I. Poiybe, t. V, p
dépit de toutes les enquêtes, n'était venue, deux ans plus tard, briser de si belles espérances.
Pour l'instant du moins Folard se voyait sur le chemin delà prospérité, non seulement à cause de la protection du roi de Suède, mais aussi grâce à la sympathie particulière que lui témoignait un des personnages les plus importants de la diplomatie européenne : le baron Henri de Goertz.
Cet homme d'État, né en Franconie et baron immédiat de l'Empire, ayant rendu des services importants au roi de Suède pendant le séjour de ce monarque à Bender S chez les Turcs, était devenu depuis lors son favori et son premier ministre.
« Jamais, a écrit Voltaire -, homme ne fut si souple et si audacieux à la fois, si plein de ressources dans les disgrâces, si vaste dans ses desseins, ni si actif dans ses démarches; nul projet ne l'effrayait, nul moyen ne lui coûtait ; il prodiguait les dons, les promesses, les serments, la vérité et le mensonge. Il allait en Suède, en France, en Angleterre, en Hollande essayer lui-même les ressorts qu'il voulait faire jouer. Il eût été capable d'ébranler l'Europe, et il en avait conçu l'idée. Ce que son maître était à la tête d'une armée, il l'était dans le cabinet ; aussi prit-il sur Charles XII un ascendant qu'aucun ministre n'avait eu avant lui. »
D'autre part, le maréchal d'Uxelles, président du Conseil des Affaires étrangères, recevait de Suède par dépêche chiffrée, au commencement de 1716, ces lignes qui complètent curieusement le portrait tracé par Voltaire :
« Ce ministre [M. de Goertz] est très habile, fort pénétrant et si versé dans l'art de la ruse et de la dissimulation que le comte Velling a dit de lui que s'il avait à sa j disposition cinq hommes comme M. de Goertz il pourrait ' tromper toute l'Europe ^ »
1. C'était près de là qu'avait eu lieu le fameux siège de la maison de Charles XII, à Varnitza.