LB PLAN DU NOTAIRB
Trois jours après la lAcheuse disparition de M. Bousenna, une chaloupe doublait la pointe orientale de rîle d'Arz et cinglait à toutes voiles vers le petit port de Sarzeau.
La mer sur laqueUe naviguait cette embarcation, d'un gabarit assez fin, n'avait point l'aspect sauvage -de rOcéan qui bat les côtes granitiques du Finistère. Elle ressemblait plutôt à un lac dont les rives sinueuses se découpaient capricieusement en une foule de petites anses où le flot venait mourir doucement sùrun sable fin. Un véritable archipel parsemait cette Méditerranée en miniature, et des ilôts de toute forme et de toute grandeur se succédaient à perte de vue^ à peine séparés entre eux par des canaux étroits. Le temps était magnifique pour un temps de Bretagne, c'est-à-dire qu'une jolie brise du nord chassait vivement les nuages et qu'une échappée de ciel bleu se montrait de temps en temps. Malgré l'approche de réquinoxe, aucun grain ne noircissait l'horizon, et tout annonçait une traversée facile et rapide.
Le Morbihan — en langue celtique, la mer petite—
tt le
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n'est guère sujet aux tempêtes, et celte considéralion n'avait pas peu contribué à décider le choix du mode de locomotion adopté par les passagers de la barque. Cambremer n'avait pas perdu le souvenir de son voyage en Grèce, et il ne se serait point exposé volontiers aux inconvénients du roulis, si le père Léguera, au départ, n'avait pas pronostiqué du calme pour toute la journée.
Le chevalier Gâssfe-CoU n'ftvàit pbinl eu à se repentir de sa conQance aux prédictions du vieux matelot et il faisait fort bonne figure sur l'arrière de la chaloupe entre le fidèle Cassonade et M* AUanic, le modèle des notaires armoHoâltis. Les th)iô atnià s'éifttenl ^tonpé& autour de Lcgtlôrn, qui tenait la barre avec l'aisance d*lin haVlgateui* cotisOttiméj et la oonVefrsation ne tarissait guère.
— Àitisi, disait Cambrtiîler, lé plHîcttWu? du t^oi votis â affirmé que céthomnle n'avait pâS pli quittei* le
pays.
— il en est sàr. Les rapporta sont précis, et lés ordres sont donnés à toutes les brigades, à tous les gardés champêtres et a toUs les postes de douane. Le coquiti c}Ue vous appelesÈ BouseiiUa ttè s'en ira fli pat tcrrô ni par mer.
— j'ai bien dans Tidêe qUe c'est tioUs tjui le t^dûhe^ rons, ajouta lô père Leguern tn secouant les cendres de sa pipé.
— il est malin poUrtailt, dit Cassonade) qui se souvenait dé ses mésaventures à la barrière d*Ênfei' et ailleurs.
— Od, fêprit le liotali*e, lés aventurés qUe Vous m'avez racontées tiennent plus dû Wman t^ixé dô la vie iràâUe, et, depuis Cotgnaiftf, le Ibf^t «VMlé ^ «e-
vint colanal sous Louis X^VIH, on p'a paa méo^oire d'un bandit jouant des personnages si divers, Ifais ce qui est possible à Paris devient très difficile en Pretagne, où tout le monde se connaît.
— Et cependant, fit observer Cambremer, vous savei maintenant que Baïa et sa pauvre, mère ont pu passer cinq ans eipprisonnées dans la tpur de Kerpenhir, gardées par un scélérat déguisé en ricbe étranger, et tout cela sans que personne dans le pays ait jamais soupçonné le mystère.
— Ob I moi, {es histoires des revenants du manoir ne m'ont j^pnais paru naturelles, dit le vieux [n^telot.
— Pauvre enf^^nt I murmura M" All^pic, oorpme elle a souffert pendant pette el^fcuse captivité | Si vous avieas pu la comprendre hier quand elle me racontait sa triste existence et }es angoisses de sa malheureuse mère I Jies larmes me venaient aux yeu;^ eu pensant qu'elles ont vécu si près d^ moi et que je n'ai rien pu faire pour les délivrer.
