‹ Le chevalier de Boufflers et la comtesse de Sabran, 1788-1792Chapitre 26 sur 65 · La duchesse de Biron · texte numérisé non relu

La duchesse de Biron

dres. Je monte un cheval détaché de ma feue voiture et que je dresse à ton intention. Il a d'abord fallu lui apprendre à vivre, à quoi il ne paraissait pas avoir grande disposition, ensuite à marcher, ensuite à galoper. Il est arrivé à tout cela par degré, et je me complais dans Tespérance de l'amener au point de te porter et de se rengorger sous toi, comme s'il connaissait ton mérite. Je lui passe beaucoup d'impertinences, en pensant qu'elles ne s'adressent pas à toi, et je crois qu'effectivement tu finiras par le monter avec confiance, et même avec plaisir, sur les vertes pelouses et entre les noirs sapins de la contrée que nous habiterons.

» Mon Dieu, que j'aime ton inscription ! Il me semble que ma pensée et la tienne y sont confondues. Heureux celui qui vit avec les dieux champêtres! Effectivement ce sont les plus aimables, si tu n'en exclus pas l'amour et l'amitié. J'y joins l'amitié, parce que je crains l'amour tout seul et qu'il lui faut une bonne.

» Adieu, ma femme, reconnais que tu es coupable, expie tes crimes et sois sûre que ton mari est encore meilleur que tu n'es méchante. Adieu. »

Cette lettre écrite dans le courant d'août est la dernière de l'année 1790. Au mois de septembre, madame de Sabran est revenue à Paris et on peut se figurer la vie qu'elle a menée : au milieu de toutes ses inquiétudes, elle avait du moins la consolation d'avoiç auprès d'elle ceux qu'elle aimait, ses enfants et le chevalier.

Page 1