‹ Le chevalier de Boufflers et la comtesse de Sabran, 1788-1792Chapitre 29 sur 65 · Monseigneur de Sabran, évêque de Laon · texte numérisé non relu

Monseigneur de Sabran, évêque de Laon

2. Château qui appartenait au comte Auguste de la Marck et qui appartient encore à la famille d'Arenberg, à 5 kilomètres de Valenciennes.

sauvé comme un voleur avec les chevaux de la comtesse Auguste par Saint- Amand, où je ne sais pas encore ce qui lui sera arrivé. 11 devait passer par Tournay pour se rendre à Valenciennes.

» Pour moi je suis arrivée fort tranquillement à Raismes. A une lieue à peu près, sur le chemin, dans un cabriolet que les postillons arrêtèrent pour prendre les chevaux et les changer avec les miens, étaient deux hommes dont Tun me demanda si je n'étais pas madame de Gontaut, Je lui dis que non : « N'importe, madame, me dit-il, si vous allez à Valenciennes prenez bien garde à votre argent; Ton vous conduit à l'hôtel de ville et la municipalité vous fait retourner vos poches et fouille partout avec acharnement. » Je remerciai beaucoup ce bon donneur d'avis et je ne passai pas par Valenciennes, quoique j'eusse pris des précautions si fines contre la municipalité pour défendre mes pauvres galions que je ne crois pas qu'elle les eût trouvés. Mais n'importe, à bon entendeur salut.

» J'ai trouvé le maître de la maison à la chasse avec son frère Louis et le petit prince de

Ligne * qui s'est battu, il y a deux jours, à Bruxelles pour ne pas prendre la cocarde blanche. J'étais fort contrariée de tomber dans une pareille société, mais tout cela s'est passé mieux que je ne Tespérais; j'ai mis, comme à mon ordinaire, mon aristocratie fort à son aise, j'ai dit tout ce que je pensais, comme si tout ce qui m'écoutait pensait de même. Je trouve qu'il n'y a rien de plus obligeant que cette manière, car c'est montrer aux autres qu'on croit qu'ils sont ce qu'ils doivent être, et dans le fait aucun ne s'en est fâché.

» A onze heures ils sont tous partis, le comte Auguste et M. de Ligne pour Paris, et son frère Louis pour Bruxelles.

» J'étais fort pressée aussi d'aller me reposer, et, dans un trop bon lit, je n'ai pas fermé l'œil de toute la nuit, ce qui m'a fort agitée.

Ce 17.

» Je voudrais passer tous les jours de ma vie comme celui-ci, dans un repos parfait, avec

1. Le prince Louis de Ligne, second fils de Charles-Joseph prince de Ligne, et de Françoise-Marie-Xavière de Lichtenstein. Ses opinions politiques étaient très difTérentes de celles de son père et de son frère aîné.

une femme aimable que j'aime de tout mon cœur et mon enfant. Le temps, qui était beau, nous a permis de nous promener une partie du jour, nous avons déjeuné à onze heures et fait quatre déjeuners dans un; ensuite nous avons été nous asseoir dans le petit kiosque au milieu de la promenade anglaise; là, sur de bons canapés, nous avons lu Ossian avec un extrême plaisir.

» Pour changer, nous avons été par les bois nous promener à Saint-Amand, dans ce séjour champêtre où nous avions passé, il y a quatre ans, tout le mois de mai avec tant d'agrément que le souvenir nous en plait encore. Nous avons revu notre petite maison, le petit bois émailié de fleurs où Tabbé de Vaux *, avec sa guitare, venait charmer les rossignols.

» Assises sur le gazon, à Tombre de Taubépine, nous avons continué la lecture d'Ossian. La pluie seule a pu nous chasser de cet endroit charmant et nous faire abandonner une si douce occupation.

» Après deux ou trois heures de promenade,

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