curiosité, car il lui semblait bien que la figure de cette femme ne lui était pas inconnue.
— Allons, Amanda, dit le polichinelle, jure à ces messieurs que je ne suis pas un voleur.
— Amanda I s'écria CanDd)remer stupéfait, oui, c'est bien eUe... la couturière de la rue Sainte-Barbe! Mais l'autre alors... celle qui a pris son nom pour m'emmener dans ce cabinet... Ahl c'est elle que j'aurais dû faire arrêter!
L'officier de paix écoutait sans y rien comprendre ce monologue désespéré. Cassonade, lui, entrevoyait à peu près la vérité, car il était au courant de ce qui s'était passé dans le bal entre son maître et la donzelle déguisée en folie. Quant au pauvre chevalier Casse-Cou, il se frappaît le front avec désespoir et murmurait des paroles sans suite :
— Ohl les misérables 1 il est donc écrit qu'ils m'é- 1 chapperont toujours... Non... cela ne sera pas... ils doivent être encore dans le bal... je les retrouverai... Venez, vous autres... aidez-moi à les saisir. ' ;
! Cette invitationétait adressée aux agents qui ne firent pas mine d'en tenir compte. Ils attendaient évidemment pour agir un ordre de leur supérieur hiérarchique.
» to
ilO LB CnEVAUBR GAdSS-COU
: — P«tkm, inoiv<iieur, dit poliment roflicier de paix ; mais, si }e ne me trompe, yoos reconnaissez vous même qu'il y a eu erreur. Gomment expliquez -vous une pareille méprise?
— Je ne l'explique pas. Les reikseignements étaient on ne peut plus précis, et, à moins que ce Gévaudan ne soît aussi un traître...
— Bh I eh ! cela pourrait bien être ; on m'a parlé de ce personnage à la Préfecture, et je seupQonne que vous «Tes eu grand tovt de vous fier à lui Je crois du reste qu'on enverra aujourd'hui même aux informations.
— Ahl ça, cria le polichinelle, avez vous bientôt fini, voGsantreSy 4e causer de vos petites affaires? Est-ce que vousi croyes qm je m'amuse ici?
-^ Taise»-vous, dit sévèreoaeat l'ofScier de paix ; vous réfK>fldrez quafod j« vohs intervogesai.
— Voyons, c est-il moi ou c est-il pas moi que ce partievdier-là cherchait? 31 c'est pas moi, je demande à retonmer danser la galope. Amaôda a des inquiélu^Jes dans» îe» jambes.
-^ Je ne connais pas cet homme, c'est vrai, dit Cambremer qui avait retrouvé un peu de sang-froid, mais j'ai Ifii eertitude qa'il doit être afBUé à la bande de Bousenna.
— Moil a(ffilié,afilUié, — comment que vous diies-ça? jQbmais'L eria Fincof oigible polkhlnelle.
•^ Asseel
Cette fois le drôle se tut et l'officier de paix reprit em aTadressattt à Gambrenier :
— Qoi vo«6 ftût penser qu'il en eet} B^aëcrd, la fleur rû4ig8«.«
— Ohl un jardinierl
— Du jardinier ne s'amuse guère à se parer de ses plus beaux produits au lieu de les vendre.
— As-tu fini, bouffi? grommela le polichinelle.
— Ensuite, sa liaison avec cette femme qui habite le garni de la rue Sainte-Barbe, la chambre dont la complice de Bousenna s'est servie pour assassiner un mal heureux qui m'accompagnait.
— Qu'avez-vous à dire à cela, la belle?
A cette question, M"* Amanda, — la vraie, — se mit à fondre en larmes.
— Ahl mon bon monsieur!,., je vous jure que je n'ai rien fait... vous pouvez demander dans le quartier... C'est vrai que j'ai une connaissance... maisPolydore que voilà... est un honnête homme... et il ni'a promis de m'épouser.
Ces justiûcations lamentables furent interrompues par un débordement de sanglots.
— C'est bon! dit l'officier de paix, tout cela sera vérifié demain ; mais, en attendant, je vais vous envoyer, vous et votre homme, à la Préfecture. Si vous êtes innocents, vous en serez quittes pour vingt-quatre heures de Conciergerie, et ça vous apprendra à vous battre*
L^ frangeuse accueillit cet arrêt par un redoublement de désolation et le polichinelle voulut réclamer, mais les agents les prirent tous les deux par les épaules et les réintégrèrent dans leurs violons respectifs.
■— Tout cela est vraiment fort singulier, dit le fonctionnaire qui venait de mettre fin au débat en prononçant la question préalabk, et je ne sais plus que croire.
— Et moi, je le sais, s'écria Gambremer.
172 LE rHBVALIER CASSE-COU
Il avait eu le temps de réfléchir aux épisodes de cette nuit agitée et de rapprocher certains faits dont la corrélation lui avait échappé tout d'abord.
— Voici ce qui a dû se passer, reprit-il. L'avis que j'ai reçu était une trahison. Vient-elle de ce Gévaudan, ou bien Bousenna a-t-il surpris le secret de mes relations avec cet homme et contrefait son écriture? Peu importe pour le moment. L'homme et la fenmie que vous venez d'interroger portaient la fleur rouge pour nous donner le change, et ils se sont fait arrêter pour débarrasser le véritable Bousenna de nos quatre agents.
