Madame de Sabran
2. Le marquis de Custine qui a précisément remplacé SéguT en 1792 à l'ambassade de Berlin.
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rendit à Plombières, et, grâce à son éloignement, je retrouve des lettres d'elle et du chevalier. Elle s'arrête au château de Claye, chez le duc de Polignac : « Je Fai trouvé au milieu de ses ouvriers et entouré de ses enfants, comme un bon père de famille qui n'a rien de mieux à faire que de veiller aux soins de son ménage. Nous avons un peu philosophé sur les agréments de la campagne, sur le calme qu'elle procure, plaisir quelquefois désiré, mais rarement senti par un courtisan... »
En passant à Meaux, elle va voir Tévêque (Mgr de Polignac) ; elle se promène dans son jardin « fort mal tenu et assez désagréable, mais intéressant par Tombre de M. Bossuet qu'on croit y voir encore. Il y a une allée d'ifs bien serrés, bien touffus, d'une longueur prodigieuse où il allait sans cesse promener ses idées. Au bout est un pavillon dans lequel il se reposait et qui n'est plus qu'une serre de jardinier; tant il est vrai que tout dégénère à l'aide du temps qui ne plaint jamais sa peine pour faire du mal. J'en parle, comme tu vois, avec humeur, mais, bien que l'amour ne vaille pas mieux, s'il te met un bandeau sur les yeux, je ne me plain-
drai pas, car je ne me soucie d'être passable que pour mon seigneur et maître... »
Elle écrit encore de Châlons, de Bar-le-Duc.
A Plombières, elle est fort déçue de n'avoir pas de lettre du chevalier :
« J'espérais recevoir un petit mot de toi aujourd'hui (le 29 août), mon enfant, mais tu m'oublies et huit jours d'absence et cent lieues de distance m'ont déjà effacée de ton souvenir. Il n'en est pas de même de ta pauvre femme ; ton idée la suit partout, mais, il est vrai, comme un trait déchirant dont elle ne peut se défaire, car je suis très mécontente de toi.
» J'ai trouvé ici un monde épouvantable qui me force malgré moi à sortir de ma paresse.
Madame de Montesson y tient un fort grand état ; madame d'Aguesseau * y fait les beaux jours; madame de Lambertye * les rend trop courts, et beaucoup d'autres dont les noms mériteraient d'être cités. Il y a aussi le commandeur de Thuisy qui est fort à la mode, à qui l'on fait
i. Marie -Catherine de Lamoiffnon de Basville, mariée en 1775 à Henri-Cardin-Jean-Baptiste, comte puis marquis d'Aguesseau, petit-fils du chancelier.
2. Suzanne-Victoire de Farrouille, mariée au comte de Lambertye maréchal de camp.
des chansons, qui y répond gaîment et qui est d'une humeur très sociable... »
Dans ses lettres, elle parle naturellement des questions brûlantes qui passionnaient les esprits et) bien que très réactionnaire comme on dirait aujourd'hui, elle partage l'enthousiasme général que Necker inspirait en ce moment.
Elle est d'autant plus heureuse de le voir arriver au pouvoir que Boufflers était lié avec madame de Staël et qu'il avait souvent rencontré le nouveau ministre chez le maréchal de Beauvau. Elle écrit le 31 août ;
« Je reçois deux de tes lettres à la fois, mon enfant, et toute ma colère se change en une tendresse, que tu mérites toujours davantage. C'est bien toi qui es ma vie et le ressort de cette faible organisation que l'amour seul détraque, mais que l'amour seul soutient;
Et que me font tous les rois de la terre Et leurs dédains et leurs faveurs,
si je peux compter sur toi?
» Je ne plains point l'archevêque *. C'est un vil
i. Etienne-Charles de Loménie de Brienne (1727-1794), archevêque de Sens, com):>attit radministration flnancière
ambitieux, qui a vendu sa gloire et son honneur au poids de l'or, que son intérêt particulier a occupé uniquement, dans le moment où il avait entre les mains les grands intérêts de toute une nation. Il paraît que cette nation en a fait justice et j'y applaudis. Mais ce qui me fâche, c'est que ce méchant homme, trop endurci, n'a point de cœur pour le sentir. Je ne te dirai pas tout ce que j'ai pensé dans le premier moment et pourquoi j'en ai été bien aise; car il faut se donner l'air patriotique et sortir un peu du cercle étroit, où j'ai borné mon univers. Ma politique est d'accord à présent avec la politique générale, et je vois avec plaisir le seul homme capable de remettre la France dans toute sa valeur, de seconder les excellentes intentions de notre bon roi et de le faire jouir du bonheur qu'il mérite, en rendant à ses sujets l'espérance et la tranquillité. Une tête moins forte que celle de M. Necker serait efifrayée d'un aussi grand ouvrage, dont tous les fils sont tellement brouillés qu'il lui faudra
de Galonné et montra autant d'incapacité que son prédécesseur : il venait de quitter le Ministère (le 24 août), chassé par la haine et le mépris publics.
du temps pour s'y reconnaître. Mais il parait que ce n'est pas au-dessus de ses forces, et s'il n'y réussit pas, il faudra croire que cela est impossible. Madame de Staël doit être dans l'ivresse. Il est vrai que c'est le plus beau moment que la fortune puisse offrir, mais la fortune vend ce quon croit quelle donne, et la méfiance et les inquiétudes qui se trouvent mêlées dans cet excès de bien, comme l'alliage dans l'or, doivent rendre bien modéré dans de pareils succès, pour peu qu'on ait d'esprit et de raison.
» Je voudrais bien que l'on rendit également justice à M. de Castries^ pour lui et pour nous. D'après l'opinion qui règne ici, on croit que ce sera plutôt M. du Châtelet '. Pour notre bon duc *, je crois qu'il n'a rien de mieux à faire à présent que d'aller respirer l'air de Saint-Ouen.
» Madame de Montesson * est au désespoir.
* 1. Charles de la Croix, marquis de Castries (1727-1801), maréchal de France:
2. Le duc du Châtelet (1727-1793) refusa la place de chef du conseil des finances qui lui fut offerte à ce moment par le roi, mais il n'était pas sérieusement question de lui pour remplacer le maréchal de Castries au ministère de la guerre.