— r Pour sûr, ce n'est pas votre faute, reprit le père Leguern, et, si les juges vous ayaient épout^ 4^ns le temps, on n'aurait pa^ relâché le Bédouin.
— C'est égal ! s'écria le soeptique Cassopadei U J 21 des choses que je ne peux pas m'expliquer*
t— ^lesquelles? demanda le notaire.
--r- D'abord, pourquoi M""" de Porspoder n'ayait-elle pas appris le français à sa fille? Ce n'est p4S le temps qui lui aurait manqué pour l'instruire,
— J'^i demandé cela à Baïa, et elle m'a dit que leur geôlier avait défendu aux pauvres prisonnières de parier entre elles une autre langue que Tf^rabe. Il pr&ign^i^ sans doute qu'elles ne parvinssent k communiquer avec les paysans, et il les menaçait s^ns cp^se de cbàll-
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ments terribles si elles enfreignaient ses ordres. D'ailleurs, la veuve de mon malheureux ami Mériadec n'avait jamais su le français que très imparfaitement, et elle l'écrivait à peine.
— A la bonne heure I voilà des raisons, mais il j a autre chose qui me chiffonne. Pourquoi, diable ! le Bousenna, qui voulait se débarrasser d'elles, s'est-il donné la peine de les faire venir à Paris? C'était si simple de les tuer et de les enterrer dans la tour de Kerpenhir.
— J'ai eu la même pensée que vous, et, après avoir longuement questionné notre chère petite, j'ai acquis la conviction que le double meurtre avait été commandé par ce Bousenna et que le geôlier s'était refusé à l'exécuter. Le monstre qui les avait séquestrées a été forcé ainsi de faire lui-môme son horrible besogne, et, comme il craignait de reparaître dans le pays avant d'avoir dressé ses batteries infernales, il a été obligé de les attirer à Paris. Baîa m'a raconté qu'elles avaient fait le voyage en poste, dans une voiture fermée, et toujours sous la surveillance de leur affreux gardien.
— Pavard, parbleu I mais pourquoi a-tril attendu si longtemps pour en finir ?
— Ce retard doit se rattacher à certaines combinaisons que nous pouvons seulement soupçonner. Tout semble indiquer que Bousenna menait de firont ses affaires de succession et de vastes opérations de contrebande. Il aura attendu pour agir que la fraude l'eût enrichi, et aussi que les années eussent passé sur l'assassinat de son beau-frère. Il a calculé avec une précision presque mathématique le jour où il lui fallait présenter ici son impudente réclamation, et il a liquidé en conséquence sa maison de commerce.
— Et pourquoi cette date du mois de mars? demanda Gambremer.
— Parce qu*il ne voulait rien perdre de cette fortune acquise par la spoliation et l'assassinat. Les arrérages des rentes sont acquis à l'Etat au bout de cinq ans, et, le 22 mars 183f , le premier semestre du titre délivré à la fin de 1825 allait encourir la prescription. M. Bousenna est avant tout un homme d'ordre, et il tenait à encaisser ces vingt-cinq mille francs-là.
— Oui, les choses ont dû se passer ainsi, murmura le chevalier Gasse-Gou, que la logique du notaire-avait vivement frappé.
— D'accord, reprit Cassonade, converti comme son maître par les raisonnements de M' Allanic; mais tout ça ne nous dit pas comment nous parviendrons à mettre la main sur notre chenapan.
L'excellent notaire prit position sur le plat-bord de l'embarcation et se croisa les bras comme un orateur qui va entamer un discours.
— Mes chers amis, dit- il d'une voix claire et posée, depuis que j'ai reconnu la fille de mon pauvre Porspoder, voilà trois jours que j'examine le cas de M. Bousenna comme j'examinerais un des dossiers de mon étude, et maintenent ma conviction est faite. Tous pensez bien que j'ai réfléchi mûrement avant de vous demander de m'accompagner sans vous dire où je voulais vous mener. Tous avez eu confiance en moi et je vous en remercie.