— Alors^ ils sont complices.
— N'en doutez pas. La femme qui m'a entraîné dans un cabinet pour me raconter une histoire forgée à l'avance est celle que je poursuis depuis un mois, l'abominable compagne de Bousenna.
— Et comment ne l'avez-vous pas reconnue?
— Je l'avais presque toujours vue habillée en homme, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne s'est pas démasquée.
— Mais la voix?
— Je l'entendais cette nuit pour la première fois, car je n'avais jamais parlé à cette créature qui fuyait sans cesse devant moi.
— Oui. Tout cela est assez plausible. Cependant je ne vois pas trop quel intérêt elle a pu avoir à vous emmener dans ce cabinet. Si, une fois là, ses accolytes étaient survenus pour vous faire un mauvais parti, je comprendrais le but de cette ruse, mais il ne vous est rien arrivé de semblable, n'est ce pas?
— Son but? elle en avait peut-être pluâeurs, mais elle voulait d'abord me proposer de lui livrer une enfant
pour laquelle je donnerais ma vie, et d'abandonner un jeune homme que j'aime comme un fils.
— La raison ne me parait pas suffisante, dit Tofflcier de paix en secouant la tête, car elle connaissait assez votre caractère pour être sûre d'avance que vous refuseriez. Or, des coquins de cette force ne font jamais de démarches inutiles, donc...
Le syllogisme fut interrompu par Cassonade.
— Ahl mon Dieul cria l'écuyer, qui jusqu'alors avait écouté' sans mot dire, si c'était encore une machination pour enlever la petite pendant que nous sommes
Gambremer pilit affreusement Cette pensée ne lui était point venue, et il se rappelait maintenant avec effroi que les scélérats de Bîroulas s'étaient servis d'un prétexte à peu près pareil pour éloigner Paul Yemier et les dames Mongis le jour où ils avaient emmené Baîa.
A la réflexion cependant, il trouva que les circonstances n'étaient pas tout à fait les mêmes.
— Non, murmura-t-il, non, c'est impossible. Paul et nos chères voisines sont sur leurs gardes, et elles ne se laisseraient pas tromper.
— Et d'ailleurs, fit observer l'officier de paix qui avait l'habitude des déductions judiciaires, s'il ne s'agissait que de vous retenir loin de votre domicile, ils n'avaient pas besoin de faire prendre deux de leurs complices; il leur suffisait de ne donner le signe de reconnaissance à personne. Vous auriez couru toute la nuit après la fleur rouge; ils auraient eu le temps do faire leur coup et ils n'auraient pas compromis les gens ' de leur bande.
— Que voulez-vous que je vous dise? s'écria Gambremer exaspéré; je marche depuis bien de^ jours an
174 Ui GHEYAI.19A CASSB-COn
milieu de tant de piég^sque Je m'y perds. Hm'}^ yew rentrer dans ce bal maudit, et dussé-je arrapher le masque à tous le» ignobles drôles qui le peuplent, je retrouYerai Bouaenua.
— Monsieur, il faut être raisounable, dit doucement la fonctiûimaira, et je sais par expérience qu'on ne gagne jamais rien à brusquer les choses. A votre place, moi, j'irais tout simplement me coucher, et demain je reprendrais Taffaire en commençant parThomme de la rue de la Lune, D'ailleurs, vous me paraissez souffrant et le repos vous eeraiti je crois, bien nécessaire.
Cette dernière phrase éveilla l'attention de Cassonade. qui regarda la figure de son maître et fut effrayé de sa pâleur.
*^Q'avez-youfi, monsieur? demanda-t-il avec anziôté-
-^Moi, rien,., une douleur nerveuse etunengourdislement damie bras... le grand air va dissiper cela.
Le pauvre eibevaler se flattait, et ses traits qui se contractaient de plus eu plus démentaient énergiquemeot ses p^rçil^* U chancelait sur ses jambes, et bientôt il fut oUigé de le rasseoir sur Tescabeau qu'il avait quitté pour assister à l'interrogatoire du polichinelle.
—- Apportez un verre d'eau et un flacon de vipaigre, dit Tofficier de paix h un des agents.
"^Obl mon Dieul murmurait Cassonade, que lui ert-il arrivé? Je ne l'ai jamais vu p&Iir ainsi...
-T- Dans votre tôte-i-tête avec cette femme n'avezvoea rie» bu? demanda le chef de la police.
— Non.., rien.,, elle a rempli mon verre... mais je n'y ai pas touché,.,
— Vous avez bien fait, car ces gens-là sont capables de tou^. ïi(ai% ç^n&\ égal, u^e douleur aussi subite, c'est étrange.
Ll GBBVA|.IBt GABSB-GOO 175
— Oui ; je Boaffre horriblameni, dit Cawbreno^r aTec effort.
-<- A quel endroit^ monsieur? demanda Cassonade en l'approchant pour le soutenir,
-^ Je ne sais... c'est comme un froid qui me glace par tout le corps... et puis là... à Tépaule droite, c'est la sensation d'un fer rouge qu'on promènerait sur ma peau...
— Un médecin I il faudrait envoyer chercher un m& decin, cria l'écuyer de plus en plus inquiet.
