‹ Le chevalier de Boufflers et la comtesse de Sabran, 1788-1792Chapitre 43 sur 65 · LE FATAL BANQUET · texte numérisé non relu

LE FATAL BANQUET

SUJET TIRÉ DE L'ANTHOLOGIE Par ëlzéar de Sabran.

Homère un jour donnait aux dieux

Un déjeuner à la fourchette :

Là chacun d'eux, sur sa couchette,

Savourait le nectar le plus délicieux Et la plus divine ambroisie, C'est-à-dire la poésie.

Avec d'autres mets dignes d'eux.

Car c'eût été léger pour l'appétit suprême.

Les dieux jadis étaient joyeux.

Ils mangeaient bien, buvaient au mieux Et faisaient fort mal le carême

Pour un pareil repas, déjeuner de garçon,

On crut devoir laisser l'enfant à la maison :

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L'enfant c'était l'Amour. La Folie, en bas-âge Fut laissée avec lui pour la même raison;

Jugez s'ils firent du tapage !

L'Amour lui proposa quelques jeux innocents, Colin-maillard d'abord : « Volontiers, lui dit-elle. Mais, pour ce jeu, quittez vos traits perçants. Car on s'y piquerait, sans y voir, de plus belle. » L'Amour les ôte et la Folie en prend, Puis aussitôt elle entreprend D'essayer son adresse... Hélas I quelle bévue!

La pauvre fille, en tirant au hasard, Fait des deux premiers coups l'Amour colin-maillard Mieux qu'avec le bandeau qui lui couvrait la vue. Elle s'en repentit, mais il était trop tard.

Les cris sont entendus des convives d'Homère, Hs troublent le festin et chacun plein d'effroi

S'en va chez soi ; Mais Jupiter ne peut éviter une mère Qui demande justice avec tant de colère Que pour la désarmer, les soins sont superflus. C'est beaucoup demander au maître du tonnerre : Demander grâce, est-ce moins, est-ce plus?

Quoiqu'il en soit (les dieux ont leurs caprices

Et leurs malices), Le juge condamna l'auteur de ce méfait A guider pour toujours l'aveugle qu'elle a fait. Us marchent de concert et jamais rien n'arrête La Folie et l'Amour, ce couple destructeur; Elle conduit ses coups et vise par malheur,

Ou par bonheur, Moins souvent au cœur qu'à la tête.

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