‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 11 sur 203 · Anne-Marie Martinozzi, nièce de Mazarin · texte numérisé non relu

Anne-Marie Martinozzi, nièce de Mazarin

3. Sans doute parce qu'il avait possédé la « directe » du cardinal de Canillacà Villeneuve-les-Avignon, ou encore parce que ce couvent était un des plus célèbres du Languedoc dont le prince mourait gouverneur. Mais ce ne fut point, comme on l'a cru longtemps, à cause d'un hôtel (l'hôtel Calvet) que le Prince aurait soi-disant possédé en Avignon. M. l'abbé Valla a fait table nette de cette légende dans son Guide du voyageur à Villeneuve-lès-Avignon, p. 167.

l'anecdote ^ « Ayant été adressé à un fort honnête homme qui, pour me régaler, avait assemblé chez lui quelques-uns de ses amis, ils eurent la civilité de me faire voir ce qu'il y avait de plus curieux et de plus rare dans leur ville. Il y en eut un qui proposa de me mener aux Chartreux et qui allégua pour raison que je pourrais voir le tombeau de M. le prince de Conti et son épitaphe. Mais le plus bel esprit d'Avignon (Jérôme Folard^) s'y opposa en disant que cette épitaphe ne méritait pas d'être vue et qu'elle ne valait rien du tout. Tout le monde en demeura d'accord et moi aussi, avec intention d'en faire mon profit et de m'en servir pour me délivrer à jamais des épitaphes. »

La simplicité de l'aveu final vient compenser quelque peu rironie qui jaillit du qualificatif appliqué à Folard. Il est probable que Nicole n'avait pas oublié l'échec d'Arnauld touchant la conquête de ce « bel esprit » et que c'est à dessein qu'il ne le nomme point. Il n'en apparaît pas moins que Jérôme était un homme de réelle valeur.

Malheureusementsa femme mourut en 1688 et, dès lors, ce fut la débâcle. Incapable de s'occuper de ses affaires domestiques, philosophe au point de ne faire nul cas des richesses et de ne s'attacher qu'aux livres, il se vit en peu d'années entièrement ruiné; et pour comble de misère, le mal qui avait enlevé son père si jeune l'avait atteint à son tour depuis 1699.

1. Lettre à son ami, le P. de Bretagne, prieur de Saint-Germain-des- Prés. Dans cette lettre, Nicole ne nomme personne. Mais dans les manuscrits du musée Calvet, 2150, nous avons retrouvé la même anecdote avec l'indication précise que Jérôme Folard fut le critique devant qui Nicole s'inclina.

2. Il ne saurait y avoir aucun doute à cet égard et voici comment la scène est contée dans le manuscrit du musée Calvet (2150). « Ils étaient tous deux à voir le tombeau du prince de Conti. Folard ayant dit que l'épitaphe lui paraissait d'une bonne latinité, mais d'un assez mauvais goût, parce qu'il y avait trop d'esprit et que cela était contre le caractère de ces sortes d'ouvrages qui demandent beaucoup de simplicité, M. Nicole lui demanda s'il en connaissait l'auteur. « Non, répondit Folard. — Eh bien, dit M. Nicole, je veux vous le faire connaître. C'est moi qui ai fait cette mauvaise épitaphe, je veux bien l'avouer à ma honte. Si j'en fais jamais quelque autre, je profiterai de votre aviSj ou je vous prierai de la faire pour moi. »

l8 LE CHEVALIER DE FOLARD

Plusieurs médecins lui avaient pourtant affirmé le contraire, prétendant qu'il souffrait d'une affection bénigne. Seul M. de Lafont, son médecin ordinaire, convaincu que c'était bien de la pierre qu'il s'agissait, lui avait défendu avant tout d'user du pavot dans ses crises.

xVlais M. de Lafont étant mort. Folard, un jour qu'il souffrait plus que de coutume, fit appeler un des médecins qui ne croyaient pas à la gravité de son mal, et celui-ci ordonna précisément du sirop de pavot. L'effet fut immédiat et, après un état léthargique d'où il ne sortit pas, Jérôme Folard expira dans sa soixante-seizième année (juillet 1706). L'autopsie qui fut pratiquée démontra surabondamment que M. de Lafont avait raison.

Nous avons dû anticiper quelque peu et donner avant leur temps ces détails sur la mort du père du chevalier. C'est que celui-ci, une fois engagé dans les armées du Roi, ne reparut guère dans son pays natal durant de longues années; et au moment où son père mourait, il était en Italie, rêvant dans quelque tranchée au moyen le plus propre à enlever la place investie...

La route de la gloire conduisait alors vers des horizons lumineux poudrés d'or, mais plus qu'aujourd'hui elle éloignait pour longtemps de la famille et du terroir. Ce fut pourtant sans hésiter, comme on va le voir, que le jeune Charles Folard se lança dans cette carrière aventureuse où le poussa, dès l'enfance, un irrésistible instinct.

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