— Il n'y a pas de quoi après ce que vous avez fait pour nous, interrompit Cassonade; M"* Mongis et sa demoiselle installées dans votre propre maison avec la petite Bala, H. Paul reçu tous les jours à votre table, et nous autres. ••
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^ Ne parions point de tout oela, reprit vivement M* Allante, mes enfants sont trop heureux d'avoir une sœur de plus, et leur mère, ma bonne Alliette» ne peut plus se passer de cette excellente dame et de sa charmante fille. C'est donc moi qui suis votre obligé, et j'ai voulu payer ma dette en me chargeant de conduire notre expédition. Ma femme a bien fait quelques objections, quand je lui ai dit hier que je ne rentrerais pas avant dimancbdi et que j'aurais peut-être maille à partir avec des brigands, mais elle sait que je suis de force h me défendre, et elle n'est pas trop inquiète. On a beau ôtre notaire depuis sept ans, on peut encore faire la coup de poing et au besoin le coup de fusil, ajouta en souriant Tintrépide officier ministériel.
-— Alors, nous plions à la chasse au Bousenna, djt Cassonade en se frottant les mains,
— A la ba^i^^1 j'aimerais mieux cela, s'écria Cam* bremer.
— Nous aurons peutrètre l'une et l'autre, reprit tranquillemept M' Allanic.
— Kais enfin où allons-nous? demanda le chevalier Casse-Cou.
— NouavoiUpar le travers de 111e Penblay, dit le père I^eguem, et, si la brise ne tombe pas, nous mouillerona à Sarseau avant une heure d'ici.
— Et c'est là que nous nous arrêtons? demanda Cambremer.
— Non pas, dit le notaire. Nous aurons encore une lieue à faire h pie^l.
-!— Pour arriver?
— Pour arriver au château de Susoinio.
— l^n effet, dit le chevalier Casse-Cou, je eonnais ce nom-là.
LS CHBVÀLIBA CASSB-COU Wii
"f^U'ett eeiui qu'avait pris la dameqai avait loué rhôtel de la rua Basse-durRempart, s'écria Cassonade.
— Et c'est ainsiy reprit flambremer, que s'appelait le lieu du rendez-TOus assigné par Bousennaàsoii aeolyte Pavapd.
— Je sais par cœur la lettre que vous m'avez eonftée, dit 1b notaire, et voici la phrase textuelle : « Le grand centre est toujours à Suscinio,mais tu passeras d'abor^ par la Chênaie étéiée.
— C'est bien cela.
*— Après avoir lu et médité cet important document, je me suis livré à des recherches asseï semblar blés à celles du grand naturaliste Cuvier, quand, avec un seul fragment d'os, il reconstruit un animal fossile.
Il s'agissait d'abord de savoir où étaient situés les lieux que Bousenna indiquait. Pour 8uscinio, ce n'était pas bien difficile; le château est connu m6me en dehors de la Bretagne, et il vient ici des Anglais tout exprès pour le voir. La Chênaie étètée m'a donné plus de peine. Dans le pays, on désigne volontiers ainsi les bois de vieux chênes élagués dont il ne reste que les souches, et ce n'est pas ce qui manque chei nous.
— Mais vous avQz fini par trouver l'endroit qui nous intéresse?
— Cest ma femme qui m'a mis sur la voie. Elle a hérité d'une vieille tante qui lui a laissé un bout de lande sur la paroisse deTrevinec, et elle s'est souvenue qu'il y avait par-là une chênaie étètée qu'on dirait plantée tout exprès pour abriter une bande de brigands.
•— J'ai comme une idée de ça, dit le père Leguom;
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n'est-ce pas tout à côté de la grande mare de Surzur?
— Précisément. Il s'est commis là plus d'un vol à main armée, du temps de la chouannerie, et, comme la mer n'est pas loin, on peut se sauver en canot si on est traqué par les gendarmes.
