CHAPITRE II
Jeunesse de Charles Folard. — Son penchant pour la carrière des armes. — Ses années de collège chez les Jésuites et ses évasions successives. — Son entrée dans le régiment de Béarn. — Son premier traité militaire. — Son invention pour passer les rivières à cheval. — La paix de Ryswick. — Aventure de Folard dans la forêt de Compiègne. — Guerre de la succession d'Espagne (1700). — Folard fait partie des troupes envoyées à Naples (1702) . — Son inaction . — Folard se fait enfin ramener en Piémont (1703) par M. de Goesbriant. — Il expérimente des radeaux en peaux de bouc de son invention. — Sur le point d'être envoyé à Naples, Folard est pris en affection par le duc de Vendôme qui apprécie ses idées et ses projets.
Charles Folard naquit à Avignon le 13 février 1669. C'était dans le meilleur temps de la prospérité de son père. Parmi treize frères et sœurs dont plusieurs moururent en bas âge, il fut le second de quatre garçons *.
L'aîné, Nicolas, devint chanoine à Nîmes; Charles fut le second; le troisième suivit, comme le chevalier, la carrière des armes, et le dernier entra dans la congrégation de Jésus.
L'une des demoiselles Folard épousa Hyacinthe Benezet, descendant du fameux pâtre dont le nom s'attache avec quelque peu de merveilleux à la construction du pont d'Avignon, et une seconde, nommée Anne, vécut demoiselle. La mémoire des autres s'est perdue dans l'oubli ou dans une mort prématurée.
I. M. E. de Broglie dans D.-B. de Montfaucon (t. II, p. 42) prête au chevalier dix frères et sœurs, dont trois jésuites, un doctrinaire et un soldat. Il a dû confondre les frères de Charles avec ses oncles, car nulle part nous n'avons trouvé trace de plus de quatre fils de Jérôme, le docteur es droit. Notre opinion est d'ailleurs corroborée par le baron M. de Vissac dans un travail récent.
Pour Charles, il manifesta de bonne heure d'heureuses dispositions et l'on aperçut chez lui, dès l'âge de six ans, « un goût extraordinaire pour la lecture et une passion naturelle pour la guerre »^
On Tavait mis comme externe au collège des Jésuites et un prix qu'il gagna acheva de « décider son penchant » pour la carrière dans laquelle il devait s'illustrer. Ce livre était un exemplaire des Commentaires de César.
Dès lors, il envia dans sa petite âme la gloire et la science du conquérant des Gaules et il ne se lassa pas de lire cet ouvrage ainsi que beaucoup d'autres pour lesquels la lecture du premier avait éveillé son goût. Alors son père, craignant avec raison que sa santé ne fût altérée par des lectures aussi assidues, qui se prolongeaient jusqu'au milieu de la nuit« défendit qu'on lui donnât de la lumière pour s'en aller coucher ».Maisle jeune Charles trouva moyen de dérober dans la sacristie du collège des bouts de bougies de cire et suppléa ainsi à ce qu on lui refusait.
L'art de la guerre, le mouvement des combats l'attiraient irrésistiblement, et le prestige de l'uniforme, qui commençait à peine à s'établir -, s'imposait à cette jeune imagination comme la plus belle manifestation de la force collective.
Arriver à manier cette force lui semblait devoir procurer le maximum de la satisfaction humaine. On verra dans la suite que toutes les facultés de Folard furent absorbées par cette unique préoccupation qui domina sa vie entière.
Avignon possédait quelques troupes pontificales ^ dont