— Et ramener monsieur chez lui le plus vite possible. Je vais faire demander s'il y a un docteur dans le bal; mais, en attendant qu'on Tait trouvé, il sera prudent d'appeler votre voiture.
Les ordres furent donnés rapidement par l'ofBcier de paix qui était un homme de décision, et il n'était vraiment pas trop tôt, car le malheureux Gambremer devenait livide. Il eut encore la force de se lever et de marcher jusqu'au lit de camp ; mais là il lui fallut s'étendre sur le dos 9t rester immobile. Sa respiration haletante sifflait à travers ses dents serrées, et son ttoxii se mouillait d'une sueur froide.
Cassonade éperdu lui frappait dans la main en l'appelant par son nom» mais il n'obtenait point de réponse. Le chevalier tombait peu à peu dans une torpeur effrayante»
r- 11 a pris cette maladie-14 dans le cabinet» et ce n'est pas pour rien que la donzelle l'y a conduit, mur* mura Toffider de paix qui tenait à son idée.
Dix minutes se passèrent sans changement notable dans l'état du malade, et le temps commençait à sembler bien long au fidèle écuyer, quand reparurent les agents qu'on avait envoyés à la découverte.
Ib ramenaient un jeune homme qui s'était dit élève en médecine, et on devait s'estimer fort heu* reux de l'avoir rencontré, car les membres de la Faculté ne fréquentaient pas beaucoup les Vendange$ de Bourgogne. Seulement, ce docteur en herbe était revêtu d'un costume complet de sauvage, avec coiffure de plumes, colliers de coquillages et anneaux dans les narines. A travers les tatouages qui lui barbouillaient la figure on distinguait pourtant une physionomie intelligente. Il jeta sur le malade un coup d'œil rapide et s'approcha vivement du lit.
— Cet homme est empoisonné, dit-il tout bas à Vofficier de paix.
Si bas qu'eût été prononcé cet arrêt, Cassonade l'avait entendu et se demandait s'il fallait y croire. Un docteur habillé en sauvage n'était pas fait pour inspirer une bien grande confiance. Néanmoins, l'officier de paix hocha la tête d'un air grave en murmurant cette phrase sententieuse :
— Je savais bien qu'il devait y avoir anguille sous roche.
Du reste, l'élève en médecine ne s'arrêta point à r^ cueillir les avis de l'assistance. Il avait saisi le bras de Cambremer et lui t&tait le pouls en suivant sur son visage les progrès du mal étrange qui venait de paralyser subitement ce corps si sain et si robuste.
— Souffrez-vous beaucoup? demanda-t-il d'un ton bref.
— Non, dit faiblement le chevalier Casse-Cou; seulement je voudrais dormir.
— Il s'est plaint tout à l'heure d'une vive douleur à l'épaule, dit Cassonade qui s'était approché du lit.
— Où donc vous ai-je déjà vus, vous et votre ami?
demanda le docteur d'occasion sans cesser d^observer son sujet.
— Comment, vous nous connaissez! s'écria récuyer, qui se demandait avec stupéfaction où il avait pu rendontrer ce jeune homme tatoué comme un naturel des îles Sandwich.
— Cinquante-cinq pulsations ! murmura l'élève; il est temps d'aviser.
Ah I j'y suis, ajouta-t-iltout haut, c'estvous deux qui êtes venus l'autre j our à l'HôtetDieu, où j 'étais deservice.
Cassonade recula de deux pas, tant sa surprise était vive, n aurait cherché longtemps avant de reconnsdtre sous sa coiffure de plumes l'interne qui avait soigné à ses derniers moments l'infortuné Baluchon.
— Il n'y a pas apparence de nausées, reprit l'élève, ce n'est donc pas un empoisonnement par l'opium. Ne m'avez-vous pas dit qu'il souffrait davantage à un endroit du corps?
— Oui, là, à l'épaule droite.
— Voyons cela, alors.
Et il toucha la partie malade, mais, si léger qu'eût été le contact, Cambremer poussa un gémissement douloureux.
— Yoilà qui est bizarre. Aurions-nous affaire à une lésion externe?
— Ha reçu un coup de couteau qui n'a fait que lui entamer la peau. Tenez I la déchirure de sa veste est encore visible.
— Ahl bien ! je retrouve la marque entre la cinquième et la sixième côte. Le fer a dû glisser sur le sternum; mais la place ne parait pas sensible.
— Oh 1 c'est à peine s'il a senti le coup sur le moment, et ensuite il ne s'est jamais plaint.
— IQbercliop? aUleurs*
Et, avec une dextérité remarquable, l'interne débou- ^jana l'habit d'arlequin et découvrit la poitrine. Ce vètemisnt de carnaval était taillé d'une seule pièce et pouvait s ôter assez facileipent, à condition de soulever un peu le malade. Cassonade prit son maître dans ses bras et le mi sur son séant, pendant que l'élève le dépouillait de sa souquenille bariolée. Le buste apparut alors saDS ^utre voile que le linge sur lequel pointait, dans la région de l'épaule, une petite tache rougeàtre.
— Ohl ohl dit l'interne, je crois que cette fois nous avons mis le doigt sur la plaie, c'est vraiment le cas de I9 dire.