— Ça doit convenir parfaitement à notre homme, fit observer Cassonade.
. — Je l'ai pensé comme vous, et c'est là-dessus que j'ai basé mon plan.
— Quel qu'il soit, je l'adopte, s'écria le bouillant Gambremer.
— Laissez-moi d'abord vous l'exposer, reprit le notaire en souriant. Vous m'avez dit vous-même que ce misérable faisait la fraude à Paris, et les termes de sa lettre à son complice font assez comprendre qu'il se livre sur la côte à des opérations du même genre.
— C'est aussi clair que possible.
— Eh bien! je me suis renseigné auprès de l'inspecteur des douanes, et j'ai appris que, par la presqu'île de Rhuis où nous allons aborder, passait à peu près toute la contrebande qui échappe à la surveillance. Il s'est bien un peu fait prier pour m'avouer la vérité, car son administration, comme toutes les autres, a la prétention d'être infaillible, mais en fin de compte il m'a confessé que, depuis quatre ou cinq ans, ses brigades y perdaient leur latin.
— Ainsi, les fraudeurs paraissent avoir adopté cette partie du littoral?
— C'est-à-dire qu'ils y sont les maîtres ou peu s'en faut. On a pris toutes les précautions ima^nables, on a triplé les postes, multiplié les rondes, destitué des agents qu'on soupçonnait de s'être laissé corrompre, rien n'y a fait. Les marchandises prohibées sont débar-
quées par les nuits de tempêtes, entreposées dans quelque cachette introuvable et expédiées ensuite à Tintérieur par petites fractions. ; L'inspecteur est 'convaincu que les gars de la côte sont de connivence, et que les contrebandiers ont des agents dans toutes les paroisses; seulement, il n'a pas encore pu en découvrir un seul.
— Parbleu I dit le père Leguem, les gabelous sont de vraies badernes et les paysans n'en savent pas plus long; qu'eux. Groiriez-vous que, le mois passé, il y a des gars de Landrezac qui m'ont conté que toutes les nuits on entendait rouler le carriquel'Oncùu?
Gambremer regarda M' AUanic, comme pour lui demander l'explication de ces mots bizarres.
— C'est une superstition bretonne, dit le notaire. Les gens de nos campagnes s'imaginent que le char de la Mort exécute à grand fracas des promenades nocturnes et l'histoire dont parle notre ami Léguera confirme tous mes soupçons.
—Je ne vois pas quel rapport». •
— Les fantômes, les draps mortuaires et autres appareils fantastiques cachent autant de ruses à l'usage des fraudeurs, et, comme, dans ces derniers temps, les ruines de Suscinio ont passé pour ôtre le théâtre de toutes sortes d*apparitions, je suis fixé sur le lieu où nous trouverons M. Bousenna.
— S'il ne l'a pas quitté avant notre arrivée.
— J'ai des raisons pour espérer le contraire. On m'a dit chez le commissaire de la marine qu'un brick suspect courait des bordées depuis deux jours devant la côte, de Larmor à Saint-Gildas. Les fortes tètes de Vannes disent qu'il s'agit d'un débarquement des royalistes. Eh bieni moi, je crois que ce navire-là vient
lout simplement attendre M. Qousenna pour le conduire dans son aimable patrie mapoc^ne.
— Ab! s'écna Gambremer, si pous réussissons à le saisir, c'est bien à vous que nous devrons le saccès.
— Vous me faites trop d'honneur, cher ami, et je compte bien que vous me donnerez un bon coup ci main; mais, en attendant, laissez-moi vous expliquer mon fameux plan.
— Dans dix minutes, nous allons accoster, dit le vieux matelot en manière d'avertissement.
— N'aie pas peur, mon explication ne sera pas longue. Voici donc ce que je propose. Nous allons débarquer tous les trois avec nos fusils et notre panier de provisions et nous laisserons Tami Leguem dans l'embarcation.
