Appelé aussi combat de la Groix-aux-Bois
de la France, Elzéar aurait compris la nécessité de renoncer, au moins momentanément, à sa distraction préférée, mais s'il avait pu avoir des hésitations, son oncle les lui aurait enlevées. Le V septembre, Tévêque écrivait à madame de Sabran une lettre très digne et très sévère qu'il terminait ainsi : « Dans la situation des choses, surtout quand on n'est point au lieu où Ton devrait être et qu'on en est détourné par une cause quelconque, il faut au moins avoir une attitude grave et le maintien de la douleur. Il n est pas décent de faire usage de talents qui ne peuvent qu'amuser la société et qui ne doivent jamais marquer dans un homme de qualité destiné à tout autre chose. »
On entrevoit dans ^ette lettre les tiraillements qui se produisirent, pendant toute la durée de l'émigration, entre madame de Sabran etl'évêquede Laon. Il trouvait qu'EIzéar n'était pas où il devait être, que la place d'un gentilhomme était à l'armée. Depuis les premiers rassemblements, il tenait ce langage et il le tint jusqu'au bout, répétant à satiété les mêmes arguments, faisant appel au sentiment de l'honneur, du devoir, citant les exemples des
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enfants et des vieillards qui partaient, ne se décourageant jamais. Madame de Sabran était littéralement écartelée. On était sûr de l'émouvoir en mettant l'honneur en jeu, et plusieurs fois elle céda aux instances de l'évêque : l'uniforme d'Elzéar fut commandé, il avait à l'armée un emploi assuré, il allait partir, mais la tendresse maternelle reprenait le dessus. Elle ne pouvait se résigner à donner cet enfant qu'elle avait élevé avec une anxieuse sollicitude et dont la santé restait frêle. S'il allait courir tant de périls et souffrir tant de misères, tous les sacrifices passés devenaient inutiles. Alors, au dernier moment, son courage faiblissait, elle écrivait à l'évêque qu'elle était dangereusement malade, — peut-être même Tétai telle réellement, — que son fils ne pouvait l'abandonner ainsi et tout était à recommencer.
Elzéar ne savait pas résister à de pareilles supplications, non pas qu'il eût peur, car le vieux sang des Sabran coulait dans ses veines, et de plus il était si découragé de la vie, si malade de sa néantomanie qu'il aurait voulu, « comme l'intéressante Herminie, trouver la
mort au milieu des combats * », mais il lui en coûtait de quitter sa mère, et surtout il ne pouvait prendre son parti de porter les armes contre des Français.
Cependant au mois d'août 1792 il avait bien failli partir et, converti en ce moment par les arguments de Tévêque, il avait lui-même désiré vivement ce départ. Madame de Sabran s'était décidée à écrire au comte d'Artois une lettre pressante, sollicitant pour son fils une place d'aide de camp *. Si la réponse avait été affirmative, il aurait été impossible de reculer, mais je la soupçonne d'avoir fait savoir indi-