La chemise rapidement enlevée laissa la chair h nu, et Cfffisonade recula d'horreur en voyant que la peau de l'épaule et du bras avait pris une couleur violacée.
— Ah! mon Dieul dit-il tout bas, on dirait qu'il a été mordu par un serpent.
— Ce serpent-là n'avait pas d'écaillés, mais il n'en est pas moins dangereux pour cela. Tenez I voyez-vous ta piqûre?
Au milieu de la coloration livide delà chair, se détachait un point'noir comme du charbon. Autour de cette blessure, très légère en apparence, l'enflure était énorme, et il était évident qu'un venin subtil avait causé ce désordre.
— De plus en plus curieux, murmura l'élève en se penchant pour examiner la peau de très près.
— Mais, au nom du ciel, qu'est-il donc arrivé?
— Il est arrivé qu'on a piqué votre ami avec une pointe empoisonnée, quelque chose comme le fer très acéré d'une flèche.
— D'une flèche! dans le bail c'est impossible I
LE CHBTALTBR CASSB-CO« 479
— Le fait e«t que celles que je porté tfatfsr mai* c«rquoi9 ne sofirt pas éangereoses, mai» }e p&ùêé â étft it^trument-Ià, parce que je crois reconnaître ïes sympW-» mesd^un poison que les sauvages eittpk)ietit.
— Tenez ! monsieur, s'écria tocrl-ie-c<>up CmsOÊflûêf toyez donc là, sous votre main.
A cet avettissemeni, Tinteme afMtndofitM È(m êt^ plof ation pour regaarder dans kl élrecliotf indiq^iéd par son coof^ateur. La veste d'^aertoqultt fifH ve^ nait de jeter sur le lit de camp avait aussi son ffétÈÊ noir, #au!tanl plu» visible 91/ik fkisatt taieto, jwfe au milieu d'un des carreaux rouges du b«rîotag0L» L'éH^ y porta vivemenft la ma(in,< et 909 doigte r«ieoBflr^reiit xstk objiet roAd et preBqM imperceptible tf'^itffêagpFgam de saisir.
— Je tiens le serpent, s'éeriai4-it en «Ma^Mt Hiomphal^Btfent tmê épingte eftloneée dvos Pétofft.
— Quoi l cette épingle?
-^ Farblenl atamlEie2 la poinfe^.
Gassôiiade «"avail garde de lâcher 1# m^ûe qtfil tenait dans ses bras; mais l'ofûcier de pab[ s^empara 4» la pièce de eotii^etio« qm rélève lui tenéattr
— En effet, murmura-t-il, on dirait qu'eitë^ «si ea^ duite d'»ne espèce de cire brune; mai» rieft^ me pi^ouve que e^soît ke eattse ée l'empoisonnement.
^ J«vètfsexpliq«erai cela tout à riieui^;potn' lé moment, le plus pressé c'est de eautériseY ïêè pMé. J a-t-il un fer rouge dans l'établissement?
^ NOrif mais^on peut faire cbauffer le tfeMfti0f<h poêlef.
^IKable ! ce 9ei^a bien tong. Domiet-met êé'M* fleelfe en attendant.
Lea agants ^eiMpressèvent de têwnÊxt t^^ij/êk é^
|gO I^ CHETAUER CASSB-GOU
mandé. Us s'en étaient munis en prévision des arrestations qu'ils comptaient opérer au bal, et chacun d'eux avait sa pelote dans sa poche. L'interne se mit en de* voir de serrer vigoureusement l'épaule, en passant sa ligature sous l'aisselle. Tout en travaillant, il ne quittât pas des yeux le visage du patient et il secouait la tète en homme qui tire un mauvais pronostic. Il y avait lieu en effet de mal augurer de cette cure tardive, car la respiration de Gambremer commençait à s'embarrasser.
— Mais vous voyez bien qu'il va mourir, s'écria Cassonade désespéré.
— J'espère encore que non, dit l'élève sans s'émoi)voir; ça dépendra du temps que vous mettrez à faire rougir le fer.
— E^ si je suçais la blessure.
Ça n'y ferait pas grand'chose, mon brave, mais je
ne vous empêche pas d'essayer.
Le fidèle serviteur ne se le fit pas dire deux fois. Il coucha doucement son maître sur le lit de camp et se jeta à genoux.
L'interne venait d'achever son pansement provisoire et s'occupait d'activer le feu du poôle. Le bras blessé pendait en dehors de la couchette, et les assistants ne manifestaient aucune envie de disputer à Cassonade le dangereux honneur de sauver le chevalier Casse-Cou. Le brave écuyer avait appliqué sa bouche sur la plaie et aspirait de toutes ses forces.
Le corps de garde présentait en ce moment un singulier spectacle. Ce mourant, nu jusqu'à la ceinture et vêtu seulement du pantalon bigarré d'arlequin, ce débardeur agenouillé devant lui, et surtout ce sauvage tisonnant dans le foyer avec une barre de fer qu'il avait
Lfi CHEVALIER CASSE-COU 181
Tair de préparer pour quelque œuvre de torture; tout cela composait un tableau dont l'explication eût certainement échappé à un observateur que le hasard aurait amené là.
— Dites-moi donc, jeune homme, souffla Tofficier de paix à Toreille de l'étudiant en médecine, est-ce que vous ne craignez pas que ce pauvre garçon s'empoisonne?
