‹ Le chevalier Casse-CowChapitre 48 sur 52 · I.E CHBYAURR CASSE-COr · texte numérisé non relu

I.E CHBYAURR CASSE-COr

— Bah I ça vaudrait pourtant mieux que de pourrir jur la grève.

— Tuez-moi. Je suis prôt.

— Allons, notaire de mon cœur, réfléchis encore un pou avant de te décider à partir pour l'autre monde.

— Je vous répète que je ne veux pas racheter ma vie par une lâcheté. Vous savez bien d'ailleurs que ce qiie vous me demandez est impossible.

— Pourciuoi donc? Ça.se fait beaucoup au contraire en Italie et en Grèce. J'ai là-bas, au château, une chambre voûtée oi!i *je pourrais te loger jusqu'à ce que mon ambassadeur revienne de Vannes avec les écus. Nous y trouverions tout ce qu'il faut pour écrire, et, avec dix lignes de toi, je suis sûr que toi> épouse ne ferait pas de difficultés pour lâcher les fonds.

Cette fois, le notaire ne daigna môme plus répondre. En revanche, le bandit subalterne jugea à propos d'intervenir :

— Patron, dit-il, tout ça est bel et bon, mais je crois que nous forions une fameuse bêtise de ne pas profiter de cette nuit pour embarquer sur le brick qui nous attend. Ça vaudra mieux que de risquer le trésor et notre peau par-dessus le marché pour cinquante mille "rancs que nous n'aurons peut-être pas.

— Laisse-moi donc faire, imbécile. Le canot va aborder ot nous allons commencer par envoyer la caisse à bord, (jnand le magot sera en sûreté, nous pourrons bien attendre vingt-quatre heures dans le souterrain oi!i personne ne viendra nous chercher. Cinquante mille francs sont bons à prendre.

— Ma foi I patron, ce sera comme vous voudrez, mais no comptez pas fur moi pour aller faire votre commission à Vannes,

— N'aie pas peur, j'en chargerai la Yamina. Allons, aimable notaire, es-tu décidé? ajouta Bouseona en jouant avec la batterie de son pistolet.

— Oui. Je refuse.

— Une fois, deux fois, tu ne veux pas payer pour sauver ta carcasse ?

— Je ne veux pas me déshonorer, dit M* Allanic en regardant son ennemi bien en face.

— Eh bien! alors, meurs comme un chien, cria le brigand furieux.

Il leva son arme pour la seconde fois, .mais il n'eut pas le temps de faire feu. Un coup de fusil partit du fond de la tranchée et Bousenna tomba à la ren* verâe.

Son acolyte, surpris et terrifié par cette attaque imprévue, s'enfuit du côté delà grève.

Avant que le notaire eût le temps de se rendre compte de révénement, il vit accourir un homnie qui se jeta dans ses bras en criant :

— Dieu merci I j'arrive à temps.

Il reconnut Cambremer,etil ressentit une telle émotion qu'il ne trouva pas une parole pour remercier soa sauveur.

Le chevalier Casse-Cou ne s'amusa point du reste à échanger avec son ami des paroles inutiles. Il avait un couteau à la main et il s'en servit pour couper les liens du prisonnier. Cette opération terminée, il courut au misérable qui se roulait sur le sol en vomissant des flots de sang. ;

— Bousenna 1 s'écria-t-il, ahl Dieu est juste! il n'a pas voulu que ce scélérat mourût d'une autre main que la mienne.

Le persécuteur de Baïa se tordait dans les convul-

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sions de l'agonie. La balle du chevalier CUose-Gou lui avait traversé la poitrine.

Lui aussi reconnut le visage de Gambremer et il murmura d'une voix qui ressemblait h un rAle :

— Yamina me vengera.

Puis sa bouche se contracta, ses membres se raidirent et il expira dans une dernière convOlsioQ.

Bousenna était mort, bien mort, et pourtant Gambremer avait beaucoup de peine à s'habituer à cett« idée que désormais sa chère petite Baia n'avait plus rien à craindre de son odieux persécuteur*

Le chevalier Casse-Gou resta quelques instants penché sur ce cadavre dont les traits respiraient encore la haine et la fureur. On aurait dit qu'il craignait de le voir se relever pour tenter encore quelque scélératesse suprême»

Le notaire se chargea d'arracher son ami à cette contemplation posthume. Il avait employé les premiers instants de sa liberté à étirer ses bras endoloris par une ligature infiniment trop prolongée et à respirer bruyamment comme un homme qui tient de sentir les affrei de la mort. Mais, dès qu'il fut rentré en pleine possession de lui-môme, M* Allanio courut à son sauveur et l'étreignit avec une effusion bien naturelle.

— Merci! lui dit-il simplement, merci pour ma femme... pour mes enfants I

Cette courte phrase toucha plus vivement Gambre^ mer que les actions de grâce les mieux tournées* L'em* brassemcnt des deux amis fut aussi cordial que s'ils s'4* talent retrouvés après cinq ans d'absence, et, de fait, les heures de leur séparation pouvaient bien compter pour des années. Mais la réunion n'était pas complète, puisque le p \uvre mari de Pétronille manquait à cette fête du retour.