Je suis très connu dans le bourg de Sarxeau et je ne pourrai pas éviter de faire la causette avec les clients que je rencontrerai; mais, comme il est inutile de les mettre au courant de notre projet, je leur dirai (\ue je suis venu avec deux amis de Paris pour tirer quelques lapins dans les ajoncs et pour déjeuner sur l'herbe dans la grande cour du château,
Les ruines de Suscinio valant bien qu'on s^ dérange pour les voir et personne ne s'étonnera de notre excursion. D'ailleurs, pour mieux jouer notre rôle d'antiquaires en voyage, nous irons d'abord visiter les curiosités du bourg, l'église du dix-septième siècle qui n>4 pas sans mérite et la maison où est né Lesage en 1668.
Giimbremer ne savait pas que l'auteur de Gii Bios ci de Tvrcaret avait vu le jour dans ce pays perdu, et, on d'autres circonstances, il aurait été charmé de profiter de l'érudition du notaire ; mais, pour le rnoment, ii n'avait pas l'esprit tourné aux souvenirs historiques.
— Que ferons-uous ensuite? dcmanda-t-il brusquement.
— Ënsuiie, nous prendrons un petit gâl^çoii poxxv porter notre panier et pouf nous guidei* à trÈivers champs, et nous nous acheminerons tout doKoeitieiît vers le château. Il ne failt pas plils d'une héute et demie pour y arriver. Quand notis y serons, tioUs renverrons notre gamin et nous déjeunerohâ totil à ftotre aise. Celte occupation substantielle né noM eiJipééhera point d'inspectei* l66 rUinës du haut en bas àâti d'y choisir notre ^te pour la nuit.
— 11 paraît que nous y coucherons, dit t^fitliqtiille'ment Cassonade.
— C^est indispensable, et, il ttdti^ fkndrtt peut-dire recommencer demain soir. Vous ne sereÉ pas tout à fait aussi bien logés qu'au Chaise-Marée, tnais je crois pouvoir vous promettre que Vt)us ne vous enniiierei pas.
— Pourvii 4ue je me trotive en face de Bduseana^ le reste m'importe peu, s'écria Cambrèmer,
— J'aimerais assez cependant, dit Cassonade, qu'il n'eût pas toute sa bande avec lui.
— Bah ! nous avons trois fusils et trois paires de pistolets, répondit le belliqueux notaire.
— Eh bieni et moi? demanda le père Leguern, je ne serai donc pas de la danse. J'ai dans l'idée pourtant qu'un matelot de plus ça ne pourrait pas nuire.
— Toi, mon vieux, je t'ai réservé une autre bordée, et tu nous seras plus utile sur ton embarcation que sur le plaocher des vaches.
— Alors, dites-moi où il faut que je gouverne.
— Peux-tu d'ici à ce soir doubler la pointe de Rhuis, passer ea dedans des basses de Saint-Gildas» ranger la
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roche Beniguet et yenir jeter ton grappin dans Tanse de Suscinio à la tombée de la nuit?
— Ça dépendra da temps, mais les vents ont l'air de vouloir hdler k Ncralt, et si je peux débouquer du Morbihan d'ici à deux heures, le reste ira tout seul.
-— Boni alors, c'est dit, tu mouilleras devant Suscinio» dès que le soleil sera couché.
— Et unefoislà?...
—Tu n'auras pins rien à faire que d'ouvrir l'œil au bossoir. Tu en ouvriras môme deux, un pour veiller un brick que tu verras manœuvrer au large, et l'autre pour regarder à terre. Si le brick gouvernait pour accoster, tu attendrais qu'il fût à deux ou trois encablures, tu sauterais à la mer tout doucement et tu viendrais nous prévenir. Maintenant, si tu voyais sur la côte brûler trois amorces de suite, ça serait signe que nous sommes là et qu'il faut arriver en double.
— Compris 1 dit Leguem en virant de bord pour entrer dans la petite crique au-dessus de* laquelle s'élève le bourg de Sarseau.