— Penh! ce n'est pas probable, attendu que nous avons affaire à un venin qui n'agit que s'il est porté directement dans la circulation.
— Cest égal! je ne m'y fierais pas.
— Du reste, j'ai bien peur que son dévouement ne serve à rien.
— Mais, voyez donc cependant; on dirait que le malade est déjà un peu soulagé.
En effet, Gambremer semblait respirer plus librement; il avait ouvert les yeux et il regardait d'un air étonné ce qui se passait autour de lui. Un homme s'éveillant d'un long rôve n'aurait pas paru plus étranger à la scène que tous les assistants observaient si attenti vement.
— Tiens I tiens! dit l'interne entre ses dents, il paraît que l'absorption est plus lente que je ne pensais... Décidément, Orfila se trompe qoand il professe à son cours de toxicologie que cinq minutes suffisent...
— Où suis-je? soupira Gambremer.
La musique la plus délicieuse n'aurait pas caressé les oreilles de Gassonade aussi agréablement que ces simples paroles. Il interrompit pour une seconde son travail salutaire et cria joyeusement :
— Vous êtes avec des amis, monsieur Francis. •• des amis qui vous sauveront la vie, s'il platt à Dieu.
m LE C&8VALIER CASSE -COU
-i:- Allons, mon brave, dit l'étudiant, cédez-moi la place. Le for est efaaoffé à blanc et je ne veux pas le Is&sfsèr ttttàvAr.
Ce fut bien à regret que Cassonade renonça i son opération et il eut même quelque velléité de s'opposer à l'applicatieiii infiniment donlooreuse que méditait linteme.
' — Il le faut, dit celui-ci en s'approcbant le tisonnier à la taain, ii le ftnit sous peine de mort.
Le panvre éenyer n'osa point répliquer, il abandonna le bras du patient, et les chairs, profondément cautérisées, fumèrent au contact du fer brûlant.
Le àb^nAixT fui héroïque. U ne dit pas un mot> il ne jeta pas un cri; en un mot, il assista aussi froidement, à son propre supplice que si la souffrance avait été pour un autre.
^— Vous sentei-vous .mieux? demanda l'opérateur.
— Oui, balbutia €ambremer, je n'ai plus froid au ccBur... Il me semble que je fonais...
n n'avait pas besoin de le dire, et il ne fallait pas être bien habile médecin pour constater le succès de cette médication énergique. Les couleurs revenaient, les yeux brillaient, la poitrine se dégageait; on aurait dit que la vie rentrait peu à peu dansée eoifis brisé par la violence du poison.
— Je commence à croire que noius le sauverons, dit rélève à demi-voix.
— Ma foi! jeune homme, vous pourrex vous vanter d'avoir feit une belle cure.
— Ohl nous ne sommes pas au bout, mais je vous promets que je ne quitterai pas le sujet avant de l'avoir fèmB tout k Hait sur pieds. On n'a pas tous les jours IViecàûen^'obBerverim easmBaiînlérêesairt.6<m-
gezdonc! un poison qui vient des bords deTOrénogue.
— Ainsi, vous croyez vraiment que c'est cette épingle noire..
— J'en suis sûr, et je compte bien que vous allez me la donner pour que je fasse analyser au laboratoire de l'École cette jolie substance brune qui recouvre la pointe.
Gambremer écoutait ce dialogue et s'agitait sur son lit de camp.
— Dieu soit loséJ dît-il, d'uM voix sourde, je sais donc enfin comment ee aûféiaUe a tué la mère deBala.
184 LB CHBVAUS& GASSE-GOO
C5HAPITRE Vn
GOMMBinr PIBllB MOHILLOlf BN CHnCHAlTr im GHBTÂL nOUTA VU HOMKB.
Pierre Morillon était toujoan fidèle aaz consignes qu'on lui donnait, et, pour un cabriolet tout neuf, il n'aurait pas manqué de se transporter rue Pérou à l'heure fixée par le chevalier Gasse-Gou. Quand l'expédition conduite par Gambremer avait quitté la rue de Yaugirard pour se rendre au bal, il avait été convenu que le mari de Jacqueline viendrait dans la matinée s'informer du résultat de l'entreprise nocturne.
n portait le plus tendre intérêt à son ami Cassonade et professait pour Gambremer une vénération profonde. Aussi n'avait-il presque pas fermé l'œil de toute la nuit. Sa ménagère elle-même n'était pas sans inquiétude et elle n'avait pas pu se décider à s'endormir avant de s'être fait longuement expliquer les projets du protecteur de Paul Vemier.
A la pointe du jour, l'honnête ménage était déjà sur pieds, et si Morillon n'eût écouté que son impatience, il aurait pris, sans plus attendre, le chemin de la rue Pérou. Mais Jacqueline loi fit judicieusement obaerrer
LE CHBYAUEIt GA88B-G0U 185
qu'à une heure aussi indue il courait grand risque de trouver tout le monde au lit.
Quel que fût le succès de sa campagne, Gambremer avait nécessairement dû rentrer chez lui très fatigué, et Morillon jugea convenable de lui laisser le temps de se reposer, feulement, comme tous les gens impatients d'apprendre une nouvelle importante, il ne pouvait plus tenir en place. Il eut beau fourbir ses harnais et panser sa jument, il ne réussit point à se distraire.