— Et— Cassonade... ouest Cassonade? balbutia le chevalier Casse-Cou qui osait à peine s'informer de son aventureux écuyer.

^Là... sur la grève... blessé... mourant peut-être, articuU péniblement M* AUanic tout honteux d'avoir pu oublier un instant le brave garçon que le feu de l'ennemi avait frappé à côté de lui.

— Allons le chercher, dit Cambremer en s'emparant d'une des lanternes que les brigands avaient plantées autour du catafalque.

Le notaire semblait hésiter.

— Ne craignez-vous pas, dit-il en regardant . autour de lui, que le reste de la bande ne vienne nous attaquer? Nous en avons tué trois, mais les autres doivent être cachés dans les dunes.

— Trois I dites-vous? alors il n'en reste plus qu'un, car ils étaient quatre en tout, quand je les ai vus sortir du château.

— - Et celui qui a survécu s'est enfui par la grève. Alors, ne perdons pas une minute.

Et, montrant le chemin à Cambremer, M* AUanic se mit à courir à toutes jambes dans la direction de la mer.

Cassonade tai bientôt retrouvé. Le vaillant écuyer avait eu le courage de se traîner vers la tranchée quand le coup de fusil de Cambremer avait résonné dans la nuit. L'idée que la lutte recommençait lui avait rendu des forces et il avait pu ramper jusqu'à l'entrée de la coupure en arrosant le sable de son sang.

Le notaire ne fit pas dix enjambées sur la plage qu'il se heurta à l'héroïque blessé. Appuyé sur ses deux poignets, le nez au vent et le ventre à terre, Cassonade avait bien plutôt l'air d'un tirailleur guettant l'ennemi

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que d'un homme mis hors de combat par une balle. La scène qui suivit cette nouvelle rencontre ne fat ni moins vive ni moins attendrie que la reconnaissance de M* AUânic et de Cambremer.

— Oh as-tu été touché? demanda le chevalier Casse- Cou.

— A la cuisse... mais c'est dans le gras, et l'os n'est pas cassé.

— Dieu nous a protégés jusqu'au bout, s'écria le notaire en se mettant à genoux pour reprendre le pansement que l'attaque de Bousenna avait interrompu une demi*heure auparavant.

— Merci, dit tranquillement Cassonade, c'est fait; je me suis servi de ma cravate ; mais d'ailleurs ce n'est pas de moi qu'il faut vous occuper.

— Et de qui donc, mon pauvre ami?

— Ehl parbleu! de ce gueux qui vient de se sauver tout à l'heure quand vous avez tiré. Il a failli m'écraser en courant.

— Mais où est-il allé?

— Pas loin, je vous en réponds, et, d'un moment à Fautre, il pourrait bien nous tomber dessus.

— Ohl maintenant que nous sommes deux contre lui, il ne viendra pas s'y frotter.

— Ne vous y fiez pas. 11 a couru du côté de la mer, et, dans une éclaircie, j'ai revu la barque que nous avions aperçue du haut de la dune.

— En effet, dit le notaire inquiet, je me rappelle que ce Bousenna parlait à son complice du canot que le brick allait leur envoyer.

— Diable! murmura Cambremer, nous ferions bien alors de nous tenir sur nos gardes.

C'était sans doute aussi l'avis de M* Allanîc, car il se n 21.

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leva vivement pour regarder à l'horizon. L'obscuritf était toujours profonde; mais tout à coup, à vingt pas de lui, le notaire aperçut un homme.

Le premier mouvement des deux amis fut naturelle- ' ment de se mettre en état de défense. Cambremer prit avec son fusil la position d'un soldat croisant la baïonnette et M* Allanic tira de sa ceinture un poignard, la seule arme que les bandits lui eussent laissée.

— Halte! cria le chevalier Casse-Cou à Tinconnu qui s'avançait.

La réponse à cet avertissement ne vint pas tout de suite, mais Thomme s'arrêta court. Peut-être, avant de se déclarer, cherchait-il à qui il avait affaire.

— Répondez, ou nous vous tirons dessus, ajouta le notaire par forme do dernière sommation.

Cette menace obtint un plein succès,

— Ami I cria une voix bien connue.

— Leguem ! exclama M* Allanic.

— Ehl parbleu! oui, c'est moi, répondit le vieux matelot, émergeant enfin des ténèbres qui l'enveloppaient. Mais que diable ! avez-vous à pétarader comme ça depuis trois quarts d'heure ?

Les plus chaudes accolades précédèrent naturellement les explications que le père Leguern demandait.

Ce fut pendant cinq minutes un échange de phrases cordiales et de cris joyeux au milieu desquels il était bien difficile de placer un récit. Le marin fut le premier qui parvint à donner à l'entretien un tour plus positif.

— Savez-vous que j'ai bien cru que je n'arriverais jamais! nom d'un grain, a-t-il fallu bourlinguer pour doubler la pointe de BocavenI Sans compter que le brick de ces chenapans-là a manqué de me couler en venant à la côte.

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