‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 99 sur 203 · Polybe, t. V, p · texte numérisé non relu

Polybe, t. V, p

LE CHEVALIER DE FOLARD lOI

tout habillé comme le moindre de ses soldats. Le comte delà Marck, ambassadeur de France, que ce prince estimait infiniment, lui persuada de coucher dans un lit pour la première fois depuis la guerre. Mais quel était ce lit ! Un seul matelas, des draps et une couverture, sans rideaux.

« Il se couchait à dix heures et se levait à deux, pour monter à cheval un instant après, tel temps qu'il fît. Il revenait à cinq ou six heures du matin pour travailler avec ses ministres, sans jamais quitter ses bottes que pour se coucher.

« Il se mettait à table à quatre heures, car il ne faisait qu'un repas, et quel repas ! Il y avait bien peu de bourgeois dans Paris qui ne le fissent meilleur et plus délicat : une soupe assez mauvaise, un bouilli, deux ou trois ragoûts et quelques poulardes, tout cela exposé sur une table et sans nul dessert. Toute sa vaisselle était de fer battu, jusqu'à son gobelet. Il ne buvait que de l'eau, il n'avait que neuf couverts à sa table : les officiers généraux jusqu'aux colonels y mangeaient.

« Après son dîner, il se retirait dans sa chambre, où l'on ne parlait que de guerre, et ce brave prince en parlait aussi bien qu'aurait pu le faire César. Je n'ai jamais tant profité que dans ces conversations ; et quand il n'y aurait eu que ce seul prince qui eût applaudi à mes principes, j'aurais lieu de m'en glorifier et d'en tirer vanité. »

La quasi-dévotion de Folard pour Charles XII ne va pas cependant sans quelques réserves et, s'il a comparé ce prince à Annibal, c'est pour adresser un reproche commun à ces deux illustres généraux qui commirent la faute « de s'avancer trop loin sans s'assurer de bonnes places^ ».

Mais, malgré ces critiques, Folard demeurait un admirateur fervent du génie de Charles XII. Celui-ci, de son côté, accordait à l'officier français des marques très nettes de son estime; et nul doute que le petit ingénieur n'eût enfin trouvé auprès de ce grand guerrier une enviable situation si une mort singulière et encore mystérieuse, en

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