La Grue d'ailleurs lui donnait du chagrin depuis quelques jours. La culbute de la rue Montorgueil avait eu des conséquences désastreuses, et, en dépit des onguents du vétérinaire, la pauvre bête avait passé toute la semaine sur le flanc.
Le chevalier Cassé-Gou avait promis de réparer de sa bourse les dégâts causés par l'accident, mais le brave cocher mettait de la discrétion à user de ses offres de service. Il voulait bien que son généreux client soldât de ses deniers le mémoire du charron, mais il n'aurait point accepté davantage. Aussi ruminait-il un projet qu'il n'avait encore confié à personne.
Toute journée de repos est, pour un cocher, une journée perdue; or, il se pouvait que la Grise ne fût point en état de marcher avant une huitaine, et l'amitié que lui portait son maître n'allait pas jusqu'à le faire renoncer sans regret à son bénéfice quotidien. Pierre possédait quelques économies précieusement serrées dans un vieux bas de laine, et il méditait de les employer au remplacement de la chère jument. NonI qu'il voulût s'en défaire, grand Dieul mais il se disait qu'il ne lui serait peut-être pas impossible d'acheter à bon compte un cheval de réforme pour faire l'intérim de la bête malade. Rien n'empêcherait de le revendre
sans trop de perte, et, grâce à cet arraQgement ingénieux, le fameux cabriolet jauoe pourrait dès le lendemain recommencer à rouler.
Dans cette louable Intention, il résolut de mettre à profit les heures matinales pour aller faire un tour au marché aux chevaux. Jacqueline lui recommanda bien d'être prudent et sage, c'est-à-dire de ne pas dépasser un prix raisonnable et de ne pas trop arroser le gosier de son vendeur. Il partit après avoir promis ioui ce que voulut sa ménagère et s'achemina en fumant sa pipe vers le boulevard de l'Hôpital.
C'était là, dans les environs de la Salpétrière, que se tenait deux fois par semaine une foire exclusivement consacrée à l'espèce chevaline.
Le terrain sur lequel on a ouvert récemment un large boulevard formait alors un carré long, oti s'alignaient deux ou trois rangées de maigres arbres. Des traverses en bois garnies d'anneaux pour attacher les bêtes à vendre, une auge de pierre pour les abreuver, indiquaient aux passants la destination de ce lieu qui était toujours désert après dix heures du matin.
Morillon y arriva au moment le plus animé, çt il fut même quelque peu surpris d'y trouver tant de monde l& lendemain du Mardi-Gras. Les maquignons, à vrai dire,s'inquiètent généralement assez peu des plaisirs du carnaval, et ce jour-là le marché regorgeait d'industriels qui avaient préféré les affaires à la descente de la Gourtille. On vendait, on achetait, on se disputait, on payait et surtout on criait, car le public qui court les foires est essentiellement bruyant. G'étaU e<x saKnme un tableau très animé et assez curieux que celui de cette foule mi-partie d^ belles et de gens.
Ses rangs pressés s'ouvraient à chaque instant pour
» CHBtALTm CASSi^COO 487
laiseer évoluer quelque trotteur aux grandes atturei, tenu en laisse par un gars en blouse et en bonnet de coton, qui sentait sa Normandie d'une liene. II n'était guère question en ce temps-là de pur-tang, et les amateurs les plus difftciles se contentaient paiftûtament de chevaux nés dans la plaine de Cfeen.
Pierre, d'aille«rs, n'élevait même pas tes préioations si haut, et, pour le moment, le modeste idéal de ses recherches était une de ces botes hors d'I^j^ qui coûtent cent écus et qui font encore un bon service» Il se mit en quête avec cet air indifférent que tous les habitués des ventes hippiques savent prendre pour cacher leurs projets d'acquisition, et il commença son inspection par le coin où se tenaient les maquignons de haute volée. Il s'en allait les mains dans ses poches, le fouet passé en sautoir sur le cou, traversant les groupes et écoutant les conversations pour se renseigner sur le cours de la marchandise à quatre pattes.
Ce qu'il entendit ne lui parut pas de bon auguM pour son emplette. Ces messieurs se plaignaient très haut de l'élévation des prix, et prétendaient que les plus tristes rosses se payaient trois f6is leur valeur*
— Je viens de fiûre tout le marché, disait un gros homme à la face enluminée, et je n'ai trouvé que des careans dont (m demande cent pistotes eomine un sou.
— Il y a bien là-bas, reprenait son palefrenier, un particulier qui veut vendre deux Percherons ensemble ou séparément; les bêtes ont de la taille et du train, et je crois qu'il les lâcherait pour pas grand'ehose, ear il m'a Pair diablement pressé de s'en défaire.
— Oui, trop pressé pour que je les lui achète. J*ai , été pmcé une fois dans une affaire comme ça, et
188 LE GHBYAUBa GASSB-GOU
ce gaillard-là a bien la mine d'avoir trouvé sa paire d'alezans au coin d'un bois.
— Cest ce grand sec, avec un boUvar à longs poils et une lévite noisette? demanda un autre maquignon.
