Lettre du 10 juin
prompt, on peut tirer trois coups contre un des pièces ordinaires. Et puis, on tire plus juste et des plus sûrement.
Ne semble-t il pas, toutes proportionsgardées, entendre là les phrases mêmes qu'aurait pu prononcer l'inventeur de notre canon moderne. Et de fait, parmi les nombreuses trouvailles de Folard il en est une qui apparaît comme la géniale invention d'un précurseur, c'est Yaffût à glissière dont on trouve le dessin dans la Milice française du P. Daniel. Dans ce canon, c'est pour la première fois le support qui demeure fixe et la pièce qui revient seule en arrière pour permettre le chargement, à l'abri du feu de l'ennemi. Bien entendu il n'est pas question de frein ni d'automatisme, mais la gUssère y est.
Il est certain d'ailleurs que la suffisance de Folard n'était point tant le fait de son orgueil que de sa naïveté, et que ses travaux avaient une réelle valeur, car il pouvait bientôt annoncer à M. de Goertz^ :
Monseigneur le Régent m'a fait remettre mes appointements tels que je les avais dans le temps que je commandais à Bourbourg, et avec cela le Roi a augmenté ma pension de mille livres et avec promesse d'avoir part à la première promotion.
La mort de Charles XII, suivie de l'arrestation, du procès et de l'exécution du baron de Goertz, vint enfin enlever à Folard toute envie de retourner en Suède.
Maislorsqu'ileutdes détailssurla façon dont CharlesXII avait trouvé la mort et lorsqu'il apprit notamment que Mégret, seul aux côtés du souverain au moment tragique, avait été soupçonné, Folard, qui connaissait bien « cet homme », dut voir comme nous-méme se projeter sur cette affaire une lueur étrange dont toutes les enquêtes auront peine à éteindre les troublants rayons -...