— Justement. Je n'ai jamais vu sa frimomte sur le marché, et je gagerais un sac d'avoine que, si on voulait le payer à domicile, il refuserait de donner son adresse.
Ces propos saisis au vol intéressaient médiocrement Morillon, et il continua sa promenade en songeant qu'il aurait peut-être une aubaine avec ce vendeur si désireux de placer sa marchandise. Chemin faisant, quand il avisait un animal à sa convenance, il s'enquérait du prix, mais on lui répondait par des chiffres si exagérés qu'il ne poussait pas plus loin la négociation.
A cent pas des gros marchands qu'il venait d'écouter, il avisa un garçon d'écurie qui tenait à la longe une grande jument alezane et la faisait trotter en cercle. Ce travail était en pure perte, pour le moment du moins, car personne ne le regardait. Morillon, qui s'y connaissait, s'étonnait qu'une si belle hôte n'attirât point de chalands, et il eut l'idée de la marchander à tout hasard.
— U y a la paire, lui dit le palefrenier; seulement, le bourgeois est là-bas en train de vendre l'autre et il m'a dit qu'il laisserait celle-ci pour quatre cent cinquante francs.
C'était beaucoup plus cher que Pierre ne voulait mettre à son emplette, mais la jument qu'on lui montrait valait au bas mot huit cents francs, et ce rabais méritait attention. U se mit à examiner les jambes de cette Percheronne si délaissée, pour voir si elle n'avait
189 tB GHBTAUBB eA88B-00U
pas quelque tare, mais il n'en découmt aucune. Seu- ff lement, il fût frappé d'un détail de sa robe. La béte portait ce qu'on appelle en langage hippique des balzanes et une lisse, c'est-à-dire en français qu'elle avait les quatre pieds blancs et une tache blanche au front. — L'autre est marquée de même, dit le garçon, et c'est vraiment dommage de les dépareiller. Faut croire que le bourgeois a peur que le foin renchérisse cette année, car il a joliment envie de se débarrasser de son attelage.
Ce renseignement fût un trait dé lumière pour Morillon qui, depuis un instant, avait conçu de forts soupçons. On ne rencontre pas tous les jours deux chevaux dont le signalement se ressemble à ce point-là, et le cocher se rappelait à merveille avoir conduit dans une nuit mémorable deux hôtes alezanes, avec quatre balzanes et une lisse en tète.
Tel était l'attelage de la voiture oh le chevalier Gasse-Gou avait passé de si tristes heures sur le quai de rile SaintrLouis. Morillon n'avait pas tenu les rênes bien longtemps, et, une fois arrivé devant, hi remise de la rue de Taugirard, il ne s'était point amusé à examiner les animaux qui venaient de le sauver. Mais, quand on a passé toute sa vie avec les chevaux, on saisit du premier coup d'œil un signalement hippique, et celui-là s'était gravé d'une façon indélébile dans le cerveau du mari de Jacqueline. L'équipage lui avait été enlevé par la traîtrise de ce Pavard qui, après s'être fait voiturer en contrebande, avait eu l'impudence de siffler pour appeler les deux juments arrêtées à la porte du domicile de son ennemi.
— C'est lui, pensait Morillon, c'est ce triple gueux que je croyais avoir assommé d'im coup de pied. Il a XI il-
190 M OHflfALim OASSB-COU
ses raisons pour ne pas vendre eher, le gredin ! Mais oetie fois je ne vais pas le rater.
La question était de lé reconnaître, et, de ce côté-là, Pierre était beaucoup moins sûr de son fait. Il avait à peine entrevu le visage du drôle pendant la courte hitte qui s'était engagée entre eux pour la possession du siège ; et, de peur de se tromper, il voulut se renseigner auprès du garçon d'écurie. Mais cet homme n'était quHm serviteur banal, travaillant moyennant salaire pour tous les habitués du marché, et il n^était point en état de répondre d^une façon satisfaisante.
— Ce bourgeois-là, dît-il, c'est la première fois que je le vois ici; ça n'empêche pas qu'il n'est pas si chien que tons ces Normands de malheur, vu qu'il m'a déjà payé un litre et qu'il m'a promis cent sous après la vente.
Pierre n'avait presque plus de doutes; et, en homme prudent, il cherchait déjà le meilleur moyen de profit ter de cette rencontre inespérée. Pendant quMl délibérait, le palefrenier ajouta :
— Si vous voulez faire affaire avec lui, c*est le moment. Le v'ià qui revient, et faut croire qu'il a bien vendu son autre jument, car il est de bonne humeur.
Le garçon d'écurie n'avait point menti, et le propriétaire de la jument aux quatre balzanes ^'avançait d'un air tout à fait guilleret.
Morillon le regardait venir de loin et ne le reconnaissait qu'à moitié. Il trouvait bien une vague ressemblance entre sa tournure et la prestance â}i drôle qu'il avait repoussé à coups de pied sur le quai d'Anj ou ; mais , quant à la figure, les éléments 4e comparaison lui manquaient absolument, car la scène s'était passée de nuit.
Cette incertitude le contrariait fort, en ce qu'elle
M CBRTAVn CASftS'CCMX ^^
reippêchait de faire arfètar wrrle-c^^fpp le pp^){)^çe présBiBé de M. BouiîenBa. Il y a¥^it oai^Qdant vme compensation. L'homme ne deyait pas avqir ^ gcw^*chose non plus dans l'obscariié, et il y avait (|e« ç^pçes pour qu'il ne soupçoan&t point l'identité^ ^'na ch^|ai[^d rencontré par hasard au Marçhé-a^x-ÇSieYAu^. pierre résolut dono de jouer ai| nature son rôlfi ç^'açhetfiur et de profiter du marchandage poui* ^tq^ff^ qgq vendeur. ^
— Ohl hé, renflé! ça mord-ril? Asrtu Uw^i W(%^' que? crift le personnage d'une voix enrouée.
— Arrives, bourgeois, il y a un particulier qiçi ^^t vous parler, répondit le palfrenier.
-r- Le temps de serrer les écusj et me v'IAI Ce négociant extraordinaire était occupé, m 0|r#t, A introduire dans la vaste poche de sa lévite noisette pn sac de toile qui paraissait bourré de pièces de cent wv». Cette opération n'était pas sans quelque di^eult^, vu la quantité d'objets hétéroclites entassés au fend d^ pe récipient. Morillon le vit en extraira sueo^ivement un volumineux mouchoir à carreaqx bleus et rouges, une pipe de terre, une blague à tabac et un portefeuille en cuir noir fort éraillé. Le sac une fois enfoui d^ns les profondeurs de sa redingote, il remit par dessiis taut ce magasin portatif et vint en se dandinant à la rencontre de son acheteur*
— Eh bien, grand seel fiùsom-nous affaira? dttril à Morillon qui lV)bservait du coin de l'œil.
— C& dépend du prix.
— Cinquante pistoles, et o^est pouv rien. Une bête qui va prendre six ans, saine comme l'eùl, et dep ^vrès, je ne tous dis que ça.
Le mari de Jacqueline était occupé en appuMlm à
192 LE CHEYAtlBB CÀSSB-COO
examiner les dents de la jument, mais il s'occupait beaucoup moins de vérifier Tâge de l'animal que de dévisager son propriétaire.
Ge marchand d'occasion était un homme d'une quarantaine d'années, doué d'une face osseuse et longue, encadrée par des favoris d'un roux ardent et éclairée par des yeux gris qui ne regardaient jamais en face.
Un détail de son costume frappait surtout Morillon. C'était un immense chapeau en forme de tromblon, à bords retroussés et cambrés, dont la cuve ornée de poils roussis par un long usage avait dû subir plus d'un choc, à en juger par les inégalités qui la bossuaient. Assurément, Pierre avait rencontré sur le pavé de Paris bien des gens aussi mal coiifés, mais il ne pouvait pas s'6ter de l'esprit cette idée que le couvre-chef en question portait encore la marque du talon de sa botte. Cependant, il était bien obligé de s'avouer que ce n'était point là un indice suffisant pour faire arrêter un homme, et il chercha à s'éclairer par des rapprochements significatifs.
— La jument n'est pas mal, dit-il/ mais faudrait encore savoir si elle marche bien.
— Quatre lieues à l'heure, sans un coup de fouet, mon fUton.
— Montée ou attelée?
— A volonté. Elle m'a mené une fois de Montrouge à Montmartre en vingt-cinq minutes, et je pèse mon poids. Pour ce qui est de traîner une voiture, vous ne trouveriez pas sa pareille. Ayec l'autre, que je viens de vendre, elle enlevait comme une plume une berline de voyage avec six personnes dedans.
— Je ne dis pas non, mais cinquante pistoles, c'est de Targent- i
I£ CHBTAUBB CA8SB-C0U 193
— La paire en avait bien coûté trois cents, Tannée dernière, à la foire de Chartres.
Morillon releva vivement la tête et regarda son vendeur en face, mais celni-ci s'aperçut probablement qa'il venait de lâcher une sottise, car il ajouta d'un ton bourru :
— C'est pas tout çal avez-vous envie d'acheter, oui ou non? Je ne suis pas venu ici pour blaguer. Si vous voulez la hôte, dites un prix, sinon décamllez/ Je verrai à la placer ailleurs.
— Trois cents francs, pas un écu de plus, dit Pierre qui comptait bien être refusé.
Depuis un instant, il venait d'arrêter un plan qui consistait à rompre le marché et à suivre de loin le propriétaire suspect.
Soit qu'il remmenât son cheval, soit qu'il réussit à s'en défaire, cet homme devait nécessairement regagner ensuite un domicile quelconque, et, en s'attachant à ses pas, on pouvait recueillir sur sa véritable personnalité des indications précieuses.
— Trois cents francs I un cheval qui en vaut quinze cents ! Est-ce que tous me prenez pour un serin ?
— C'est à prendre ou à laisser. Je ne suis pas riche, moi, et si ça ne vous va pas, je trouverai bien mon affaire ailleurs. J'ai vu là-bas du côté de l'abreuvoir une grande bique qui vient de la réforme et que j'aurai pour soixante écus.
— Malheur I grommelait le marchand, si ça ne fait pas suer de donner pour rien une Percheronne qui ferait la fortune d'un loueur I Ah I si je n'étais pas obligé de jiartir, c'est moi qui la ferais travailler à mon compte.
r- Allons I je vois bien que nous ne nous entendrons